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Le réforme territoriale comme moyen de faire les économies nécessaires ?

avril 21, 2014

Cela fait quelques années que je prône une réforme en profondeur des collectivités territoriales.

Voici ce que j’écrivais déjà en 2007.
En 2009 je trouvais que la réforme Fillon-Sarkozy allait dans le bon sens, mais elle a été malheureusement déconstruite en 2013 par la majorité socialiste. Aujourd’hui Manuel Valls propose aux mêmes de déconstruire la déconstruction, et d’aller plus loin encore. Cela illustre les errements du début de mandat de François Hollande, et en partie l’incompréhension des Français sur plusieurs sujets.

Mais en tout cas maintenant sur ce projet, Bravo, même si tout cela est complexe et qu’il faudra passer par dessus pas mal d’oppositions.

Le projet actuel va assez largement dans le sens que je souhaitais, pour la réforme territoriale : renforcement des régions et des interco, suppression de la clause générale de compétence.

Le contexte n’est cependant plus le même. Aujourd’hui cela se mène en parallèle d’un effort d’économie sans précédent, par la diminution des dotations versées aux collectivités.

Est-ce qu’il faut espérer en la réforme territoriale pour obtenir ces économies ?

 

Nous en sommes arrivé à un niveau d’enchevêtrement et de doublons assez impressionnant. Il y avait déjà un nombre de communes invraisemblable, il y a désormais des intercommunalités, des départements, des régions, l’Union européenne… Et l’Etat qui n’a pas toujours su se positionner dans les préfecture : accompagner, contrôler, se dégager de certaines compétences…

Cette grande structure souple et redondante fonctionne bien dans l’ensemble, mais au prix d’une dépense élevée, il y a donc probablement des économies à réaliser.

Parfois en limitant quelques services en doublons, mais plutôt je pense en améliorant l’efficacité des collectivités locales : en concentrant quelques interventions parcellisées, en organisant mieux les compétences, en atteignant des tailles critiques…

Mais n’attendons pas non plus des économies faramineuses. Comme la plupart des réformes, le changement a un coût initial. Il y aura progressivement des économies, des simplifications pour les usagers, mais il n’y a pas de trésor caché. Par exemple la suppression des départements amènera une clarification, une optimisation des moyens. Mais les compétences actuelles (social, développement rural…) sont nécessaires, et devront évidemment être reprises par la région. C’est donc à la marge que seront les économies dans un premier temps.

Se pose donc la question plus largement des économies dans les collectivités territoriales. Après des années de ressource facile, on arrive aujourd’hui à une tension sur les ressources (fiscalité arrivée à un point haut, dotation de l’état en baisse, subventions croisées également…). C’est la conséquence plus générale du changement de modèle économique, avec une croissance durablement faible depuis deux décennies, sans que les dépenses n’aient diminuées.
Certaines villes dans des territoires en difficulté sont déjà engagées dans des programmes ambitieux. Mais ce n’est pas le cas dans la plupart. Par contre depuis plusieurs années les démarches d’efficacité, d’évaluation, de contrôle de gestion, progressent dans les grandes collectivités, souvent bien gérées.

Il y a plusieurs étapes dans les recherches d’économie :

– Dans un premier temps on peut réduire quelques gaspillages, quelques doublons, quelques excès.

– Puis on peut appliquer la technique du rabot : progressivement durcir les objectifs, diminuer les moyens, décaler des programmes. Dans un premier temps, en alliant ceci avec une démarche réfléchie, on peut arriver à faire mieux avec moins.
Mais assez vite on arrive à l’os… J’ai pu constater par des amis qui travaillent dans certaines directions déconcentrées de l’Etat comment est difficile cette période de contraction des moyens à périmètre constant : dégradation des conditions de travail, perte de sens, dévalorisation car rapidement les missions sont affectées…

– au bout d’un moment il faut donc bien passer à une évaluation plus globale, en interrogeant, service par service, compétence par compétence, les missions et le périmètre. Quels investissements sont soutenables ou pas avec l’étude prospective ? Qu’est-ce qui doit être fait ou pas par la collectivité, avec quel niveau d’exigence ? Les moyens affectés déterminent le périmètre. De vrais choix de gestion, et de vrais choix politiques.

 

Je suis donc très favorable à une réforme territoriale, porteuse de plus de lisibilité, et d’efficacité à moyen terme. Mais dans un premier temps, ce n’est pas cela qui générera les économies dont les collectivités ont besoin. Il faudra donc un effort important, comme le fait l’Etat, mais qui ne se limitera pas au coup de rabot et aux décalages, ce serait trop facile, mais à de vrais choix collectivité par collectivité sur les politiques menées.

 

Le grand chambombardement territorial.

février 27, 2009

Du chambardement à prévoir pour les collectivités territoriales.

Plutôt positif tout ça.

Un article intéressant à lire qui résume un peu les propositions :

Statut de métropole
C’est bien, Toulouse a déjà pris de l’avance.

Je me doutais que le fait de passer en Communauté Urbaine entrainerait des changements plus potentiels qu’actuels.

En effet, les compétences en plus, elles pouvaient être choisie par une communauté d’agglomération à son maximum. Ensuite il y a quelques autres différences, mais pas si profondes.

Par contre, on change de catégorie. Et ça, c’est porteur d’évolutions…

Je pense que les communautés urbaines seront par exemple les premières à pouvoir expérimenter la fusion ou au moins une très large intégration-mutualisation, avec les communes. Ou encore à récupérer de nouvelles compétences optionnelles ou expérimentales de la part de l’état, du conseil général…

De même éventuellement une désignation du président au suffrage universel.

Etre au niveau le plus intégré permet d’être en pointe des évolutions et expérimentations règlementaires.

Le concept de « métropole » est un peu différent, il serait imposé règlementairement en  fonction de l’importance des agglomérations plus que sur le statut juridique.C’est plus volontaire, plus logique, presque trop interventionniste. Cela va dans le bon sens, mais peut être que cela va trop vite, c’est imposer des changements importants, cela se fait difficilement sans ou contre les gens.

Mais au final je ne suis pas sûr que cela se fasse ainsi plutôt que comme je l’avais imaginé.

-La fusion des départements du Grand Paris au menu
Bien vu l’ami. Il y a là des enjeux politiques importants, qui ne doivent pas entraver toute réforme.

Le périmètre me parait presque trop important, c’est un concept de super-métropôle, difficile à structurer ensuite.

Il y aurait deux niveaux décentralisés : région et grand paris. Mais ensuite, il faudrait au moins deux niveaux « déconcentrés » dans le GP, non ?

Regard intéressé, inquiet, confiant…

-Pente douce pour l’intercommunalité : éléction des élus communautaires à partir d’un fléchage sur les listes présentées lors des municipales de 2014. Un système inspiré par les modes de scrutins à Paris, Lyon et Marseille « PLM ».

C’est déjà pas mal. J’y ajouterai un bouclage de la carte intercommunale. Les maires s’opposent à l’élection des président d’interco. Mais au moins pour les communautés urbaines, il le faudra.
Cela pose bien sûr la question du rôle des communes, espace démocratique et historique intéressant, mais souvent dépassé aujourd’hui. Ce seront les pôles de proximité des intercommunalités…

-Conseils généraux et régionaux
Les conseils généraux et les conseils régionaux selon ce schéma se transforment en collectivités spécialisées. Les grands équilibres entre ces deux strates ne se trouvent guère modifiés. Est envisagée la fusion, en 2014, des mandats de conseils généraux et de conseils régionaux.

Je pense qu’il faut supprimer la clause générale de compétence pour le département, qui peut avoir vocation à se spécialiser sur le social, et le soutien aux communes rurales par exemple.

Pour la région, c’est plus comlexe.
Je pense que le département peut même devenir un échelon déconcentré de la région. Il n’y aurait plus qu’une élection, sur base départementale, qui élirait une assemblée régionale… Ou alors un sénat régional sur base départementale, et le reste à la proportionnelle pour l’assemblée régionale…

On serait dans la régionalisation, sans pour autant que je ne souhaite un fédéralisme.

Quid des compétences croisées ?

Comme Joël Carreiras dans le magazine de la région, je pense qu’il ne faut pas les suréstimer, ni les interdire complètement. Des chefs de files, des politiques conventionnelles, sont tout à fait possibles.

Par contre, la clause générale de compétence crée parfois un flou, une disparité hétérogène, entre abondance et rareté, certains auront des aides multiples, d’autres seront refusés à chaque fois… En matière culturelle, sociale, sportive…Une certaine centralisation, rationnalisation, mise en cohérence doit pouvoir être trouvée.

En même temps, sujet complexe, plusieurs interlocuteur permet de surmonter des barrières qui peuvent exister pour de mauvaises raison avec une collectivité… Les associations peuvent craindre ce moment de transition… A anticiper pour les communes.

Si les communes se retrouvaient seul appui de proximité pour le sport ou la culture, cela dégagerait des marges pour les autres collectivités, et imposerait une dépense en forte hausse sur ces sujets aux communes-interco.

Beaucoup de choses à faire. Je n’ai pas des idées définitives sur tout. Cela dépend ensuite beaucoup des assemblages règlementaires concrets que l’on trouve.

Toulouse : vers la communauté urbaine !

août 29, 2008

La communauté d’agglomération du grand Toulouse se transforme lentement en communauté urbaine.

Je dis lentement, car tout est progressif, mais je devrais plutôt dire admirablement vite.

C’était un engagement de Pierre Cohen. Déjà avant l’élection, lorsqu’il était venu se présenter en tant que candidat, il nous en avait parlé.

Au delà, pour moi, c’est surtout une évidence. Toulouse, grande ville dynamique, morcelée dans son aire urbaine par plusieurs regroupements communaux, était une aberration.

Bien sûr il y avait des enjeux de pouvoirs, avec des différences d’orientation politique.
Mais cela ne justifiait pas ceci, il fallait s’entendre. (la décentralisation, mode plus adapté, plus démocratique, plus efficace de pouvoir local, peut aussi être porteur de dérives et de complexités qui en fixent les limites)

Cohen, ancien maire de Ramonville, membre du sicoval, avait sans doute une part de responsabilité, avec d’autres, dans l’impossibilité de l’union (c’est une hypothèse, je n’ai pas d’éléments là dessus), mais aussi une connaissance de la question.

Son élection a donc été l’occasion de décisions claires. La nouvelle équipe, avec notamment le maire de Tournefeuille, Claude Raynal, et l’adjoint aux finances de Toulouse, Joël Carreiras, ont ainsi fait de ce dossier une des priorités du début de mandat. C’est en effet un des outils pour appliquer l’ambitieux programme sur lequel ils ont été élus. Dès 2009 la communauté urbaine va éclore, pour l’instant à périmètre constant. Ensuite, il faudra travailler tous ensemble à son élargissement, à l’intégration intelligente, concertée, ambitieuse, des communes membres du sicoval, membres de la communauté de communes du muretain.

La fédération PS de Haute-Garonne, puissante de la grande majorité des maires en question, était depuis longtemps absente du sujet. Elle aurait dû, me semble t-il, en être la maître d’oeuvre. Elle devra sans doute être vigilante, force de proposition et de conciliation pour permètre cette deuxième étape, si elle le peut. On pourra sans doute compter sur une nouvelle équipe pleinement consciente de cette nécessité pour cela.

Le conseil général, encore puissant, voyait-il d’un bon oeuil l’émergence d’une grande communauté urbaine à Toulouse ? En effet, outre la visibilité concurrente, notamment politiquement, cela nécessitera des éclaircissements de compétences pour qu’il y ait une complémentarité et des partenariats utiles.
Aujourd’hui cela est lancé, et freiner le projet n’est plus une option. Malgré quelques rétiscences, il accompagnera sans doute le changement. (d’autant que dans 3 ans Izard laissera sa place, et que les principaux candidats supposés à sa succétion, Raynal ou Fillola, sont aujourd’hui membre de la CU)

Si cela marche – et cela doit marcher – cela sera un instrument utile pour l’agglomération toulousaine, et sans doute au dela pour la région toute entière derrière la ville capitale.

Edit : je viens de voir que Hugues a également repris un texte assez complet sur la question.

Pour une grande réforme de l’Etat

mai 8, 2007

La réforme de l’Etat

Les Français sont très attachés à leur administration. Depuis plus d’un siècle, c’est en effet en grande partie par le biai de ces institutions que se sont dessinés les traits d’une France plus moderne et plus juste. A travers ses services publics, la puissance publique a rendu accessible à chaque Français, pour un coût raisonnable et non-discriminatoire, des éléments essentiels à une qualité de vie souvent enviée dans les États voisins. L’ensemble du territoire a pu être desservi en permanence et avec des prestations garanties. Pourtant, les besoins et les contraintes ont évolué et cet ensemble admirable est aujourd’hui en crise. La réforme de l’administration, permanente, demande aujourd’hui une attention particulière.

L’ Etat a aujourd’hui changé : il est devenu moins gestionnaire et plus régulateur, s’est décentralisé, inséré dans la construction européenne, et se confronte à la concurrence internationale. La contrainte budgétaire est aujourd’hui plus forte : la maîtrise de notre dette publique est un impératif moral et financier pour demain. Pendant les vingt cinq dernières années, les dépenses publiques ont augmenté de plus de 15% pendant que l’endettement était multiplié par trois.
Parallèlement, les exigences des citoyens à son égard se sont affirmées : ils attendent de l’administration qu’elle leur rende un service aisément accessible, simple et de qualité ; un niveau d’imposition élevé doit correspondre à des politiques et des services publics performants.

Dans de nombreux pays, face aux mêmes contraintes, des réformes parfois radicales ont été menées, dès les années 80 en Suède, plus récemment au Canada… Ces évolutions, après un long travail de concertation, se sont appuyées sur une refonte de la procédure budgétaire et comptable pour mettre en place une culture de la transparence, de la performance, du service au citoyen, comme nous l’avons fait sous le gouvernement Jospin. L’administration en ligne a été fortement développée, le droit de la fonction publique assoupli, voire pratiquement bannalisé en Suède, et les effectifs réduits. Au Canada le nombre de municipalités a été diminué, et une loi interdit tout déficit budgétaire.


En France aussi, la réforme de l’Etat est en cours. Ces dernières décennies, une décentralisation et une déconcentration plus adaptée ont été impulsées, la place du travail interministériel s’est accrue, l’Etat a professionnalisé son armée, l’intercommunalité s’est imposée. En outre la simplification administrative et les droits des citoyens face aux administrations ont progressé, les nouvelles technologies se sont diffusées dans l’administration. Enfin,une logique de performance a été initiée avec la LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Finances), incitant l’administration à rechercher des gains de productivité pour rendre le meilleur service au meilleur coût, logique encore à roder et améliorer.
Mais ce n’est qu’un début : le mouvement de réformes devra se poursuivre dans les années à venir pour renforcer la transparence et l’efficacité de l’action publique, sa capacité d’adaptation, pour renforcer les services publics là où les besoins sont les plus forts tout en maîtrisant les dépenses publiques, notamment pour prendre notre place dans l’économie de la connaissance, et faire face aux grands défis démographiques, urbains, environnementaux.

Ainsi, un consensus existe sur la nécessité de certaines réformes mais beaucoup moins sur la nature de ces réformes, nécessaires pour maintenir avec force notre idéal de progrès et de justice.

Une gestion plus efficace des administrations
Une rénovation de la Fonction Publique
L’introduction des usagers au cœur du service public
Périmètre et modalités de l’ intervention publique

Pour une nouvelle décentralisation

Une gestion plus efficace des administrations

Des gains de productivité sont possibles et nécessaires. Ils devront être répartis entre les contribuables, les fonctionnaires et les usagers. Les premiers bénéficieraient de prélèvements mieux utilisés ou moins lourds, les seconds de meilleures rémunérations et les troisièmes de services améliorés ou étendus.

Pour les services publics administratifs, la qualité des services fournis n’a pas toujours progressée aussi rapidement que pour le reste de l’économie. Des avancées sont en cours depuis plusieurs années, qui devront se poursuivre. Ainsi la recherche d’une efficacité accrue s’est traduite par des audits de modernisation sur de nombreux sujets, le développement des partenariats public-privé, des fusions d’administrations… Attention cependant à ne pas faire une simple politique de réduction des coûts de court terme.

L’ entrée en vigueur en 2006 de la LOLF, votée à l’unanimité en 2001, constitue une réforme majeure : on passe d’une logique de moyens à une logique d’ objectifs et de résultats. L’utilisation des ressources est mieux contrôlée, la dette mieux suivie, les effectifs mieux maîtrisés. En définissant clairement les objectifs assignés à chaque service, cet outil renforce la transparence de l’action administrative et la responsabilité des acteurs de la gestion publique. Les enjeux sont techniques et peu connus du grand public mais ils vont avoir une grande influence. Toutefois la période de transition se traduit par certaines difficultés qu’il faudra régler pour donner toute son ampleur au changement.

Pour confirmer son potentiel de réforme, cet outil doit être appuyé par des politiques ambitieuses. Cela doit permettre à l’administration française de profondément évoluer dans son organisation et ses méthodes :

-responsabiliser les agents et libérer les initiatives par une déconcentration renforcée ;
imposer la culture de l’évaluation permanente : audit interne dans chaque service, contrôle de gestion sur l’ensemble de l’activité, augmentation du pouvoir des organes d’audit externe. Le développement d’une démarche qualité intelligente doit se poursuivre.
-accentuer le rôle de la Cour des Comptes et créer un organisme très ambitieux (regroupant les meilleurs des universitaires, avec possibilité de continuer à participer à des labos par ailleurs) qui aurait pour mission de produire des évaluations et des rapports sur des sujets très divers
-accentuer le rôle de contrôle et d’évaluation du Parlement – dans la continuité de la LOLF et renforcé par la mandat unique– qui aurait notamment les moyens de commander plus de rapports, qui examine réellement l’exécution des lois

– réfléchir à l ‘ externalisation des tâches annexes lorsque c’est possible (entretien, sécurité…) pour recentrer les collectivités et administrations sur leur mission.
– restructuration efficace des administrations en charge des missions dématérialisées grâce aux nouvelles technologies, et investissement dans celles-ci

Il s’agit ainsi de permettre une plus grande adaptabilité de l’administration à l’évolution de ses missions et une meilleure utilisation et répartition de l’argent public.

Une rénovation qualitative et quantitative de la Fonction Publique :

Près de 5 millions de personnes travaillent actuellement au sein des trois fonctions publique, soit une croissance de 23% depuis 1982. Cela représente 44% du budget de l’Etat en 2005. Trop d’énergies sont stérilisées dans une administration complexe, ayant parfois des difficultés à motiver ses ressources internes ou constituée en citadelles limitant mobilité et coopération.

Il s’agit donc de promouvoir une réforme d’ensemble, en profitant du renouvellement et du rajeunissement massif que vont permettre les nombreux départs à la retraite.

Tout d’abord, la gestion des ressources humaines doit poursuivre sa mutation. La modernisation actuelle de gestion prévisionnelle des effectifs, des emplois et des compétences doit se poursuivre. L’initiative, la créativité, la responsabilité, doivent être encouragées et avoir plus de poids que l’ancienneté dans le déroulement d’une carrière. La notation, devenue mal et inégalement appliquée, sera abandonnée au profit d’ entretiens réguliers. La gestion par projets ainsi que les contrats par objectifs sont à développer. Le recrutement doit être ouvert et la mobilité favorisée entre les trois Fonctions Publiques. Une formation continue renouvelée (souvent elle se limite à la préparation aux concours interne) doit être un droit et un devoir pour ces agents.
La rémunération doit être revue :
la grille indiciaire unique conduit à ce que toute mesure prise en réponse à un problème donné donne lieu en pratique à une contagion des demandes des corps ou cadres de même classement.
Pour cela le rapport sur « les perspectives de la fonction publique » du Conseil d’Etat en 2003 propose de distinguer trois mécanismes de la rémunération :
– une part commune basée sur le point,
– une part relative aux spécificités de chaque métiers,
– une part basée sur l’implication et les performances individuelles ou collectives.
Par ailleurs,
on a pu constater au cours des vingt dernières années un tassement important de la grille. Ainsi, pour ce qui est du bas de l’échelle, les perspectives d’évolution sont trop limitées. Pour le haut de l’échelle, la stagnation des rémunérations de la haute fonction publique crée un décalage croissant par rapport aux rémunérations des
cadres dans les secteurs privé et parapublic.

Un dialogue social constructif doit permettre la réussite des réformes dans la fonction publique. Les avantages attendus devront être partagés avec les acteurs de ces changements, par un échange gagnant/gagnant en terme de missions comme de rémunérations.
En fait, les principes même de cette négociation sont à repenser à moyen terme. A
insi la « négociation salariale » périodique chargée de fixer l’évolution des rémunérations est particulièrement difficile et mal maîtrisable. Elle porte en effet sur toute la fonction publique, c’est-à-dire sur 9 millions de personnes : 5 millions d’agents en activité et 4 millions de retraités. Comment prétendre appréhender, d’une façon homogène la situation d’un si grand nombre de personnes ? D’autant que le ministre de la fonction publique représente à lui seul tous les employeurs publics, et que les organisations syndicales divisées sont conduites à la surenchère.

D’autres réformes plus profondes des statuts de la fonction publique, notamment celle d’Etat, doivent être envisagées :

Par exemple, l’expérimentation pour les fonctionnaires d’éléments contractuels dans leurs relations avec leur employeur, qui pourrait porter sur les conditions précises de leur emploi. Le régime juridique applicable à un fonctionnaire découlerait à la fois de son statut et d’un contrat qu’il aurait lui même négocié et conclu avec son autorité gestionnaire.

Ou encore une large réforme de l’organisation en corps multiples pour la FPE, chacun possédant ses propres spécificités fixées par règlement. Cela génère de nombreuses barrières artificielles à la mobilité des agents publics, des freins aux réorganisations. La Fonction Publique Territoriale est organisée en cadres d’emplois, plus souples. L’adoption d’un répertoire interministériel de l’emploi public va dans le bon sens, pour une meilleure identification des métiers, et une meilleure gestion des carrières, des formations… Des fusions de corps sont également déjà en cours.
Dans son rapport de 2003, le Conseil d’Etat préconise de regrouper les corps en 7 ou 8 grandes filières professionnelles (techniques, enseignement et recherche, finance, sécurité, etc.) communes aux 3 fonctions publiques, divisées elles mêmes en 4 ou 5 niveaux d’emploi.

La LOLF participera à la réforme de la fonction publique. La déconcentration qu’elle génère implique que les gestionnaires de programmes aient une vraie maîtrise de la gestion de leurs ressources humaines. La « fongibilité asymétrique », va participer de la diminution des administrations centrales au profit des services déconcentrés. Cela permettra une meilleure adaptation des effectifs aux besoins, voire une diminution globale des effectifs plus facile à mettre en oeuvre si le choix est fait.

Plus largement, sans être un problème en soi, le poids très important de l’emploi public en France pose question. L’amélioration de la productivité peut entrainer une décrue progressive du nombre d’agents publics, ce qui augmentera les marges de manoeuvre, permettant notamment de mieux rétribuer des agents responsabilisés (et notamment les enseignants et les chercheurs), tout en concentrant les moyens sur les politiques prioritaires. Une baisse significative du nombre de fonctionnaires de l’Etat, alors qu’avec la décentralisation les collectivités locales embauchent, paraît nécessaire.Elle s’appliquera aux seules administrations dont les effectifs sont susceptibles d’être diminués sans nuire à l’exercice de leur mission.
A terme une plus grande partie de la fonction publique à vocation à être déléguée, avec prudence et contrôle, par la sous-traitance à des entreprises spécialisées.

L’introduction des usagers au cœur du service public et droit des citoyens

Il y a déjà eu de nombreuses avancées reconnaissant les droits des citoyens face à l’administration : instauration du médiateur de la République, création de la CNIL, motivation des actes administratifs, loi du 12 avril 2000, « relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations ». Cela reste à parachever ; ainsi, le principe qui veut que pour l’administration “qui ne dit mot ne conssent pas” pourrait être inversé : l’absence de réponse de l’administration vaudrait acceptation, sauf exceptions.

Par ailleurs il serait possible de regrouper certains services publics selon une logique fonctionnelle de besoins. Ce mouvement en cours (maisons départementales des personnes handicapées, maisons de l’emploi…) doit être étendu en fonction de larges catégories clairement identifiables. Cela suppose l’introduction à grande échelle d’une logique d’organisation en projets et en réseaux, entre les différentes administrations des différentes collectivités, avec des partenaires privés.

Les Services Publics regroupés associeraient les usagers à l’évaluation des réponses apportées.

L’intérêt du public doit être au centre des préoccupations : les usagersdoivent pouvoir intervenir dans la définition et l’évaluation de la mission de service public. Cela permet de partir des attentes réelles des usagers, régulièrement actualisées. Mais il ne s’agit pas de déléguer le pouvoir de décision du politique, ni de créer des “comités théodules” ou une démocratie de proximité de façade, qui mettent en valeur des responsables autoproclamés, ou les défenseurs de chaque intérêt local.

Au dela, la continuité des services aux citoyens peut parfois être améliorée : ouverture plus large des principaux services publics en contact avec les usagers hors horaires de bureaux, certains samedis…; une meilleure garantie, négociée, de la continuité des services publics.


Redéfinir le périmètre et les modalités de l’ intervention de la puissance publique

L’Etat doit s’affirmer en tant que puissance d’évaluation, d’orientation et de contrôle. Il lui appartient désormais de savoir déléguer nombre de responsabilités. Il doit plus agir par l’incitation, par la concertation et le soutien à l’initiative, pour devenir pilote et stratège plus que producteur dans de nombreux secteurs. De plus l’objectif est de faire de l’ Etat et des collectivités des « concentrateurs de l’intelligence des territoires ». Il reste cependant un acteur primordial de l’intervention publique.

Aujourd’hui le secteur privé assure de nombreux services publics, notamment locaux. Au contraire, en maintenant artificiellement un prix bas pour tous (et non pas seulement des aides à ceux qui en ont besoin), les monopoles ou prix régulés reportent cette charge sur les contribuables ou sur la dette. La propriété publique peut également handicaper certaines entreprises dans leur gestion. Pour autant il n’y a pas de réponse unique, en fonction de l’évolution des secteurs, des marchés, des contraintes géopolitiques.

De manière générale cependant les objectifs initiaux d’efficacité et de justice sociale ne sont incompatibles ni avec la concurrence (pour choisir le délégataire, voire dans l’exploitation ensuite), ni avec la recherche de profit du secteur privé commercial. Le cadre juridique européen fournit à la fois les bases d’une concurrence saine sur les marchés où elle est viable et des garanties d’équité par le biais des obligations de service universel. (qualité minimale de prestation, tout en incitant les meilleurs fournisseurs à proposer des services d’avant-garde, ensuite amenés à se généraliser). Les pouvoirs publics doivent faire toute la transparence sur les conditions réelles sur chaque marché, pour y permettre une concurrence loyale.

Un véritable renouveau des services publics en France peut-il passer par une plus large délégation, à partir de cahiers des charges largement débattus et en donnant lieu à évaluation régulière et à un contrôle de la puissance publique ?

Pour autant il ne s’agit pas d’inverser le dogme : la gestion privée n’est pas, par nature, plus efficace que la gestion publique. La gestion d’une activité de service public doit être étudiée au cas par cas. La gestion publique de l’eau (notamment par les collectivités locales) est par exemple souvent moins coûteuse que la gestion privée.

Une nouvelle étape de la décentralisation

La décentralisation paraît parfois complexe, coûteuse et mécontente de plus en plus les électeurs. C’est pourtant aujourd’hui une mesure essentielle de la réforme de l’Etat. Depuis la fin du XIXème siècle, l’Etat a progressivement tenté de trouver un nouvel équilibre en décentralisant une partie de ses pouvoirs administratifs au niveau des échelons communaux et départementaux, puis plus récemment régionaux. Aujourd’hui, ce mouvement doit être poursuivi et amplifié.

Au contact des acteurs et de leurs difficultés se trouvent souvent l’énergie et les solutions adaptées. On constate ainsi que souvent dans les collectivités décentralisées d’une certaine dimension, la modernisation de l’action publique (services publics et administrations) est mieux engagée que celle de l’Etat central et de ses relais déconcentrés. Les initiatives doivent être valorisées, ainsi que le jeu démocratique local, tout en préservant l’équité sur le territoire.

La décentralisation apparaît ainsi comme un moyen de gagner en efficacité, pour compenser certaines pesanteurs de l’Etat central. Mais si celui-ci peut être modernisé, l’envergure de la décentralisation-moyen peut être réduite.

Au-dela, cela revient à choisir un équilibre des pouvoirs, une philosophie politique. Il faut éviter la dissolution du cadre national, ou le renforcement de baronnies locales, tout en favorisant la diversité, l’adaptation, l’inventivité et la responsabilité locale.

  • Une décentralisation politique effective suppose désormais que les collectivités territoriales puissent disposer de plus de pouvoirs normatifs pour élaborer des lois et des règlements adaptés à leurs contraintes locales. Elles expérimenteront en conséquence de nouvelles voies qui pourront parfois être étendues au niveau national.

  • Il faut pour cela revoir le cadre unitaire égalitariste qui donne l’illusion que chaque territoire aurait les mêmes contraintes alors que des différences de population ou de richesse, parfois considérables, existent.

  • La capacité politique particulière des Régions doit enfin être reconnue, avec une séparation nette entre les pouvoirs exécutif et législatif. A plus long terme, l’échelon départemental pourrait alors devenir la circonscription déconcentrée de la Région.

  • En contrepartie d’ une plus grande marge de manoeuvre financière ou fiscale, il est crucial de mettre en œuvre de puissants moyens de péréquation qui répartiraient la richesse sans toutefois pénaliser injustement les territoires qui font des efforts d’organisation et de développement.

  • Les politiques d’intercommunalité menées jusqu’à présent n’ont pas réussi à résoudre l’extrême fragmentation communale. Elles doivent se consolider et se démocratiser par l’élection directe au suffrage universel de ses représentants. Elles intègreraient à terme les communes, rapidement dans les agglomérations, par la fusion ou la hiérarchisation des structures, pour ne pas devenir un niveau de plus.

  • Cela nécessitera une recomposition du Sénat reflétant mieux le fait urbain et les intérêts régionaux.

  • En parallèle, il semble indispensable que les administrations déconcentrées de l’Etat ne fassent plus doublon avec les pouvoirs locaux. Les niveaux de décision et la répartition des compétences devront être clarifiés et hiérarchisés, pour l’Etat mais également entre les différents niveaux de collectivités.

CONCLUSION

L’action publique demeure un levier majeur de régulation sociale et juridique, d’organisation des solidarités et de garantie de la cohésion sociale. L’intérêt général implique qu’elle soit conduite avec efficacité et responsabilité. Pourtant aujourd’hui la survie du système actuel est à terme compromise.

La réforme de l’Etat se heurte aux demandes souvent contradictoires adressées par les citoyens à la puissance publique. La tentation est forte, dès lors, de céder à la facilité en ne tranchant pas ou bien en donnant partiellement satisfaction à tous. Pourtant il faut relever ces défis, et ainsi améliorer la satisfaction et le pouvoir d’achat des usagers, optimiser les finances publiques, et rendre le travail des agents publics plus gratifiant. Cela doit être encouragé et accompagné aujourd’hui plutôt que subi plus tard.