La confusion de sa stratégie présidentielle ne prédispose guère Mme Royal à guider le PS vers la social-démocratie.

Comme cet auteur je pense que la social-démocratie, le socialisme du réel, n’a pas été vaincu car il n’était pas représenté. Je serrai plus nuancé, Ségolène Royal a marqué des volontés dans le bon sens parfois, mais elle ne représentait rien de cohérent du fait des inspirations contradictoires, des hésitations, des insuffisances. Et le PS y a sa part de responsabilité.

Par contre la social-démocratie ce n’est pas qu’une acceptation de éréformes » qui sont des durcissements du rapport social souvent au détriment des plus faibles, c’est une méthode, une visions où la réforme et le compromis existent, mais qui nécessite aussi une vision cohérente d’ensemble. Cela ne signifie pas abandon de nos proccupations sociales ou de nos réflexions critiques sur le capitalisme tel qu’il est.

(Libération, 10/05/2007)

La campagne de Ségolène Royal était trop confuse pour se réclamer réellement du modèle scandinave.

La social-démocratie n’a pas été vaincue

La social-démocratie est une méthode de gouvernement au service de valeurs sociales. Elle n’a pas été défaite parce qu’elle n’était pas représentée. Obnubilée par une utopie d’inspiration marxisante, la gauche a longtemps été incapable de cerner le réel. Dans un premier temps de sa campagne, Ségolène Royal a donné le sentiment qu’elle entendait sortir enfin la gauche de l’impasse dans laquelle elle se trouvait engluée. Mais un projet cohérent et clairement exprimé pouvait difficilement séduire simultanément les différents courants de son parti, et a fortiori les électorats de l’extrême gauche et de M. Bayrou.

Leur réussite repose sur une réforme continue. Les partis de gauche et les syndicats acceptent clairement l’économie de marché, quitte à l’adapter en permanence pour la rendre à la fois plus efficace et plus juste. Les gouvernants comme les partenaires sociaux scandinaves ont conscience que tout système social sécrète immanquablement des abus et des perversions qui risquent de le détruire, s’ils ne sont pas systématiquement contrecarrés. De manière générale, ces réformes sont discutées et élaborées par les partenaires sociaux, avant même d’être soumises, le cas échéant, au vote des députés. Les sociaux-démocrates comme les partis dits «bourgeois» n’hésitent pas à procéder à des réformes profondes, réduisant drastiquement, par exemple en Suède, le nombre de fonctionnaires et menant une politique visant à diminuer la dette publique. En septembre dernier, la coalition qui est parvenue au pouvoir a annoncé et commencé à mettre en oeuvre des réformes importantes, notamment une réduction des allocations chômage, et celle de leur financement public, afin d’ «augmenter la motivation à trouver du travail», alors même que la règle de fortes réductions des indemnités en cas de refus répétés d’un nouvel emploi est depuis longtemps en vigueur. Les syndicats sont clairement hostiles à ces mesures. Néanmoins, si des manifestations importantes ont été organisées, le principal d’entre eux, LO, s’est refusé d’utiliser la grève comme moyen de protestation, son vice-président déclarant qu’ «il faut respecter un gouvernement démocratiquement élu».

On voit à quel point Mme Royal est loin du modèle scandinave et notamment de la flexisécurité dont elle se réclame, en particulier quand elle stigmatise la règle proposée par Nicolas Sarkozy de sanctionner les chômeurs qui refuseraient plus de deux emplois consécutifs. Des mesures inspirées par la flexisécurité ont déjà été adoptées en France à plusieurs reprises, par exemple avec le Pare mis en oeuvre en 2001, qui prévoyait une obligation de recherche d’emploi pour le chômeur. Chaque fois, ces mesures ont avorté faute de faire aller de pair, en pratique, les avantages concédés (augmentation des indemnités de chômage en particulier) et les règles qui devaient en constituer la contrepartie. Ce ne sont pas les vagues projets d’accompagnement des chômeurs annoncés par Mme Royal qui peuvent compenser l’absence de règles précises. De même, Ségolène Royal a tourné le dos à la logique sociale-démocrate en refusant de se prononcer sur une suppression progressive des régimes spéciaux de retraites ou en s’en tenant à des propos confus sur la dette publique.

Un projet électoral exigeant ne peut être appliqué que s’il a été clairement formulé et si les électeurs ont pu se prononcer en toute connaissance de cause pour ou contre lui.

Auteur de Norvège : avantages et aléas de la cohésion sociale, Etudes du Ceri, nov. 2006.

Par André GRJEBINE

QUOTIDIEN : jeudi 10 mai 2007
André GRJEBINE directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences-Po.

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