Position du PS sur les institutions : roue carrée et congrès au bout.

La réforme constitutionnelle est passée à une voix près.

« Tout cela grâce au traître Jack Lang ! Le salop, il a osé voter en conscience, estimant à raison qu’il n’y avait que des avancées dans ce texte, quel toupet ! »

Voila ce qu’on peut entendre de la part de quelques camarades mal inspirés. (déjà car sa voix n’a pas été décisive) Jack Lang a suivi une logique personnelle, en effet, et cela pose problème par rapport au concept de décision de groupe (les débats sont internes et ensuite la position est commune pour avoir plus de force). Donc effectivement sa voix torpille la stratégie du groupe socialiste.
Mais en l’occurence, je ne peux que le remercier tant celle-ci était puérile et prétentieuse.

Je suis d’accord avec la tribune que font paraître dans le monde Le Guen, Gorce, Valls et Christophe Caresche : Le PS n’a pu ni s’opposer ni infléchir, et il s’est enfermé dans un caricatural « antisarkozisme pavlovien » contreproductif.

Qui a gagné, qui a perdu dans l’affaire ?

Le PS a voulu montrer ses muscles et il a perdu. C’est une victoire de Sarkozy, car le PS a voulu en faire un enjeux. Alors qu’il y avait là possibilité de se mettre d’accord sur une évolution déjà largement influencée par la commission multipartite Balladur.(alors, oui, l’extrême gauche et ses particules infiltrées dans le PS auraient criée à la collusion avec des arguments simplistes, et alors ?)

On a retrouvé là deux éléments du nonisme : on pourrait avoir mieux donc on refuse les avancées du texte ; il ne faut pas donner une victoire à Sarkozy (mieux vaut décrédibiliser le PS…)

Je comprend bien qu’on ait souhaité négocier. Mais l’ump a refusé d’entrer dans ce jeu, nous mettant face à notre resposabilité et à notre impuissance.
Si les socialistes avaient obtenu quelques avancées, cela aurait été appréciable. Bien sûr si Ségolène avait gagné la présidentielle, alors notre réforme aurait été plus ambitieuse, mais il se trouve que nous avons perdu.

Donc sachant cela, on peut cependant penser qu’ il y a déjà dans ce texte de quoi le voter, notamment un ordre du jour partagé entre le gouvernement et le parlement. (mais aussi l’exception d’inconstitutionnalité, plusieurs mesures techniques concernant les commissions ou la procédure législative, la limitation du nombre de mandat présidentiels…)
Pris dans la contradiction initiale, certains s’enferrent dans la mauvaise foi, dont ils ne peuvent se dépêtrer. Et ainsi on entend que ce texte renforce la présidentialisation, notamment par une possibilité de parole du chef de l’Etat devant le congrès. Pour moi c’est presque un élément supplémentaire de parlementarisation. Il pourra y avoir une demande publique des parlementaires sur une affaire importante à user de cette possibilité. C’est vraiment avoir une crainte et une absence de confiance en nos députés, notamment d’opposition…Et rien n’empêche de montrer ensuite son mécontentement si le discours devient propagande…

Donc je suis plutôt content que la réforme soit passée, contre les réflexes « basistes » et politiciens de François Hollande en cette occasion, sans doute avec un jugement altéré par le congrès tout proche…

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14 commentaires sur “Position du PS sur les institutions : roue carrée et congrès au bout.”

  1. JPP Says:

    Lang a eu raison, les socialos ont été trop gourmands.
    Et en plus d’être fondée, cette réforme était soutenue par une majorité de la population.
    Ne devrait-il pas rejoindre les radicaux ?

  2. lex Says:

    Si Lang en est un élément important c’est aux voix de tous les centres, du PRV au PRG en passant par le groupe Union Centriste que cette réforme est passée. Certains éléments étaient intéressants mais électoralement il ne restera plus que deux partis. Les petits partis centristes se sont évaporés politiquement même s’ils existent encore… Pour combien de temps… C’est toute la question !

  3. sangaku Says:

    Dans un compromis, on doit savoir juger si les avancés sont suffisantes ou pas.

    Si on les refuse, il faut être sûr de sa force.
    Or le PS a failli à une voix près et surtout auprés du PRG et ça c’est très grave.

    Pour ma part, je trouve que l’immobilisme sur la reforme du Sénat est inadmissible.

    Sur la venue de l’hyperpresident devan tle parlement, il n’y aura pas de droit de reponse ou d’interpélation, il me semble.
    Il n’y aura qu’une standing ovation..

  4. jmfayard Says:

    Tiens, un partisan des lits de justice !

    C’est vrai que c’est moderne ça :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Lit_de_justice

  5. chouka Says:

    La modernité est un concept dangereux, souvent assez creux…
    Surtout en procedant ainsi par comparaison et non par déduction, on peut faire dire n’importe quoi n’importe qui…

    Mais bon sans y être fondamentalement favorable, j’estime que ce n’est pas un élément suffisant pour être contre cette réforme, même si on l’a beaucoup théâtralisé comme vous le faites dans votre commentaire.

  6. jmfayard Says:

    Est-ce que vous reconnaissez aux autres le droit de n’être ni moins bien renseignés, ni plus stupides, ni plus politiciens, ni plus victimes du stalinisme que les députés UMP qui se sont ralliés in extremis au « oui », … mais tout simplement pas d’accord ?

    Je ne vous en demande pas plus.

    Pour moi une négociation, c’est un échange de bons compromis. S’il y a rien ou si peu en échange de l’instauration des lits de justice, si les compromis sont médiocres, si l’espoir d’obtenir mieux dans une discussion musclée gouvernement-PS n’est pas si faible, au nom de quoi me refuse t’on le droit que cette non-réforme des problèmes de la démocratie française n’ait pas mon blanc-seing ?

  7. militant Says:

    Merci Jack, Sarko peut le dire et lui trouver un job de ministre ou autre, car Ayrault va le virer ! Petite victoire en vérité, mais victoire quand même ! 2/3 des voix + 1, la voix de la raison comme dit Patrick dans le lien « Autant le dire », c’est une majorité que l’on le veuille ou pas !
    Même si c’est une victoire à la Pirus, que d’évolutions depuis la première constitution de 1792 que nous devons au Franc-Maçon et Girondin Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet !
    Mais cette révision constitutionnelle, qui aurait dû aller plus loin, ne satisfait qu’à moitié ! Juste une petite voix de majorité, celle de Jack Lang, c’est maigre, mais c’est gagné pour Sarkozy qui avait une épée de Damocles au dessus de la tête !
    Ce matin, ce qui m’amuse, c’est les déclarations des « responsables » du parti socialiste (y compris Ségo La Gaffette), qui jettent Jack Lang…Ils ont votés NON à une révision constitutionnelle qu’ils souhaitaient, dingue n’est-ce pas…! Ils doivent abuser du REDBULL au PS, la mascarade va durer jusqu’au congrès, la belle unité va vite se fissurer pour la place du grand vizir, je le prédis !

  8. militant Says:

    Hier, je prédisais sur ce blog, que d’ici au congrès du PS, il y aurait des fissures, il n’y aura fallu qu’une journée pour qu’elles apparaissent ! En effet si un discipline de fer fut imposée aux parlementaires du PS pour s’opposer à cette révision constitutionnelle, un certain nombre repprochent la stratégie systématique ANTI SARKOSISTE, qui ne mène à rien de positif !
    En effet, les électeurs repprochent aux socialistes de ne pas avoir d’idées et de passer leur temps en « chicayas, pour être vizir à la place du vizir chez les présidentiables » et quand une de leur vieille revendication de faire une réforme sur le parlement arrive, tout faire pour ne pas la voter ! Ils sont un peu fous ces romains (socialistes) !
    Un élu de gauche de ma commune, me disait cela hier ! Si sur le plan local (Haute Garonne), les élus socialistes n’ont pas trop de difficultés (ils monopolisent tout dans cette région, ce qui les mets en danger d’obligation de résultats, ce qui est moins sur, par exemple la nouvelle gestion toulousaine aux dépenses exponentielles), sur le plan national ils sont très critiqués par le manque de lisibilité stratégique !
    Pour revenir à Jack Lang, je crois en sa sincérité et je déplore qu’il n’est été le seul à aller au bout de ce qu’il croyait positif pour nos institutions, chapeau bas Monsieur le Député ! Et venant de moi…!

  9. E. Says:

    Franchement, comment se reconnaitre dans un parti qui vote contre une réforme qui, pour une part importante, était contenue dans son propre programme de campagne. C’est affligeant !! Enfin au moins Jack Lang remonte dans mon estime…

    J’aimerai que tu m’expliques la position de SD sur le sujet, si tant est qu’il y en ait une et qu’elle soit compréhensible.

  10. M. Says:

    Je fais partie des nonnistes, Lang a fait voter une réforme qui, d’ici 10 ans nous fera regretter de l’avoir voté, mais on n’est pas assez proche du mur, encore un chouilla et on y sera.

  11. chouka Says:

    @ E. : Effectivement, même s’il ne faut pas oublier la volonté de peser sur le débat, d’instaurer un rapport de force pour en vouloir plus (sénat..)
    SD n’a pas de position sur la question, certains de ses membres étaient plutôt favorables à une ratification mais se sont pliés à la position majoritaire dans le groupe.

    @M. : je ne comprends pas trop : faire partie des nonnistes, cela signifie être parlementaire ?
    Il faudrait argumenter un peu le côté négatif, car après l’avoir parcouru je ne vois pas, les avancées sont bonnes à prendre, certaines sont un peu trop encadrées mais jamais ne reculent. Quant aux discours du président devant les parlementaires, franchement… Ils auront moins d’impact que ses discours à la tv, ça instaure un discours de politique générale, marginalisant un peu plus le premier ministre éventuellement…

    Après si vous pensez que l’on donne trop de pouvoirs aux parlementaires, et qu’on le payera dans dix ans lorsque la gauche sera au pouvoir, c’est une vision bien peu parlementariste…

  12. Gabriel Says:

    Je ne trouve pas choquant que Jack Lang ait voté cette réforme constitutionnelle, puisqu’il avait participé à son élaboration. Des choses sont effectivement bonnes à prendre, comme la limitation à deux mandats présidentiels successifs, ou la modification de l’article 34, concernant « l’indépendance des médias » (d’ailleurs, le fait que le président de la République puisse nommer le président de france télévisions va-t-il devenir anticonstitutionnel ?).

    D’autres me laisse plus sceptique : l’article 49-3, bien que limité, est toujours en vigueur (est-ce bien nécessaire). La pseudo parité sur l’ordre du jour n’en est pas une, la voix du gouvernement restant prioritaire. Mais surtout, cette réforme sonne le glas de la fonction de Premier Ministre, dont le but premier est de servir de fusible au chef de l’Etat (il faut rappeler qu’il fut un temps pas si lointain où il était considéré comme chef du gouvernement…), comme le symbolise l’intervention annuelle du Président au Congrès, tout en étant irresponsable…

    Mais bon, globalement, cette réforme n’est pas choquante, même si ça n’en est pas vraiment une ; quid de la réforme du Sénat, de la limitaion du cumul des mandats, etc… C’est une réformette, qui modifie quand même la moitié des articles de la Constitution.

  13. chouka Says:

    L’article 49-3 limité à la procédure budgétaire, cela me semble une bonne chose.
    On est tout de même dans le parlementarisme rationnalisé, et s’il y a un moment où le gouvernement peut mettre sa majorité face à sa responsabilité, c’est bien le budget.

    C’est en tout cas un progrès.

    De même la parité, le gouvernement concerve la maîtrise de la navette budgétaire. Mais c’est tout de même un grand pas en avant, politiquement il ne sera pas évident de laisser des miettes au parlement.

    Enfin la réforme du Sénat me semble législative et non pas constitutionnelle.

    C’est un dépoussiérage qui va dans le bon sens, que la gauche aurait mis en oeuvre avec un peu plus d’audace peut-être.

  14. Lady Ada Says:

    « l’article 49-3, bien que limité, est toujours en vigueur (est-ce bien nécessaire?) »

    « L’article 49-3 limité à la procédure budgétaire, cela me semble une bonne chose. »

    Je suis en accord sur tout le reste mais pas du tout sur ce point là.
    Le but initial du 49-3 n’est pas de faire passer plus facilement des textes de loi. Le 49-3 (autrefois baptisé « question de confiance ») a pour but de permettre à un gouvernement de tester la solidité de sa majorité parlementaire, sur n’importe quel texte, et à n’importe quel moment. Car ce n’est pas la loi qui importe, c’est le rapport entre assemblée et gouvernement.

    Imaginons-nous dans une situation de crise particulièrement grave : le pays nécessite un gouvernemnt fortement soutenu par l’assemblée. Or, celle-ci semble oublier les devoirs qui incombent à ses responsabilités, et se prépare à défier le gouvernement sur n’importe quel texte (qui en devient symbolique). Le gouvernement doit alors utiliser le 49-3 non pour faire passer un texte devenu symbolique, mais pour confronter le parlement à ses responsbilités.

    Le fait que Chirac et ce sinistre prétentieux de Villepin aient perverti la logique de la question de confiance ne doit pas faire illusion : il est pour moi nécessaire que le 49-3 puisse être utilisé à n’importe quelle occasion. En supprimer la possibilité signifie tirer une balle dans le pied du régime au nom d’une logique pevertie née (et disparue, espérons-le) sous la stupide présidence de Chirac.

    Lady Ada


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