Elections présidentielles : l’heure des choix

Le choix est à faire.
Pour moi l’élection présidentielle est un moment de décision important.
Certes beaucoup de décisions se prennent ailleurs, à d’autres moments, et la complexité des situations diminue les marges de manœuvres. Mais que ce soit sur les plans économiques, sociétaux, les valeurs et les symboles, des choix importants sont à l’œuvre.

Chaque candidat porte des valeurs, des orientations prioritaires, un programme, un style.

Pour faire un choix il faut partir d’une analyse plus globale. J’ai déja exposé quelques bribes d’analyse économique ou de mes préoccupations environnementales ou de sécurité publique.

Pour résumer ce que je pense : le contexte est à un basculement international vers les pays émergents de la croissance et des espérances. Ceci amplifie, accompagne, et est nourri, par la plus grande tension sur les ressources notamment énergétiques, par le vieillissement de la population. Les crises durables dans nos sociétés, notamment le chômage de masse, les immigrations mal intégrées, les pertes de repères et de valeurs non-marchandes, posent des problèmes graves d’inégalités (ascenseur social en panne), d’insécurités (perte du vivre-ensemble et des notions de solidarité), de retour de croyances artificielles (retour du religieux ?)…

Pendant un moment l’ accumulation de dette publique et privée aux Etats-Unis, en Europe et au Japon a pu en partie masquer cette réalité, jusqu’à ce que cette dette elle-même devienne problématique.

Ainsi dépeint, le tableau est sombre. Il y a cependant aussi des ressorts, des ressources, sur les territoires, dans les universités, dans les mécanismes à l’œuvre au niveau mondial (les pays émergents seront aussi confrontés à leurs déséquilibres), et des réussites dans de nombreux domaines.

Par ailleurs une prise en compte forte des exigences environnementales est nécessaire.

Face à l’inéluctable affaiblissement de la croissance à moyen-terme dans nos pays, l’enjeu environnemental est bien un des éléments de transformation du capitalisme. Nous pouvons considérer que nous sommes arrivés à un pic de retournement, un plafond de verre : dès que la croissance repartira fortement les prix du pétrôle remonteront de telle sorte à limiter la croissance.
La crise écologique et énergétique est donc une des causes de la crise globale.

C’est donc aussi par là que vient une partie de la solution : la croissance quantitative traditionnelle ne sera plus le moyen du plein emploi, il faut donc aller vers une croissance qualitative pour améliorer les conditions de vie et de société. Tout ne passe pas par l’accumulation matérielle, et l’intensification permanente du travail, sous la pression de ceux qui n’en ont pas (chomage qui fait pression à la baisse sur les salaires, retraites à financer…).

Le développement technologique et des connaissances apporte également une partie des outils : de même qu’il y a eu la micro-informatique, il faut développer la micro-production énergétique de masse, décentralisée. L’éducation, l’instruction, et la formation sont des voies primordiales du vivre-ensemble, des émancipations, mais aussi de la compétitivité et de la recherche.

S’ajoutent à ceci les espoirs et inquiétudes portées par les révolutions (conservatrices parfois) dans les pays arabes, et bien sûr la relation à l’Europe : pour moi c’est un moyen de puissance et d’influence, d’action commune à un niveau pertinent, en plus d’être un idéal. Mais comme toute délégation de souveraineté, c’est difficile, et cela ne doit pas se transformer en instrument faible, sans mode de décision clair.

Il faut donc réussir à retrouver une compétitivité, en maîtrisant la dette, tout en défendant des valeurs et donc des actions ou services publics, tout en opérant des changements importants vers une transition écologique et une société plus apaisée.
Pour arriver à progresser vers ces objectifs, quelques grandes questions politiques plus précises se posent  :

– comment agir sur les déséquilibres internationaux pour les réduire ? Comment agir par exemple au niveau européen pour passer du libre-échange au juste-échange ?

– Comment agir sur la dépense et la dette publique pour retrouver un horizon soutenable ? Comment modifier les schémas de financement de l’économie, et sortir de la situation actuelle où la banque centrale européenne ne peut financer les collectivités publiques, mais utilise les banques comme intermédiaires en position de force et de prélever leur dime au passage ?

– comment réorienter la société vers des investissements et une consommation plus sobres et plus riches en emplois, au lieu des illusions consuméristes du jetable et de l’accumulation, comment concilier revalorisation du travail, société de loisirs et de culture, émancipations (des traditions, des religions, de la publicité…) sans tomber dans la promotion de l’oisiveté et de l’égoïsme ?

– comment prendre en compte les différents aspects de la mondialisation, flux de marchandises, flux de capitaux, flux de populations ? Comment traiter les immigrations humainement, prendre sa part des difficultés du monde, sans nier les difficultés de l’arrivée trop importante de personnes difficiles à intégrer (difficultés économiques, logement, renforcement du communautarisme, pression à la baisse sur les salaires, tensions sociales et culturelles) et donc maîtriser l’immigration ?

– comment concilier compétition internationale, mobilité des facteurs de production et des capitaux, et réussir à faire progresser les conditions de vie d’une majorité ? Comment réduire des inégalités aberrantes, ou certains gagnent en quelques minutes ce que d’autres n’auront pas en une vie, où certains héritent de capitaux financiers et/ou culturels considérables, là où la société n’arrive pas à doter massivement du minimum ceux qui ont peu au départ ?

comment combattre plus fermement  le sentiment d’impunité de certains, le goût de l’enrichissement sans effort,  les trafics et la délinquance, parfois la haine du vivre ensemble et les incivilités ?

etc…

J’hésite encore entre François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, et Eva Joly.



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10 commentaires sur “Elections présidentielles : l’heure des choix”

  1. Daniel Says:

    J’ai lu ton billet, que je trouve extrêmement bien rédigé et avec lequel j’adhère et parmi tes 3 hésitations, le choix me parait simple si on s’en tient à ce que tu écris 🙂

  2. Leatoul Says:

    Très intéressant de te lire…. Pas le niveau de connaissance pour débattre mais tu pousses à la réflexion et c’est déjà beaucoup ! Je suis dans la même réflexion que toi… mais je commence à sérieusement pencher pour Mélanchon… déjà parce que tout bêtement il n’est pas dans la demi mesure… et cela fait beaucoup de bien à gauche ! A voir donc 🙂

  3. regata Says:

    Pour donner un élan important pour le second, et pas entrer dans des tractations d’entre deux tour difficile, je pense que ceux qui hésitent doivent voter Hollande, sauf si vraiment ils ne se reconnaissent pas dans son programme pour le premier tour.

  4. chouka Says:

    Bonjour

    Au vu des questions que je pointe, et des autres éléments de choix, la réponse ne me semble pas si évidente.
    Je vais essayer de progresser dans ma réflexion sur ce blog dans les prochains jours si j’ai le temps.
    Je dirai que la probabilité de mon vote est de 50% Joly, 40% Hollande et 10% Mélenchon.

  5. admin Says:

    Je trouve le contexte très bien décrit en quelques mots. C’est vrai que l’on ne prend pas conscience dans cette campagne, pas plus que dans les précédentes, du basculement du monde vers les pays émergents. Les élections nationales sont une sorte de « french pride » désespérante. En bon social-démocrate, je suis un partisan farouche d’une économie de marché régulée. Est-ce suffisant ? Y a-t-il les moyens de changer en profondeur de modèle pour assurer justice sociale et conversion écologique. C’est là-dessus qu’il faut se questionner comme tu le fais. Je le souhaite mais je ne vois pas les candidats Jean-Luc ou Eva très convaincants. Le premier a la détermination mais peu de crédibilité. Son programme est fait de dépense et il est aveugle sur la création de richesses. La seconde n’a pas percé le mur de l’opinion. Je voterais socialiste car c’est le plus sur moyen de déloger la droite et de bâtir une majorité qui -à l’image des tentatives lancées par Lionel Jospin- améliorera concrètement le quotidien et lancera des changements plus profonds.

  6. chouka Says:

    Je suis assez d’accord avec toi : François Hollande est un bon candidat de second tour. La question est celle du vote d’influence au premier tour, même si le projet/candidat qui me parait le plus apte à la fois à gouverner et à gagner les élections est celui-ci.

  7. Chaud Capic Says:

    Hey mec, tu vas quand même pas voter Mélenchon ? Il a de belles idées et de beaux discours mais cela me semble une fois sur deux inapplicable et donc dangereux. Mieux vaut porter un discours réaliste de transformation.


  8. […] mis un peu de temps  à faire cet article,  après avoir posé les questions qui me semblent importantes. Cela n’est pas si facile, car mon choix a eu du mal à se […]

  9. x0880x Says:

    je trouve que ton texte a le mérite de décrire clairement le contexte actuel ainsi que les différents enjeux/problématiques qui se posent à nous en tant qu’électeurs/citoyens/consommateurs et même être humains.

    Pour tout te dire, je suis en accord avec la quasi totalité de ce qui y est mentionné, sauf un petit point, la dernière phrase lorsque tu indiques au final, que face à ces enjeux, tu annonces hésiter entre 3 candidats.

    Le constat que tu dresses met parfaitement en avant les limites du modèle de notre société consumériste, ainsi que divers enjeux globaux qui ne peuvent se régler qu’à l’échelle mondiale.
    Qu’est ce qui te fait croire que futur président de moins de 1% de la population mondiale peut avoir une quelconque poids sur ces enjeux ?

    Personnellement, et je pense que tu auras compris ma position, je ne me fais pas vraiment d’illusions sur la capacité à agir du futur occupant de cette fonction.

    Ceci dit, j’irai quand même voter, car je considère l’acte comme un privilège, cependant il ne sera pas guidé par ces enjeux là, mais par quelques marqueurs perso.

  10. chouka Says:

    Salut x0880x
    Je suis assez d’accord avec toi : certains des enjeux pointés ici dépassent notre pays, ou le cadre d’un mandat. Cependant il y a des orientations à mettre en oeuvre.
    Le président français a son influence par exemple sur les politiques européennes, mais aussi modestement dans les instances internationales, en plus de la politique nationale où des choses sont à faire.
    Donc cela fait pour moi aussi partie des éléments de vote, mais avec des éléments plus concrets et pragmatiques aussi, mais cela va au-dela.


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