Quelle politique de sécurité et de tranquilité pour nos quartiers ?

J’ai toujours pensé que les questions de sécurité et de tranquillité publique étaient très importants.

La gauche a longtemps mal traité la question, notamment là où elle s’exprime de manière plus aigü, dans certaines zones plus sensibles affectées par les difficultés sociales et les problèmes de violences. Peut-être parce qu’elle y est mal implantée, la politisation y est faible et l’abstention forte.
Ce sont pourtant les catégories populaires, et les notions de vivre-ensemble, qui en sont les premières victimes.

Je ne pense pas pour autant qu’une solution trop exclusivement sécuritaire, comme le propose la droite traditionnellement, soit à la hauteur des enjeux, et ne pas les traiter c’est prendre un risque de dislocation sociale et sociétale à terme.

Habitant un quartier dit « sensible », et actif dans une association sportive sur plusieurs autres quartiers, je suis un observateur au quotidien de cette thématique.

Faire un diagnostic sur les quartiers ne peut pas porter seulement sur la question de sécurité, tant les difficultés y sont grandes, les complexités multiples, les opportunités importantes. A Toulouse notamment, la situation s’améliore lentement, il y a une prise de conscience et une volonté politique. Le métro a raccroché le Mirail à la ville, les grandes opérations de restructurations et de rénovations ont été massives et utiles (Bagatelle et La Faourette ont largement et favorablement évolué, et les projets sur Empalot ou Reynerie-Bellefontaine sont intéressants).

Ces interventions radicales ne doivent pas se faire au détriment d’un traitement social et humain. Changer les murs et la voirie ne suffit pas. Il faut, et c’est l’ambition de l’équipe municipale (faire de ces quartiers des quartiers comme les autres à moyen-terme) aussi intervenir sur l’économie, sur l’éducation, sur la culture, le réinvestissement citoyen.

Mais avant tout ceci, et en parallèle, la sécurité est une des conditions premières du déblocage progressif de la situation. Dès que la situation se dégrade, il y a des départs dans les quartiers qui rabotent la mixité sociale. Le commerce et l’activité économique sont sensibles au contexte, et rapidement les votes protestataires se nourissent de cette désespérance.
J’ai encore trop souvent le sentiment que ces lieux de vie ne sont pas de ce point de vue des quartiers comme les autres.
A Bellefontaine les rodéos permanents de quad et de scooter sans casques sont les symptômes d’un sentiment d’impunité.

Certains problèmes ont pu être occultés dans la vision des partis de gauche. Ce que je lis dans les évolutions des programmes des partis de gauche me parait aller dans le bon sens. Cependant certains phénomènes, y compris à Toulouse, me semblent parfois encore sous-estimés : notamment les phénomènes d’économie souterraine et d’emprise pré-mafieuse qui s’installent parfois, les phénomènes communautaristes, la petite délinquance facile et banale lorsque le sentiment d’impunité et la perte de repères se rencontrent…

Inquiétant également, la fascination de certains jeunes enfants pour les kaïds, pour la violence, pour l’argent facile, contre l’école. J’ai vu des jeunes filles de 10 ans organiser des vols dans un supermarché en utilisant leur petit frère de 6 ans…

Outre ces problèmes de criminalités, de traffics, qu’il faut traiter de manière sévère, permanente, afin de réinstaller l’ordre républicain et ne plus laisser des vitrines d’impunité et d’argent facile, il y a la petite délinquance.

Je pense qu’il faut installer des pôles de tranquilité dans les zones les plus difficiles, pour que la mixité puisse s’installer, des activités culturelles, des échanges, ainsi que les activités économiques. Dans la palette de mesure, je pense qu’il ne faut pas être hostile par principe à la videosurveillance : pour sécuriser des sorties de métro, des places commerçante, quelques grands ensembles culturels et sportif, voire des parkings par exemple.

Par ailleurs l’ouverture plus large des commissariats de quartier, éventuellement avec une permanence nocturne tournante, serait bénéfique, ainsi que réintroduire la police municipale dans ces quartiers (encore cette fameuse police de proximité).
Ne pourrait-on pas introduire à certains endroits emblématiques des gardiens de rue ou de place, comme il existe des gardiens de parcs publics ou d’immeubles ?

Une récente enquête de l’ONZUS relève que nombre d’habitants des ZUS insistent sur le non-respect des règles de civilité et de citoyenneté, en matière de circulation sur la voie publique. Cette nuisance sonore entraîne également des accidents matériels, et insécurise notamment les parents de jeunes enfants. Il faut de ce point de vue également retrouver un vivre ensemble, parfois contre certains habitants qui se construisent à un moment donné contre la communauté, dans le narcissisme et la recherche de plaisir personnels, souvent dans l’idolatrie des valeurs marchandes et de consommation.
Contre les rodéos et les petits traffics, on peut sans doute communiquer plus et renforcer l’observatoire de la tranquilité 3101. La sécurité collective passe par une réaction collective, une prise de conscience citoyenne de la majorité contre ces agissements, y compris par le signalement de ces agissements afin qu’une réponse graduée et immédiate puisse être apportée.

L’impunité n’est pas combattue par l’alourdissement des peines,  parfois inapplicables, ni par la seule prison, souvent contreproductive, mais par la certitude de la sanction, adaptée. Tolérance 0 et réponse graduée.

Autour du Grand Projet de Ville, qui transforme nos quartiers, la sécurité et la tranquillité publique sont bien une des préoccupations importantes de chacun, de même que la réappropriation des lieux publics face à des intérêts mafieux.

Je suis bien conscient que les solutions ne sont pas simples, et que beaucoup se joue sur des ambitions plus large. Par ailleurs il ne suffit pas simplement de déplacer les nuisances en s’occupant par segment de chaque lieu. Mais je pense qu’il est important que chaque nuisance soit combattue, il ne doit pas y avoir des lieux où la transgression soit facile, ni de répit laissés à ces enrichissement rapides et ostentatoires qui deviennent des modèles funestes.
Concrètement ce n’est pas simple, mais c’est un objectif de long terme, l’amélioration de ces quartiers qui est en cours doit s’accompagner de cette prise de conscience.

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3 commentaires sur “Quelle politique de sécurité et de tranquilité pour nos quartiers ?”


  1. […] Jardins politiques Espaces concrets qui hébergent l'imaginaire. Page d'accueil « Quelle politique de sécurité et de tranquilité pour nos quartiers ? […]


  2. […] timide sur la video-protection, même si quelques caméras viennent d’être installées. Cela a des atouts dans certains cas dans le cadre d’une politique globale, et cela sera un des axes majeurs de Moudenc.  Moudenc […]


  3. […] – une vision trop idéologique de la sécurité, alors que c’est une vrai préoccupation populaire, qui monte, et qui a sans doute fait basculer l’élection. C’est une des rares villes où cela a fait l’objet d’un débat droite/gauche. Ce qui a été fait a été utile (office de la tranquilité notamment) mais n’est pas allé assez loin, et le message a été ambigüe. Cela a compté le jour du vote. J’ai pour ma part toujours eu une vision proche de celle de Manuel Valls sur le sujet. C’est une priorité. […]


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