Une crise financière de plus ?

L’affaire Dexia. Qui aurait pu croire. Derrière le discours rassurant du directeur démissionnaire, se cache une situation détonnante.

Les établissements financiers sont actuellement abassourdis, la détonation fait déjà mal, l’onde de choc commence à peine à se propager...

Lentement de l’immobilier à la finance, puis l’économie réelle.

Je ne suis pas un catastrophiste par nature, et me méfie des discours excessifs.
Pourtant là … Sans doute ne prend on pas conscience de ce qui se passe.

Les marchés de financements interbancaires sont au point mort, les banques ne savent même plus tarifer leurs prestation, tant les incertitudes et les doutes sont forts.

Cet été déjà, les signes avant-coureurs : stupeur, des collectivités ne trouvaient pas assez pour leurs emprunts… Imaginons ce que vaut alors un prêt ménage ou entreprise. La crise de liquidité, malgré les centaines de milliards libérés par les banques centrales, est presque absolue car la liquidité ne vaut plus rien sans confiance et activité de prêt derrière.

Les banques sont ainsi attaquées par plusieurs biais : dépréciations d’actifs à l’étranger, dépréciations de leurs actifs boursiers y compris en Europe, chute d’activité dans l’immobilier, affaissement de leurs activités très rentables dans l’innovation financière et les produits dérivés, couverture de prêts anciens sur lesquels ils perdent de l’argent…

Alors petit à petit on se rend compte. Imaginons que cela se transmette aux hedges funds, probable, mais aussi aux assurances et mutuelles… Aux Etats-Unis l’impact sur les retraites d’une partie de la population, sur leurs économies en bourse, est considérable.

Et cela s’ajoute à la crise pétrolière, fluctuante mais sans doute durable.

De nombreux discours et analyses sont invalidés brusquement, ne valent plus, ça en est presque drôle : on critiquait la caisse des dépôts, l’activité de banque familiale, le livret A. Certains allaient même plus loin, s’interrogeant sur la règlementation excessive du secteur, ou voulant inciter les Français à emprunter plus (Nicolas Sarkozy a ainsi facilité les prêts à la consommation, et son programme présidentiel prévoyait d’autoriser des types de prêts hypothécaires)

Un mail circule qui reprend des déclarations récentes de la dépassée Christine Lagarde. Même si c’est un peu facile, c’est savoureux :

> 5 novembre 2007 sur «Europe 1»
> «La crise de l’immobilier et la crise financière ne semblent pas avoir
> d’effet sur l’économie réelle américaine
. Il n’y a pas de raisons de
> penser qu’on aura un effet sur l’économie réelle française»
>
> 18 décembre 2007, sur «France-Inter»
> «Nous aurons certainement des effets collatéraux, à mon sens mesurés.
> [Il est] largement excessif de conclure que nous sommes à la veille
> d’une grande crise économique»
>
> 16 septembre 2008, conférence de presse «[La crise aura] des effets
> sur l’emploi et sur le chômage [pour l> ‘> heure] ni avérés ni
> chiffrables
»
>
> 20 septembre 2008, conférence de presse «Le gros risque systémique qui
> était craint par les places financières et qui les a amenées à
> beaucoup baisser au cours des derniers jours est derrière nous»

On dirait du Mac Cain : « Les fondamentaux de notre économie sont solides ! »

Politiquement cela a des conséquences.

Il ne s’agit pas de dire que ceux qui passent leur temps à crier au loup ont eu raison. Certains ont fait une bonne anticipation sur une mauvaise analyse. Mais pour reprendre le philosophe libéral de gauche Yves Michaud, dans l’émission l’esprit public, « alors que quand il s’agit de gérer, dans un système de plus en plus libéral, la droite apparait actuellement plus capable pour les électeurs, en période de crise radicale du système, c’est vers la gauche que l’on se tourne… »

Plus intimement, au PS, cela explique des regroupements récents. Sans doute nos idées socdem étaient celles qui hier auraient permise d’éviter ce genre de déséquibres, en tout cas nous les comprenons et les pensons comme cela. Un réformisme constant et exigeant, dans une société multiple et mise à contribution, avec un état partenaire et régulateur mais présent.

Aujourd’hui que nous sommes allés trop loin, il faut donc une analyse socdem plus radicale. Je crois en notre cohérence, globale, qui nous porte, sur une lecture politique et assise sur l’importance des questions économiques, aujourd’hui au centre du parti. Autour de Martine Aubry, nous devons proposer une alternative interne.

Je trouve assez bien le titre de la motion : « Changer à gauche pour changer la France. »

Le changement est d’abord un travail sur nous même, de reconstruction, mais qui ne se limite pas à un droit d’inventaire ou à une dérive pragmato-centriste. Mais c’est bien par la politique que cela se ferra, que la France évoluera vers notre idéal.

Les solutions à la crise ne peuvent qu’être ébauchées.

A court terme… L’urgence commande, sans pour autant faire n’importe quoi.

Ensuite, sans doute faudra t-il tenter de déliquéfier l’économie financière (lier droit de vote des actions et durée de portage, taxer fortement les stocks options qui rendent le manager actionnaire)

Bien sûr la solution passera par une encore balbutiante régulation régionale et internationale ( reprise en main des normes de comptabilité aujourd’hui largement fixées par des régulateurs privés, pression internationale sur les paradis fiscaux, règlementation de certaines pratiques autour des produits financiers dérivés), le FMI y aura son rôle, comme l’expose DSK, sa tâche est ardue mais importante.

A plus long terme il faudra réfléchir à une politique d’investissement, d’innovation, de création notamment par une fiscalité et une politique qui privilégient l’investissement productif… On peut même envisager de faire évoluer les règles des SA, créer un type de sociétés plus adaptées, moins sensible à une pression d’un actionnariat instable.

Au boulot, quoi…

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5 commentaires sur “Une crise financière de plus ?”

  1. Lady Ada Says:

    Article assez court et bien mené sur ce vaste sujet.
    Pas mal de commentaires à faire.

    Sur la crise:
    Elle est très grave et ne peut se limiter à la sphère financière : la quasi suppression du crédit pourrait conduire à une implosion économique et une situation déflationniste comparable à celle du Japon dans les années 90. C’est la thèse que cet excellent blog développe depuis 2 ans maintenant : http://tropicalbear.over-blog.com/

    Selon ce blog, cette crise est avant tout due au fait que la majorité des pays occidentaux vivent à crédit depuis près de 30 ans (d’où l’explosion des dettes des ménages aux USA et des dettes publiques en Europe). Nous avons cru pouvoir nous extraire des cycles de l’économie (phases A et B de Kondratieff) en faisant marcher le crédit et en abaissant inconsidérément les taux d’intérêt. Ainsi, l’activité économique et les taux de chômage bas étaient maintenus au prix de déséquilibres financiers croissants, dont les « produits financiers » ubuesques ne sont que la partie émergée.

    Sur la gestion de la crise:
    une constante de la politique française est son incompétence en matière économique. Comme Braudel le mettait an valeur dans son Identité de la France, les Français, fanatiques de la politique, n’ont jamais rien compris en économie. En cela, Lagarde et Sarkozy ne font qu’honorer une tradition de la politique française selon laquelle le suffrage universel permet aussi bien d’élire le président que d’augmenter les salaires ou de ramener la croissance économique (notre côté « danse de la pluie » ;-).

    Autre chose : encore une fois, l’absence de coordination européenne ne peut qu’affaiblir notre réactivité face à la crise. Il sera difficile pour le seul Etat français de mettre 300 ou 400 milliards d’euros sur la table si jamais le système venait à dérailler ici.

    Sur les libéraux:
    Hayek (considéré comme un « néolibéral ») a bien montré que l’Etat a un rôle majeur à jouer dans l’économie, tant qu’il se contente de régler les conditions de l’activité économique, et non l’activité elle-même. Actuellement, ce sont justement les conditions qui sont en crise, plus que l’activité elle-même : l’intervention massive des Etats se justifie donc entièrement. Il faut que beaucoup de libéraux soient stupides ou bornés pour ne pas le comprendre : les prétendus « antilibéraux » qui croient voir là une contradiction entre principes et réalités du libéralisme n’ont quant à eux rien compris.

    Sur les solutions:
    tu as bien raison, les solutions ne sortiront pas toutes faites mais demanderont du temps (la crise risque de durer).
    En attendant, il est important pour nous d’axer notre politique économique dans quelques directions:
    – politique de l’offre, avec baisse des impôts sur les entreprises couplée avec de fortes exigences sur la recherche privée.
    – politique de l’innovation, en mettant le paquet sur la recherche, la rénovation des universités, et surtout l’investissement des entreprises dans la recherche.
    – formation continue
    – assainir l’Etat avec hausse des impôts sur le revenu, suppression des niches fiscales (à part pour la recherche ou le mécénat) et meilleurs contrôles de dépenses.

    Enfin, la France, comme bon nombre de pays européens, traverse une grave crise identitaire qui ne trouvera pas sa réponse dans une simple relance économique…

    Lady Ada


  2. Tout va très bien madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien ont chanté les députés de Gauche lorsque Lagarde et Fillon affirmaient, au printemps que la croissance française se maintiendrait aux alentours des 2 % ! Mensonge éhonté ou incompétence ?

    A lire également els révélations argumentées et « sourcées » du Canard Enchainé sur les comptes catastrophiques des Caisses d’Epargne

    Un papier avec plusieurs points de vu intéressants à la Une de http://www.viatolosa.net aujourdh’ui

    ° )


  3. Bonjour,

    je vais citer cet article sur http://www.toulouse7.com dans une enquête sur les blogs et la crise

  4. chouka Says:

    Merci Christophe.

    Lady Ada sur la crise :

    Je pense que la crise sera sérieuse, notamment car elle s’ajoute à une situation déja difficile, à de nouvelles contraintes environnementales et géopolitiques.

    Mais car il y aura des réactions et des prises de consciences, après un gros coup de tabac un nouveau système financier plus social-démocrate verra le jour.
    On connait le phénomène déflationniste japonnais, je pense pas qu’on arrive à ceci, notamment car il y a toujours des contraintes sur les matières premières. Si les pays émergents sont des victimes collatérales sérieuses et destabilisées, cela peut c’est vrai aller encore plus loin.

    Les coordinations régionales doivent agir.

    Le crédit peut être un élément du système tant qu’on est dans le mouvement, la confiance, la transparence. Maintenant cela est-il compatible avec une croissance moins matérialiste et plus maîtrisée ? (ou alors cela en sera également un des instruments ?)
    Mais cela a peu à voir avec les cycles Kondratieff qui sont largement une abstraction me semble t-il.

    Donc tout cela pour dire que je pense, contrairement à toi, que le suffrrage universel a un impact important sur la croissance, les salaires, tout quoi. Pas de manière directe et instantannée, mais par le système qu’il met en place et aménage.


  5. finance immobilier…

    J’ai trouvé votre article : Une crise financière de plus ?  » Jardins politiques intéressant. Merci pour ces infos….


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