Toulouse : premiers retours sur une défaite…

Dépité, on a le sentiment que ce n’est pas seulement le bilan de l’équipe Cohen, et les propositions des candidats, qui ont été jugés.
Nous avons subi une vague bleue, agrégation de nombreux mécontentements. On entend, notamment dans les catégories populaires, des mots violents contre le gouvernement, les impôts, le chômage, l’affaire Léonarda… Parfois le mariage homo et différentes rumeurs sont évoquées à demi-mot.

Souvent c’est un manque de sens plus général, une désespérance profonde en l’avenir, plus forte en France qu’ailleurs.
C’est une incompréhension, parfois un dégoût, de la politique. Une abstention qui croit, – inexorablement ?
Il y a une profonde crise économique, politique, culturelle et morale dans le pays.
Manuel Valls l’a bien présenté en introduction de son discours de politique générale.

Et dans ce contexte la gauche a déçue, ceux qui avaient mis trop d’espoir en elle, ceux qui n’avaient pas bien écouté, ceux qui payent plus qu’avant, ceux qui n’aiment pas certains changements, et ceux qui trouvent que sur la forme tout cela était mal gouverné.

C’est un élément majeur de la défaite.

MAIS… on a le sentiment que cette bataille était gagnable. Dans des terres moins favorables, à Strasbourg, à Metz, ou ailleurs, la gauche a redressé la barre entre les deux tours. Ici le bilan était correct, l’image du maire n’était pas mauvaise, le candidat de l’UMP n’était pas particulièrement flamboyant.

Que s’est-il passé ici ?

Pendant le mandat : 

Malgré beaucoup d’avancées, des réalisation, une bonne gestion, des propositions réalistes dans la continuité, cela n’a pas pris.

Quelques éléments qui ont pu jouer :

– un projet de transports mal compris : à court terme, beaucoup se plaignent des désagréments : pour certains qui n’ont pas le choix, beaucoup de feux, beaucoup de bouchons… Derrière quelques associations militantes, de vrais questions autour du BHNS Plaisance-Saint-Cyprien, et une communication maladroite. Pour certains les rues toulousaines sont trop étroites, peu adaptées au tramway. Pour d’autre l’extension du tram vers Palais de justice parait moins pertinente qu’un passage devant le stadium. Pour beaucoup enfin, le tram est trop lent…

Face à tout ça, j’ai l’impression que la municipalité, trop sure de sa vision à moyen terme, qui était cohérente, n’a pas su entendre. En tout cas n’a pas su communiquer.

– une vision trop idéologique de la sécurité, alors que c’est une vrai préoccupation populaire, qui monte, et qui a sans doute fait basculer l’élection. C’est une des rares villes où cela a fait l’objet d’un débat droite/gauche. Ce qui a été fait a été utile (office de la tranquilité notamment) mais n’est pas allé assez loin, et le message a été ambigüe. Cela a compté le jour du vote. J’ai pour ma part toujours eu une vision proche de celle de Manuel Valls sur le sujet. C’est une priorité.

– une communication trop éparpillée : beaucoup de réflexions et de projets ont été lancés, mais peu incarnés. On voit bien que beaucoup de choses ont bougées, il y a quelques résultats, mais je n’ai pas trouvé le rendu du bilan très performant, très percutant, marquant les différences avec la mandature différente.  On a surtout retenu les résultats les plus polémiques, imposés à l’agenda par Moudenc. On aurait même pu avoir pendant le mandat des tractages, des explications militantes sur certains projets.

– un maire éloigné : c’est un bosseur, un homme de projets et de cabinets, mais il me semble qu’on ne l’a pas vu assez là où les toulousains vivent vraiment, sur les marchés, dans les logements sociaux, aux AG des associations. En tout cas cela n’a pas été assez mis en valeur. Moudenc, lui, certes moins pris par les affaires courantes, a fait ce travail. Quelques élus de quartier ont fait du bon boulot, ont été présents, mais sans doute pas assez non plus.
Au delà de la proximité des politique, il y a aussi la démocratie de proximité : peut-être un référendum local sur les transports, entre deux projets, aurait pu désamorcer le dossier…

– Sur le fond durant le mandat, beaucoup de projets ont été lancés, ainsi que des chantiers de fond, important mais peu visibles : création de la communauté urbaine, des pôles de proximité, fusion des 3 sem d’aménagement du territoire, création d’un établissement public foncier local… Ces outils, et les nombreuses études menées, serviront pour le mandat suivant.

 

Pendant la campagne : 

– Les militants, les élus, les responsables de la campagne, … moi-même, ont longtemps claironné, en privé, que cela allait le faire. Il y avait une douce certitude de la victoire, jusqu’à très tard, ou quelques soubresauts ont gagné les rangs socialistes, deux semaines avant le premier tour.  Mais jusqu’au résultat final, peu ont osé imaginer une défaite.

Et cela s’est traduit négativement : implication tardive du candidat et des colistiers,  mobilisation minimale des militants et sympatisants PS dans une première phase…

– et cela s’est aussi traduit par un manque d’ambition et de professionnalisme dans la campagne : en face la campagne a été organisé autour de quelques axes forts, propositions d’une part, même irréalistes, et quelques points critiques sur le bilan en face. Des tracts bien faits, par quartier, ciblés, ont été proposés, des colistiers choisis de manière équilibrée, parfois clientéliste, une campagne massive dans les quartiers populaires, bien organisés.

Au PS il y a plutôt eu :

– des grands tractages un peu erratiques au centre ville (auprès des touristes et des étudiants qui votent ailleurs).  Trop de tracts thématiques. Grandes opérations massives ponctuelles plutôt qu’une présence plus constante par quartier, tracts pas assez percutants, trop dilués… Je suis de plus en plus sceptique sur l’utilité des tractages, arrosages massifs de millions de pages que les gens ont déjà eu 5 fois, et qu’ils vont recevoir chez eux avant le vote. Cela montre une mobilisation des militants, mais n’a un impact que s’ils sont personnalisés je pense, où lorsqu’ils sont support à un échange. Il faut alors des militants qui connaissent bien le programme et qui vont chercher la discussion.

– campagne peu percutante : sécurité pas assez prise en compte, absente des tracts , timidité idéologique sur la videosurveillance alors qu’un peu d’habileté tactique était possible;  l’emblématique et ridicule projet de 3eme rocade a été très peu attaqué, alors que cela aurait dû faire partie des 3 arguments systématiques (facile de montrer qu’elle était coûteuse, inefficace et anti-écologique)

 

Enfin, un des éléments marquants a été une dilution du vote des banlieues, et notamment magrébin. Tout d’abord une grande abstention.

J’ai pu voir dans mon bureau de vote, dans un quartier très majoritairement magrébin, que 60% des votants étaient d’origine européenne. Par ailleurs, ceux qui ont voté n’ont pas tous voté à gauche. C’est pour moi une normalisation, il n’y a pas de raison que cet électorat soit particulier, et il se distribue donc entre des conservateurs et des progressistes. Le temps où par nature il votait à gauche face à une droite clivante et suspectée de racisme, est assez largement révolu…

 

Bien sur, facile de dire tout ça après la bataille, mais c’est quand même un ressenti qui est monté au fur et à mesure, et qui revient souvent dans les discussions autour de moi. Plus largement la droite a su coaguler certains mécontentements, là où la gauche tentait de proposer une vision de moyen-terme, mais n’a pas su mettre ça en image. Dommage.

 

 

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2 commentaires sur “Toulouse : premiers retours sur une défaite…”

  1. Begba Capi Says:

    Il faudra du renouvellement au PS.Il n’y a pas que Cohen : Izard, Malvy, Arif… Il faudra laisser la place… Mais on ne voit pas trop qui. Des femmes, des entrepreneurs, des universitaires, des gens qui connaissent la vraie vie et pas des professionnels de la politique.

  2. pppsoslso Says:

    Sur le paragraphe Cohen homme de cabinet, on aurait pu evoquer son absence totale de charisme.

    Et je reste persuader que le tramway a emmerder pleins de gens pour un résultat moins que médiocre. Mais c’est pas mal expliqué sur le 1er paragraphe.


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