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Législatives : Pourquoi En marche va avoir la majorité à l’assemblée nationale

mai 14, 2017

Tous les concurrents de la République en Marche (REM) ont intérêt à laisser penser qu’une cohabitation est possible, pour maintenir une mobilisation de leur électorat et limiter la casse.

Mais il est largement probable que REM aura une majorité, et probablement absolue.

I : Des logiques politiques

Un vote par défaut ?
Le second tour si particulier, contre le FN, et surtout un premier tour resserré entre 4 candidats, peuvent laisser penser à certains que Emmanuel a été mal élu, par défaut… C’est en partie vrai, inévitablement au vu de la situation politique particulière. Mais c’est à nuancer. Ce n’est ni la première fois,  ni significatif. Ce sont surtout des éléments de langage de Mélenchon qui veut faire oublier qu’il a terminé 4eme de l’élection, voire 5eme si on inclue les abstentionnistes (comme il le fait pour l’analyse du second tour..).

Je trouve indécent que tous ces partis qui ont perdu suite à une campagne longue et fatigante veuille refaire le match, refaire le débat, remettre en cause la légitimité de l’élection dès la proclamation des résultats, parfois de manière offensante pour les électeurs macronistes convaincus…

D’ailleurs si on considère que entre 40 et 60% des électeurs de Macron l’on choisi par conviction, selon les enquêtes, cela représente plus de voix que le vote d’adhésion pour LePen, à 80%. Il n’ y a donc pas eu besoin des votants barragistes pour gagner, cela a seulement suffit à amplifier.

Etre minoritaire et obtenir une majorité ?

Certains analystes font un contresens : une enquête à indiqué le soir de l’élection que seulement 40% des électeurs souhaitaient que Macron ait une majorité législative. Une autre enquête quelques jours suivant indique 52%. Pour certains, ces chiffres sont faibles, et augurent d’une possible faiblesse législative.

Or c’est loin d’être le cas : d’une part il faut comparer avec les autres partis, question non posée : combien veulent une majorité FN, une majorité FI ou une majorité LR ? Structurellement, lorsqu’il y a plusieurs forces politiques proches, personne n’emporte une adhésion majoritaire.

De plus, avec sa position centrale, susceptible de recueillir des votes de barrages à la fois de droite comme de gauche, selon les cas, on peut penser que En Marche sera par ailleurs souvent bien placé au second tour. Beaucoup se joue donc au premier tour. Quelques points d’avance au niveau national peuvent suffire à faire une large différence. Comme à la présidentielle, le premier tour détermine le second.

Gauche morcelée et faible, droite démobilisée, prime présidentielle

La gauche morcelée, entre la France Insoumise, mais aussi le PS, et de nombreux petits partis, communistes, verts, sera très probablement balayée dans des proportions inattendues.

L’état de faiblesse du PS, dont beaucoup ont tourné la page, en fera seulement un boulet pour la France insoumise. Localement, quelques figures bien implantées peuvent encore se hisser au second tour, mais il n’y aura probablement pas plus de quelques dizaines de députés, peut être même moins de 20.

D’autant que la France Insoumise a une partie de son électorat moins participationniste (jeunes, quartiers populaires métissés), ce qui se ressent plus fortement aux législatives. Et que sa position entre les deux tours a été critiquée par une part de sa base.. Là encore, même si Mélenchon arrive à faire une campagne forte, qui mobilise, qui garde vers lui les électeurs PS conquis à la présidentielle, il pourra difficilement obtenir plus de quelques dizaines de députés.

La droite peut-elle résister ? Une forte dramatisation des législatives, qui entraine une abstention faible, et un effondrement du FN, en difficulté de leadership, peuvent-elles entrainer une cohabitation ?

Cela ne me parait pas possible. En effet, c’est ce parti qui a fait corps autour de Fillon, et cela lui est reproché.
Ce parti qui a appelé au Front républicain, ce qui a pu heurter une partie de son électorat droitier. Enfin un parti qui a perdu, qui est traversé de tensions, même si cela ne se traduit pas encore par des transferts de cadres.
Macron a progressivement orienté sa campagne vers le centre droit. Encore en ce moment, en laissant ouverte la possibilité d’investir des députés LR, il tend un piège : qu’ils viennent ou pas, les électeurs de centre droit sont la véritable cible, la porte leur est ouverte même si les députés ne viennent pas..

Ils peuvent néanmoins stabiliser leur score, et devenir largement le premier groupe d’opposition.

Enfin, il y aura nécessairement une prime présidentielle. Ceux qui ont gagné se mobilisent plus. Et même parmi ceux qui n’ont pas voté En marche au premier tour, ou qui ont voté par vote utile, une partie significative (mais combien..) ne voulant pas d’une cohabitation, ou voulant lui laisser sa chance, vont voter pour lui. Effectivement, quelle déception s’il n’avait pas de majorité, quel gachis, cette pussillanimité ne serait pas comprise au niveau international…

Un point positif pour le nouveau Président est qu’il a été largement caricaturé  pour des raisons politiciennes par ses adversaires de campagne : il sera facile à Emmanuel Macron de démontrer dans les semaines de prise de fonction qu’il n’est pas que l’héritier de Hollande, que malgré sa jeunesse il a la profondeur et l’intelligence nécessaire, qu’il n’est pas le banquier sans cœur que certains ont décrit avec malignité, et qu’il ne fait pas preuve de timidité sur la sécurité.

Pour entraver ce scenario, il faudrait un affaissement du FN au profit de LR, et une nouvelle campagne très dure, faisant par exemple des législatives un referendum sur le droit du travail, comme le souhaite Mélenchon.
Mais il reste 3 semaines de campagne, et les Français ont une attention moindre à la politique, se débranchent un peu après une longue campagne présidentielle. Le gouvernement va être nommé, sauf erreur grave il sera difficile de modifier la dynamique favorable à REM.

Cela sera donc probablement une victoire large ou très large en fonction de la campagne de En Marche

II : L’application aux circonscriptions

Dans le modèle que j’ai élaboré sur la base des résultats du premier tour, cela donne ainsi une victoire large pour En Marche.

Même en prenant l’hypothèse pessimiste, cela donne une majorité absolue à En Marche.

Voici mes hypothèses:

 Participation différentielle EM FN LR FI PS
participation sociologique (age, csp) 0,15 -0,2 0,2 -0,15 0
niveau de demobilisation, dynamique 0,2 0,15 -0,1 -0,15 -0,15

Retour Vote utile ou contraint (absence EELV, PC..) Vers EM Vers FN Vers LR Vers FI Vers PS Vers autres
De EM 0,02 0,02 0,15 0,02
De FN 0,02
De LR 0,05
De FI 0,2 0,1
De PS 0,1

Moindre personnalisation élection /enjeux locaux/ candidats indé Vers EM Vers FN Vers LR Vers FI Vers PS Vers autres
De EM 0,15 0,15 0,05
De FN 0,15 0,02
De LR 0,1
De FI 0,05 0,05
De PS

Perte LR suite à consolidation FN 2eme tour Vers EM Vers FN Vers LR Vers FI Vers PS Vers autres
De LR 0,03

II/ Gain pour éviter cohabitation
Gain cohérence présidentielle (base électorat Macron car vient compenser le retour de vote utile..) EM FN LR FI PS De autres
En faveur de EM 0,1 0,2 0,05

Et le résultat de cette simulation en pourcentage au niveau national :

EM FN LR FI PS
20,47% 17,09% 21,30% 10,78% 12,09%

Avec une présence au second tour :

EM FN LR FI PS
357 232 496 21 26

Au deuxième tour,j’ai fait des hypothèses de report en fonction des configurations de second tour. Face au FN, j’imagine qu’il y aura un front républicain, mais plus faible que lors de la présidentielle. Face à LR, ou à FI, je pense qu’une partie des autres candidats se reportera sur EM, force la plus centrale face à l’adversaire. Au niveau local, l’abstention au second tour sera plus forte dans ces cas de figure, mais une partie de l’électorat de gauche préfèrera voter En marche et majorité présidentielle, plutôt que LR et cohabitation incertaine.

Voici ce que cela donne :

EM FN LR FI PS
305 6 237 2 15

Cela montre donc que même avec une hypothèse faible, EM autour de 21%, selon mes hypothèses, proche de LR, REM obtient une majorité absolue.

Deux nuances :

  • mes hypothèses de second tour sont peut être un peu trop favorables à En Marche.
  • il s’agit d’une projection qui ne tient pas compte des particularités locales (sauf sous forme d’un léger bonus global pour LR et PS). Il y a quelques élus bien implantés, connus et reconnus, du PS comme de la France insoumise, ou de LR, qui peuvent déjouer ce pronostic hors sol.

Mais ce qu’il faut en retenir, c’est que vu la situation politique fracturée, et la position centrale de REM, il lui suffira d’être légèrement devant au niveau national, c’est à dire massivement au second tour dans les circonscriptions. 

L’enjeu de la participation est donc important. En dessous de 60% de participation au niveau national, il n’y a quasiment plus de triangulaire, ce qui favorise En Marche car souvent c’est la gauche qui n’est pas qualifiée, malgré un score conséquent mais éparpillé.

III : les derniers sondages

Le dernier sondage paru est largement plus favorable à REM : avec un niveau élevé pour En Marche (29%), et une dynamique favorable puisqu’il progresse depuis le soir du second tour. Selon mon modèle, cela aboutirait à une large majorité absolue.

France insoumise fait également un bon score, un peu mieux que ce que j’anticipe dans mon modèle, mais largement inférieur à celui de la présidentielle (14%).
Le PS n’a quasiment pas de sursaut, car il perd des électeurs vers REM et vers les verts.

http://www.bfmtv.com/breves-et-depeches/legislatives-en-marche-en-tete-des-intentions-de-votes-selon-un-sondage-1162106.html

Et maintenant.. Plusieurs simulations et projections pour les législatives.

avril 28, 2017

La première étape était difficile, il faut maintenant logiquement la confirmer en gagnant le second tour pour Macron.
Mais il y a surtout une deuxième étape à préparer dès maintenant : gagner les législatives !

En effet, la première étapes est indispensable, mais cette année les législatives sont toutes aussi importantes que les présidentielles.

Bien entendu la victoire est quasi-certaine. En restant prudent et mobilisé, bien sûr.

Les sondages le prédisent, avec des indices de certitude de choix élevés.
Mais au delà, le socle de Macron, déjà supérieur de 1M de voix au premier tour, va s’additionner avec tout une partie de vote « automatique », de rejet du front national, chez de nombreux électeurs de gauche, chez une France immigrée ou proche de celle-ci, ainsi qu’avec tous ceux qui soutiennent des partis de gouvernement, pour qui la politique économique de LePen parait aléatoire.

Et il y a des contrefeux : si les sondages montrent un resserrement au gré de la campagne, si elle met Macron en difficulté lors du débat par exemple, il y aura une mobilisation supplémentaires de ceux qui s’exonèrent du choix car ils sont sûr qu’il va gagner.

Cependant la campagne actuelle est capitale. Faut-il se concentrer pour gagner le second tour avec le score le plus élevé, ou préparer déjà les législatives?
D’une part cela peut donner une dynamique (mais il ne pourra pas se prévaloir de ce score), car s’il gagne un peu juste il en restera une impression de « mauvaise campagne »; de l’autre il peut y avoir un intérêt à privilégier une tactique plus clivante. Il peut se permettre de gagner avec 58% au lieu de 63%, en essayant de créer de l’adhésion pour lui, du trouble chez les républicains ou au PS, pour viser une majorité aux législatives.

Je pense qu’il ne faut pas rester sur une posture morale, comme il l’a un peu trop fait les premiers jours, ou répondre à la caricature par la caricature. Il faut profiter de son temps d’exposition, pour expliquer et détailler ses mesures, répondre aux attaques. Avec une part plus importante de téléspectateur qui auront une oreille bienveillante, lors du débat, il faut capitaliser pour mobiliser son électorat et l’élargir lors des législatives.

Je pense qu’il faut donc jouer sur les deux tableaux, et oser aller cliver pour décrocher une partie des électeurs de leurs partis d’origine pour les législatives. Ceux qui sont venus par vote utile ou car ils n’aimaient pas leur candidat doivent confirmer aux législatives.

Au delà de la tactique, il y a également un enjeu démocratique : aller vers les classes populaires, les zones rurales, pour éviter une fracture trop grande, réelle et politique, et caricaturale entre deux France. Il faut comprendre le désarroi et proposer des réponses. Le discours d’aujourd’hui à Chattelerault est intéressant de ce point de vue (pas de fermeture d’école en milieu rural, précisions sur le déploiement haut-débit…)

La suite après l’élection sera également importante : investitures, nomination du gouvernement, discours de politique générale, gestion des premiers troubles et plans sociaux, entre deux tours. C’est cela aussi qui amplifiera le réflexe de soutien au Président élu, pour éviter une cohabitation, aux législatives.
On se souvient des législatives de 2007, l’impact de la tva sociale, soulignée entre les deux tours, avec une vague bleue au premier tour, (impression que tout était fait) qui a retourné le second tour, entre 50 et 100 députés sauvés pour la gauche.

 

Car les législatives sont particulièrement ouvertes, complexes à anticiper. Voici quelques projections que j’ai faites à partir du fichier des résultats par circonscription.
(Les circonscriptions des Français de l’étranger ne sont pas prise en compte.)

1/ Première simulation de base : j’ai pris les résultats, auxquels j’ai seulement appliqué une participation différentielle à chaque électorat.

Cela peut correspondre à une situation où chaque force à cristallisé son électorat. Ainsi ceux qui ont voté « tactique » pour Macron resteraient (ou bien seraient compensés par autant qui viendraient soutenir le Président pour éviter une cohabitation). Le PS, durablement affaibli, ne reprendrait pas non plus d’électorat à la France insoumise, et EELV et le PC seraient également étouffés. De même à droite. 

J’ai pris comme hypothèse une participation en diminution de 20 points sur chaque circonscription. (cela correspond à une diminution de votant de 23 à 30% en fonction de la participation au premier tour, voire 68% sur certaines circonscriptions d’outre mer).

En effet lorsque l’abstention augmente, (entre présidentielle et législative par exemple) il a été constaté qu’elle augmente encore plus dans les endroits qui participent moins.

Pour la participation différentielle j’ai pris en compte deux éléments : on constate que certains électorats votent moins aux législatives que d’autres (catégories populaires, jeunes). Par ailleurs j’ai pris en compte le fait que les électorats des vainqueurs se mobilisent plus que ceux qui ont perdus, (notamment face à des partis en crise).

J’ai donc pondéré la baisse globale de participation par électorat (ex : pour le PS, la diminution de votant sur la circonscription est diminuée de 10% du fait de la sociologie, mais est augmentée de 15% du fait d’une moindre mobilisation)

  EM
FN
LR
FI
PS
participation sociologique (age, csp) 0,2 -0,3 0,3 -0,2 0,1
niveau de démobilisation, dynamique 0,25 0,15 -0,1 -0,15 -0,15
         

 

Le résultat est :

moyenne des circonscription :

EM
FN
LR
FI
PS
26,74% 19,65% 20,70% 16,93% 6,15%

Cela donne lieu à 63 triangulaires, et 503 duels.

Voici la présence au second tour :

EM
FN
LR
FI
PS
516 274 276 129 0

Je n’ai pas eu le temps d’aller plus loin dans l’analyse pour l’instant.

Première indication : avec une participation nationale autour de 58%, il y a assez peu de triangulaire.
Cette hypothèse correspond à un ras de marée pour EM, avec un FN également très fort.

 

2/ Deuxième simulation : j’ai simulé des transferts de voix entre les partis, en fonction de plusieurs critères, puis j’ai appliqué la participation différentielle.

Il s’agit d’un premier jet « instinctif ». Le résultat me parait peu probable, donc j’ai effectué une troisième simulation. Mais parfois à trop censurer ses premières analyses, on passe à coté de certaines choses, je présente donc cette hypothèse.

J’ai pris en compte les retour de « vote utiles » portés sur EM et FI sur les autres partis, mais également la volonté d’éviter une cohabitation, qui tempère le premier mouvement.
J’ai également intégré la différence législative/présidentielle : enjeux locaux, moins personnalisé (bénéficie à LR et PS, mais nuit à FI), ainsi que la présence de candidats PC, EELV, divers gauche et divers droite. J’ai également considéré qu’une part des électeurs LR seront cristalisés sur le Front national par le second tour, ceux qui n’accepteront pas que leur parti appelle à voter Macron alors qu’ils se sentent plus proche du FN.

Considérant l’ancrage local, il est à relativiser : les nouvelles limites au cumul des mandats génèrent un renouvellement important, y compris dans les partis existants. Par ailleurs En Marche aura aussi un ancrage, par des députés sortants, ou en choisissant des personnalités qui ont un existence locale.

Cela donne donc :

moyenne des circonscriptions :

EM
FN
LR
FI
PS
25,13% 19,70% 17,13% 9,72% 11,24%

Avec 555 duels et 11 triangulaires. En effet il y a plus d’éparpillement des voix.

Cela donne une présence au second tour :

EM
FN
LR
FI
PS
536 369 186 4 48

Avec ces premières hypothèses, EM et le FN ressortent très forts.
LR est faible, et l’éclatement entre PS, FI, une partie restant sur Macron, et le PC,EELV, le PRG, l’extrême gauche balaye la gauche de la carte.

Cela parait cependant trop favorable à EM, au détriment de LR et de la gauche.

J’ai donc fait tourner une 3eme hypothèses.

3/ 3eme simulation : j’ai augmenté le retour des votes utiles, et diminué le réflexe présidentiel, ainsi que réduit les différences de participation différentielle. C’est en gros l’hypothèse moins favorable à En Marche, si la campagne jusqu’aux législatives n’est pas bonne.

moyenne des circonscriptions :

EM
FN
LR
FI
PS
20,47% 17,09% 21,30% 10,78% 12,09%

La gauche hors EM étant toujours très éclatée, cela entrave fortement son accès au second tour. Une repolarisation plus classique, avec un affaiblissement du FN et de EM par rapport à ses scores de la présidentielle profite logiquement à LR.

EM
FN
LR
FI
PS
357 232 496 21 26

Il n’y a alors aucune triangulaire. En effet le FN est plus haut là où l’abstention est forte, donc où le seuil pour atteindre une triangulaire est élevé.

Cependant cela ne préjuge pas des reports au second tour : EM étant une force centrale, elle peut être difficile à battre au second tour, lorsqu’il y a des réserves, notamment à gauche. En effet le PS et FI se neutralisent, alors qu’ils ont des scores corrects en cumulé dans cette hypothèse.

Donc quelques enseignements si mes calculs et hypothèses sont valables : gauche divisée en mauvaise posture, EM peut avoir une majorité, même absolue, mais une victoire de la droite ne peut pas non plus être exclue, bien que la force du FN pénalisera LR.

Avec les dilemme de ligne, de leaderchip que LR va avoir, et la concurrence du FN, si Macron réussit sa campagne de second tour et ses premières semaines de Président, je pense qu’une majorité forte pour EM est le plus probable, mais peut être pas absolue.

 

Je referrai probablement tourner mon modèle à nouveau dans les prochains jours, peut-être avec de nouvelles hypothèses, ou en tentant des projections de second tour, si j’ai le temps.

 

 

Pourquoi Macron..

avril 22, 2017

La campagne est désormais terminée.

Voici en quelques lignes pourquoi un vote Macron me parait pertinent.

1/ Le Pen et Mélenchon : deux candidats qui proposent des programmes inapplicables (ils n’auront pas la majorité parlementaire, et ils soumettent leur programme à des référendum peu gagnables), voire dangereux pour des raisons différentes.

LePen : je ne partage pas ses valeurs, sa démagogie, son programme. Elle souligne parfois quelques problèmes bien réels (zones rurales, agriculture, fracture avec certaines élites, insécurité quotidienne..) mais propose la division, la stigmatisation et le simplisme comme réponses. Son programme économique n’est ni chiffré ni soutenable : énormément de dépenses nouvelles pour faire plaisir à ses clientèles. Et son programme ne tient qu’avec une sortie de l’euro et de l’Union Européenne, qu’elle caricature de manière éhontée, qu’elle soumet à un referendum après 6 mois de pouvoir (et elle quitera le pouvoir en cas de réponse négative).

Mélenchon : sous de beaux discours, et quelques mesures intéressantes, se cache une réalité moins séduisante. Son programme économique est déraisonnable, des dépenses immenses sur tous les sujets, sans financement global crédible. Et comme il promet énormément, il va décevoir fortement. Et un positionnement anti-entreprises génant pour relancer la compétitivité et l’emploi. Il s’appuie sur un tel changement, souvent démagogique, des traités européens, que cela signifie bien la sortie de l’UE et de l’euro.
Trop dans l’idéologie volontariste : le réel se pliera à ma volonté, je veux donc ce sera.

Et là où ça devient inquiétant, c’est qu’il veut lancer une nouvelle constituante, sans encadrer le processus. Et dans un mot d’ordre de « dégagisme », et un contexte d’attentats, voire de crise économique entrainé par son programme, cela peut tout donner (du rétablissement de la peine de mort à une radicalisation de gauche en trouvant des boucs émissaire, voire à la confirmation du système actuel) . En clair il n’a pas de programme institutionnel en dehors de la convocation de cette constituante, pour partie tirée au sort…

2/ Fillon : purge de l’etat trop dure, valeurs rétrogrades, et attitude trumpiste génante

Il propose lui aussi, mais dans un autre sens, des solutions inapplicables et démagogiques : sur le rythme de diminution du nombre de fonctionnaires, sur l’enfermement des « fichés S »… Ses valeurs sont rétrogrades, inspirées de « sens commun » qui a pris une place centrale dans sa campagne, qui promet notamment des politiques familiales conservatrices. Enfin, ses affaires, et sa défense scandaleuse, qui n’hésite pas à attaquer la justice et les médias quand cela l’arrange, à affirmer des contrevérités, des fake news…

Enfin c’est le seul candidat qui parait susceptible de perdre contre Mélenchon, voire LePen…

3/ Hamon : un candidat affaibli par son parti, son projet, sa dynamique

Tout d’abord il s’agit de choisir le futur président. Beaucoup va se jouer dans ce premier tour. Au fil de la campagne, qui a privilégié des calculs d’appareils, avec un rassemblement loupé avec la gauche de la gauche, et une campagne parfois agressive et démagogique contre Macron, Hamon est devenu un « petit candidat », comme Dupont Aignan.
On peut voter pour eux si vraiment les autres votes ne sont pas envisageables, mais c’est se mettre en retrait du vrai choix de société entre les 4 candidats qui peuvent l’emporter. C’est d’une certaine manière accepter que les autres électeurs choisissent, à leur place, des combinaisons de second tour comme LePen / Fillon, ou LePen / Mélenchon. Je me souviens de tous mes amis qui ont voté Besancenot, Mammère ou Taubira en 2002, et qui s’en sont mordus les doigts avec LePen au second tour à la place de la gauche..

Concernant Hamon, il a un programme intéressant sur certains points, mais qui manque de cohérence. Il parie sur une fin du travail, que les autres pays ne constatent pas à court terme, et qui ne peut se forcer dans un seul pays. Son programme est lui aussi mal financé, avec notamment 50 Milliards supplémentaires sur la lutte contre la fraude fiscale, alors que celle-ci est déjà menée durement; sa position sur l’Europe est ambiguë, il ne se donne pas les moyens de ce qu’il propose, cela ressemble à Hollande en 2012. Enfin, comme Mélenchon, sa posture anti-entreprise, milieu qu’il connait mal, n’est pas de nature à permettre enfin une diminution durable du chômage.

Par ailleurs il est plombé par un parti sclérosé, enkysté, sans cohérence idéologique, d’où les énergies sont parties, qui a probablement fait son temps. Il propose une politique en rupture avec le quinquennat sortant, mais avec pour la plupart les mêmes députés.

Enfin il n’incarne pas la fonction, la capacité à trancher, à mener le pays ; il veut à nouveau incarner un président normal, et cela ne parait pas efficace ni possible. Son programme est truffé de référendum, de conseils citoyens, de comités de conciliation, et de diverses mesures institutionnelles qui laissent penser que les décisions seront difficiles à prendre, sous prétexte de démocratie directe, qui donnent du pouvoir aux lobbies divers.

4/ Donc, Macron :

Déjà, par défaut, en regardant les autres candidats comme évoqué ci-dessus.

Mais également car il représente un projet intéressant :

L’homme est intéressant, brillant, féru de philosophie, il connait l’économie privée contrairement à ses adversaires. Il a choisi de quitter le monde de l’argent, et a fait des choix audacieux plusieurs fois. Je l’ai parfois trouvé moins bon en débat ou en meeting que dans ses écrits ou ses interview, notamment en début de campagne.

Il a analysé la quatrième révolution industrielle en marche qui bouleverse les modes de production, les rapports sociaux, les pratiques politiques. Il ne nie pas comme d’autres la réalité du pays, d’une dette qui augmente sans cesse et qui nous lie aux marchés, d’un niveau de fiscalité et d’intervention publique déjà très élevé, et que certains veulent encore pousser malgré la contrainte que cela fait peser sur les entreprises.
Mais à partir de ce diagnostic, il fait des propositions réalistes et novatrices et pas seulement des promesses  en l’air ou brutales. Comme l’a dit Bertrand Delanoë, il « crée les conditions économiques pour pouvoir mettre en œuvre une politique de la solidarité ». 

Concrètement, c’est le seul candidat dont je me dise que dans 5 ans l’économie ira mieux, ce qui permet de progresser sur d’autres chantiers.

 

Il y a une logique plus globale de flex-sécurité (droit au chomage pour les indépendants, et en cas de démission pour les salariés), de mise en mouvement de l’égalité des chances, de redonner du travail, et mieux payé (diminution des cotisations sociales sur les bas salaires), concentrer les efforts sur les quartiers les plus déshérités, supprimer la taxe d’habitation..
Et des priorités sur la sécurité et sur quelques grands chantiers (retraites, assurance chomage..) qui me semblent ambitieux. On peut certes penser que Macron est un peu trop libéral sur quelques mesures, mais cela reste de loin le projet le plus cohérent, et qui s’appuie sur deux jambes.
Face aux menaces terroristes et aux grands enjeux (écologiques, numérisations, réfugiés) il permet une forme d’union sur des idées, et non plus sur des seuls réflexes d’appartenance politique, par dessus les vieux partis usés qui sont dans un jeu d’opposition politicien. Il souhaite faire redémarrer l’économie avant toute chose, même au prix d’un peu plus de flexibilité ou d’inégalités, la plus grande des fractures étant le chômage de masse qui persiste. Ensuite on pourra continuer à sécuriser, voire voter pour aller plus loin.
Donc un candidat pas parfait, qui a été pas mal caricaturé, mais cohérent et modéré, et qui permet de renouveler le jeu politique, avec un PS usé qu’il faut remodeler.

Pronostic 1er tour élection présidentielle 23 avril

avril 20, 2017

Suite au débat de ce soir, je peux me prêter au jeu du pronostic, même si l’élection est loin d’en être un selon moi.

Là c’est un peu tard, mais on peut faire un exercice d’analyse politique sur l’interprétation des sondages et les mouvements de dernier moment.

Les questions qui se posent :

– les sondages sont-ils fiables ?

La technique est rodée : il s’agit de sondages effectués sur une large base. Leur multiplication diminue encore la marge d’erreur (au sens du calcul de probabilité). Ils ont plutôt montré leur efficacité pour mesurer les tendances, comme je l’indique dans un précédent article. Cependant ils ne sont qu’une photo de l’opinion à un moment donné, avec une marge d’erreur, des indécis. Au vu des derniers sondages, avec des mouvements de dernier moment 4 candidats peuvent encore se qualifier au second tour.

Malgré tout des erreurs sont encore possibles. Les candidats principaux cette année ne reposent pas sur les mêmes clivages. Peut être qu’un défaut sociologique ou territorial sur les échantillons peut cette fois biaiser les sondages là où ce n’était pas le cas hier…
Il peut également y avoir des réponses tactiques … Ou encore un vote caché pour Fillon… Je ne vois pas quelle serait sa logique, les déclarations étant désormais sur internet.
Donc je fais plutôt l’analyse que les sondages analysent bien l’état de l’opinion : Macron dans une dynamique légèrement positive, et derrière 3 candidats pour la seconde place.

Par contre il y a encore de l’indécision.

– les électeurs peuvent-ils encore changer d’avis ?

Bien sûr, tout est possible en théorie, avant le vote rien n’est fait. A ce stade de la campagne, la cristallisation est cependant largement faite. Mais la situation est inhabituellement serrée, et il peut encore y avoir des mouvements forts.

  • Impact de l’émission de ce soir sur France 2 :
    Probablement assez faible. En effet, à ce stade, contrairement à ce qui s’est passé lors des précédents débats, chacun a fait son choix progressivement, et une fois fixé, parfois après des aller-retour, il est difficile de modifier celui-ci : chacun interprète les éléments avec une forme de mauvaise foi (réception sélective des informations : on donne plus ou moins d’importance à ce que l’on entend). C’est pourquoi notamment le débat de second tour n’a jamais bouleversé la donne, avec une modification de 1,5 point max dans le passé. Cela va probablement confirmer les indécis, les faire tomber vers le candidats pour lesquels ils penchaient.
  • Un évènement peut bouleverser la donne : un attentat vient d’avoir lieu ce soir. Quel peut être l’impact de l’attentat sur les champs-elysées sur le résultat de l’élection présidentielle ? Est-ce qu’il y en aura d’autres ?Cela peut peser bien sur, mais on ne peut pas dire dans quel sens.
    – L’attaque de Merah en 2012 n’avait pas trop déplacé les lignes.
    – par contre on se souvient des élections législatives en Espagne en 2012, frappés par les attentats islamistes quelques jours avant le scrutin : mais c’est surtout la tentative du gouvernement de faire porter le chapeau à l’ETA qui avait fait massivement basculer les votes contre eux.

    Ce type d’évènement va dramatiser la fin de campagne. Je ne vois pas de mouvement brusque, mais cela peut probablement servir LePen, peut-être Fillon pour ceux qui pensent que son expérience et son discours ferme seraient utiles. Probablement Macron également, qui n’est pas vu comme un iréniste, et qui porte une idée de rassemblement, d’union nationale. Cela serait me semble t-il défavorable à Hamon et Mélenchon, qui paraissent moins ferme sur le sujet (fin de l’état d’urgence, lutte contre les violences policières…).
    Est-ce que cela peut impacter la participation (mobilisation citoyenne renforcée ou peur d’attentats sur les bureaux de vote) ?

  •  La fixation des indécis et le niveau de participation :

On voit que pas mal d’électeurs sont encore incertains pour ce premier tour. Il peut y avoir des passerelles entre les candidats les plus proches. Généralement les indécis ne le sont cependant pas totalement, certains hésitent par acquis de conscience, ou car ils osent difficilement sauter le pas vers un vote nouveau… Bref, ils confirment souvent le premier vote qu’ils annoncent dans les sondages.
Pour les vrais hésitants, ou ceux qui se décident à voter au dernier moment, finalement ils ne font pas tous le même choix, donc les modifications de dernières minute sont diluées.

Cette année il y a cependant une particularité, avec une multiplication de votes tactiques possibles, qui peuvent se déterminer le dernier jour.  Vote utile vers Mélenchon et Macron au détriment de Hamon ? Vote utile pour Fillon au détriment de Dupont-Aignan ? Ou vote utile de droite pour Macron pour éviter Mélenchon (qui battrait Fillon selon les sondages de second tour).. Ou au contraire certains pourraient revenir vers Dupont Aignan s’ils voient que Fillon est décroché…

Par ailleurs, quelles dynamiques en cours vont se prolonger ?

Bref, après tout ça, voici mon pronostic sur les résultats du premier tour de l’élection présidentielle 2017 :

Marine Le Pen : 23.4
François Asselineau : 0.6
Nicolas Dupont-Aignan : 4.3
François Fillon : 19.0
Emmanuel Macron : 24.8
Benoit Hamon : 6.8
Jean-Luc Melenchon : 17.9
Philippe Poutou : 1,7
Nathalie Artaud : 0,5
Jacques Cheminade : 0,2
Jean Lassalle : 0.8

 

Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (3)

avril 17, 2017

Début de la discussion :

Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (1)
Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (2)

  • Oui, il y a des points sur lesquels je suis d’accord avec Mélenchon. Sur les institutions, le vote obligatoire, avec reconnaissance du vote blanc, par exemple. Mais je ne suis pas pour le droit de révocation des élus, sauf fautes graves. Et la proportionnelle intégrale à l’assemblée, cela me parait trop instable. Sur la laïcité, je suis assez proche de sa position intransigeante, j’ai bien aimé sa réplique à LePen lors du deuxième débat. Sur l’environnement, il y a beaucoup de choses intéressantes, même si là aussi parfois il pense tordre le réel en allant trop vite, trop fort. Sur la légalisation du cannabis, et l’attention portée à de nombreux services publics. Globalement il y a beaucoup d’objectifs sociaux, culturels, généreux, qui me conviendraient, mais une fois passé à la moulinette de la réalité, au filtre du faisable, tout cela est démesuré car non financé… On ne peut être que d’accord avec les objectifs, mais penser que ce sont des vœux pieu et donc regarder de vrais programmes.
    Quelque chose que j’aime bien par contre, c’est que Mélenchon il parle à l’intelligence des gens, il est pédagogue, a une pensée complexe et complète, même si je ne crois pas en sa cohérence. Il défend de belles valeurs plutot que de bas instincts. Mais il a aussi une brutalité revencharde qui parfois affleure. Cela me rappelle Michel Onfray : j’aime beaucoup suivre ses conférences philosophiques, mais je ne le suis pas lorsqu’il s’aventure sur le terrain programmatique ou concret. L’analyse, trop théorique ou intélectuelle, doit être traduite, frottée au réel. Ils font de la « politique fondamentale », mais il faut travailler, avec des candidats de gouvernement, à une « politique appliquée », comme pour la recherche, pour être opérationnelle et efficace.
  • Onfray il devrait soutenir Mélenchon, mais il s’en est séparé sur les questions internationales. C’est vrai que sur ça il a des positions que je ne soutiens pas toujours, et ça peut lui couter. Sur le Tibet, la défense du Vénézuela, sur la Russie… Mais bon une fois au pouvoir on fait forcément de la realpolitik… Sur l’Otan et L’Europe je suis d’accord, c’est quand même le fond du programme. Il faut retrouver une part de souveraineté. Macron a dit qu’il n’avait pas l’Europe naïve, j’ai un doute. Vouloir la changer sans se donner les moyens, c’est stérile. Mélenchon il dit que si on n’est pas écouté sur les éléments fondamentaux, on quitte les traités après un referendum. C’est comme au boulot, c’est quand tu pose ta démission qu’on te fait une proposition d’augmentation…
  • Sur l’Europe, il est dangereux de faire ce pari là. Lorsque le patron ne souhaite pas te retenir, il te laisse partir penaud… L’Europe, c’est là que cela se passe pour mettre en place des grandes politiques écologiques, économiques, un espace monétaire puissant face à la Chine, la Russie, les Etats-Unis. L’euro a été une protection salutaire dans les crises financières ces dernières années. Commencer à attaquer ceci est ajouter l’instabilité à la crise. Même si je suis d’accord l’ambition européenne passe par des propositions de modifications, comme le fait Macron en portant une Europe qui s’intègre par cercles concentriques.
    Globalement l’union européenne a des défauts, mais elle est largement caricaturée. Ce sont les états qui mènent les politiques qui font parfois polémiques, les traités fixent les cadres généraux. On parle d’austérité imposée par l’Europe ? Mais de quoi parle t-on ? Cela fait des années qu’on ne les respecte pas ces critères. Et cela fait 30 ans qu’on est en déficit budgétaire, donc je ne vois pas où est l’austérité en France. On a vu dans d’autres pays ce que c’ était, cela n’a rien à voir.
    D’ailleurs on s’endette depuis des décennies pour seulement fonctionner. C’est une aberration. C’est ce manque de sérieux qui nous lie aux marchés financier. Ce sérieux budgétaire est donc un point fondamental pour les années à venir, on ne peut plus continuer comme ça. Ce n’est donc pas l’Europe qui nous pousse à réduire notre déficit, c’est la lucidité, le sérieux, la responsabilité, pour reprendre notre destin en main ! Certains se veulent les adversaires de la finance, alors que depuis 30 ans c’est la finance qui rend possible nos services publics ou les investissements des collectivités locales.
    Mélenchon propose de renégocier ces dettes. Cela nous coupera des marchés financier, or il propose d’emprunter 100 Milliards de plus dès le départ. Comme cela n’est pas possible, il propose une fuite en avant : demander à la BCE de prêter directement aux états. C’est relancer la planche à billet, l’inflation et la hausse des taux d’intérets, et c’est difficilement compatible avec une monnaie unique : les autres pays ne voudront pas payer pour nos investissements démesurés non financés.
  • Mis devant le fait accompli, ils feront des concessions, on ne sera pas forcément obligé de sortir de l’Europe. La France n’est pas la Grèce.
  • Sur d’autres sujets, je trouve également que Mélenchon est dans de beaux principes, mais loin de la réalité. Ses réponses concrètes sur l’insécurité, qui est une vraie préoccupation des classes populaires, mais aussi ses discours généreux mais un peu iréniques sur l’immigration, me paraissent insuffisantes, un peu de la rhétorique bobo qui vient de l’extrême gauche..
  • Je pourrai te répondre que l’insécurité est aussi sociale. Macron est l’inspirateur de la loi travail, qui précarise plus.
  • Sur la loi travail, elle a été beaucoup caricaturée. Je la soutiens, je suis sur la position de la CFDT. Il y avait des avancées, que ce soit des droits nouveaux pour les salariés, mais aussi pour rapprocher la négociation syndicale de l’entreprise. Cela me parait sain et intelligent, mais cela a braqué les centrales radicales et jacobines..
  • Finalement tu assumes mieux que Macron. Lui je le trouve parfois un peu creux, langue de bois… Marine LePen avait touché juste lors du premier débat.
  • Sur la fameuse tirade, elle avait raison. Mais globalement, il dit et écrit les choses, c’est tout à fait clair. Beaucoup plus que la manière dont Mélenchon voit l’Europe par exemple. Je suis d’accord, il est plus convainquant dans ses écrits que en débat ou en meeting. Il progresse mais il n’est pas encore un  bon tribun.
    Mais n’est-ce pas le problème derrière Mélenchon ? Un excellent orateur, un tribun, de beaux principes, pour la paix et l’amour dans une société fraternelle… Cela attire des gens soit qui n’ont pas réalisés la radicalité du programme derrière, soit justement qui sont dans cette radicalité. Quand on entend une foule qui crie spontanément « dégagez, dégagez » lors de ces meeting, on peut être inquiet de ce que cela donnera au pouvoir.
    Pour moi Mélenchon ce n’est pas un kinder surprise, c’est plutot un colis piégé…
  • Moi cela ne me fait pas peur de donner une claque aux élites méprisantes, aux experts qui sont tous d’accord. Je fais confiance au peuple pour rester dans le cadre démocratique, il n’y aura pas de lynchages. On pourrait reprocher cela également à Macron : un homme seul qui monte un mouvement, un Tatcher avec le sourire, qui derrière des mots d’ordre de renouvellement propose une société libérale un peu sociale et la continuation de l’Europe actuelle. Ce projet n’est pas majoritaire, on l’a vu avec le non au traité constitutionnel européen, donc il n’en parle pas trop, et il le fera passer par ordonnance une fois élu. Là aussi il peut y avoir des troubles..
    Mélenchon c’est un vrai pari sur une transformation institutionnelle, des rapports de force économiques et politiques, pour instaurer une société nouvelle. C’est une vraie insurrection démocratique, et cela ne plait pas à beaucoup.
  • Sur Macron, tu caricatures, c’est plutot Fillon que tu décris là. La radicalité de Mélenchon va antagoniser la société, et ne  permettra pas la mise en place des mesures. Il y a des risques de dérapages, de dérives autoritaires ou anarchisantes si cela ne fonctionne pas…L’idéal ne fait pas un programme politique. Il faut avancer tant qu’on le peu, modifier les équilibre, créer de la richesse pour la répartir. Sinon on vend du rêve, on crée de la désilusion, et parfois de la violence. Ou alors on entre dans une dérive jusque boutiste, en trouvant des boucs émissaires, en allant toujours plus loin. Derrière les beaux objectifs sur la hausse des salaires, les investissements, les services publics, tu imagines sortir de l’Europe, mettre en place une nouvelle constitution, une proportionnelle intégrale avec des élus révocables, un budget qui explose financé par l’inflation, un appel d’air à l’immigration, des mesures anti-entreprises et la fuite des investisseurs… ? Une aventure dangereuse.
    Pour moi Macron n’est ni dans la résignation, ni dans la saignée, ni dans l’illusion, ni dans la négation du terrorisme ou de l’insécurité. Je pense que économiquement on ira mieux dans 5 ans collectivement avec ce que propose Macron s’il arrive à le mettre en place, ce qui permettra de renforcer le système social français qui est au bord de la faillite et que certains aimeraient bien liquider. Une France plus assurée et plus confiance pourra se projeter vers l’avenir, la transformation écologique, la recherche, la réduction des inégalités.
  • Toi aussi tu caricatures. On ne sera pas d’accord de toute façon, on verra bien qui sera au second tour et on en reparlera…

Dialogue entre un macroniste et un mélanchonien (2)

avril 15, 2017

Début de la discussion : Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (1)

  • Salut. Alors, tu as vu ça sent bon pour Mélenchon. Il a une belle dynamique, je suis sûr qu’il sera au second tour. Tout le monde l’attaque, mais ça le met au centre du jeu, rien ne peut l’arrêter. Reste à voir contre qui…
  • Pour moi qui ne suis pas supporter de Mélenchon, cela fait assez peur. Mon cauchemard c’est un second tout LePen/Mélenchon..
  • Attend, entre les deux tu ne peux pas hésiter, si tu es de gauche !
  • Même si je vote Mélenchon au second tour, car ils n’incarnent pas les mêmes valeurs, les deux représentent pour moi une bourrasque économique sans précédent, un risque fort de sortir de l’euro, et un risque de dérive autoritaire si leurs solutions ne marchent pas. Il faudra trouver des boucs émissaires… Mais bon je me rassure en me disant que dans les deux cas ils n’auront pas de majorité à l’assemblée… Heureusement on n’en est pas encore là, Macron peut également être au second tour !
  • Attend, si Macron gagne, avec une politique encore favorable aux privilégiés, dans 5  ans c’est l’extrême droite au pouvoir. Les politiques néolibérales ne marchent pas, ou en créant des travailleurs pauvres…
  • Macron ne propose pas une politique néolibérale. Social-libérale peut être, ou social-démocrate. Plus de libéralisme et avec plus de protection, pas des emplois, mais des individus. Et surtout une société de mobilité et pas seulement de protection des statuts ou des rentes. Il veut mettre le paquet sur l’éducation dans les ghettos sociaux, étendre l’assurance chômage aux indépendants, et aux salariés démissionnaires, augmenter les contrôles sur les chômeurs, mais en contrepartie de beaucoup plus de formation et d’accompagnement, et enfin améliorer les conditions pour créer son entreprises, et faire émerger des start-up. Flexsécurité et économie de mobilité et de l’innovation.
  • Mouai, en supprimant des fonctionnaires, donc en pénalisant les services publics qui sont la force de la France…
  • Il faut bien faire des économies pour dégager des moyens ailleurs. Cela fait 30 ans que le budget de l’Etat est en déficit, et si on ne veut pas augmenter les impots, il faut faire des économies, dans les collectivités territoriales notamment, ou par la poursuite de la numérisation. Parfois bien sur faire des choix n’est pas agréable mais au moins on se donne les moyens de nos objectifs.
  • Oui il faut être sérieux, on a trop souffert des démagos mais cela ne me fait pas rêver de dire, « on continue en améliorant un peu les choses, on continue avec l’Europe libérale, on laisse les entreprises délocaliser… » Il faut des réformes radicales, écologiques…
  • Essayer de faire enfin des réformes ambitieuses sur les retraites, une société plus mobile, et en finir avec le chômage de masse, dans une optique un peu nouvelle d’union nationale face à la crise, ce n’est pas ne rien faire ! Mélenchon, sous prétexte d’objctifs radicaux peut obtenir l’objectif contraire. La politique généreuse vénézuelienne qu’il propose était possible grâce à l’argent du pétrole. Lorsque la manne a diminué, tout s’est gaté là-bas… Ici les éléments les plus mobiles (grandes fortunes et grandes entreprises, investisseurs internationaux) s’en iront facilement, ce n’est donc pas eux qui vont être pénalisés
    Sur l’écologie, c’est pareil : Mélenchon propose des choses ambitieuses et intéressantes, mais parfois démagogiques. Certains objectifs sont sur plusieurs mandats. Sa sortie sèche du nucléaire par exemple n’est pas crédible.. Pas mal d’écolo modérés soutiennent Macron, en disant qu’il y en a marre des grands discours sans mode d’emploi ou des postures radicales non suivies d’effets.
    Macron, dont j’aimerai qu’il aille plus loin sur ce point, est dans la lignée de la Cop21, ce qui est déjà pas mal. Il prévoit plus de choses qu’on ne le dit pour une vraie politique environnementale, notamment des investissements forts dans l’isolation des bâtiments, une lutte contre les perturbateurs endocriniens, un accompagnement à la sortie du diesel, le soutien au bio… Donc c’est Macron demain, et sur l’écologie Mélenchon pour dans 20 ou 30 ans.
  • Moi je préfère rêver un peu, donner un grand message, tracer la voie vers un avenir désirable, et rendre la voie au peuple, même si tout n’est pas faisable…
    Les adversaires de Mélenchon parient sur la peur, nous redonnons l’espoir…
  • Quand il dit que si on vote pas pour lui, on va « cracher du sang » il ne joue pas sur la peur ? Il trace les contours d’une société idéale, mais son chemin n’est pas crédible je trouve. Le risque est de décevoir son électorat à la Tsipras, et de mettre la France à terre. Le risque derrière est une contrerévolution…
  • Rien n’est sûr… Au moins on aura essayé. On est pas d’accord sur grand chose, mais il doit bien y avoir des mesures de Mélenchon que tu soutiens ? Même si c’est pas ma tasse de thé, on se rejoint sur le fait que Macron c’est moins pire que Fillon. Je suis plus proche de Hamon, mais là aussi on fait le même constat : le PS est usé, tiraillé, inaudible, vidé de substance et de cohérence… Valls ou Hamon n’avaient aucune chance dans cette élection.

Suite de la discussion : Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (3)

Dialogue entre un macroniste et un mélanchonien (1)

avril 14, 2017

Voici une discussion que j’ai capté entre deux voisins (j’étais l’un d’entre eux 😉 )

  • Bon alors, tu t’intéresse aux élections ? Moi je vais voter Mélenchon. Il fera bouger les choses. Les gens en ont marre, c’est toujours les mêmes qui s’enrichissent et pour les autres il faut bosser plus pour gagner moins.
  • Moi je n’y crois pas.. C’est un peu le père Noël, Mélenchon il  a de beaux objectifs, et beaucoup de talent pour les exposer, mais cela ne fait pas un programme réalisable. Il a cette pensée magique comme quoi avec de la volonté on peut arriver à tout. Le père Noël peut même se transformer en père fouettard pour les entreprises, et donc faire rapidement exploser le chômage et le budget. Hamon est un peu sur la même position, et le PS ne représente plus rien je pense, donc je préfère Macron.
  • Macron, c’est un ancien banquier, ce n’est pas lui qui va changer le système. Personne ne le connaissait il y a 4 ans, c’est Jouyet et Attali qui sont derrière.
  • Au moins il est dans la réalité, je trouve plutôt positif qu’il ait bossé dans le privé, et qu’il connaisse la finance, il sera moins naïf. Je trouve assez inquiétant, et ça se retrouve dans leur programme, qu’il y ait très peu d’expérience du privé dans le parcours de Mélenchon, élu depuis 33 ans,  et Hamon, et aussi de leurs proches. Ils ont une vision anti-entreprise, les voient souvent comme un problème, que l’on peut taxer, contraindre, sans effet secondaires…
  • Macron il propose quoi contre le chômage ? Il veut ubériser la société, avec toujours plus de précarité. Ce n’est pas les start-up qui vont régler le problème du chômage. Baisser la fiscalité cela augmente les dividendes, on l’a vu avec le CICE. Mélenchon il veut relancer l’activité, et les entreprises ont besoin de ça pour embaucher.
  • Augmenter massivement la demande par la dépense publique, ne peut pas marcher, on est dans un monde ouvert. On risque d’augmenter les importations, de diminuer la compétitivité des entreprises à l’export, mais aussi d’ empêcher les PME d’embaucher à force de les taxer plus. Avec ce programme de Mélenchon, on peut craindre en quelques mois la faillite du système économique, déjà fragile.
    Macron veut une politique plus favorable à l’économie, dans le fonctionnement des entreprises, en diminuant leur fiscalité.
    Macron pense qu’on est allé un peu loin, et que dans le contexte actuel il faut retrouver de la souplesse et de la compétitivité pour faire diminuer le chômage. Pour cela il réduit certaines dépenses de l’Etat, mais ce n’est pas un ennemi de l’etat et de l’impôt par principe. C’est une politique plus libérale, mais il ne remet pas en cause le système social, au contraire il veut se donner les moyens de le sauver.
    D’ailleurs il propose aussi 50Miliards d’investissement.
  • Ce n’est pas assez, il faut remettre en cause les inégalités. Macron ne ferra pas bouger les lignes, il faut investir massivement pour la transformation écologique, au lieu de précariser encore les travailleurs et les chômeurs.
  • Le problème c’est que Mélenchon c’est une tromperie. Les alchimistes ont longtemps cru qu’on pouvait transformer le plomb en or… Là c’est pareil, il ne suffit pas de proclamer de beaux objectifs, sans se baser sur le fonctionnement réel du pays.
    Il promet 256 Milliards d’euro de dépenses supplémentaires !!! Financé par des hausses d’impôts massives sur les entreprises, et par la relance de l’inflation, ce qui me parait dangereux, ainsi que sur les particuliers (les classes moyennes et aisées)… Son programme n’est pas financé sérieusement : il accroit l’endettement, et compte sur la lutte contre la fraude fiscale (déjà fait) et la croissance espérée (peu prudent) pour boucler son budget. Il est optimiste sur le retour sur investissement de sa politique keynésienne, oubliant que nous sommes dans un monde ouvert, qu’il va financer les importations et la fuite des capitaux. Il compte s’endetter auprès de la BCE, ce qui n’est ni permis ni souhaitable, car cela revient à faire tourner la planche à billet. Les taux vont exploser. Et l’impact de sa politique de retraite, de réduction du temps de travail, de hausse du smic, couteront très cher à l’Etat gestionnaire de la fonction publique…
    Les grandes fortunes, les grandes entreprises, le capital, tout cela est le plus mobile. Ils ne seront que peu touchés par les mesures radicales. Par contre la hausse du chômage, des taux d’intérêts, l’instabilité politique, la sortie de l’euro, cela va toucher tout le monde.
  • Il faut bien commencer quelque part… Le libéralisme ne marche pas, il faut essayer autre chose, et sauver les services publics. Bon, on en reparlera, il faut que j’y aille.

Suite de la discussion : Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (2)