Pour sauver la France : le complot de l’ouverture… (1)


Début février 2007, Eric Besson réunit chez lui une assemblée nombreuse. Parmi celle-ci, de nombreux cadres du parti socialiste, mais aussi des anonymes. Des gens qui comptent, souvent, qu’il a rencontrés lors de ses expériences passées, à Vivendi, dans le monde politique ou les dîners en ville.

1 Eric Besson exècre Nicolas Sarkozy.

Son style cavalier, prétentieux et populiste, sa politique qu’il juge inefficace et dangereuse. Quelques semaines auparavant, il a dirigé l’élaboration d’une critique du sarkozysme, où il qualifie celui-ci de «néoconservateur américain avec un passeport français». Encore s’est-il modéré.

Eric Besson est un visionnaire. Il a lu ce qui allait se passer, et il a peur. En économiste, il pressent les dangers portés par les ambitions contradictoires du chef de la droite. Mais au delà, il s’inquiète pour la cohésion sociale, la stigmatisation de ceux qui galèrent, des banlieues, l’ adoration pour l’argent et la société de consommation que l’on peut déjà déceler chez Nicolas Sarkozy.

Le fondement laïque de la société, l’engagement européen, la réelle prise en compte de la révolution écologique, de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie… Tout cela sera balayé par un chef de l’Etat qui veut tous les pouvoirs. Jusqu’ à où ?

Mais Eric Besson a vu aussi, en ce début de campagne, que la gauche est trop faible.

Trop éclaté, mal préparé à cause des années perdues autour des tiraillements européens, des enjeux de personnes et de courants, le PS s’est coupé des idées nouvelles, de l’actualisation permanente de son projet. Il ne dispose pas des outils qui permettront de traduire la complexité du monde en programme, d’imposer l’ordre du jour aux médias. Sur de nombreux points, le PS n’a pas tranché, on ne connaîtra pas les réponses avant la présidentielle, il le sait.

Au delà, le parti a choisi Ségolène Royal. La réconciliation post-référendaire a nécessité une synthèse molle, sur un projet trop rapidement élaboré, fruit de consensus contradictoires. Sans leader, avec des réponses fragmentées, des rancoeurs accumulées, beaucoup auraient pu être candidats par défaut… Ségolène Royal a senti l’opportunité, l’appel du vide, et a tenté avec brio son coup médiatique, fait de propositions iconoclastes et divergentes, de dénigrement du parti pour mieux coller à l’opinion publique, de vraies thématiques innovantes aussi.

Et l’opinion publique a choisi, sans vraiment savoir, mais en espérant beaucoup, face à une droite paradoxale et parfois dure.

Eric Besson n’avait pas fait ce choix là. Il avait des craintes, rapidement confirmées. Après une exposition médiatique formidable, l’attrait de la nouveauté et de la possibilité d’une femme à la tête de l’Etat, les sondages ont lentement déclinés. Elle sera une candidate de transition, qui a apporté de l’innovation, une volonté de rénovation des pratiques et des idées, qui a donc été utile, mais qui ne pouvait pas l’emporter.

Pour le brillant analyste, point besoin de ces études, pour avoir déjà plusieurs mois d’avance. La situation lui paraissait sans issue, et il ne voyait plus de solutions immédiates. La désignation avait eu lieu trop tard. Les débats participatifs, concept intéressant, auraient du avoir lieu pendant la construction du projet. Enfin la candidate n’ayant pas digéré la campagne interne, se privait largement des ressources du parti, l’empêchait de s’organiser face aux attaques, et agaçait l’opinion par certaines déclarations, hésitations…

Eric Besson avait partagé, depuis plusieurs semaines, ses inquiétudes, avec de nombreux camarades. Ils décidèrent de créer un club informel : les Gracques. Ceux-ci, voyant la défaite comme inéluctable, souhaitaient élaborer un plan pour sauver le pays, sans aller contre la démocratie. Pour certains cela passait par une grande alliance contre l’UMP, avec François Bayrou notamment.

Mais Eric Besson savait aussi que cela ne fonctionnerait pas. François Bayrou avait ses ambitions propres. Les militants des partis n’y étaient pas prêts. La réalité du danger Sarkozy, souvent invoquée par le verbe, n’avait pas pénétré le coeur de la société.

(suite)

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