L’heure de Reims, les choix difficiles…

Ségolène est donc candidate.

Je suis un peu déçu. J’espérais en effet la candidature de Vincent Peillon, plus rassembleuse sans être non plus mollement consensuelle comme celle de Dray ou Rebsamen. Je pensais d’ailleurs que après avoir joué à faire peur, au dernier moment il y aurait un accord sur son nom.

Ségolène Royal incarne un changement du parti socialiste. C’est un fait, en discutant un peu avec les gens, électeurs potentiels, l’on s’en rend compte empiriquement : certains disent qu’ils ne voteront pas pour un PS représenté par SR. D’autres au contraire affirment qu’ils revoteront pour le PS si c’est elle la candidate. Et il ne s’agit pas la d’une détermination fonction d’un positionnement gauche radicale-centre gauche… Donc elle est « clivante », elle incarne une part de risque, une part d’opportunité.

Ce changement est-il si profond, est-il absolument positif, absolument négatif, ou plus nuancé ?

J’ai pu faire un bilan de Ségolène Royal, il y a quelques mois, très critique, mais qui se terminait sur une interrogation. Je fais parti des gens qui ont envisagé soutenir Ségolène en 2006 avant de choisir DSK. J’ai été un déçu du ségolénisme, en lequel je sentais des pistes intéressantes.

Après une très grosse déception pendant et après la présidentielle, je constate qu’il y a du mieux ces derniers mois, même si de nombreux éléments génants de sa stratégie politique continuent de me gêner.

Il y a dans sa motion des mouvements propices à la rénovation des pratiques, à un positionnement de gauche mais social-démocrate. Le problème est que autour d’éléments stables et intéressants se greffent des propositions ou des postures changeantes ou contradictoires. C’est le cas de toutes les motions, mais là les polarités sont plus fortes.
Si seulement ils arrivaient à reconnaitre des erreurs, on pourrait discuter plus sereinement.

Aujourd’hui elle présente sa candidature. Elle assume donc le bras de fer, l’affrontement plutôt qu’un rassemblement factice avec Dray ou un candidat de consensus (mais dangereux ensuite pour elle ?) qu’aurait été Peillon. C’est plutôt courageux. En effet le risque est de créer une réponse, de perdre face aux militants…

Mais c’est sans doute finement joué : si elle ne prend pas le parti aujourd’hui, même avec un proche à la tête du PS, sans majorité absolue au conseil fédéral, elle n’aura pas gagné grand chose. Or elle doit convaincre par l’action les sceptiques qu’elle a changé, qu’elle est opérationnelle.

Et sans doute se dit-elle qu’elle peut l’emporter : on voit déjà un front anti-Royal assez décrédibilisé chez les sympatisants… Et assez largement chez les militants aussi qui n’accepteront sans doute pas ce contournement assez artificiel du nouveau courant majoritaire.

Car en effet l’accord anti-Royal serait assez factice. Les deux arguments présentés m’incitent plutôt à la soutenir tant ils me paraissent ridicules.

pas d’alliance avec le modem par principe ? Dans toutes les motions, y compris la pure C, des gens ont conclu ce type d’arrangements. Et finalement toutes les motions, sauf la C plus radicale, partagent une même position, emballée différemment, qui est celle que j’avais exposée dans ma réflexion sur les relations modem-PS. Une position critique et prudente, mais ouverte si le modem décide de choisir entre la gauche et la droite.

-un parti de militants plutôt qu’un parti de supporteurs ? C’est insultant pour les partisans de la motion E, j’en connais quelques-uns, ils ne sont ni moins intéressants, ni moins politiques, ni moins attaché à faire entendre leur voix. (il y a aussi, plus nombreux peut-être, des affectifs, des survoltés, attachés à une personne ou à un charisme, d’où l’accusation) De même dans toutes les motions il y a des habitués, les affectifs, les légitimistes suiveurs d’élus… C’est ça un militant plutôt qu’un supporteur ? Ou plutôt ça un parti de militants qu’il faut préserver, vu lors du dernier congrès fédéral ?

Plus largement, ce qui est critiqué, c’est la volonté de renoncer à la proportionnelle, qui devrait pourtant être rationnalisée je pense, ou de présidentialiser le PS.

Mais bon concrètement, au dela des slogans, est-ce qu’il n’y a pas d’autres lignes de clivages plus pertinentes au PS ? Entre les réformistes et Hamon ? Entre le vieux parti conservateur et une volonté de rénovation des pratiques et des idées ? (ce clivage ne reflète pas exactement les motions) Entre les rénovateurs pragmatiques incarnés par Ségolène, et les réformistes politiques incarnés par Aubry et Delanoë ?

Bref, elle se dit donc qu’elle peut l’emporter.

Tout dépend du choix qui est proposé. Elle gagnera probablement sur des bases politiques contre Hamon. Cela sera plus difficile contre Martine Aubry, mais Hamon persiste dans sa candidature. Delanoë lui, se tait.Après s’il y a un deuxième tour…
Tout ceci est encore brouillé au niveau local par les configurations : en Haute-Garonne la motion D s’est construite plutôt en opposition à la motion A, et ceci a été confirmé par l’accord fédéral CA.

Bref, insoluble à partir du moment ou Ségolène pose sa candidature ?

Le problème reste la blessure de la présidentielle, avec Ségolène, je ne sais pas s’il faut la dépasser aujourd’hui… En même temps nous ne choisissons pas là un candidat à l’élection présidentielle, donc le problème de personne est moins pregnant.

Pour résumer, quelle configuration pourrait me convenir actuellement ?

Je lie, par cohérence, le contrat d’alliance au conseil national et la candidature au premier secrétariat national.

Deux propositions m’auraient agréées : (au moment grave et solennel, retrouvons des mots choisis)

-un large regroupement des trois motions réformistes assumées E,D,A, autour d’une personnalité convaincante, comme aurait pu l’être Vincent Peillon

-une alliance AE ou AD, autour d’une personnalité combative, que ce soit Martine Aubry elle-même, Moscovici (s’il n’avait pas choisi si tard ça aurait été mieux) ou encore une autre

Je ne vois pas en effet d’alliance crédible ou cohérente de notre part avec la motion C, et surtout pas dans un front commun basé sur de mauvais arguments. De même je préfererais ne pas avoir à voter pour Ségolène Royal, car c’est aussi l’installer dans un schéma présidentiel…

Maintenant s’il faut choisir entre les deux configurations que je souhaite éviter, je ne sais pas encore.

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3 commentaires sur “L’heure de Reims, les choix difficiles…”

  1. Mathieu Says:

    Ségolène Royal présente sa candidature en « ticket » avec Vincent Peillon en numéro 2.

    C’est habilement joué: Peillon est le bout de « compromis » que présente Royal à ceux qui comme Sapin, Ayrault et les « Hollandais » se disaient prêts au compromis avec la motion E à condition qu’elle présente Vincent Peillon ou Rebsamen.

    En plus, elle sait qu’en faisant directement monter Peillon au front avec elle, elle évite de décevoir totalement des militants – de plus en plus nombreux – qui auraient aimé voir Peillon directement à la place de Hollande. UAssi le renouvllement, le changement !

    Et puis Vincent Peillon, c’est le profil à séduire aussi les militants à la gauche du PS tendance NPS, etc.

    Il participera aussi à aténuer l’image « clivante » de Royal. Même si en politique je considère qu’un réponsable politique doit cliver. En tout cas pour ceux qui ont des idées arrêtées. Tranchées !

    Je pense que pour le vote du premier secrétaire le 20 novembre on est dans une autre dimension, plus celle des motions. On est dans l’INCARNATION de l’opposition. Et Ségolène Royal avec son côté charismatique, en plus de son statut d’ancièenne candidate à la présidentielle, ne fera q’une bouchée de tous les autres….

    Et puis pour Benoît Hamon on ne va pas tomber dans le ridicule en lui confiant le parti de Jaures, Blum ou Mittérand. Le PS est un parti de gouvernement ! Ce n’est pas le MJS ou l’Unef

    Benoît Hamon, c’est les 18 % de sa motion qui lui sont montés à la tête ?

  2. Florent Says:

    Sur les clivages, il y a ceux de tribune, parfois, peut-être, un peu factices, en tout cas plus à même de se faire applaudir d’une salle que de permettre la reconstruction du parti…

    Et il y a ceux, réels, qui sont cependant des clivages qui peuvent apparaître techniques, peu vendeurs auprès des médias, et n’en sont pas moins sérieux.

    Si je n’adhère pas à la présentation médiatique « militants contre supporters », il existe cependant un clivage fondamental entre Royal et les cinq autres motions ;

    Là ou les autres motions présentent, et défendent, la vision du PS comme étant un parti politique, avec, certes, des orientations différentes,

    Ségolène Royal se positionne, très clairement, pour la mutation du Parti Socialiste en un Mouvement, sur une logique interne (des mécanismes de désignation à l’approche du travail d’opposition à l’assemblée) plus proche de celle, par exemple, du Parti Démocrate aux Etats-Unis. Ce n’est d’ailleurs pas déshonorant, ou péjoratif.

    Ca n’en est pas moins drastiquement différent.

  3. chouka Says:

    Mouai…
    Je suis d’accord, ce clivage existe.
    J’avais déjà cette analyse il y a 6 mois : https://lebavost.wordpress.com/2008/05/13/panorama-schematique-du-ps-aujourdhui-les-multiples-determinants-du-congres/

    Mais d’une part quand on voit ce qu’est devenu le PS, dans certains endroits, il est de plus en plus difficile de défendre cette conception du parti de militants, qui est devenu celui de la recherche des postes, de la tactique, d’un parti de militants repliés sur eux-mêmes qui ne parlent qu’aux socialistes et ne combattent que des socialistes…

    Donc ce mot d’ordre ne suffit pas si on ne présente pas un projet de rénovation avec.

    D’autre part, je pense qu’il y a des deux cotés une part de posture, que la vision n’est pas in fine si éloignée que ça, et que donc ce n’est pas forcément le critère qui doit faire les alliances.

    Donc je ne me positionne pas contre un changement, mais pour une ligne assez logique Aubry-Delanoë. Cependant, je pense qu’elle sera encore trop timide sur la rénovation, et donc une alliance avec la E sur un programme de rénovation, de vision du parti, et un candidat de consensus ne m’aurait pas gêné.


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