Ségolène Royal, candidate de transition ?

Sans doute Ségolène Royal a t’elle pu s’imposer fin 2006 car la situation était particulière, bloquée, figée dans l’après-référendum au PS. Elle est apparue, elle a remplie le vide, a semblé ouvrir les fenêtres. Elle portait pourtant au début certains thèmes propres, comme l’environnement, la lutte contre l’insécurité, la décentralisation, voire une vision de la flexsécurité. Elle aurait dit plutôt : « socialisme par la preuve, mise en mouvement de la société et des territoires, nouvelle démocratie sociale et délibérative« .

Je pense que cela a été une candidate de transition, qui aura été le vecteur d’un changement du PS. D’une certaine manière, l’époque l’a utilisée. Sans doute faut-il maintenant autre chose, sans que je ne sache bien quoi.

Elle a été un moment, lors des primaires, d’espoir. Puis de craintes au fur et à mesure de ses bourdes (que ses fans appellent déformations médiatiques) et de certaines prises de positions un peu rapides ou idéologiquement assumées mais auxquelles je n’adhérais pas (carte scolaire, jurys citoyens…).

Ségolène a fait une campagne irrégulière, avec de bons passages notamment avant le premier tour. Elle sera peut-être mieux rodée techniquement, mais ses mécanismes de pensée, sa conception du pouvoir et de la politique ne semblent pas avoir changés.

Quand on voit les résultats des législatives, on constate que le PS fait bien plus, même au premier tour peu favorable que ce qu’il a fait à la présidentielle malgré le vote utile. LE FACTEUR SEGOLENE ROYAL a plutôt pesé négativement que positivement électoralement. Comme le dit Rocard, 47% était le point bas au second tour. Ségolène avait elle-même dit qu’elle assumerait la responsabilité de la défaite comme de la victoire. Paroles de campagnes…

Par contre elle a réussi à mener, contrainte, une partie du renouvellement nécessaire.

Certes de nombreux de ses partisans sont venus, certains sont restés, avec une volonté de changement des pratiques au PS, ce qui est positif, et sur une ligne réformiste et social-démocrate qu’elle a vaguement incarnée, sans constance ni réelle cohérence. Certaines choses ont bougé positivement, ne seront plus les mêmes, il y a un « après » élection 2007, et elle y a sans doute sa part.

Mais au delà du phénomène, sa campagne doit être jugée plus sévèrement je pense. Partie de très haut en terme de popularité médiatique, après un président Chirac usé et désapprouvé, dans une période de tensions et d’inquiétude, elle n’a pas réussie à incarner une alternative crédible à Sarkozy.

Elle partait avec un handicap, qui était le projet socialiste, (j’ai voté contre en tant que militant) incohérent et insuffisant. Il fallait trancher rapidement certaines questions, on ne navigue pas à vue des sondages. Mais souvent elle n’a pas su ou voulu se servir de la matière grise du parti, et mal du parti lui même, sinon comme bouc émissaire de sa défaite.

Comment expliquer le flou sur la fiscalité, l’immigration, le nucléaire ou les retraites, voire l’Europe ? A un moment il faut faire preuve de courage, de constance, et pas seulement d’audace médiatique ou de posture.

Loin de revendiquer une idéologie consistante comme l’était celle de Nicolas Sarkozy, elle a semblé à la remorque de son rival en ne parlant que d’ordre, de valeur travail et de refus de l’assistanat. Les questions économiques et sociales ont semblé lointaines, ou ne relevant que du quotidien difficile. L’impressionnisme, l’incohérence et l’instabilité de son discours économique et social ont fait le reste, face aux propositions extrêmement simples et jamais sérieusement contestées de son rival. Dès les législatives, on a pourtant vu qu’une mesure comme la tva sociale pouvait faire des dégats politiquement.

Sur la manière, outre les difficultés de coordination avec le PS, les changements de ligne, la victimisation, elle a fondamentalement manqué de cap.

Depuis les débats participatifs, idée intéressante dans un processus, mais pas comme aboutissement, jusqu’à récemment son livre ou son émission chez Drucker, elle a navigué entre médiatisation à outrance et charisme affectif. Parfois on a pu penser que le contenu politique n’était plus que programmatique et pragmatique, prétexte à son exposition.

Après l’avoir vu à une émission télé, j’avais écris dans un commentaire une formule un peu excessive, mais qui résume bien ce malaise : « arrêtons d’urgence avec ce pathos, cette politique de l’affection et de l’affliction, de confession et de contrition.  »

Cette personnification mièvre est selon certains de ses partisans une des clefs de la reconquête d’un vote populaire. Mais il ne faut pas le reconquérir en surface, sur des thématique pragmatiques dictées par les sondages. Il y a une bataille politique et culturelle qu’elle n’a pas menée, sauf sur des thèmes comme la république métissée par exemple : la réhabilitation de la politique et de l’individu social, l’explication de l’impôt, l’émancipation qui n’est pas que le pouvoir d’achat etc. Cela a parfois frisé un anti-intellectualisme populiste qui m’a beaucoup gêné.

On pourrait encore ajouter le procès en machisme qui est fait aux détracteurs de Ségolène Royal, qui a pu être épisodiquement justifié, mais qui est devenu une arme de défense politique. Enfin, pas vraiment politique, plutôt médiatique et de comm’, vu qu’il s’agissait alors de rompre le débat et de ne pas aller sur les questions de fond
Un des meilleurs exemple : Quand un journaliste du New York Times lui demande en gros quelle sera sa politique étrangère, elle répond de manière offusquée : « Auriez-vous osé poser une telle question à un homme ? », et refuse de répondre sur le fond. Le journaliste en est resté interloqué car en effet il avait certainement déjà du poser des dizaines de fois la même question à des hommes politiques.

Depuis la défaite, tout cela ne semble pas avoir changé. On pourrait même dire qu’elle s’est réfugié dans ses travers les premiers mois.

Refusant de reconnaître sa défaite, elle s’appuie sur ses 17 millions d’électeurs, en oubliant les règles élémentaires de mathématiques, pour chercher à s’imposer par inertie au PS. Elle oublie qu’il aurait fallu plusieurs millions de voix de plus pour l’emporter, jamais l’écart en voix n’avait été aussi grand avec la droite. Car si on regarde en pourcentage, ce n’est pas très bon. Surtout quand on sait que les électeurs ont surtout votés contre Sarkozy… De même avec les 60% des primaires, bien réels, mais dans un autre contexte.

Elle réagit toujours en se victimisant, avec la démocratie participative et les sondages comme outils de communication. Elle a réaffirmé l’incohérence comme principe politique : « prendre le meilleur de Bayrou à Besancenot », ce qui est séduisant en théorie, aberrant sur le fond.

Pour autant, sans doute sa ligne s’affine t-elle aujourd’hui, certains de ses proches sont parfois intéressants, Peillon, Sapin, Collomb, ou encore certains intellectuels ou spécialistes qui la cotoient. Sans doute sa motion sera t-elle clairement sociale-démocrate, travaillée, intéressante. Ou pas… Sans doute nous retrouverons nous contre les conceptions guesdistes ou conservatrices du PS, ou dans la volonté de rénovation des pratiques (cumul des mandats, ouverture au débat), mais cela sera difficile.

Manquera sans doute une cohérence de vision et pas seulement programmatique, un réajustement nécessaire de sa vision du pouvoir et de la politique, ainsi que des questions sur elle, sur ce « one shot », comme dit Valls, qui s’installe. Et ce passif toujours présent en nous, une mauvaise expérience qui crée comme une forme de répulsion… Il faut savoir s’en détacher, mais faut-il oublier ?

Publicités
Explore posts in the same categories: Chez les socialistes de la présidentielle 2007 au congrès de Reims

Étiquettes : , , , , , ,

You can comment below, or link to this permanent URL from your own site.

4 commentaires sur “Ségolène Royal, candidate de transition ?”

  1. asse42 Says:

    D’abord merci pour l’invitation:) Merci pour ton analyse directe qui symptomatique d’une réflexion que se font une partie des adhérents socialistes et notamment la soc-dem.
    Car vous ne comprenez pas ségolène Royal et sa vison. Elle n’est pas charpentée sur une idéologie mais sur des valeurs. Ce qui peut amener les tenants d’un discours construit à la DSK à ne pas comprendre les tenants et les aboutissants de sa politique et de la faire paraitre comme était touffue voire floue. Ce n’est pas le cas!

    Tu fais dans ton analyse une critique que nous faisons aussi: « mais pourquoi n’a-t-elle pas parlé de ça ou de ça ».
    Ségolène Royal a parlé de beaucoup de choses, énormément même, et qui touchent au quotidien des français mais elle n’est pas rentrée à fond dans des sujets importants comme la fiscalité par exemple. Je crois qu’une explication est le manque de temps de sa propre préparation. Elle n’a pu abordé le fond de tous les sujets. Il y a aussi l’environnement médiatique qu’on ne peut nier. pendant que l’autre intervenait à la TV du midi au soir, elle n’était pas en place dans l’opinion comme étant un leader future donc son message se noyait dans la masse. Elle n’a eu que 6 mois pour tenter de convaincre les français pendant qu’en face il a soigneusement préparée sa candidature à la télé pendant 5 ans. Vrai ou faux?
    Enfin elle n’était pas en situation de dominer son parti ce qui a crée des complications internes dans le cheminement des idées validées par les uns, dénoncées par les autres. Ce n’est pas l’idéal pour convaincre un pays que de constater que son propre camp n’est pas uni derrière elle. Ca met incontestablement un doute.

    Sur le fond je ne suis pas d’accord avec toi. Je crois que la vision de ségolène Royal nécessite des explications et de la pédagogie parce que tout se tient. Quand on l’interroge sur la délinquance des jeunes elle ne peut faire l’impasse sur l’éducation, le soutien scolaire, les services publics, la lutte contre les discriminations, la police de proximité… Et c’est dur dans des médias zappeurs de faire passer ce message. Les français veulent du tout cuit (pas tous!;) et beaucoup aiment les formules toutes faites comme travailler plus pour gagner plus qui est une ineptie démagogique mais qui a été promptement relayé par les médias comme étant la défense de la valeur du travail alors que c’est tout le contraire. On a contesté cette mesure dans les médias! Mais comme ceux-ci ne relayaient pas notre fond on n’a jamais percé le mur médiatique! Car notre fond n’était visible que lorsque l’on se rendait en personne dans les médias autrement ce n’était que propagande pour la maison d’en face.

    Je ne t’expliquerai pas ici la totalité de la vison de ségolène Royal mais je lui sied gré d’avoir installer dans l’esprit des gens le respect militants et citoyens avec la démocratie participative. Ca aussi ça été dur à faire admettre par les médias qui l’ont raillée avant de commencer à comprendre.
    Et enfin notre message a été pollué par la médiatisation UMPiste des fausses bourdes de Royal. je ne m’apesantirai pas sur la bravitude, on en pense ce que l’on veut. Moi j’aime plutôt mais je ne suis pas objectif!;-) Mais il me semble que ce n’est pas bien grave.
    Mais peut-on croire qu’elle a laissé traiter Israël de nazi sans réagir? Peut-on croire qu’elle est allée en Chine faire l’apologie de la justice chinoise? Peut-on croire qu’elle a appelé à l’indépendance du Québec ou de la corse!? Peut-on croire que tous les politiques savent tout sur tout et notamment combien on a de sous-marins nucléaires en mer? Sarko ne s’est-il pas trompé lui aussi? L’as-tu entendu relayé dans les médias? Non?

    Alors ceci explique la campagne que nous avons vécu. Nous avions avec ségolène une politique qui souhaitait parler de fond, de débat d’idées (toujours repoussé par sarkosy), qui aurait aimé faire plus démissions politique pour développer sa vision d’avenir aux français mais elle s’est heurtée au dogme médiatique qui est que pour percuter l’esprit des gens il faut faire court! Ce qu’elle n’a pas su faire ou tant bien que mal. Et pourtant je souhaite qu’elle n’abandonne pas cette volonté pédagogique d’expliquer sa vision politique car c’est cela qui convaincra fortement les français de la suivre. Et pour nous les idolâtres!:-), c’est cela qui nous a convaincu en elle. Sa vision d’avenir de la société, de l’Europe et du monde. Donc elle n’est pas que de passage, au contraire!, elle va maintenant se consacrer à prendre une dimension nécessaire dans le pays pour être à armes égales avec le sarko. Armes égales dans la présidentialité, la crédibilité. C’est la condition sine qua non pour la voir gagner en 2012 pour le bien du PS, de la gauche, du progrès et du pays.

    Amitié socialo-ségolèniste.

    PS: Si tu souhaites prolo,nger cette discussion et me contacter:
    fabrice.asse42@gmail.com

  2. le petit grognard Says:

    « Comme le dit Rocard, 47% était le point bas au second tour. »

    Faux. Si ça n’avait pas été elle, nombreux auraient été les centristes « purs et durs » ou même les « centre droit » qui n’auraient pas voté PS… Rapelle toi, j’en avais fait un billet que tu avais lu, je crois.
    Bonne route à ce blog et j’espère que tu y prendras du plaisir

  3. janirah Says:

    Oui mais cela s’équilibre avec ceux qui n’ont pas pu voter pour elle, de centre gauche, de centre droit, ou d’extrême gauche malgré la « menace » Sarkozy.

    D’ailleurs au dela des militants politisés, il y a une grande partie fluctuante de l’électorat, qui a peu à peu douté de ses compétences, de son projet, de sa ligne…

    Ca aurait pu être pire aussi, mais quand on voit les élections suivantes on voit que ce n’est pas le parti qui a été sanctionné, mais bien le projet et celle qui le portait..


  4. […] pu faire un bilan de Ségolène Royal, il y a quelques mois, très critique, mais qui se terminait sur une interrogation. Je fais parti […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :