Archive for the ‘Chez les socialistes de la présidentielle 2007 au congrès de Reims’ category

Delanoë-Royal : Un grand numéro de théâtre (libéral ou pas?).

mai 25, 2008

A propos de la déclaration des candidatures, on a déjà eu notre lot de formules ampoulées, alambiquées, de discours dont on doit faire l’exégèse pour savoir si, ou pas…

Ces jeux d’ombres et de lumières ont continués avec la sortie du livre de Bertrand.
Celui-ci, après avoir refusé une alliance avec le modem, ce qui a donné des gages à la partie plus radicale du parti, (même s’il y avait des raisons), a signé un texte assez classique, pour rassurer le parti traditionnel, puis a fait mousser quelques formules dans son livre, pour tenter d’apparaître « moderne » (anti-tabous, innovant dans ses termes), et plus centro-compatible.(les journalistes ont sauté sur l’occasion, sans relever les contradictions et les jeux de rôles, comme s’ils n’étaient plus qu’un tableau de transmission, ou car ils ont facilité et intérêt dans la mise en scène du « duel », ou encore par recherche de l’inédit, comme certains blogueurs qui tentent de truffer leurs articles de mots clefs qui leur apporteront des visites par google)

Même si la ficèle était un peu grosse, ça fait partie de toute campagne a visée majoritaire…

Mais maintenant ça frolle le ridicule. On pensait qu’il pouvait y avoir un affrontement assez clair, entre deux sociaux-démocrates, mais avec Ségolène plutôt positionnée en social-libérale, avec quelques accents gauchistes ou compassionnels sur quelques axes de crispations, et Delanoë plus classique dans sa vision de la politique et des réponses à apporter.

Mais est apparu cette polémique sur le mot libéral…

Ce soir après avoir vu le résumé politique du week-end, j’ai trouvé ça afligeant. Ils ont quand même tous les deux beaucoup mieux à nous offrir (et il le ferront heureusement aussi parfois).

Ségolène et certains de ses partisans font semblant de croire que Delanoë prône le libéralisme économique, ( et n’hésitent pas à le caricaturer en ultralibéral); elle qui était la plus libérale économiquement devient soudainement et brutalement antilibérale (alors que certains de ses proches, Gorce ou Mignard, voire Peillon, pronent une réconciliation du libéralisme et du socialisme)

En face, Bertrand a laissé passer au début la confusion, (notamment en liant la notion à la concurrence et au management comme méthode d’action politique) et fait semblant d’avoir l’ « audace » de défendre le libéralisme politique !!! (que les socialistes, et même aujourd’hui les communistes ou Besancenot sans doute, ont acceptés avant sa naissance)

Et il fait semblant de croire qu’il est attaqué là dessus. Et donc de répondre dans de grandes tirades sur la peine de mort…

Bien sûr, la gauche du parti se sert allègrement dans cette grande duperie socialiste, pour dire que décidément tout fout le camp au PS (sauf eux).

Débat médiocre et stérile, que certains journalistes fatigués alimentent, en se contentant de susciter la « petite phrase ». Lorsque Guigou, mais également certains commentateurs, disent : « au moins il lance le débat de fond… » Le débat de fond de tiroir, sans doute. C’est là que j’ai envie de pleurer, de larmes amères et acides, qui pour quelques instant troublent mon regard sur cette société qui me fait chier…


Je suis atterré, usé déjà comme ils le seront après des mois d’affrontement de ce (ca)niveau. Car là où il pouvait y avoir un débat exigeant et complexe, on voit un affrontement de posture assez ridicule, auquel les acteurs ont intérêt pour exister et s’imposer comme dualistes incontournables, pour mettre en scène des divergences qui sinon sont trop peu visibles.

Certains journalistes, les deux candidats eux-même, la gauche ostracisante du PS, a intérêt dans ce petit jeu, et le font donc durer… Au détriment de la clarté du débat, des vrais questions de fond, du respect des militants…

Gardons toutefois espoir pour le parti, eux et les autres n’en resteront pas là…

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Les fédérations ne soutiennent personne !

mai 19, 2008

C’est une facilité journalistique que de compter les soutiens de fédé, cela fait monter la mayonnaise, épice le scénario. Cela ne sert à rien.

Lorsqu’on lit ce qui suit dans la presse, qu’est-ce que cela veut dire ? Et encore c’est parfois plus caricatural :

Les rapports de force internes sont difficiles à appréhender dans un parti qui a perdu près d’un quart de ses adhérents en un an et où les principaux courants constitués hésitent encore sur la stratégie à adopter. (…)
Annoncer que vingt-cinq premiers secrétaires fédéraux se rangent derrière elle (M. Delanoë a toutefois reçu le soutien des dirigeants de deux importantes fédérations socialistes, celles de Paris et de la Haute-Garonne) constitue une démonstration de force. Ce soutien à Mme Royal ne doit pas être surestimé, car il s’agit de fédérations petites ou de taille intermédiaire (Aude, Somme, Indre-et-Loire, Lot-et-Garonne, Yvelines, Var). Les grands bastions (Nord, Paris, Bouches-du-Rhône, Hérault) ne figurent pas sur la liste.

Essentielles pour l’emporter en novembre, ces places fortes ne veulent pas encore s’engager.

C’est certes un élément de lecture politique.

En effet, on peut penser, lorsqu’ils sont des ectoplasmes politiques qui n’ont pour ambition que de se voir reconduire, que les premier fédéraux médiocres se positionnent parfois, en fonction des tendances qu’ils sentent autour d’eux. Donc cela peut donner des indications, mais heureusement il s’agit là d’une minorité, les autres tiennent sans doute compte de l’ambiance, mais se basent avant tout sur leur conviction.

Cela n’est pas neutre non plus sur le choix des militants, car les élus peuvent avoir une influence, difficile à mesurer, et je pense moins grande que ce que l’on pense parfois. (et à mon avis dommageables)

Mais ce n’est pas un élément de détermination :

Cela signifie seulement que des secrétaires fédéraux, ici ou là, ont répondu favorablement à une demande d’allégeance ou de soutien. Cela n’impliquent nullement leur fédération. Il n’y a pas eu de vote, de décision collective. Dans la situation actuelle, avec la grande motion 1 d’où sont sortis la plupart de ces secrétaires fédé, ils peuvent être tout autant ségolénistes, delanoétiste, strauskahnien, sans que cela ne dise grand chose sur les résultat à venir.

Et puis cela reste dans tous les cas les militants qui votent ensuite. Tout peut arriver, et les résultats seront la plupart du temps partagés, quelle qu’ait été le positionnement du premier secrétaire.

Lorsqu’on voit les contressens fait par la presse, et entretenu par les candidats eux-mêmes, cela pose donc la question de l’intérêt de ces signatures en tant que secrétaires fédéraux.

Kader Arif veut contraindre Pierre Cohen à cumuler !

mai 17, 2008

J’avoue être déçu.

Peut être trop naïf, j’ai un peu le sentiment d’avoir été trompé.

Momentanément, car je ne pense pas que cela dure, cela ne peut être qu’un retard coupable dû à une erreur d’analyse passagère. Je compte en tout cas souffler en ce sens.

De quoi s’agit-il ?

Un cumul qui traine…

Depuis quelques temps je m’interroge : comment se fait-il que Pierre Cohen soit encore député, et que pour l’instant rien ne soit mis en route au PS pour préparer la succession.

En effet, durant la campagne, il a annoncé à TLT, comme dans la presse ou certains tracts, qu’il allait remettre son mandat au parti (j’ai pesté plusieurs fois contre cette formulation très technocrato-politicienne, sans penser que cela pouvait entrainer un cumul par inertie…) Déjà auparavant c’était un engagement face aux militants dans sa professsion de foi.

Il va même parfois plus loin : ainsi, à cette interview qu’il donne au site municipale 2008 : « Si je suis élu, je remettrai mon mandat de député entre les mains du parti socialiste qui organisera des élections partielles. Je souhaite me consacrer uniquement à mon mandat de maire. « 

Ou encore, au lendemain de son élection, à la dépêche : « Serez-vous maire de Toulouse à plein temps et dans ce cas, abandonnerez-vous votre mandat de député ?

Je serai, en effet, maire de Toulouse à temps-plein. J’ai prévu de remettre mon mandat de député au Parti socialiste. Ce n’est pas à moi qu’il appartient de décider de déclencher un scrutin pour désigner mon successeur. »

C’est donc assez clair, même si la justification est assez fumeuse, lorsque l’on a décidé de démissionner, on le fait. On annonce sa décision, et on voit avec le parti pour le timing, pour ne pas le prendre par surprise. Cela me rappelle Daniel Bouton, président de la société générale, qui a présenté sa démission à son conseil d’administration, qui l’a refusé, et puis donc bon c’était ok… Quelle blague…

Mais fidèle à sa parole, il a annoncé en mars qu’il allait remettre sont mandat de député PS au parti. Certains ont cru, comme moi, que cela signifiait évidemment démission. (franchement, quel intérêt aurait le parti à se saborder en refusant ?) Puis plus rien.

Là où ça commence à déraper, c’est dans l’interview du journal 20 minutes quelques semaines plus tard où il explique qu’il ne démissionera de son poste de député que si le Parti Socialiste le lui demande.

Donc demandons lui ! Il serait dommage de ternir ce mandat pour lesquels nous avons beaucoup d’espoirs pour Toulouse par des considérations politiciennes. C’est d’ailleurs sa volonté, comme exprimée précédemment.

Pendant la campagne, de nombreuses fois on m’a attaqué sur le cumul. J’ai défendu Pierre sur la base de ses déclarations et de la confiance en mon parti. Aujourd’hui je suis donc mal à l’aise, comme beaucoup.

J’en parle donc à Hugues et à d’autres hier.

Le soir au conseil fédéral, que j’étais venu voir en spectateur, j’envisageais d’intervenir sur cette question spécifique. Mais Hugues m’a devancé et a englobé cette question dans son intervention.

Réponse du premier fédéral, qui m’a abasourdi (je vous rappelle que je suis naïf) : en gros « oui, j’ai reçu la lettre, mais j’estime que cela n’est pas à l’ordre du jour, Pierre Cohen est un bon député-maire, cela ne s’organise pas comme ça… Et puis cela n’agite pas la rue et les sections… »

Si si, véridique !!! Le cumul d’arguments médiocres ne les rend pas implacables… Il devait être pris au dépourvu, dans cette fédé qui s’est un peu endormie, on a un peu trop laissé le bureau fédéral gérer tout seul.

En gros, les gens s’en foutent et j’ai décidé tout seul sans vous en parler.

Ca change d’avant-hier, où on affirmait ensemble qu’il fallait retrouver du respect, de la convivialité, du débat entre nous. Aujourd’hui la douche froide, certains préfèrent les décisions de couloir, le pouvoir personnel, le mépris.

Pourtant il avait commencé en parlant de la nécessité du respect réciproque pour que le congrès se passe bien. Chiche.

La salle a grondée, des militants ont réagi, mais après un flottement, personne ne prenant l’initiative d’un droit de suite sur cette question (il me semble que Pierre Cohen avait alors fait son apparition dans la salle ce qui a pesé…), on est passé à autre chose. Mais cela n’est bien sûr pas terminé. …

Il ne faudrait pas oublier que le conseil fédéral est une instance de décision, et pas de retranscription des décisions personnelles du premier secrétaire. Il y a quand même moyen de se réaproprier le pouvoir, non ?

Que faire maintenant ?

-Il faut donc continuer à interpeller, et voir si statutairement un vote n’est pas possible sur la question. (quand il remet son mandat au parti, est-ce à Kader seul de décider ?)

-Il faut soulever la question en section, pour vérifier le pronostic audacieux de Kader selon lequel cela ne les intéresse pas.

-Peut être peut-on lancer une pétition également, dans et hors du parti, (puisque cela n’intéresse pas la rue…)

Face à leurs contradiction, à l’évidence des faits, il faut leur laisser une porte de sortie pour ne pas transformer cette question en enjeu de pré-congrès qui cristalliserait des postures.

C’est dans ces moments, là où nous sommes tout puissant, que nous devons montrer que nous sommes exigeants avec nous mêmes. Le PS doit montrer là collectivement qu’il a les ressources pour se surveiller, et corriger les facilités qui peuvent apparaître. Ce n’est pas une attaque contre Pierre Cohen, mais un soutien du parti à sa difficile et ambitieuse mission de maire, et un rappel à l’ordre collectif face à ce qui nuit à notre crédibilité, et qui sera utilisé par la droite demain.

Rappel :


Il est actuellement maire de Toulouse, petit bourg provincial quatrième ville de France.

Il est président de la communauté d’agglo, qui est en passe de devenir une communauté urbaine. Ce n’est pas automatique, certains offrent ce poste à une autre personnalité du parti, ou à une ville périphérique. Mais cela peut se comprendre, c’est très lié à la ville centre.

C’est donc un boulot énorme.

Et Pierre est député. Ce qui en soi devrait se suffire à lui même ou quasiment. Le mandat unique parlementaire n’est pas une berlue.

Tout cela fait donc trop.

Pourquoi doit-il abandonner son siège de député :

-parcequ’il l’a promis, cela a été compris comme cela, il faut tenir ses promesses au risque de discréditer le parti ou le début de mandat

-car il a trois fonctions très importantes, il est donc obligé de répartir son temps ce qui dessert son travail parlementaire ou local.

-car cela fait une concentration des pouvoirs dans les mêmes mains qui n’est pas optimale en démocratie

-pour faire profiter à quelqu’un d’autre de la chance de pouvoir être député / faire monter des gens au PS (il n’y a peut être pas de candidats…)

Il faut donc rapidement mettre en oeuvre un processus de législatives partielles, sans précipitation mais sans ajournement. Oui, au risque de les perdre, c’est la démocratie, et avec un bon candidat, nous la gagnerons. Tactiquement, plus on attend plus la droite peut se reconstruire au niveau local et se refaire une santé au niveau national (présidence de l’UE, retour de croissance..)

Toulouse, la confrontation des idées, l’orage…

mai 16, 2008

Hier soir à Toulouse il y a eu un énorme orage, 20 centimètres de grèle à certains endroits… Impressionnante vision que celle des allées Jean-Jaurès par exemple, même quelques heures après l’averse.

Etait-ce l’énergie dégagée par la puissance de nos réflexions communes qui a trouvé là à se décharger ?

Car il y avait aussi, au chaud et au sec, une rencontre, autour de Jean-Christophe Cambadelis et Cathy Lemorton, Socialisme et Démocratie / Rénover Maintenant, et sont également venu quelques fabiusiens, ainsi qu’ une personne de DDA, courageux. (En effet Kader Arif et Ségolène Royal ont essuyés quelques critiques hier soir dans les débats…)

Il y avait une certaine méfiance au début, puis au fil des nombreuses interventions de vrais échanges, des convergences nombreuses. Nous n’avons pas cherché ce soir à tracer les frontières de nos consensus, et dans le détail ou l’action concrète ce sera parfois plus difficile. Mais c’est tout le sens de ce genre de discussions, sur le fond, de trouver de vrais accords, sans se fondre dans une synthèse molle.

Il me semble que cela a été un moment de libération de la parole, entre des gens qui ne se parlent plus trop, ressenti comme positif par les participants. J’ai trouvé ça très intéressant. On a évoqué la démarche, le parti, des questions de fond tirées des textes des reconstructeurs (croissance qualitative, développement durable, déqualification du travail, Europe…)

Joël Carreiras, puis Cathy, puis Jean-Christophe ont présenté la démarche. Il s’agit d’un projet de discussion, qui s’est peu à peu approfondie et doit pouvoir déboucher sur un projet politique.

La nécessité de cette démarche s’appuie sur plusieurs constats :

  • la gauche doit entrer dans un nouveau cycle, ses principes, ses alliances, ses réponses ne sont plus adaptées, autant dans la sociale-démocratie (ainsi les partis socdem européens plient face aux populismes) que dans des réponses radicales. Nous devons tous refonder quelque chose, le monde entre dans une nouvelle ère marquée par les enjeux écologiques, la mondialisation (émergence de la Chine et de l’Inde, nouvelle division internationale du travail, mobilité des facteurs de production, financiarisation du capitalisme, précarisation ou déclassement du travail…), les enjeux démographiques…
    Une forme de désespérance monte, qui fait le jeu de la droite.
  • Dans le PS, les divergences ont été cristalisées par les confrontations récentes succéssives. Les courants forment de plus en plus des partis dans le parti, dont les adhérents discutent peu entre eux, qui peinent à former une culture commune, qui cultivent leurs divergences dans des postures pour exister. Les courants sont devenus un échappatoire, les espaces du débat de fond, alors que le parti vit trop souvent dans la confrontation des idées-vecteurs de luttes de pouvoirs, ou dans la stérilité du fonctionnement, de la préparation constante de l’élection suivante.
  • Le parti doit muter lui aussi, s’ouvrir aux autres formations de gauche, à toute la société civile militante, associative, syndicale, mutualiste, aux intellectuels et chercheurs ; il doit rendre la parole aux adhérents, entre eux et avec les dirigeants ; moderniser ses pratiques, sur le cumul des mandats, sur l’information interne, sur la formation aux militants, sur le renouvellement ; il doit prendre des décisions claires, retrouver la confrontation d’idées dans la discussion plutôt que le consensus mou entre des postures, synthétisé par la presse..
  • Tout ceci ne passe pas par un congrès de désignation présidentiel dès 2008, un choc Delanoë-Royal, une course aux signatures, la mise en place d’un parti tourné vers le seul objectif présidentiel.
    Cela serait prendre le risque d’un match retour dans deux ans, après de difficiles élections européennes. Il faut donc un premier secrétaire de combat, de travail, de rénovation, qui puisse porter le travail et la voix collectifs sans être dès maintenant positionné en présidentiable.
    Compte-tenu de ce qu’a été l’expérience Ségolène Royal, et ce que nous pouvons lire de la démarche et des propositions autour de Bertrand Delanoë, nous ne nous retrouvons ni dans l’un ni dans l’autre actuellement.

Concrètement, le but est de constituer une contribution commune, autour de Pierre Moscovici, Martine Aubry et Arnaud Montebourg. Il s’agit de bien faire comprendre qu’un nouveau congrès de Rennes doit être évité, qu’il faut travailler le fond et la rénovation concrète du parti. Autour de ceux-ci, ensuite, pourra se dégager une majorité plus large, toujours autour de textes, qui pourrait agréger certains fabiusiens.

Si la dynamique fonctionne, que les militants commencent à avoir peur de l’affrontement annoncé, qu’ils cernent les limites de ce que l’on nous propose dans le duel annoncé par les sondages, alors d’autres nous soutiendront.


Super soirée en tout cas, et belles perspectives.

Encore une fois, beaucoup dépendra des textes, de ce que l’on est capable de batir et de proposer.

Le congrès à Toulouse ? Non…

mai 16, 2008

Ca me rappelle un film des guignols d’ il y a deux semaines : qui va fermer la fenêtre. C’était prémonitoire. On est allé jusqu’au vote à bulletin secret pour décider de la ville du  congrès…

Après la belle victoire de Pierre Cohen aux municipales à Toulouse, il se disait beaucoup que le congrès socialiste allait s’y dérouler. La ville de Jaures retourne à gauche, après une superbe performance aux législatives, grand chelem en Haute-Garonne.

Kader Arif l’avait proposé aux instances nationales, il ne semblait pas y avoir de réticences… Il y avait bien quelques autres villes désireuses d’accueillir la chose, et puis bon les belles victoires furent nombreuses…

Et la BIM ! Coup de théâtre, le bureau national décide que ce sera Reims.
Libération nous donne plus de précisions. Outre le fait de privilégier l’est ou une femme, cela n’est pas étranger à l’activisme pro-Delanoë de Cohen et de Kader Arif. Il ne s’agissait pas de privilégier le maire de Paris. (en multipliant des les orateurs qui lui sont favorables, en tant que hôtes)

Mais ce que ne relève pas Libé, mais qui frappe ceux qui connaissent bien le fonctionnement du parti, c’est l’utilisation du vote à bulletin secret !!! C’est une procédure extrêmement rare, qui ne s’imposait pas.

François Hollande, en faisant ce choix, au lieu de la recherche d’un consensus, voire d’un vote à main levé, a clairement choisi de bloquer brutalement cette initiative, au prix d’une humiliation relative de Kader Arif… C’est un message également à Delanoë : les sondages ne nous guideront pas cette fois ci.

On peut noter au passage l’imprudence, la précipitation, de tous ces parlementaires 31 à vouloir dès maintenant signer une liste de soutien, c’est bien assez tôt, et cela les prive de ce congrès toulousain.

Et c’est donc une proche de Martine Aubry qui ramasse la mise, Adeline Hazan. Ce n’est peut-être pas neutre…

Dommage quand même, pour nous, jeunes militants, qui aurions bien voulu voir ça…

Remettons le terme révolution dans la déclaration de principe du PS !

mai 15, 2008

C’est comme ça qu’a débuté le débat en section sur la déclaration de Principe : il fallait remettre le terme révolution, qui n’est pas un gros mot (elle n’est pas forcément violente) ainsi que la lutte des classes, car l’UMP peut aussi se dire réformiste etc. Il ne faut pas faire une déclaration de principe qui fasse du Bayrou.

Ca commence fort, heureusement la section va réagir ! Ah non…

Pour ce premier orateur, l’analyse marxiste sera de plus en plus pertinente…

L’élu de la section, qui comme dans beaucoup d’endroit, pèse sur les débats, rechigne sur la révolution, mais pense que le concept de front de classe, ainsi que l’analyse marxiste, sont valables.

Plusieurs fois également il a fallu revenir sur le terme de réformisme, presque honteux, qu’il fallait développer comme ne lachant rien… J’étais éberlué.

Je me suis élevé, avec quelques autres, contre la notion de classe, et de l’outil lutte de classes comme moyen pertinent de faire de la politique. C’est plus complexe, nous nous battons désormais pour l’intérêt général, contre les dérives ou les insuffisances d’un système et pas seulement contre une classe possédante ou exploitante… Bien évidemment il y a des inégalités que nous devons combattre, mais tout est déjà contenu dans la déclaration, pas besoin de reprendre des concepts datés, imparfaits, connotés… (ah si j’avais pu si bien le dire tout à l’heure…)

Le « front de classe » regrouperait qui aujourd’hui et pourquoi faire ? (Quelqu’un a ressorti les patrons du cac 40) 95% de la population ? Mais pourquoi n’ont-ils pas votés pour nous la dernière fois ? Sans doute car nous ne proposions pas de terrasser les exploiteurs…

Mais nous n’avons pas pu convaincre la majorité, on peut le comprendre au vu des arguments employés par certains : nous serions loin des réalités (de la vraie vie d’en bas, je suppose), on se demande à haute voix si je suis patron dans la vie, on me rétorque que c’est bien simple,  » y a toujours des exploiteurs et des exploités », et on me somme de dire que Sarkozy fait une politique de classe…

Implicitement ils me reprochent d’être moins sensible, moins à gauche, moins intrinsèquement bon en somme. Je me suis dis que Besancenot avait de beaux jours devant lui.

Quelques exemples caricaturaux établissent des règles… pour porter une parole politique. On a bien vu là la force du surmoi marxiste au PS, même si ma section n’est sans doute pas représentative, allié à une radicalisation et une simplification du discours face à la politique de Sarkozy, qui conduit à une indignation de bon sens et une surenchère compationnelle difficiles à contrer…

Fatiguant. Surfer sur le magma commun pour étouffer l’adversaire qui essaie de théoriser… Les prémices d’une période pré-congratique sont-elles déjà sensibles ?

Il y a des débats intéressants à mener sur la notion de classe, sur comment incarner la transformation radicale, sur les évolutions liées à la mondialisation et à la financiarisation du capitalisme… Ils ont été ébauchés mais ont vite basculé dans la caricature ou l’incompréhension. Dommage.

Un compromis a été trouvé, même si j’ai voté contre, qui parle des oppositions de classe (et je sais plus s’il y a front de classe).

C’est bon, j’ai réussi ma marginalisation dans la section…

Terra Nova, déclaration de principe… Les socialistes se mettent au boulot !

mai 15, 2008

Pierre Larrouturrou a lancé il y a quelques mois un appel pour que le PS se mette rapidement « au boulot les socialos ». Il s’est heurté d’après ce qu’il raconte à un rejet non argumenté et obtu de la part de François Hollande, qu’il raconte.

Cette initiative est intéressante. Il n’est pas le seul à appeler à ce travail, c’est devenu un propos relativement commun de tous ceux qui veulent rénover. Ainsi les premiers à porter le fer publiquement sur ce thème ont été Laurent Baumel, Michel Rocard, André Vallini, Pierre Moscovici ou Vincent Peillon.
Les forums de la rénovation ont lancé le mouvement, permis du travail, des prises de position, des échanges constructifs. Ce n’était qu’un début, et l’ampleur des chantiers était insuffisante.

Le travail continue également dans les courants en cette période de pré-congrès.

Cela fait écho à ce que j’écrivais moi aussi à propos des municipales à Toulouse, mais qui vaut plus largement pour le parti.

« Edgar Morin est passionnant, et peut participer à notre réflexion de socialistes. Retrouvons des échanges, des liens, des débats avec des penseurs et des chercheurs de toutes les disciplines, suscitons l’interdisciplinarité, cherchons l’innovation et l’originalité. Ils sont là pour nous aider à scruter la réalité cachée derrière le bruit de l’information, le brouhaha des sondages, la complexité des hyper-spécialisations, l’autoaveuglement ou les mauvaises fois partisanes qui accompagnent certaines stratégies de pouvoir. Cela est complémentaire avec d’autres processus comme les rapports de spécialistes, les formes de démocratie participative.

Donc retrouvons par exemple, et beaucoup d’autres, pour écouter et critiquer : Marcel Gauchet, Louis Chauvel, Pierre Rosanvallon, Michel Wieviorka, Michel Aglietta, Guillaume Duval, Gabriel Colletis ici à Toulouse, et bien d’autres moins connus, ou y compris certains penseurs plus polémiques comme Finkielkraut sur certains points.
Edgar Morin lui-même s’est plaint de n’être depuis longtemps plus écouté par les partis, critiquant ces dirigeants et ces militants aux rythmes de vie effrénés, qui n’ont plus le temps de lire et de réfléchir.

Les partis doivent retrouver me semble-t-il ce rôle d’incubateur, de pédagogie, rendre compréhensible et modulable la complexité du monde : faire les liens entre les disciplines, favoriser une lecture globale et avec les bons outils de ce monde pour ses militants, puis s’en servir pour propager ses valeurs, et ses solutions.

Répondant à ces demandes, Nous apprenons donc maintenant la création de Terra Nova. Je pense que c’est une bonne nouvelle, à nous de nous en servir au mieux. Voici ce qu’en dit libération :

«Le lien s’est distendu.» Les socialistes, pourtant, n’ont pas totalement déserté le champ de la réflexion. La rue de Solférino dispose d’un secrétariat aux études, qui entretient des contacts réguliers avec les intellectuels français. Elle peut puiser dans les travaux de la Fondation Jean-Jaurès, créée en 1992 par Pierre Mauroy, ou de la République des Idées, présidée par l’historien Pierre Rosanvallon. Et depuis la présidentielle, think tanks, clubs ou cercles de réflexion, fleurissent (lire page 4). «En réalité, il y a énormément de contacts et de lieux d’échange, résume Michel Wievorka. La question est moins celle de la rencontre que celle de l’utilisation du travail des intellectuels Et le sociologue de livrer son diagnostic, sévère : «Ces cinq dernières années, au PS, l’humeur n’était pas à la réflexion de fond. S’il s’agit de suivre les sondages et de regarder ce que dit Paris Match, on n’a pas besoin d’idées. Et pendant que le parti pataugeait dans des problèmes de leadership, le lien s’est distendu…»

«Interface». Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue Esprit et directeur éditorial de Terra Nova, explique lui aussi que le rôle de cette nouvelle fondation sera de «faire l’interface entre des gens qui dessinent un paysage général [les intellectuels, ndlr] et ceux qui font des propositions [les politiques, ndlr]». Il précise qu’y compris en 2007, la gauche et sa candidate disposaient «d’analyses d’ensemble excellentes» sur l’état de la France. «Le problème, c’est que ces travaux en restaient au niveau du diagnostic. Et c’est un exercice en soi d’arriver au stade des propositions concrètes».

Mécénat. Pour Thierry Pech, lui aussi de l’aventure, «le travail de Terra Nova commence là où s’arrête, par exemple, celui de la République des idées», qu’il s’apprête justement à quitter. Terra Nova ne plante donc pas ses racines dans un désert intellectuel, mais entend juste faire pousser ses branches un peu plus loin, un peu plus près des politiques. Et aussi un peu plus longtemps que «les petites structures sans moyens financiers», souvent au service d’une écurie ou d’une personnalité, regrette Olivier Ferrand.

Pour Olivier Ferrand, président de Terra Nova, ex-conseiller de Lionel Jospin, proche de Dominique Strauss-Kahn, il s’agirait plutôt de la mise en orbite à gauche de la première vraie fondation capable de rivaliser avec son pendant de droite, l’Institut Montaigne. Car pour Olivier Ferrand, s’il existe déjà des fondations (Jean-Jaurès), des clubs (les Gracques, la Forge…) et autres cercles de réflexion (la République des idées, En temps réel…), «il n’y a pas à gauche de plateforme structurelle capable de convertir le diagnostic des intellectuels sur la société française en propositions politiques».