Tour de France, le dopage comme norme ?

J’aime beaucoup suivre le tour de France.

Certains ne comprennent pas l’intérêt télévisuel de ce sport, pourtant il y a de vraies stratégies d’équipes, des logiques de courses, en plus de la splendeur des paysages, qui me font vibrer.

J’aime aussi aller les voir passer, on participe à cette grande manifestation populaire, on vibre au passage décoiffant du peloton. Alors que effectivement on ne voit pas grand chose…

La caravane, spectacle gratuit et publicitaire précédant les coureurs ne manque pas d’originalité, de couleurs. Ils lancent de nombreux « cadeaux », souvent inutiles, parfois commestibles, quelques stylos et jeux de cartes aussi. (que vais je faire des 5 bobs skoda que j’ai récupéré ?)

Un bémol, l’aspect écologique : certains coureurs ne jètent plus les emballages dans la nature, c’est déjà mieux. Ceux-ci devraient de toute façon être tous biodégradables. Et 3000 véhicules qui suivent la course, c’est une indécence écologique. Il y a là encore un effort à faire.

Mais derrière tout ceci se niche la question récurrente du dopage… Ricardo Ricco qui se fait exclure, cela ressemble à Rasmussen et Vinokourov l’année dernière…Et cela touche également de jeunes coureurs, ce n’est donc pas une logique de génération.

Que voir, que penser, que dire ? Que faut-il accepter ? Bien que la pratique soit installée, sans doute peut-on espérer une certaine amélioration.

Je pense qu’il y a eu un temps du dopage généralisé, ou ceux qui ne prenaient pas ne faisaient pas les podiums. Donc la plupart des commentateurs seraient dans une hypocrisie généralisée, quand on entend Luc Leblanc, Richard Virenque, ou Laurent Jalabert, ou encore Fignon, on peut se dire qu’ils en savent beaucoup plus… Et que leur indignation surprise est un peu ridicule.

Sont-ils tous dopés ? Difficile à dire. Des spécialistes affirment que ces performances, comme la plupart de celles des sports de haut niveau, ne sont pas possibles sans dopage. D’autres spécialistes, sans doute tout aussi sérieux (leur discours étant plus médiatiquement correct, on les accuse d’être dans des complaisances diverses, un peu facilement, toujours ce goût du complot…) ne sont pas aussi catégoriques.

Bien sûr, le dopage est présent, et ceux que l’on pince n’en sont que l’écume… Pour autant, tous, obligatoirement ? Je ne sais pas. Y’a t-il 10% de dopés lourds, ou au contraire 10% de coureurs propres, et qui ne font pas les podiums ? Sans doute est-on entre les deux, et rares sont actuellement les sportifs qui n’auront rien pris à un moment de leur carrière.

Faut-il accepter ceci, un dopage généralisé, et faire du cyclisme un sport chimibiotechnique ? Sans doute pas, cela serait une forme de jeu avec la santé qui aurait des effets déplorables, cela instillerait encore plus des valeurs du sport dévoyées, et cela couperait tous les liens avec le sport amateur (que la stigmatisation du dopage, même hypocrite, préserve). Cela serait une vision très utilitariste, individualiste, du mythe du choix personnel en matière de santé, o`u seuls ceux qui seraient prêt à sacrifier leur espérance de vie pourraient gagner.

Or, si le constat était fait d’un fléau sans solutions,  invisible et inaudible sinon par ses résultats sportifs, cela serait une solution par défaut, fataliste. Mais sans doute est-ce au contraire un combat à mener, contre cette déviance majeure, contre la triche qui s’est instaurée en règle du jeu.

Mais peut être le cyclisme a t-il 10 ans d’avance sur les autres sports, qui sont moins contrôlés.

On souhaite naïvement que cela change, que cela soit en train de changer… Le fait que des gros poissons se fassent prendre et sévèrement punir est un signal fort à l’encontre des autres coureurs : il y a maintenant un risque réel, l’âge d’or du dopage est terminé. Certains estiment que la bannalisation maximale de la pratique a été dans les années 1980-2000. A l’époque les leaders n’étaient jamais inquiétés.


Aujourd’hui, on peut espérer qu’il y a une volonté de lutter, de sanctionner. Les sponsors, comme des responsables d’équipes ou des coureurs, ainsi que les institutions sportives se sont engagés dans ce combat, et certains veulent de réels résultats. Il y a maintenant un passeport sanguin qui se met en place, des contrôles systématiques et nombreux (c’était le 5eme contrôle de Ricco depuis le début du tour), de vrais enquêtes policières internationales sur les traffics de produits… Il faudra perséverer, avec plus de sévérité encore (on est encore en dessous de ce qui devrait), et il faudrait sans doute permettre de recontrôler les prélèvements dans le futur avec les techniques de pointe.

Pour autant, dans un contexte aigü de surperformance, de compétition exacerbée, de brassage de millions, il y a une tendance à pousser plus loin, à l’amélioration à tous les niveaux. Il y aura toujours un jeu avec les limites, des dopages de fond indétectable, mais il ne faut plus qu’ils faussent le sport jusqu’à en être la principale variable.

Cela pose la nécessité d’une définition du dopage. Il faut clarifier en permanence ce qui en relève ou pas. Car à partir de quel produit est-on dans le soutien, l’entretien, la recherche, l’abus ? (créatine acceptée ici mais pas là…)

Le dopage est finallement une norme produite et acceptée en commun par des instances qui doivent être légitimes. Donc il y a du boulot en matière de lutte, de définition commune de ce qu’est le sport, et donc en creux ce qu’il faut refuser, la course aux records, le dopage…

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7 commentaires sur “Tour de France, le dopage comme norme ?”

  1. Timothée Says:

    J’ai l’impression que le dopage a toujours été la norme depuis des dizaines d’années… moi ça me gave sérieux. Je suis fan du tour aussi. Moi aussi, personne ne comprend pourquoi je peux passer ma journée devant la tv alors qu’il fait beau à regarder des mecs pédalés. Ces toutes ces stratégies qui m’impressionent, la capacité à réagir en fonction de l’effort, c’est un pur kiffe le tour de France! mais depuis des années, ça me gave. Tu es impressioné par un mec comme Rasmussen l’année dernière, et 3 jours après, il est viré. Un mec gagne le tour, tu vas voir le podium des champs, tu l’applaudis, etc… et une semaine apres, on lui retire le titre.
    Il faut être sans pitié avec les tricheurs. C’est triste, mais ce sport est en danger. Soit on suspend les mecs à vie, soit on arrête les compétitions de cyclisme….

  2. Gabriel Says:

    Moi, le tour de France, j’aime aussi… Enfin, surtout les étapes de montagne, la où les mecs sont dans le dur. Quant au dopage et au fameux Ricco… il y en aura toujours; J’ai vu un spécialiste au SOir 3 d’hier ou d’avant-hier, qui disait que le dopage était de plus en plus sophistiqué, élaboré et difficile à déceler. Avec Ricco, on a pu détecter de l’EPO 2ème génération, mais nul doute que l’EPO 3è génération va arriver…

    Tous ces tricheurs, les Armstrong, Ullrich, Basso, Rassmussen, Vinokourov, Landis et j’en passe, ont fait du mal à ce sport. Mais le vélo ets un sport si difficile, et les équipes n’hésitent pas à doper leurs coureurs même lorsqu’ils ont quinze ans, encore et toujours pour les fameuses « obligations » de résultats.

    Je suis persuadé que certains ne se dopent pas. Mais ceux-ci ne seront jamais sur le podium du tour.

  3. Hugues Says:

    Je ne peux rien dire moi que me dope tous les matins pour aller au boulot.

  4. chouka Says:

    Oui mais comme le dopage est une affaire de normes décidées en commun, cela ne t’empêche pas de critiquer les cyclistes : ton dopant, s’il s’agit de café ou de redbull, est légal.
    Et plus largement, le dopage pour aller bosser, s’il peut poser problème, n’est pas dans le cadre de la compétition immédiate et acharnée… (quoi que dans certains cas…) donc c’est un élément subalterne de la relation de travail, et non pas principal comme dans les sports d’endurance ou de force.

    Voila ma réponse de spécialiste es dopage…

  5. Lady Ada Says:

    Salut!
    j’ai déjà eu l’occasion de parcourir ton blog deux ou trois fois (ce qui est louable, je ne parcours jamais les blogs à une exception près), et je le trouve vraiment pas mal foutu, tu abordes les probèmes d’une manière complète et honnête, sans faux-semblants, à travers des articles fouillés…

    Donc, en ce qui concerne le sujet du dopage, j’aurai un avis sensiblement différent…

    Tout le problème du dopage vient de la quête de performance, elle-même indissociable de l’engouement populaire et donc des millions (ou des milliards) d’euros brassés par tel ou tel sport.
    De nos jours, les grands sprotifs ne sont pas juste des sportifs. Ce sont des héros. Ils sont les chevaliers, les gladiateurs et les généraux de notre temps. Ils occupent dans les coeurs de ceux qui les regardent la même place que les grands gladiateurs sous l’Empire romain.

    C’est à cette aune, et à cette aune seulement que l’on peut juger le dopage. Car être un héros n’est pas gratuit : de même que les gladiateurs ou les grands guerriers du passé, les grands sportifs ont la gloire, les conquêtes, les femmes, la fortune… et ils se consument vite avant de mourir, jeunes et seuls, la plupart du temps. C’est ainsi : le choix entre la vie pépère qui nous mène à nos 90 ans anonymes et la vie de gloire qui nous mène à une mort rapide est aussi vieux que le monde.

    Ce n’est pas du pessimisme, juste une réalité : les sportifs ne se dopent pas « à l’insue de leur plein grès », ils connaissent parfaitement les enjeux et l’aboutissement de leurs choix, et le font quand même.

    Car ils sont plus que des sportifs : ils sont nos héros.

    Et tant que des millions de gens continueront à se presser sur le bord des routes pour les acclamer, il sera vain de critiquer ceux qui se donnent les moyens d’être à la hauteur des attente de la foule.

    (et je ne parle même pas de l’aspect technique avec les formes de dopages à venir : autoproduction de dopants, modifications génétiques…)

    Cordialement,
    Lady Ada

  6. chouka Says:

    Ce n’est pas vraiment contradictoire avec ce que je dis. Ils font partie d’un système…
    Mais justement, de ce fait ils ne sont plus nos héros.

    Tout le monde bénéficierait d’une sortie du dopage à long terme, et comme c’est utopique, renforçons les limites morales et techniques, et gardons comme cible un autre sport, y compris dans la haute compétition.

    Le choix entre la mort rapide et la vie longue est absurde, cela ne marche pas. Tous les sportifs ne meurent pas jeunes. Pire, hhors du sport, ce sont les mêmes qui souvent ont des métiers pénibles et mal payés, et une espérance de vie courte…

  7. Lady Ada Says:

    « Mais justement, de ce fait ils ne sont plus nos héros. »

    Ils ne sont plus les tiens…
    Je vois toujours autant de gens massés sur le bord des routes 😉

    « Le choix entre la mort rapide et la vie longue est absurde, cela ne marche pas. Tous les sportifs ne meurent pas jeunes. »
    Oui, mais combien de grands sportifs, de ceux qui furent des héros en leur temps, finissent leur vie jeunes, ou obèses, ou parkinsoniens à 40 ans? (je veux dire : le grand sportif a infiniment plus de chances de finir comme ça que l’ouvrier)

    Lady Ada


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