Vote utile ou vote de conviction ? Le sondage comme instrument démocratique ?

Comment voter dimanche ? On parle beaucoup de vote utile, de vote d’adhésion, de vote tactique…

Cela s’appuie évidemment sur les sondages. Est-ce un instrument fiable, pertinent, dangereux, nécessaire ?

1/ Les sondages, outils devenus indispensables à la démocratie ?

Aujourd’hui on constate que les sondages sont pleinement intégrés au fonctionnement de l’élection présidentielle :

  • dans la période d’équité, ils participent à définir l’importance d’un candidat, que doivent respecter les médias audiovisuels
  • On peut également penser que le conseil constitutionnel s’appuierait également dessus pour éventuellement reporter une élection en cas d’empêchement d’un des candidats dans les 7 jours avant le dépot des candidatures (art 7 de la Constitution)
  • Le premier débat télévisé sur TF1 a opposé les candidats qui à l’époque dépassaient les 10% dans les sondages (de même que aux Etats-Unis par exemple, les débats opposent ceux qui recueuillent plus de 15% d’intention de vote..)
  • L’octroi de prêts bancaires pour pré-financer les campagnes (si la perspective de dépasser les 5% parait crédible) s’appuie également dessus

2/ Est-ce un élément légitime et digne de confiance du choix démocratique ?

S’il n’y avait pas les sondages, il y aurait des rumeurs, des fantasmes, des paroles d’experts et d’éditorialistes, qui au lieu de s’appuyer sur des sondages, s’appuieraient sur leur analyse propre. On peut penser que les sondages sont un élément d’information plus objectif.
Ainsi, même s’il s’agit d’un autre type d’étude, à l’issue d’un débat, nous avons désormais un sondage qui nous dit ce qu’en ont pensé les spectateurs. Cela a ses limites, mais finalement ça vient contrebalancer le seul jugement de quelques éditorialistes ou journalistes politiques (exemples récents sur bfmtv..).

Si les sondages étaient interdits avant les élections, seuls quelques privilégiés y auraient accès, avec toutes les manipulations que cela peut entrainer. Et aujourd’hui, cela ferait le bonheur de la presse étrangère francophone, sur internet.

Il y a quelques défauts à ceci : les sondages constitueraient une prévision autoréalisatrice.. Un candidat qui prendrait l’avantage tôt sur la base de pure communication serait ensuite porté par ses seuls sondage et le réflexe de vote utile. Mais cela ne tient pas. On voit bien lors de cette campagne, que ce mécanisme n’a joué pour Benoit Hamon, qui est parti de très haut, proche de Macron, et aurait pu avec une bonne campagne (et un programme et un positionnement plus adapté peut être) convaincre une partie de l’électorat de Mélenchon, et être en balance pour le second tour. La réalité de la campagne a joué et a déplacé le vote utile. De même Macron a émergé sans les sondages, il s’est créé une situation favorable.

3/ S’appuyer sur des sondages implique de leur faire confiance, qu’ils soit fiable :

Pour que ce soit un instrument démocratique, il faut alors que les sondages soient fiables.

En France, il y a une commission des sondages, donc des contrôles et des règles précises, il me semble donc que c’est le cas. Cela donne des tendances plutôt bonnes. Mais il faut rester prudent dans leur analyse : ce n’est pas une prévision, des mouvements peuvent avoir lieu jusqu’au dernier jour, ils ont une marge d’erreur statistique etc..

Les exemples d’erreurs sans cesse rappelés sont souvent peu pertinents : même en 2002, on pouvait voir la tendance LePen/Jospin s’amorcer. Et le souci c’est qu’à l’époque il n’y avait pas de sondage la dernière semaine.
Pour le Brexit, des sondages montraient un resserrement, en tous les cas on était dans la marge d’erreur, et pour Trump les sondages globaux étaient conformes, en nombre de voix, avec quelques erreurs dans des états. C’est souvent l’analyse qui est erronnée plutot que le sondage.

Il y a actuellement plusieurs instituts de sondages en France. Cela permet de comparer, et d’éviter les tentatives de manipulation individuelle que certains craignent, et le risque d’erreur puisque plusieurs mettent en oeuvre ces techniques.
Les techniques sont désormais maitrisées et documentées. Le reportage récent d’envoyé spécial était d’ailleurs assez discutable dans l’analyse, en montrant quelques cas marginaux et sans donner la parole à la défense. La principale difficulté est de trouver un échantillonnage fidèle à la réalité, et cela progresse à chaque fois que des biais sont identifiés.
Le fait qu’il y ait plusieurs instituts permet également d’augmenter la taille de l’échantillon. Alors qu’un sondage sur 1000 personnes a une marge d’erreur (à 95%, un accident est toujours possible) de 2%, si on prend 4 sondages effectués le même jour, sur 4000 personnes, la marge d’erreur diminue. Ceci n’est jamais rappelé, mais cela me parait juste.

Il y a donc sans doute des choses à améliorer, toujours, mais c’est souvent une facilité de critiquer les sondages alors que tout le monde les utilise et s’en sert lorsqu’ils sont favorables. Le PS faisait appel au vote utile hier et le critique aujourd’hui. Les mélenchonistes affirment ne pas regarder les sondages, mais sentir qu’ils peuvent être au second tour, « sur la base de la présence aux meeting et sur you tube »… C’est une fumisterie. Sarkozy déplaçait les foules lors de la primaire à droite…

2/ Faire un choix en s’appuyant notamment sur les sondages est-il pertinent ?

Avoir toutes les informations, cela me parait utile au choix démocratique
Voter dans l’inconnu sur la base du programme, c’est bien. Mais voter en sachant que par mon vote je peux éviter le pire qui s’annonce, n’est-ce pas finalement plus utile, pertinent ? La finalité de l’élection est bien un choix pour un président, pas seulement l’affichage de convictions qui n’auraient pas d’impact pour demain. Il n’est pas moins légitime de voter contre, pour faire barrage, que de voter pour un candidat de niche ? Et chacun peut ensuite faire son choix en connaissance de cause.

L’affichage de ses convictions peut se faire lors des élections proportionnelles, comme les européennes. Ou encore, en indiquant ses convictions thématiques dans … des sondages. 😉

Pour moi le vote utile, c’est à dire réfléchi en fonction des sondages afin de porter au mieux ma volonté en tenant compte des 2 tours de l’élection, est bien un vote pertinent, tactique, intelligent.

J’ai pu voter pour un petit candidat, en 2012, car au vu des sondages cela ne semblait pas porter de conséquences pour le second tour. C’était un vote utile.
Dans d’autres cas il peut être pertinent de voter utilement pour un second tour le moins pire. Cela désavantage les votes radicaux, mais par nature car ils ne sont pas centraux. Et le jour où la société devient radicale, ils peuvent en bénéficier, comme on le voit avec Marine LePen et Jean-Luc Mélenchon aujourd’hui.

Aujourd’hui je n’ai pas besoin du vote utile car mon candidats est également un de ceux qui peuvent parvenir au second tour.

Mais évidemment que ceux qui se portent sur Benoit Hamon ou Dupont Aignan doivent se poser la question, et il le font. C’est très hypocrite de leur dire de ne pas tenir compte des sondages.
Est-ce qu’ils ne se mettent pas en dehors du jeu en votant pour un candidat de conviction alors qu’il faut choisir entre 4 candidats très différents pour le second tour ? Sauf si c’est l’alternative à un vote blanc, ou si pour la personne le vote pour une thématique particulière ou un parti (faire en sorte que le PS soit remboursé de ses frais de campagne) est plus important, en prenant le risque d’un second tour Fillon/Lepen ou Mélenchon/LePen…

D’ailleurs j’ai en souvenir les regrets de pas mal d’amis qui en 2002 ont voté Taubira, Chevènement, Mamère et Besancenot, alors qu’ils souhaitaient sincèrement la victoire de Jospin au second tour.

Publicités
Explore posts in the same categories: Uncategorized

2 commentaires sur “Vote utile ou vote de conviction ? Le sondage comme instrument démocratique ?”


  1. […] Espaces concrets qui hébergent l'imaginaire. Page d'accueil « Vote utile ou vote de conviction ? Le sondage comme instrument démocratique ? […]


  2. […] On peut voter pour eux si vraiment les autres votes ne sont pas envisageables, mais c’est se mettre en retrait du vrai choix de société entre les 4 candidats qui peuvent l’emporter. C’est d’une certaine manière accepter que les autres électeurs choisissent, à leur […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :