Présentation fédérale des contributions à Toulouse : compte rendu de l’intérieur !

Cette période est quand même intéressante au PS.

Cela ne correspond pas à l’image véhiculée par le parti, par les médias, aux préjugés ou visions parcellaires des uns et des autres.

Et donc non, je n’ai pas peur lorsque je me rend dans une réunion, de prendre une balle perdue. Mieux, en ce moment c’est souvent intéressant, vivant, instructif, encourageant. Cela contraste avec les réunions normales, notamment dans de petites sections où parfois il ne se passe pas grand chose… (j’ai quelques idées là dessus qu’il faudra que je développe un de ces jours) Petit bémol, les camarades qui s’obstinent à fumer dans l’arrière salle à la fédé, c’est assez désagréable, même si c’est de moins en moins répandu.

Donc en ce moment, les contributions sont défendues en section, parfois par un « local », parfois par un « représentant » extérieur à la section, un « gars de la fédé ». Puis il y a des interventions subtilement (ou pas…) subjectives de la salle, avant réponses.

Et on trouve là des logiques politiques, des idées, des analyses, des propositions, des stratégies, des indignations, des incantations, de la fougue. Ca fourmille… Bon il faut aussi parfois se taper de la langue de bois, du discours formaté légitimisto-conservateur,  des orateurs  un  peu mous, d’autres un peu exités, des catalogues à la prévert, des « listes au père Noël » (copyright CV)…

En tout cas en section, 4 motions défendues devant une trentaine de personnes, comme à la fédé, 12 motions devant 150, j’ai assisté à deux débats de qualité, vivants, avec des idées et de la conviction, bien loin de l’image amorphe et déprimée qu’on peut avoir de loin… (ce qui ne veut pas dire que nous n’avons pas un avis critique et sévère sur certains aspects de nous-même)

Interventions royalistes : La nouvelle stratégie a été bien relayée. Un nouveau discours consensuello-hollandiste un peu étonnant venant de désir d’avenir,  » nous sommes majoritairement d’accord, il ne serait pas logique que ceux qui pensent pareil soient sur des motions différentes ». Presque décevant, c’était finallement leur force, de cliver, mais au moins d’apporter quelques idées différentes, de tenter de bousculer. Mais une prestation plutôt réussie.

En section, il subsistait quelques éléments plus intéressants :
élargir notre base aux sympatisants, élargir nos alliances, méthode contributive, internet, décentralisation, non cumul des mandats…

La dite « gauche du PS », est intervenue de manière éclatée, tout en mettant en scène ses rapprochements dolezo-mélanchoniens, hamono-lienemaniens… Filocho-filochiens… On naviguait de manière flagrante entre le discours de Buffet prononcé le jour même, et celui de Besancenot, mais sans la logique de son positionnement, pour la filochienne (avec un beau lapsus un peu inquiétant, au milieu d’une litanie de promesses : « démocratic… euh, démographiquement, c’est possible »)

Un discours plus opérationnel, chez Hamon, « l’offre politique sociale-libérale a amené 13 défaites consécutives en Europe, l’avenir du PS ne doit pas être le passé de la gauche européenne », grand parti de la gauche, le PS n’attire plus notamment les classes populaires… Quelques propositions intéressantes à prendre en compte.

Chez Mélanchon, c’était plus « le nouvel ordre mondial dirigé par les Etats-Unis d’Amérique », les alliances à gauche toute, la traitrise du parti sur le traité de Lisbonne, empêcher la dérive démocrate du PS ». Mais aussi des choses intéressantes : « Parler du fond, c’est parler des ressemblances et des divergences, il faut politiser plutôt que pipoliser le congrès ». Pas mal applaudi par les autres contributions proches de lui quand il a appellé à une motion commune de la gauche du PS, ce que semblent vouloir les militants.

Quelques présentations plus iconoclastes aussi, comme le texte dadaïste de utopia, prestation théâtrale et drôle, avec quelques trâmes de fond importantes, « contre religion de la croissance, de la consommation, contre la valeur travail, pour déconstruire le système capitaliste ». Ou encore le texte transversal, utile et heureusement de plus en plus partagé du pôle écologiste du PS. « une société de connaissance stimulée par le principe de précaution. »

La présentation Besoin de gauche. En section Christophe était plus fidèle à la contribution Moscovici-Montebourg (donc ici Carreiras-Lemorton-Morin notamment), à la fédé Hugues était déjà dans une projection d’un rassemblement plus large.

Ce que j’ai particulièrement apprécié en section, c’est que notre orateur s’est véritablement emparé de l’occasion pour défendre des idées sur le fond de manière exigeante, passionnée, et c’est pas évident dans ce genre d’exercices : non-cumul des mandats, construction politique européenne, égalité réelle, politique économique crédible contre certains lieux communs démago…
Contre l’immobilisme qui a caractérisé ces dernières années notamment au niveau local, contre un présidentialisme vain et stérilisant (personne n’est en position de s’imposer, il y a un congrès de désignation dans trois ans, cela userait le présidentiable dans les conditions actuelles) mais pour un collectif de travail, de remobilisation, de remise en marche pour bien préparer le parti et le futur candidat.

Hugues a prolongé cela, insistant sur la nécessité d’une nouvelle majorité, d’une rupture avec les années Hollande, sur le retard pris. Pour une mise au travail avec des rdv militants pour clarifier nos positions, des possibilités de referendum locaux internes.
Il a insisté sur la régulation nécessaire du marché, estimant que certains camarades étaient allés trop vite sur les vertues de la main invisible. Il a invité à faire de l’égalité réelle un socle de l’ascenseur social, y compris par des mesures proches de la discrimination positive (notamment en matière sociale ou culturelle, donner plus à ceux qui ont moins). Il a enfin appellé à la fin des synthèses molles, mais à la poursuite de l’ouverture de discussions exigeantes, volontaires, novatrices pour une motion élargie sur la base des discussions des reconstructeurs. (RM, Aubry, SD, Fabius, Ligne claire, pôle écologiste)

Beau succès en terme d’applaudissement, sans doute les plus enthousiastes de la soirée, même si une partie récompensait sans doute la gouaille et l’énergie contagieuse de Hugues. [comme il dit, je paye ma cotise, ce n’est pas en plus pour m’emmerder (et emmerder les autres)… Bien sûr les mélanchoniens préfèrent les discours à froid, rationno-rationnels, sérieux et virulents dans le ton car on n’est pas là pour rire… 😉 ]

Les Fabiusiens ont présenté une vision intéressante, à la fois exigeante, fouillée, fournie en idées parfois faciles mais souvent pertinentes. Un recentrage est sensible dans le ton. « L’occident n’est plus qu’un pôle parmi d’autres, libéralisme économique aggrave les déséquilibres, capitalisme financier… » « La sociale-démocratie traditionnelle est en difficulté alors qu’elle a tant apportée ».

Une phrase en forme d’appel ? « Le besoin de gauche est réel ».

Pour Delanoë :

Le représentant de François Hollande, après un discours sans aspérités, ni audace (une soupe consensuelle diraient certains verbes un peu plus tranchants que moi), s’est placé clairement dans l’alliance qui se dessine, par un magnifique lapsus en terminant sa lecture qui a bien fait rire la salle : « Donc voila ce qu’est le programme de Bertrand… euh François » Le mal était fait…

Le représentant de Delanoë a proposé un diagnostic intéressant, comme beaucoup d’autres dans la soirée mais sans doute le mieux présenté, presque à la limite du cours. Analyse, puis catalogue de propositions larges reprises du pacte présidentiel souvent. Vision assez classique qui n’effarouchera pas le ventre mou du parti.

Egalement quelques principes : « La confrontation à la réalité ne doit pas nous faire perdre de vue nos aspirations sociales. Le monde change, nos moyens d’agir doivent changer, dépasser le national. » En section comme en fédé, ils ont affirmé le refus de toute alliance avec le modem. (même si Bertrand est une fois de plus, plus ambigü)

En section la présentation était plus politique, avec des éléments intéressants : « Il ne faut pas un congrès de transition, sans majorité viable, mais un congrès d’action avec une direction opérationnelle. »
« Bertrand Delanoë, lui, a travaillé à La Rochelle, n’était pas dans les lieux où il fallait être vu, c’est une éthique… » Cohérence, clarté, même discours au pouvoir et dans l’opposition… Héritier d’une histoire, de Jospin. Faire respecter les décisions, et refaire des instances des lieux de délibération.

Sans doute les delanoetistes sont-ils un peu décontenancés. Alors qu’au niveau local ils rassemblent sous signature la direction fédérale sortante, la plupart des parlementaires, le maire de Toulouse, la direction du conseil général… ils semblent loin d’avoir la même suprématie chez les militants. Y compris dans leurs rang, la dynamique s’est tassée.

Et lorsque l’autre jour, l’un d’entre eux a laissé échapper dans une discussion informelle, « il serait scandaleux que Pierre Cohen soit minoritaire dans sa propre ville » , les militants ont réagi vivement. Ce n’est sans doute un argument ni pertinent (sinon à quoi bon voter en interne si les élus donnent chacun le la dans leur collectivité) ni bien reçu.

Enfin, pour Martine Aubry, des idées là encore très intéressantes, générales mais articulées autour de propositions (pour beaucoup issues du pacte présidentiel, ou partagées avec d’autres, il y a une cohérence dans le parti) « Une forme de continuité mais aussi une projection vers le XXIeme siècle, citoyenneté, vision du travail tout au long de la vie, pas seulement plus de moyens mais repenser les choses, valeurs socialistes mais désir de vérité et de crédibilité. »

« Ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise. » « Réalisme oui, fatalité non… » « Nous, socialistes européens… » Les propositions pour le parti ressemblaient beaucoup à celles de Besoin de gauche : majorité forte de travail, trancher des questions en interne, parti-réseau…

Enfin, ce n’est pas aux sondages de dire qui sera un secrétaire de transition ou pas, le premier secrétaire ne sera pas présidentiable pour l’instant car il a d’abord un autre boulot à réussir, il ne doit pas mettre le parti à sa botte, mais se mettre au service du parti et du collectif.

Quelques points d’analyse :

Quelques points de divergences entre les grandes motions, faut-il présidentialiser ou pas, rejet d’emblée d’une alliance avec le Modem ou pas, des grandes primaires pour choisir le prochain candidat ou pas. Des nuances dans les orientations politiques, dans les propositions concrètes. Des positionnements différents, continuation pour certains, renouveau pour d’autres…

Mais aussi des diagnostics largement partagés, et pas seulement sur l’opposition à Sarkozy, mais aussi sur l’état profond de la société; de nombreuses propositions communes, souvent intéressantes, y compris dans des domaines qui ont fait clivage. Il y a une cohérence, même si l’aile radicale est clairement différenciable de l’aile réformiste, et si dans celle-ci subsistent des différences de conception politique, de vision tactique, de culture et de personnes qui justifient je pense des propositions alternatives.

Sans doute Fabius se situe t-il dans les idées médianes (si on prend les plus clivantes), alors que Aubry est proche du coeur majoritaire potentiel du parti (idées pondérées par le nombre)… Delanoë et Ségolène ont brouillés leur positionnement, et Besoin de gauche incarne le dynamisme prêt à se mobiliser pour rénover.

On voit bien là que le hollandisme est un immobilisme sympatique mais contagieux… Alors qu’il y a quelques mois chacun pouvait incarner un renouveau, maintenant il a sclérosé Delanoë, puis consensualisé Royal…

Finalement le légitimisme que certains anticipaient pourrait être moins fort : les ségoléniens les plus convaincus sont toujours là finalement, on le voit en section, les réactions des incertains sont plus partagées…

Cela laisse une marge à Besoin de Gauche, à Aubry, pour faire respirer le parti, si on sait saisir l’opportunité, si on est exigeants, ouverts, travailleurs et pas seulement comptables et tactiques.

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9 commentaires sur “Présentation fédérale des contributions à Toulouse : compte rendu de l’intérieur !”


  1. Merci pour ce compte rendu, les observateurs « présentés comme avisés » du parti socialiste devraient regarder à deux fois ce qui se fait effectivement au sein du parti avant de rédiger leurs articles.
    Vu de loin, les débats ou les tactiques ne ressemblent que rarement à la réalité militante. Et c’est heureux.

  2. Hugues Says:

    Je revis l’instant. Tu pourrais faire un récit sociologique avec des chapitres sur « le gars qui s’occupe de la section », le « militant de base », le « gars de la fédé », le « gars du national », « les gars et les filles de Ségolène », les « élus de mairie », les « gars du comité de ville », « M. le sénateur », les gars « CG31 », « Kader », « les amis de Colomiers », … Notre Landerneau politique est assez pittoresque.

  3. Lady Ada Says:

    Très bon article.
    Et c’est ce qui est terrible.

    Car chaque fois que je lis un de tes papiers (en général très bons) sur le PS, je ressors plus désespéré que jamais par ce que je ressens comme une platitude, une insignifiance, une impuissance…

    Il n’y a pas là-dedans, à mon sens, la moindre once de crédibilité. Pas la moindre envie de pouvoir. Pour dire les choses franchement, la seule motion attirante dans tout ce fratras est « utopia ». Eux au moins assument leur non-sens.

    Encore une fois : ce n’est là que mon sentiment.

    Un point sur lequel l’aile gauche a raison : la situation des gauches européennes est catastrophique. Probablement un article à prévoir sur mon blog…

    Lady Ada

  4. chouka Says:

    Tout d’abord je ne me suis pas concentré sur ce qui rassemble, et concrètement de nombreux combats communs, ou propositions.
    J’ai au contraire trouvé cela très riche. L’envie de réellement changer les choses est une des choses les plus partagées.

    Quant à la situation des gauches européennes, des gens de tous courants font ce constat.

  5. Hyarion Says:

    Merci pour ce compte-rendu très intéressant, et me donne une idée de ce qui se passe concrètement au PS en ce moment en matière de débats, car, en tant qu’adhérent très éloigné de la cuisine interne, je dois en général me contenter de la lecture de l’Hebdo des Socialistes, même si j’ai aussi eu droit, cet été, au petit « annuaire téléphonique » contenant les contributions générales pour le Congrès de Reims…

    “Contre religion de la croissance, de la consommation, contre la valeur travail, pour déconstruire le système capitaliste”… J’aime bien leur positionnement, à « utopia »… D’autant plus s’ils sont dadaïstes et non marxistes ! 😉

    Cordialement, 🙂

    Hyarion, l’anarcho-monarchiste.

  6. Hyarion Says:

    Correction : « Merci pour ce compte-rendu très intéressant, et QUI me donne une idée »…

    Cordialement, 🙂

    Hyarion, l’anarcho-monarchiste.

  7. Martin P. Says:

    je devine un peu la scène: tous ceux qui se mettent la pression ont tendance à en rajouter dans la logorrhée. se ramollir pour mieux s’élargir… bref du hollandisme

    il me semble que Pierre reste un des rares à avoir conscience qu’il faut absolument libérer la parole, se débarrasser des codes, des précautions. ce qui ne veut pas dire simplisme et démagogie, mais consistance et efficacité. sinon on continuera à être inaudibles

  8. chouka Says:

    Effectivement c’est plus intéressant que l’hebdo des socialistes…
    Et encore ça s’est amélioré sur la forme.
    Y’a du boulot à faire pour en faire quelque chose de plus opérationnel, de plus intéressant je pense.

    Martin, finallement je craignais de voir ce formalisme militant, la langue de bois consensuelle… Et pas tant que ça finallement.
    Souvent l’intro fait dans la passe partout, mais même là ils ont essayé d’éviter. (à part quelques uns…)

    Donc sur le fond comme sur la forme, c’était plutôt revigorant.

  9. LM Says:

    Bonsoir

    Il n’y a pas très longtemps un renoviste ( terme que je préfère à rénovateur) m’expliquait que tout cela était très compliqué et qu’il fallait mieux se diviser pour se retrouver un jour. Ce qui entre nous reviens a générer des majorités molles et un parti suréaliste.

    Ce parallele avec Dali nous amène à penser qu’il sont Avida Dollards, le PS ne connait pas la crise ?


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