La difficile question de la Turquie dans l’UE

Réflexions complexe sur laquelle je n’ai pas encore d’avis tranché, même si plutôt favorable sous conditions de droit de l’homme mais aussi d’accompagnement politique et économique… Donc à mon avis cela relève du moyen terme.

Réflexion de 2004, le document n’est pas terminé..

Turquie dans l ‘Europe

Présentation de la situation du contexte, des faits :

Depuis 40 ans ce pays est à la porte de la construction européenne, intégré dans la plupart des organismes européen extra communautaires. Il fait des efforts depuis quelques années, et les négociations viennent d’être ouvertes, pour aboutir dans 10 ou 15 ans dit-on.

C’est un pays de 70 millions d’habitants, très vaste, dont la richesse moyenne par hab est du quart de celle de la France. La partie occidentale est bien plus riche et « moderne » que sa partie orientale.

Un système démocratique permet à la population de choisir ses dirigeants ; le parti au pouvoir est actuellement un parti qui se dit islamiste modéré. L’armée conserve un rôle fort.

L’islam est la religion ultra dominante du pays.

I Des arguments contre à dépasser

1Le sens de la place de la Turquie dans une organisation dont le titre contient le mot Europe : Arguments historiques et géographiques.

  • Peuvent eux-mêmes être longuement discutés. Ainsi, de quelle histoire parle t’on ? Si on souhaite remonter aux racines de ce qu’on appréhende comme étant l’Europe, on retrouve assez largement la Turquie, avec l’empire romain, (voire l’espace méditerranéen), la civilisation grecque, ou la naissance du christianisme (si on considère que cela fut un élément de l’Europe). De plus les ottomans ont dominés la Grèce et les Balkans pendant quelques siècles. L’argument historique relève largement du prétexte, utilisé par les pro ou anti-adhésion.

  • De même pour l’argument géographique, le continent européen (défini par qui et pourquoi ?), de l’Atlantique à l’Oural… Alors que les DOM-TOM français, le Groenland de Danemark ou l’ île de Chypre font partie de l’union. On considère aujourd’hui que le détroit du Bosphore est la limite naturelle entre le continent européen et le Proche-Orient, ou l’Asie. Donc la Turquie a une grande partie de son territoire en Asie géographiquement. Mais cela n’est pas pour moi un problème, l’objectif de la construction européenne n’étant pas de tracer une carte de l’Europe. Ainsi lors des championnat européen de sport, on retrouve ce pays, la Russie, parfois même Israël.

  • Mais, au-delà de leur pertinence, ces éléments et leurs interprétations veulent baser l’acceptation d’un nouveau membre sur des bases objectives, alors que cela relève presque exclusivement du subjectif. A partir du moment où on peut constater que géographiquement et historiquement la Turquie a un lien avec nous, il ne s’agit pas de le décortiquer pour voir s’il est suffisant. Il faut alors trancher en fonctions d’autres critères, pour dire si on a envie, ou si l’on pense qu’il est souhaitable que ce pays adhère.

2 Cultures et valeurs :

a Culturellement la Turquie n’appartiendrait pas à l’Europe, notamment du fait de sa religion. Choc des civilisations. Elle n’aurait pas vocation à intégrer l’Europe, monde civilisé, et non barbare et musulman. « on les a arrêté par le fer et le sang à Vienne, et il viennent maintenant envahir l’Europe par la malice »

Au delà de ces visions anachroniques, on peut toutefois relever les différences de modes de vie, de culture dans tous les sens du terme, d’environnement, avec les autres états européens. Est-ce incompatible ? Il ne me semble pas. Tout d’abord, parce que le but du projet n’est pas de constituer une union culturelle, et surtout pas culturellement hétérogène. Ensuite car la partie occidentale du pays ressemble à l’Europe, les modes de vie, la liberté de ton, les loisirs, les femmes en majorité non-voilées… C’est un pays qui a fait depuis près d’un siècle le choix de se rapprocher de l’Europe. Les parties plus reculées sont en effet différentes. Mais en quoi cela serait il en soit une barrière ? De plus la vie en Sicile, ou au Danemark est très différente de la notre. Des pays comme la Pologne ou la Grèce sont institutionnellement moins laïques que la Turquie.

Rien d’incompatible culturellement à mon sens, mais de nombreuses diversités enrichissantes.

Ainsi on ne peut pas invoquer cet argument comme un élément objectif, qui mettrait certains pays d’un coté de la frontière, et les autres de l’autre. Il peut intervenir, si l’on ne souhaite pas augmenter cette diversité, si l’on juge que certains éléments de ces différences sont incompatibles avec ce que l’on souhaite pour l’Union.

Ainsi se pose le problème des valeurs, des droits de l’homme :

b Le problème du passé à résoudre et des droits de l’homme :

  • Reconnaissance de République de Chypre du Sud-Ouest, état membre de l’UE

  • Reconnaissance du massacre commis contre les arméniens au début du siècle

  • La situation des femmes dans les provinces reculées

  • La torture et le poids des militaires

  • L’ Union européenne, certes dans un contexte historique, géographique et culturel, est un projet politique. « Si la Turquie était européenne, ça se saurait ». Non, cela ne se sait pas, cela se décide. Les arguments historiques, géographiques et culturels peuvent donc parfois délimiter celle-ci lorsqu’ils sont unanimes. Mais concernant la Turquie, l’Ukraine, voire la Russie, ils ne sont pas déterminants, ne peuvent trancher le débats. Celui-ci doit notamment évaluer les risques, difficultés, intérêts et nécessité d’ accepter la Turquie pour les européens, pour le projet européen. Puis intégrer cela dans la vision et les volontés de chacun.

2La Turquie comme élément d’insécurité pour les autres membres si elle adhère :

  • Les frontières de l’Europe seraient alors avec des zones instables et dangereuses, celles du Jihad…

  • Bouleversement de la donne politique et économique : poids important de la Turquie au détriment des anciens pays, immigration massive, délocalisations.

  • Argument de la sécurité intérieure : ce serait un pont vers l’Europe pour les islamiste

  • Toute évolution constitue souvent un risque. Il faut parfois savoir le dépasser, le prendre. Car pour la Turquie, les peurs sont grandes, irrationnelles et pour beaucoup mal fondées. Il y a des inquiétudes légitimes, mais qu’il faut analyser sereinement, sans s’arrêter aux réactions, aux émotions, qui sont par ailleurs souvent manipulées. C’est la contrepartie de l’espoir et des gains.

3L’adhésion de la Turquie serait un danger, un frein pour la construction d’une union politique :

  • Il faut délimiter l’Europe pour ne pas diluer ce projet dans un vaste ensemble sans harmonie ni autre intérêt que le libre-échange. L’entrée d’un nouveau pays va encore complexifier les prises de décisions, not à l’unanimité. Elargir si loin si vite nuit à la construction politique de l’Europe au profit de son seul volet économique.

  • Plus difficiles de se mettre d’accord. De plus les institutions seront à revoir…

  • Laisser le temps de digérer les dernières adhésions. De plus implique un effort financier.

  • C’est certainement pour moi l’argument le plus puissant des opposants à l’entrée de la Turquie, qui m’a fait un moment me rallier à leur opinion. C’est là qu’il y a le plus de travail à fournir, de volonté et d’ambition à soutenir. La construction européenne n’est pas une fatalité, il y a différentes manières de la faire et de s’y investir. De nouvelles difficultés surgissent à chaque avancée, il faudra les surmonter, voire les retourner à l’avantage de la construction européenne.

II Des éléments qui plaident pour l’acceptation de la Turquie dans l’UE :

  • Après 40 ans d’espérance et de promesses, on le leur doit, sinon ils se détourneront de nous.

  • Les efforts qu’ils font sont importants, l’Europe est ici un formidable vecteur de démocratie

  • C’est la relance du projet européen, son achèvement qui se poursuit. C’est l’Europe qui progresse, qui devient plus puissante.

  • Il est important que l’UE ne soit pas vue comme un club chrétien, ce qui en ferait d’autant plus une cible pour des islamistes. Et encore plus si on rejette la Turquie. Elle ne peut plus faire office de zone tampon. Avec nous, ou malheureusement furieuse et nourrissant des envies de revanche…

  • Importance stratégique du pays : eau, pétrole, positionnement. Cela donnera une légitimité plus grande encore à l’Europe pour intervenir là-bas.

  • Acceptation du multiculturalisme, c’est aussi affirmer que la religion n’est pas une barrière. Message fort pour les communautés immigrées, au-delà des Turcs, en Europe.

  • Ouverture d’un nouveau marché, en expansion, et à une économie dynamique. Les délocalisations inévitables se feront alors plus en Turquie et moins en Chine… Avec le vieillissement de la population, une immigration massive (raisonnable) est une partie de la solution

Donc plutôt oui, certes c’est un risque à prendre, comme toute action politique, mais c’est nécessaire et plein de possibilités , porteur du rêve européen.

Cependant, au delà, cela pose la question de qu’est ce qu’est l’UE, quels sont les objectifs à atteindre, et jusqu’où ? Car il me semble qu’on ne peut garder sa force au projet en avançant trop vite, trop loin.

Critères : continuité géographique avec espace européen, volonté des deux parties de s’associer, acceptation du droit européen actuel, acceptation et compatibilité avec ensemble de valeurs et d’objectifs, communauté d’intérêts.

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