Charlie et conséquences…

Quand j’ai appris l’attaque je n’y ai pas cru immédiatement. Saisi, interloqué, hébété.

Etat de stupeur et de choc.

Ravagé, dégoutté, bouleversé.

 

La pire de mes craintes, l’oppression physique, l’attaque des intellectuels, des idées, de la France et de la République.
Puis ensuite une policière et une cible juive (une fois encore). Il ne manquait plus qu’un symbole gay à la palette de la haine.
Peur, envie de pleurer, mais pas résigné. Abattu, mais en colère. Je suis allé manifester tout de suite. J’en ai cependant été affecté lourdement pendant plusieurs jours.

 

Une première réaction qu’il fallait de la France attaquée

Le dimanche, formidable mobilisation, quelque chose de très fort. Hollande et Valls ont été exemplaires sur cette semaine. J’ai apprécié le discours de Valls à l’Assemblée, ainsi que celui de Hollande, et notamment sa décision courageuse d’aller manifester, d’appeler à la mobilisation, et l’organisation de la venue de chef d’Etats étrangers.

C’était un risque énorme en terme de sécurité, calculé bien sur, mais c’était un défi, les yeux dans les yeux, aux terroristes en leur offrant la meilleure des cibles, des millions de citoyens dans la rue, dont des chefs d’Etats. S’ils avaient pu frapper à nouveau tout de suite, ils l’auraient fait.

 

Je me suis senti attaqué

D’autant plus que Charlie, auquel je suis abonné, c’est moi. Ils me font rire, et réfléchir.
Par ailleurs, je suis athée, critique, sceptique et cynique vis à vis des religions, et donc laïque militant. Et ce n’est pas seulement la liberté d’expression qui a été attaquée, mais le droit au Blasphème. Ce « prophète » n’est pas le mien. Je me fous qu’il ait existé ou pas, je veux bien lire ce qu’il a bien pu écrire comme tout autre témoignage historique, mais je n’ai ni Dieu ni gourou.

Toute pensée est intéressante, mais par contre je n’ai aucune prescription à recevoir d’un quelconque affabulateur charismatique (je parle là pour toutes les religions), mort il y a des centaines d’années, à qui je n’ai rien demandé. Ni à ses transcripteurs, parfois nés après sa mort, qui ont bien écrit ce qu’ils voulaient, avec leur sagesse, leurs ignorances ou frustrations, leurs archaïsmes.

Si j’ai un regard assez dur sur les religions, c’est surtout sur les comportements qu’elles imposent, ou sur la prétention à la vérité qu’elles peuvent incarner, absolument dangereuse. Mais pas forcément sur l’histoire qu’elles racontent ou sur les explications qu’elles proposent, que l’on peut lire de diverse manière.

D’ailleurs je ne peux pas être aussi dur avec ceux qui croient, que je ne souhaite pas juger individuellement en tant que tel, même si une croyance aveugle me parait toujours inquiétante et absurde. Donc je ne souhaite pas juger en bloc ceux qui croient, car cela échappe à la raison assez largement, et on est dans une nuance infinie de situation.
Ils ont chacun leurs raisons. Certains sont pris passivement dans une tradition, un enseignement, une identité, dont il est difficile de se défaire (de même que d’autres aiment le rugby ou la pétanque parcequ’ils viennent de telle région, de tel milieu…); d’autres sont manipulés lorsque religion et pouvoirs se mélangent… Enfin pour certains il y a une démarche plus active, voire critique, des aspects culturels, presque philosophiques, dans lesquels ils piochent avec liberté ce qu’ils veulent…

 
De la liberté d’expression :

Donc Charlie survivant devaient-ils publier leur Une avec un soi-disant prophète ? Cela ne me pose aucun problème, un moyen de regarder avec mépris, et courage, leurs assaillants. La Une est digne et tendre. Le journal est engagé et satirique, cela n’a pas à changer. Les limites sont celles de la loi et je ne souhaite pas qu’elle change en France. Personne n’est obligé d’acheter et lire le journal.

La soi-disant interdiction de représenter leur prophète s’adresse à ceux qui choisissent de croire en l’Islam, pas aux autres. Imaginez si on devait prendre pour soi les interdictions de toutes les religions et sectes qui existent !!!

Par ailleurs, l’impact international est à relativiser. Souvent ce sont quelques milliers de personnes qui ont défilé, soit manipulés par leur gouvernement, soit plutot en prétexte contre des problèmes intérieurs. Et cela oblige chacun à se positionner. Ainsi le Président du Niger a proclamé que ceci n’était pas son Islam…
Certains évacuent un peu facilement le débat en indiquant que ces actes criminels n’ont rien à voir avec l’Islam, mais il n’y a pas encore une condamnation générale dans l’Islam mondial sunnite, non unifié, du salafisme, de l’intégrisme, du wahabisme. Certains en Arabie Saoudite et au Qatar (et donc en France avec ceux qui les embrassent) jouent d’ailleurs un jeu trouble.

Pareil en France, cette publication a fait réagir, a pu choquer. Mais d’une part cela révèle des soucis internes plus profonds, et c’est donc plutôt salutaire que de les ignorer. Et d’autre part la liberté d’expression n’est pas la liberté de dire des choses qui plaisent à tous.

Comme l’a dit Alain Finkielkraut « la liberté d’expression blesse les Hommes, il y a une douleur de la liberté, c’est ça qu’il faut faire entendre ». Accepter que certains disent ce qu’on ne souhaite pas entendre, que l’on déteste, avec quoi on est radicalement d’accord.

On peut répondre par le mépris, la parole, par la caricature, par les écrits, les manifestations, voire la justice dans certains cas (appel à la haine, diffamation…)

Je poursuivrai prochainement ma réflexion sur l’impact en France, sur être ou n’être pas Charlie, la situation dans nos Banlieu et écoles…

 

Conclusion :

Alors que Charlie Hebdo avait des problèmes financiers, que le journal allait peut être mourir d’une petite mort honteuse, ils ont jeté de l’huile sur les dernières braises en pensant les éteindre. Ils l’ont rendu immortel et héroïque dans une ironie tragique.
Ah les cons ! Ils pensent avoir gagné, mais j’espère que cela entraînera une réaction vigoureuse de la société, des autres journaux, un réveil de ceux qui se sont laissés aller à un peu de complaisance, par ignorance ou bêtise, avec ce fanatisme idéologique.

Autre risque, que les réflexions nécessaires se fassent submerger par les réflexes identitaires et les raccourcis. J’ai donc une pensée pour tous ceux, qui risquent de souffrir de tout ça encore plus. Comme disent les Guigols : 12 morts, 5 Millions de Français musulmans (ou vu comme tel) blessés…

Bref, réalisme sur les vrais dangers qui existent (il y a encore quelques naïfs qui planent un peu sur ces sujets), sécuritaires, ou lié aux dérives sectaires et religieuses radicales, ainsi que sur les risques d’aggravation de stigmatisation et de puants amalgames…

On peut lutter. Impertinence, insolence, solidarité, humour, scepticisme, nuance. De la colère peut aussi naître la création. Je renvoie vers un poême que j’ai écris il y a quelques années lorsque les Talibans avaient fait sauter les bouddahs géant en Afghanistan, sur le basculement dans l’intégrisme.

 

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