Quel doit être le positionnement du PS vis à vis du modem ?


1 La pratique nouvelle et décomplexée d’alliances municipales avec le modem

Une alliance avec le centre a longtemps constitué un tabou au PS. Cela n’a jamais empêché quelques coopérations locales marginales, ou même au gouvernement avec Michel Rocard.
Mais une alliance plus globale était honnie par une partie du parti, qui pouvait accuser l’autre d’avoir ces idées tendancieuses, pour tenter de la disqualifier.

Cependant, en un an, la tendance a changé radicalement.
L’évolution du modem est la principale raison de ceci, ainsi que son poids relatif qui a augmenté tandis que les autres partenaires traditionnels du PS s’affaiblissaient. Il apparaissait beaucoup plus nettement comme une des condition de la victoire de la gauche.

Auparavant, le combat mené en commun pour le oui au moment du référendum avait pu mettre en évidence des accords partiels sur le fond. De même que chez les partisans du rejet du texte des affinités s’étaient créées, par delà les socialistes.

Ainsi le discours stigmatisant s’est affaibli, libérant des volontés plus anciennes. Certains déjà souhaitaient pouvoir choisir plus librement leurs partenaires.
Exclure une alliance au centre, c’ était souvent exclure une autre voie que la gauche communiste ou radicale. C’était donner à un partenaire potentiel la qualité d’un partenaire nécessaire, en position d’imposer certaines de ses propositions que nous n’aurions pas acceptées sinon.
La possibilité d’alliances avec le modem, sans devoir être une nouvelle obligation, donne plus de marge de manoeuvre au parti socialiste. Surtout demain lorsque des choix pourraient devoir se faire entre modem et lcr.
Ce mouvement a ainsi été initié par Ségolène Royal à la fin de la campagne présidentielle, de manière un peu précipitée, personnelle, et sans réussite, et cela se prolonge aujourd’hui au niveau local. De nombreux candidats, souvent proches de SR ou de DSK, (ou par l’intermédiaire du parti radical comme à Blagnac à côté de Toulouse), mais pas seulement, ont accepté des alliances avec le modem dès le premier tour (Roubaix, Dijon, Grenoble, Montpellier, et en partie Lyon et Bordeaux pour les plus grandes villes), ou alors au second.

Cela a fait raler les communistes et les emmanuellistes (sans parler des alters-révolutionnaires…), mais a pu participer à la victoire de la gauche dans certaines villes, y enclancher des dynamiques favorables, déjouer les attaques en « sectarisme » portées par la droite qui n’aime pas la politique.

Le bilan de ces démarches est cependant mitigé. Les ralliements d’entre deux tours n’ont pas paru décisif. Les accords mieux préparés dès le premier tour ont sans doute été mieux suivis par les électeurs, mais cela a parfois profité à des candidats de gauche alternatifs. Les électeurs du modem persistent à se partager entre droite et gauche au second tour, à quelques pourcentages près qui suivent la consigne.
Pour autant, ces petits arrangements locaux ne sont pas neutres. Il s’agit d’une reconfiguration importante du paysage politique, qui est porteur de risques comme d’opportunités.

2 Risques et opportunités pour le PS

1 Nos positions sont elles compatibles sur le fond ?

C’est une question préalable qu’il faut évidemment se poser. Idéologiquement pouvons nous nous associer avec un parti du centre ou du centre gauche comme avec les partis de la gauche plurielle ? Doit-on poser les mêmes exigences vis à vis du modem que face aux autres alliés traditionnels ?

Au niveau local il est souvent apparu que notre appartenance à la gauche, aux valeurs de partage et d’émancipation que cela signifie, ne nous empéchait pas de nous entendre avec ceux qui sont aussi, avec nous, des démocrates réformistes européens. Nous pouvons donc avoir à travailler avec les partis qui nous entourent, notamment dans une logique de second tour, où des coalitions se forment sur un projet.

En fonction des situations locales, nous nous sommes mis d’accord sur la démocratie de proximité, sur le développement durable, voire sur une politique sociale de l’habitat.

Mais l’hétérogénéïté de ce parti, au centre des systèmes de valeurs gauche-droite qui structurent toujours la société assez largement, fait quaucune position générale n’est pour l’instant possible.

Lorsque les circonstances locales font que les projets et les valeurs sont convergentes, sans que cela n’oblige à un affadissement ou à des renoncements porteurs de déception, les alliances sont donc possibles. Celles-ci peuvent même apporter des éléments de pluralité et de crédibilité ou une plus grande diversité dans les équipes.
Ce n’est pas le cas partout, en fonction des équilibres locaux dans les divers partis.

Les mêmes conditions pourraient être posées vis à vis des autres partenaires.

2 Comment le PS doit-il réagir face aux alliances variables au niveau local ?

Quelles sont les conséquences pour le PS de ces alliances fluctuantes au niveau local, ici avec le modem, là avec la gauche plurielle, voire ailleurs demain avec le parti anticapitaliste de Besancenot ? Les différences de tendances du PS local, accentué par les alliances conséquentes, pourraient créer des logiques de différenciation forte et croissante du parti selon les lieux. La cohésion idéologique nationale du parti pourrait être plus difficile à maintenir, ainsi que sa lisibilité.


Faut-il homogénéïser les pratiques, ou respecter la détermination locale tout en veillant à maintenir la cohésion nationale par le débat, la délibération et les choix collectifs ?

3 Ne prend-on pas le risque de renforcer un concurrent, voire couver l’oeuf du dragon qui demain nous terrassera ?

Bientôt ces questions seront sans doute plus vives si se crée à notre frange un Links Partei à la française autour de Olivier Besancenot, qui pèsera sur nous comme sur le SPD en Allemagne. Dans une perspective de refondation de la gauche, le PS pourrait avoir comme partenaires alternatifs le centre(-gauche ?) et la gauche radicale. Je pense qu’ en effet celle-ci ne restera pas sur une position de refus de responsabilités, notamment au niveau local.

Certains communistes nous rappèlent, mélancoliques, que Mitterand a étouffé le PC en s’alliant avec lui alors que le PS était moins puissant. « Voilà ce qui va vous arriver si vous acceptez ». Si les situations ne sont pas les mêmes, la méfiance doit effectivement être présente, dans ces alliances entre concurrents.

Lorsque Henri Emmanuelli Ou Jean-Christophe Cambadelis, après bien d’autres, se demandent en quoi nous devrions aider le modem a exister, alors que son projet présidentiel était précisément de nous devancer, de nous briser (et qu’en sera-t-il la prochaine fois), ils ont raison.

En effet, ces alliances permettent au modem d’avoir des élus, une forme de reconnaissance. Demain si à nouveau notre candidat ne convainc pas une partie des sympatisants socialistes, il y aura moins de barrières à un vote modem, d’autant plus s’il y a une alliance dans leur ville. A l’inverse, ces dirigeants qui travailleront ensembles dans les villes peuvent ancrer le modem au PS, lorsque des choix de second tour devront être faits, y compris au niveau national.

La situation ubuesque que l’on a connue lors de l’élection présidentielle ne sera plus possible : Bayrou, candidat de la droite, antilaïque et ultralibéral contre lequel tractaient les militants, est devenu en une semaine un partenaire dans la défense de la république, potentiel premier ministre, avec lequel étaient désormais constatées de larges convergences. Ridicule.

La méfiance est également la position de nombreux réformistes, qui pensent que c’est le PS qui doit aussi incarner cette rénovation, cette crédibilité, cette alternative, sans abandonner une partie du positionnement au modem, dans ce qui serait une tacite répartition des segments électoraux… L’émergence d’un parti de centre gauche au dépend du PS serait un recul de notre influence, alors que nous avons vocation à l’élargir.


4 Le PS et le Modem sont confrontés à des dynamiques concurrentes :

En effet ce qui est vrai en terme d’idées et d’électeurs se retrouve aussi pour les militants.

Il y a donc effectivement un risque tactique évident à conforter et légitimer le modem comme partenaire potentiel de la gauche, si nous arrivons en situation de faiblesse aux prochaines élections. Il faut donc mesurer les avantages d’une alliance à chaque fois.

On constate l’émergence d’un nouveau vivier de sympatisants politisés qu’il s’agit d’attirer.

Alors qu’ auparavant la séparation avec les autres partis à droite du PS était nette et franche, se crée dorénavant, dans les deux sens, un ensemble de sympatisants qui hésitent et peuvent être plus exigeants sur le fond comme sur le fonctionnement.

Déjà lors du second tour des législatives, le vote modem du premier tour a permis de faire voter à gauche au second des personnes plutôt de centre droit, servant de pont. Tout comme sans doute, un vote Bayrou au premier tour de la présidentielle a pu aussi permettre à certains déçus de la gauche d’oser le vote Sarkozy au second.

Nous devons donc gagner cette dynamique des fluides politiques. Cela brasse, renouvelle, rajeunit, consolide pour les débats et combats de demain.

On retrouve une partie des adhérents à 20 euros du PS aujourd’hui au modem.

Mais demain en fonction des dynamiques, une partie de membres passés par le modem rejoindra le parti socialiste.

En effet, le danger que fait peser le modem se situe également à ce niveau : l’émergence d’un mouvement est une aventure, un projet tentant, une dynamique. L’espoir est grand chez tout ces nouveaux militants, qui pensent créer une structure sans avoir à s’embarasser d’élus, de conflits anciens. La réalité est moins simple, mais une volonté et un espace de création politique subsiste. Il est ainsi intéressant d’aller lire les débats sur les statuts qu’ils mènent, tout semble possible. Cela souligne également nos déficiences, qui ont fait fuir beaucoup de récents camarades…
Ainsi cela attire là-bas des électeurs ou militants qui auraient, pour une part, tout à fait leur place au PS.

Cela a aussi une incidence en terme de rapport de force interne au PS. Le risque peut notamment être d’attirer là-bas des énergies et des voix qui manqueront en interne à certains, alors que le parti est en pleine recomposition. Certains, qui sont las du fonctionnement interne ou déçus de certaines orientations, peuvent se diriger vers le modem, plutôt qu’adhérer ici pour contrer ce qu’ils perçoivent comme une menace ou faire évoluer les choses…

Il faut donc rendre notre parti, notre sensibilité, attractifs, en améliorant notre image extérieure par une meilleure communication, par un vrai travail sur le fond qui rende un appétit intellectuel pour les échanges dans notre parti et nos propositions, en développant les associations « cousines », nos publications et évènements propres.

Conclusion

Le Modem apparaît faible et décrédibilisé suite aux élections municipales, sur lesquelles il n’a pas réellement pesé. Pourtant un espace existe encore pour lui, il faut donc continuer à réfléchir à notre positionnement vis à vis de ce mouvement.

Si des accords sont désormais envisageables sur le fond dans certaines conditions, les alliances ont donné des résultats mitigés, notamment lorsqu’elles paraissaient factices. Il s’agit donc d’un choix tactique qui n’est ni exclu, ni évident. Ceci d’autant plus que le Modem reste un concurrent qui veut prendre notre place ou nos électeurs. Notre but n’étant pas de le renforcer -nous ne nous résignons pas à l’existence temporaire du Modem « sur nos terres » laissées en jachère- les alliances doivent être bien pesées.

Sans doute pouvons nous alors envisager des accords, mais sans être dupes ou naïfs. Plus largement il ne faut pas sous-estimer le risque de dillution de la politique dans le centre, tendant à laisser penser que finalement les grandes orientations se valent, que les projets sont importants sans s’interroger sur les valeurs.

Ainsi Bertrand Delanoë avait raison lorsqu’il affirmait que des accords étaient possibles à Paris, mais seulement si le modem a la cohérence de faire un pas vers le PS, notamment en affirmant que dans cette situation « la droite et la gauche, ce n’est pas pareil ».

Il ne faut pas abandonner tout préalable qui laisserait penser qu’il n’y a pas de différences entre nos deux partis. C’est donc bien dans le cadre d’alliances maîtrisées entre partis, et non pas dans la négation des différences, que des accords peuvent avoir lieu.

Cette restructuration du centre peut donc être un risque comme une opportunité pour le PS, et plus particulièrement pour les sociaux-démocrates et réformistes.

Pour répondre aux besoins qu’expriment ceux qui s’adressent au Modem, le Parti Socialiste doit proposer une rénovation de son fonctionnement et un projet fort.

Nous ne devons plus laisser cet espace libre, celui de vrais réponses efficaces et d’une vision cohérente d’un projet de société émancipateur et solidaire qui nous positionnera en pôle attirant le centre gauche comme la gauche radicale. C’est être pour tous une perspective crédible de gestion efficace et d’amélioration de la situation.

Au delà de l’idéologie, dans son fonctionnement il peut tenter d’incarner un anti-PS, en le caricaturant parfois, mais aussi en pointant de réels dysfonctionnements.

Cela accroit donc enfin l’exigence de rénovation des pratiques au PS, pour rendre un rôle attractif aux militants, dans le débat, dans les processus démocratiques, dans le vivre-ensemble.

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