Le Bien factice…

Retour sur un film vu hier soir.
Le chevalier noir, (the dark knight), un élément de la saga batman.

A priori je n’avais pas une folle envie de voir ce film. Mais on m’en a dit du bien, et j’avais deux places de ciné à utiliser jusqu’à hier, gagnées par chance et hasard de haute-lutte  dans une compétition sportive.

Un avis général sur le film tout d’abord, qui débouchera sur quelques réflexions personnelles.

J’ai trouvé ce film très intéressant dans sa première moitié, intense, joliment monté, avec une intrigue psychologique croissante… Ensuite malheureusement cela s’essoufle, cela devient trop, l’action remplace l’histoire, les rebondissements ne sont plus ni crédibles, ni compréhensibles, et cela dure un peu trop.

Le personnage du Joker et l’acteur qui l’interprètent sont vraiment les moteurs du film. Un film plus tourné sur lui, sur l’affrontement psychologique, sur comment il élabore ses plans sortis du chapeau, comment il est en dehors du premier plan, aurait pu être très bon. Ainsi le joker me fait penser à orange mécanique, cette ultraviolence jubilatoire, teintée de refus anarchisant de la société normative…
A coté, le batman est transparent, sans fond ni surprise, entouré des désirs d’ordre paranoïaques et superficiels de la très haute société.

Etrangement, en regardant ce genre de films, je me retrouve en position de soutenir les « méchants ». Depuis toujours, j’ai eu cette attirance dans les films pour ceux qui allaient nécessairement perdre, pour tout ce qui contrecarre le plan de marche. Même quand ce n’est pas si simpliste que dans batman, histoire de combats épiques entre héros manichéens.

Etrange… Pourtant dans la vie réelle je ne suis pas du tout un cynique, un nihiliste, un individualiste matérialiste, un cruel amateur de violence. Je détesterais probablement en vrai ceux que je porte dans les films au fond de moi.

Alors pourquoi ?

Sans doute y a t-il des explications psychanalitiques personnelles.
Lorsque le Joker parle du chaos, de l’ordre, cela me parle, même si je n’en tire pas les mêmes conclusions. Sans doute ais-je moi aussi une part sombre et tourmentée, que j’exalte par l’écriture, qui me donne énergies et doutes, inspiration et nécessaire introspection.
La complexité de la construction de soi, qui me fait rejeter le manichéisme simpliste des histoires faciles, me pousse alors peut-être à aller non pas vers un soutien des mauvais personnages, mais à un soutien de ce qui sortirai d’un scénario que l’on ne connait que trop

Ce réflexe est sans doute lié à l’image aussi. Ce n’est pas quelque chose qui m’atteint lors de mes lectures, où je me laisse plus facilement prendre par les personnages. On est également plus acteurs de notre compréhension, plus à même de s’identifier, dans des histoires déjà plus denses et profondes de par l’espace qu’elles ont pour se déployer.

Peut-être aussi l’image et l’écrit ne touchent pas la même partie de l’inconscient. L’image que l’on nous impose, comme une agression, la beauté parfaite de Batman, et la trame de l’écrit qui nous permet de nous évader. Peut-être que mon cousin psy s’arrache les cheveux à ces explications allambiquées, mais bon…
Bien sur cela tient aussi à la finesse des films. Lorsque les personnages sont suffisamment complexes, il n’y a plus de positionnement préalable entre des bons et des méchants factices et caricaturaux. Alors il y a une histoire, des personnages, des intrigues, et je n’ai plus ce réflexe primaire.
On fait des choix, orientés par le scénario, par le metteur en scène, qui se révèle être un maître, un guide à travers les méandres d’histoires complexes.

Le prochain film que je vais voir, Gomorra, parlera du « mal » d’une manière autrement plus complexe…

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4 commentaires sur “Le Bien factice…”

  1. Lady Ada Says:

    Ah non!
    c’est un très bon film!

    Un film de batman est forcément un film manichéen. Toute la force de celui-ci est de nous offrir une véritable figure du mal, tellement forte que la logique du film est à mon sens détruite lorsqu’il refuse de faire triompher le joker. Quant à l’aspect action, il est nécessaire mais bénéfique : l’action est toujours justifiée, à l’exception de la « scène du camion » qui m’a semblée surfaite (et je m’endors généralement devant les films d’action)

    je ne crois pas beaucoup à l’affirmation scénario complexe = bon film et scénario simple = mauvais film. Les films français se distinguent ainsi trop souvent par des scénarios alambiqués au possible misant tout sur une psychologisation inintéressante pour donner, au final, des films sans message, sans chair et sans estomac.

    En ce qui concerne ton positionnement, il me semble que rien n’est plus normal que de préférer le méchant au gentil! Les gentils sont éminnement plus difficiles à camper que les méchants, ce que ni la qualité des oeuvres ni le talent des auteurs ne peut changer!
    j’éprouve une admiration sans bornes pour Richard III quand Lear ou Othello ne provoquent en moi qu’une certaine sympathie, sans même parler de l’antipathique Hamlet…

    Il y’a dans la force du chaos, du désordre absolu et de la destruction des limites une forme de volupté et d’esthétique qui dépasse de loin la volonté policée et raisonnable de l’ordre. C’est ainsi, et c’est pour (le génial) Scar que je continue régulièrement à regarder Le Roi Lion, et non pour Simba…

    L’une des très rares exceptions reste le commandant Adama dans la série Battlestar Galactica. Le seul personnage d’ordre et d’autorité que je préfère aux méchants.

    Lady Ada

  2. chouka Says:

    Je n’ai pas dit que c’était un mauvais film, mais la deuxième partie est moins puissante par moment.

    « Les films Français », voila bien quelque chose qui n’existe pas en tant que tel.
    Les films d’auteurs sont plus caractérisés par une psychologie et un regard particulier que par des scénarios complexes.

    Ce n’est pas le seul critère, mais par complexité, au dela du scénario, je pensais surtout à celle des personnages, de l’intrigue, de l’ambiance…

    Et justement, dans les livres, les bonnes séries où les bons films je ne ressent pas cette empathie plus forte avec les « méchants »…

  3. Lady Ada Says:

    Je suis d’accord pour la toute fin du film (à partir des « bateaux »)… le choix des gentils démocrates et du gentil prisonnier tuent l’intrigue et la logique du film, amha.
    En revanche, pour ce qui concerne l’ambiance et les personnages… diable! que te faut-il?

    Pour « les films français »… c’est ma vision des choses, elle est subjective et faussée, dans la mesure où cela fait longtemps que je n’ai pas été en salle voir un « film français ».
    Moins par dédain d’ailleurs, que parce que ni les BA, ni les affiches, ni les résumés, ni les acteurs, ni les réal ne me donnent envie de faire l’effort… Et tout ça conjugué, ça fait beaucoup. 😦

    Lady Ada

  4. chouka Says:

    RAisonnement un peu étrange : il y a de très bons films français souvent.

    Hier soir encore j’ai vu et beaucoup aimé « parlez moi de la pluie » Jamel joue vraiment bien.
    « Entre les murs » à l’air intéressant. De même que « l’esquive » ou « la graine et le mulet » l’étaient, ou encore « le serpent », « le temps des loups », « persépolis »


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