Quelles motions, quel congrès ? Panorama du PS aujourd’hui.

En fonction de quoi se ferront les majorités, les oppositions ? Plusieurs éléments entrent en compte.

  • L’idéologie

On pourrait penser qu’il y a un affrontement idéologique qui structure réellement le parti. Ce serait celui des socio-démocrates réformistes contre les guesdistes tentés par une stratégie radicale, voire l’émergence d’un LinksPartei à la française.

Mais ceux-ci ne représentant plus pour le moment un poids significatif, d’autres divergences qui auraient pu être subalternes sont devenues essentielles.

Je ne saurais le dire mieux que Jean-Christophe Cambadelis :

Les divergences dans la gauche se sont contractées. Elles n’ont plus la force fondamentale des divergences que nous connaissions dans le passé, par exemple, sur la nature du socialisme. Tous les responsables socialistes dans leur collectivité ont une pratique disons «social-démocrate ».

C’est la raison pour laquelle les divergences s’étaient évaporées, les questions de personnes ont malheureusement tant d’importance.
Les vraies divergences se sont déplacées, de la nature du socialisme au moyen de le promouvoir : Le choix des priorités, la nature des alliances, la sélection des dirigeants, la fonction partisane.

Bien sûr cela compte encore, Mélanchon d’un coté et Valls de l’autre peuvent incarner un courant clairement défini idéologiquement. Mais entre les autres, si des différences existent, chacun d’entre nous à son identité politique propre, elles ne sont plus qu’un élément parmi d’autres.

  • Le fonctionnement du parti, ses alliances, son leader :

Alliances avec le Modem ou pas, présidentialisation, proportionelle, primaires… Choisir tout de suite un leader, ménager un temps de réflexion commun, comment faire pour que son leader ait le plus de chance…

Tout ceci est un mélange de réelles options politiques, et de tactique politicienne. Il y a bien différentes options présentes entre ceux qui ne souhaitent pas qu’il y ait un choc prématuré et destructeur des présidentiable (car ils jugent cela dangereux et contreproductifs ou car leur candidat n’est pas en position), comme les reconstructeurs, Moscovici, Dray et les autres. Ceux qui au contraire pensent qu’il faut un chef aujourd’hui, c’est à dire eux-mêmes, se lancent : Delanoë et Royal s’y préparent.

Le style et la conception de la politique notamment démarquent Ségolène Royal des autres réformistes. Ceux-là se divisent ensuite sur la stratégie voire sur le nom du leader.

  • Le positionnement tactique des motions :

On pourrait voir trois sortes d’attitudes.

Ceux qui souhaitent une motion d’identification, exigeante et claire, sur la ligne comme sur la stratégie et le fonctionnement.

Ceux qui ont une démarche majoritaire, plus floue, “signable par le plus grand nombre”.

Enfin ceux qu’identifie Pierre Kanuty dans son dernier billet :

il y a essentiellement dans ce grand et vieux parti des cadres désireux de stabilité. Ce socle, ce marais ou ce ventre mou des premiers fédéraux qui savent qu’ils font et défont les majorités. Pour le moment on est dans l’attentisme.Ont-ils réellement tant de pouvoir ? C’est une vision sombre d’un parti dépolitisé et féodalisé, que je crains sans la partager totalement. C’est sans doute un reste du vieux parti socialiste que les militants veulent renouveler.

Une fois tout ceci pris en compte, essayons de tracer un portrait schématique du Parti socialiste :

Il me semble qu’il y a quatre visions aujourd’hui au PS. Celles-ci se subdivisent ensuite en chapelles.

Celle des rénovateurs pragmatiques: Royal, Valls : une adaptation globale du parti vers le centre sur de nombreux sujets, avec une grande coalition qui permet également de reprendre des idées « de Bayrou à Besancenot », par segment, programmatiquement et pragmatiquement. Certains portent un social-libéralisme plus ou moins assumé (Gorce, Mignard, Valls), d’autres un centrisme gestionnaire de gauche peu politisé (Collomb), d’autres des modèles plus socdem scandinaves (Peillon, Bianco)… D’autres sont sur une ligne différente, sur une identification personnelle à la candidate.

Certains vont plus ou moins loin dans l’adaptation ou l’alliance avec le centre : occasionnelle, structurelle, organique… Ils peuvent avoir des désaccord sur le style Royal.

Ainsi Valls peut être sur une stratégie d’émancipation et d’affirmation, et finallement ne pas soutenir Royal dont il semble idéologiquement le plus proche, sur des critères de stratégie, de renouvellement, d’exigence sur les textes.

Celle de tous ceux qui se disent réformistes reconstructeurs, veulent renouveler et refonder le parti, mais dans une vision globale et une démarche politique et pas seulement d’adaptation de l’offre à l’opinion. Cela pourrait regouper Aubry, DSK, Delanoë, Hollande, voire Fabius. Ceux-ci sont plus sceptiques vis à vis du centre, car ils ont une vision plus politique, mais ne refusent pas des alliances occasionnelles. Leurs lectures du monde et des réponses à apporter peuvent diverger mais la démarche est proche.

Martine Aubry pointe l’une des différences entre ces deux démarche en disant : “Nous avons un peu abandonné la politique. Nous avons eu l’impression qu’il valait mieux suivre les Français dans ce qui pouvait leur plaire plutôt que de leur proposer une vision de notre société.”

Mais dans ce groupe existent des divergences de stratégie, de personnes, et des nuances de fond, comme illustré plus haut. Ainsi Delanoë tentera sans doute sa chance avec une motion à vocation majoritaire mais à visée personnelle. En face les reconstructeurs peuvent s’unir dans une démarche d’opposition large, ou laisser émerger une ou plusieurs motions d’identification (comprenant une motion SD, ou SD-Rénover Maintenant, avec ou sans Martine Aubry). Les fabiusiens se partageront sans doute entre les reconstructeurs, les légitimistes et la gauche du parti.

Celle des conservateurs légitimistes : Le ventre-mou identifié par Pek. Les nombreux professionnels de la politique pour qui la défense de leur situation personnelle devient aussi important que ce qu’ils pensent. Ils prônent un dépoussiérage de forme, sur un réformisme prudent qui ne s’éloigne pas trop du parti d’Epinay. Ils sont pour une majorité qui ne change pas grand chose, notamment pas les équilibres, les habitudes et les cumuls en place. Leur pesanteur est forte, difficile à mettre en mouvement pour rénover le parti. Ils sont sensibles aux motions majoritaires.

Cependant leur opportunisme peut les pousser à des changements de façade, comme hier le fait d’avoir soutenu Ségolène Royal.

Leur fond idéologique est surtout un fond de tiroir, ils sont les gardiens du temple, incarnent les lieux communs et la doxa socialiste. La motion Hollande-Dray les cibles en partie, mais selon Pek, “Si on revient au texte de Bertrand Delanoë , il ne définit pas de périmètre car ce n’est pas son but. Il s’agit d’un texte « signable » par le plus grand nombre pour donner l’illusion d’une « majorité potentielle ».” Cela peut les intéresser.

Celle de la gauche du parti : néos-guesdistes, mélenchoniens, poperenistes, alter-socialistes. Certains verraient bien une situation à l’Allemande, “die linke”. Certains restent sur de vieux schémas, d’autres veulent une nouvelle réponse à la situation nouvelle, généralement avec l’idée « front de classe » et en refusant toute alliance avec le centre… Ils ont une cohésion idéologique en tant que minoritaires, ils arriveront surement à s’unir, voire à élargir en attirant quelques éléments fabiusiens, conservateurs, ainsi qu’une partie de l’ancien NPS, notamment autour de Emmanuelli et Hamon.

Un schéma illustrerait mieux encore cette situation.

Une conclusion, les forces sont éclatées et les résultats incertains. Sans doute cela peut-il permettre des débats intéressants, en espérant que nous parvenions à éviter une synthèse stérile, ou des déchirements de posture qui laisseraient des trâces…

Analyse réactualisée 4 mois plus tard en septembre

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2 commentaires sur “Quelles motions, quel congrès ? Panorama du PS aujourd’hui.”

  1. reyo38 Says:

    Résumé assez intéressant, qui pourrait être complété progressivement. La question du « marais » pourrait être complétée par celle du poids des élus et de leurs collaborateurs divers (j’en parle à la fin de ce papier : http://www.vienne-isere.net/2008/05/ca-manque-de-souffle/ ).

    Je me demande bien, pour ma part, comment tout cela va finir et à qui je vais bien pouvoir apporter mon modeste suffrage, sachant que je suis intellectuellement proche de « socialiste et démocratie », sans être impliqué dans la vie du courant.

  2. janirah Says:

    La réponse est dans ta question. 🙂
    On tentera de te convaincre, tout cela va se clarifier.

    Bien sûr le poids des élus, le cumul des mandats, sont des questions à poser profondément.


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