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Faire des choix politiques : le réel pour demain avec l’idéal en tête…

avril 8, 2017

Une élection présidentielle, c’est l’occasion de confronter des projets, des programmes, des hommes.

Mais c’est aussi l’occasion de se reposer les questions plus profondes, de quel avenir on souhaite, et quels moyens pour avancer dans la bonne direction. Je ne me sens pas déterminé par une tradition familiale, par un vote évident de classe ou par mon intérêt propre puisque je compte bien voter pour l’intérêt général, pour des valeurs, pour chercher des améliorations.

Quel idéal ?

Si je devais choisir seul l’avenir proche, si j’avais tous les pouvoirs, j’ai bien en tête les éléments d’une société idéale.

Une société beaucoup plus fortement engagée dans une transition et une sobriété énergétique, dans un respect de la nature et de la biodiversité.

Une société de la connaissance partagée, de l’éducation, des savoirs, mais également de la recherche de pointe et des technologies comme moyen d’explorer et de forger le futur. Une société non seulement où les religions ne sont plus des facteurs de conflits ou de dérives, mais au fond si je pouvais vraiment décider de tout, une société sans religions, ni sectes, ni complotistes, ni bêtise crasse.

Une société du loisir, la lecture, la découverte de la nature, le partage et l’échange, le jeu de société, redeviennent les chemins du développement personnel, et cohabitent avec le travail digne et décent.

Une France qui se reconnait dans un espace européen plus large, qui accepterait d’aller vers des compétences et une démocratie partagée. Une France qui prend ses responsabilité à l’international lorsqu’il faut défendre des causes, et notamment sa sécurité, mais en privilégiant un cadre plus large.

Un pays de solidarité, avec moins d’inégalités, sans pauvreté ni salaires ou fortunes exorbitantes, qui accueille et intègre ceux qui ont moins de chance dans d’autres pays, qui retisse des liens intergénérationnels.

Une société de libertés de choix de vie, de possibilité d’entreprendre, d’innover, de se former, changer de vies; avec des entreprises innovantes, citoyennes, rentables, qui se basent sur des agents plus autonomes, mieux formés, qui font vivre une démocratie sociale forte. Une cogestion à l’Allemande, où des syndicats plus forts, moins éclatés, plus responsables, partagent les intérêts globaux de l’entreprise et peuvent influencer sa stratégie.

Une société avec des citoyens forts, une administration efficace, moins d’échelons locaux, une démocratie vivante, avec de la proportionnelle, des élus exemplaires, des associations dynamiques.

Une société sure, qui investit fermement dans la lutte contre l’insécurité, contre les fraudeurs fiscaux, le travail au noir, et se donne les moyens de sa puissance, avec une armée en adéquation avec ses ambitions de protection.

Une gestion saine, une dette maîtrisée qui ne finance pas le fonctionnement, une administration globalement efficace, qui permet une fiscalité raisonnable, ou des services publics de haut niveau reconnus qui justifient le niveau de fiscalité…

 

Mais l’idéal ne fait pas un programme politique

  • Tout d’abord lorsqu’on trace un idéal sans cohérence, plusieurs objectifs sont contradictoires.
    D’ailleurs cela commence à l’intérieur de chacun : les exemples sont infinis. On peut être écologiste pour les enjeux globaux, mais vouloir deux ou trois enfants. De même la plupart des individus souhaitent acquérir un habitat individuel, y compris ceux qui prônent une densification des habitats ou un arrêt de l’étalement urbain. Certains font du sport ou mangent bio pour améliorer leur santé mais fument. Ou prônent une diminution du temps de travail par un partage des richesses et du travail, mais ne demandent pas un temps partiel auquel ils auraient droit…
    C’est pareil pour les idées générales : on peut difficilement proposer des objectifs contradictoires, dans une réalité complexe. Il faut donc faire des choix, des arbitrages, des nuances.

  • Il y a des moyens à mettre en cohérence avec des résultats. Des choix à faire. Imposition des ménage, des hauts revenus, des entreprises, dette… avec des conséquences futures sur la société (pénalisation de l’activité, augmentation des inégalités..) Ainsi, lorsque certains préconisent des dépenses nombreuses, une dette maîtrisée, et une fiscalité raisonnable, il y a un souci…
    Implicitement, cela oblige à sortir du cadre : la dette ne sera pas forcément remboursée. Du coup le cadre se dérobe : les marchés financiers ne prêtent plus. Alors il faut aller plus loin : on créera notre propre monnaie / Cela implique de sortir des traités européens. Une inflation massive est créée, qui plombe les entreprises exportatrices, et le pouvoir d’achat pour les produits importés..
    De même pour les entreprises : on peut les contraindre et les taxer plus, mais avec le risque, si nous dépassons certains points d’équilibre, de dégrader l’activité et l’emploi. Si on est dans une position absolue et volontariste, on pronera donc d’autres règles plus drastiques pour contrer ces effets secondaires (obliger des embauches, limiter les licenciements..) qui entraineront eux mêmes des effets néfastes à contrer…

  • Enfin, la société est complexe, ne réagit pas comme dans un jeu vidéo : les comportements, les anticipations, les structures administratives, les phénomènes de fuite, d’évitement, les impacts internationaux… Le risque à vouloir contraindre le réel est de décevoir, ou de devoir s’enfoncer dans une dérive autoritaire. On le voit avec Trump : au moment de traduire les effets d’estrade, les propositions insurrectionnelles et populistes, des contrepouvoirs, juridiques et politiques, des résistances partisanes ou administratives, des logiques économiques ou une realpolitique internationale se mettent en place et ralentissent ou résonnent les décisions effectives.
    J’aimerai interdire les religions et les cigarettes, mais cela ne se passe pas comme ça.
    J’aimerai créer un revenu universel, en reportant la fiscalité ménage sur les entreprises, j’aimerai décider des actions très volontaristes concernant l’environnement ou la société, mais cela ne se passera pas tel que je peux l’anticiper, et les effets secondaires risques d’être pires que le résultat obtenu…

Souvent, les idées trop brutales, simples, entières, ne marchent pas. Les extrêmes estiment souvent que leur idéologie vaut plus que les faits. La volonté politique, du peuple, du chef s’impose à tout. Finalement le programme politique de LePen ou Mélenchon importe peu, comptent plus leur personne, leur récit, leur incarnation de catégories unifiées mythifiées qu’ils font parler (le peuple, les français..)

Une fois au pouvoir la complexité du réel s’immisce. Et soit cela amène à de la désillusion, soit à des fuites en avant (cela ne fonctionne pas à cause de tel ou tel, cela n’a pas fonctionné car on n’y est pas allé assez fort, ou polarisation de la société sur d’autres sujets pour masquer ces échecs inévitables)

 

Entre cet idéal, proche d’un programme de Mélanchon, et le réel, il y a donc un chemin à tracer. Dans le choix qui nous est proposé à la présidentielle, la première marche qui semble la mieux adaptée est pour moi Macron.

Entre le rêve et le projet, il y a une voie à trouver. Produire avant de redistribuer. Contraindre ou réguler, mais pas seulement dans les textes, en prenant en compte les effets réels sur l’économie.
Ne pas dire comment on pourrait progresser vers ceci, oublier les complexités, les antagonismes internes à cette vision, où encore les éléments qui dans l’application seraient contraires, c’est se tromper et tromper les électeurs.

Entre l’idéal fantasmé et le réel, il faut donc choisir une feuille de route, sans oublier l’un mais en s’ancrant dans l’autre.

L’utopie concrète, la méthode du réformisme pas à pas, voici ma perspective. Promettre un cadre réaliste pour maintenir ou améliorer des droits sociaux, plutôt que promettre une radicale et joyeuse révolution sans bornes, qui peut potentiellement se transformer rapidement en chaos, puis en révolution conservatrice ou autoritaire (de gauche ou de droite) si cela échoue.

Le risque est cependant en étant trop dans le réel, de ne pas croire en ses rêves, d’oublier d’oser le rapport de force. L’ordre établi n’est pas pour autant immuable. Des inégalités sans précédents doivent pouvoir être contestées et questionnées. Mais sans raisonner dans une bulle, dans un texte théorique qui ne fera que chasser les fortunes et les investisseurs ailleurs (les capitaux et les fortunés sont les plus mobiles).

Il faut également penser l’urgence écologique, les bouleversements internationaux, les migrations, les développements en cours, les crise nationalistes ou la chape de plomb d’un retour du religieux qui s’étend, la concurrences dans le cadre d’un capitalisme financiarisé et mondialisé…

On peut penser que l’histoire va vers une diminution du temps de travail du fait du progrès technique. Cependant n’est-ce pas forcer le mouvement que penser que ces mouvements se voient du temps d’une génération ? Une forme d’hubris du pouvoir potentiel, de prétention à voir de son vivant des changements qui relèvent du temps long.

De même concernant un revenu universel. Il y a déjà progressivement des formes de revenus de subsistance, avec les chomages puis RSA, avec des salaires minimum, avec des allocations spécifiques (personnes atteintes de handicap)… Enfin le revenu universel existe pour une part de sa vie, c’est à dire une fois retraités. Quand on voit la difficulté à équilibrer les systèmes de retraites, penser pouvoir l’étendre à l’ensemble de la population parait un projet pour la fin du siècle, lorsqu’il y aura une forme de convergence des économies mondiales, des droits sociaux… Il peut y avoir des dispositifs intermédiaires, avec des impacts massifs en terme de redistribution, et donc de prélèvements nouveaux sur des entreprises ou la TVA., et donc la formule initiale ne pouvait être qu’un produit d’appel.

Ce qui me parait important c’est la notion d’équilibre.
Je suis favorable à des services publics forts, je ne suis pas pour une diminution des impôts et des fonctionnaires par principe. Mais lorsqu’on analyse la situation en France, vu le contexte, les rapports de force, l’analyse concrète de l’économie, il me parait plutôt sain d’envisager un reflux maîtrisé et priorisé de l’intervention publique, du nombre de fonctionnaires, une politique plus favorable à l’activité, aux entreprises, donc plus libérale qui permettent de consolider les filets sociaux et de les adapter à une société plus mobile et lutter contre le chomage. Tout est question de points d’équilibres.
Il est assez inquiétant de voir que Mélenchon et Hamon, et les personnes qui les entourent, connaissent peu l’économie privée.
De même je ne suis pas contre les partis, mais vu l’état du PS, que j’ai connu de l’intérieur, je pense qu’à certains moments, des partis peuvent évoluer ou s’éteindre, se réinventer.

Macron est donc l’instrument, dans un contexte particulier, de la recomposition politique nécessaire. Il y aura ensuite probablement le dépassement de Macron lui-même pour aller vers un nouveau clivage. Je pense que après 5 ans, si ce qui est dit est fait, l’économie française se portera mieux, ce que je n’anticipe pas avec les autres candidats (Olivier Blanchard à cette même analyse pragmatique). Après cet atterissage plus libéral, qui est un rééquilibrage mais est bien loin d’être ultra libéral, je pronerai probablement ensuite, avec Macron ou avec d’autres, pour un renforcement, au niveau européen comme national, des droits sociaux, de la transition écologique, toujours plus d’éducation, de science, de recherche, une politique de santé à renforcer etc.

Le temps long, réaliste, qui ne donne pas toujours la foi du volontarisme, mais qui peut donner l’espoir d’un lendemain qui progresse malgré un contexte difficile.

 

Retraites ambivalentes…

octobre 20, 2010

Ce mouvement nous raconte beaucoup de choses, sur le pays, sa jeunesse, la vision du travail, sa qualité…

Je suis partagé, perplexe.

En quelques mots :

1/ Sur le fond :

– bien sûr une meilleure réforme est possible. Il aurait fallu que l’allongement soit plus progressif, et prévoir des mesures importantes pour mieux organiser sa sortie du travail, avec des mesures de travail anticipé choisi, avec des aides à l’aménagement des postes de travail, à la reconversion en fin de carrière (un prof fatigué passe aux archives à l’éducation nationale, par exemple). Sur ceux qui ont commencé à travailler tôt, il aurait fallu aller plus loin.D’autres ajustements sur les modes de financement étaient possibles.

Il faudrait même une réforme qui aille plus loin, vers un raprochement des régimes publics et privés par exemple (je suis notamment favorable à l’harmonisation des taux de cotisation prévue par ce projet).

– par contre sur les financements alternatifs, je suis septique : pour moi si 40 M d’euros peuvent être levés par de l’imposition (le principe ne me gène pas), nous en aurons besoin ailleurs, pour des politiques de gauche sur la recherche, l’éducation, la justice ou la sécurité. Sans parler de la dépendance par exemple.

Et il y a un contexte international, en dehors de la crise actuelle qui ne fait qu’accélérer les enjeux, que sont les rééquilibrages planétaires en cours, avec quelques décennies tendues je pense, qui nous contraint sur les marges de manœuvre financières. C’est un point « capital »…

Car par ailleurs il n’est pas tout à fait exact de dire que mécaniquement une hausse de la durée d’activité entraîne une augmentation du chômage des jeunes ou des vieux, tant le choc démographique jouera tout de même, et que ce n’est pas ce qui a été constaté dans les autres pays : plus les gens peuvent partir tard, plus ils sont employables longtemps au yeux des entreprises.

– par ailleurs cela fait des décennies que l’on avance péniblement sur ce dossier. Mettre un coup d’arrêt à la réforme (plutôt que de l’amender) est un mauvais signal sur la capacité à réformer le pays, or c’est ce que l’on entend de plus en plus dans certains mots d’ordres actuels, qui ne sont pas forcément ceux de la cfdt ou du PS officiellement.

2/ Sur la forme :

– nous sommes à 18 mois d’une échéance présidentielle, et pour les axes politiques je crois en la mobilisation électorale, représentative ou directe, plutôt qu’au comptage par les sondages et la rue, cela me parait plus sain.

– Les manifestations sont importantes à un moment pour mobiliser l’opinion, politiser le débat, faire naître une conscience collective. Ainsi la mobilisation a permis quelques améliorations du texte, c’est important, et à mettre la question à l’ordre du jour des prochaines élections, mais pour moi il n’y a aucune légitimité à demander le retrait du projet.

– que les jeunes s’impliquent est une bonne chose. Ils peuvent manifester, réfléchir, discuter, et plus tard voter. Par contre je ne trouve pas pertinent le concept de grève au lycée ou à la fac.  J’ai eu cette expérience, c’est un moment exaltant, et parfois de manipulation de la part de syndicats étudiants très « professionnels ». Ah, les blocages votés en AG, de grands moments…

– Donc je ne souhaite pas entrer dans un rapport de force physique, ni dans le blocage du pays, qui est pour moi un abus de pouvoir de ceux qui le pratiquent, que je ne comprend pas et ne soutiens pas.

– Par ailleurs politiquement cela peut bénéficier au gouvernement, j’en suis persuadé au bout d’un moment, en raffermissant sa base électorale notamment centriste, ou sensible à l’ordre. Même si une majorité de l’opinion soutient le mouvement, cela ne fait pas une majorité des électeurs potentiels, car malheureusement certaines catégories de la population votent moins que d’autres.

Donc voila, continuons à réfléchir.

🙂


Une élection européenne enfin ?

juin 5, 2009

Le grand jour arrive.

Campagne étrange, éteinte, feutrée, couverte par des bruits de crises…

Pourtant je me suis dit en regardant certains débats qu’ils étaient très intéressants, que, débarassés du substrat national et populiste (les chiens écrasés…), on atteignait le fond des choses, les questions essentielles de société, macroéconomiques et géopolitiques.

Parfois les petits enjeux locaux reviennent à l’assaut, et les listes farfelues, superficielles ou ridiculement radicales cotoient les listes sérieuses qui usent de bas artifices…

Bref, les enjeux sont plutôt pour moi les équilibres de demain au Parlement européen.
Même si je conçois qu’il soit encore difficile de comprendre l’utilité réelle du Parlement européen, voire de le déterminer.
Mais c’est ce que nous avons pour nous emparer de l’Europe, c’est un potentiel.

Mais ce ne sont pas les sondages que l’on nous donne et qui sont débattus.

Sur la campagne française, puisque c’est le cadre qui nous est largement imposé (déjà un vote le mêm jour partout serait bienvenu..), j’ai quelques commentaires. Quelques espoirs sur le résultat aussi, ou quelques pronostics même si ces enjeux sont pour moi secondaires par rapport à l’équilibre européen…

Il n’est pas étonnant que la liste Europe Ecologie soit celle qui bénéficie de la meilleure dynamique. Le thême de l’environnement est réellement crédible au niveau des politiques européennes. Ils ont en outre mis l’accent sur l’éthique, et une réelle connaissance de l’Europe, du Parlement, notamment grâce à Daniel Cohn-Bendit.
Ils ont réussi par leur liste la mutation que l’Union doit réussir : dépasser le oui et le non, le débat institutionnel et périphérique, par l’objectif commun de porter une voie écologique européenne forte.

Le modem bénéficie d’un acquis de tradition européiste, mais qui ne suffit pas. Ils ont brouillé leur message avec de la politique nationale, avec une absence de réponses face à la crise, une absence de thèmes forts. L’affirmation de l’Europe ne suffit pas à la faire vivre. La fin de campagne subit également la conséquence d’un Bayrou fatigué, et qui a du mal à trouver un positionnement politique cohérent.

Le PS a été assez peu audible. Sa structure est atteinte, ses militants fatigués, son énergie dilapidée. Pourtant le manifesto et la démarche de rassemblement avec les autres partis européens était importante, nécessaire, intéressante. Mais en présentant des candidats assez peu connus parfois issus de tambouilles internes, sans tête de liste nationale, ou – cela aurait été une incarnation intéressante – sans candidat commun contre Barroso, la dynamique a été difficile à lancer. Martine Aubry a tenu son rôle, ainsi que les candidats qui ont sillonné les campagnes, mais les suites du referendum, du congrès, et la perception dégradée du parti dans l’opinion l’ont étouffé.  Une communication trop centrée sur Sarkozy au départ, une communication nationale peu identifiée (Peillon aurait été un bon porte-parole national) ont également pesé.

A la gauche de la gauche , je pense que Front de gauche a émergé, fait une bonne campagne. Mélanchon se positionne pour plus tard, en recyclant les forces militantes du PC. Il empêche assez largement l’envol du NPA. Celui-ci, après une dynamique forte en début d’année, a finallement été banalisé par la crise, et est pénalisé par une campagne peu mobilisatrice et les concurrences rouges.
Lutte ouvrière est toujours là…

La majorité présidentielle a réussi à faire le clip de la campagne officielle le plus nul. A l’image de sa campagne, qui s’appuie sur le soutien à Sarkozy de son électorat, d’une rente de majorité, et de l’épouvantail malhonnête de la Turquie.. Peu de concurrence à droite, peu d’enjeux pour eux.

La droite dure a du mal à se démarquer, sinon par un antieuropéisme plus virulent…

Ce que j’espère en France (outre des équilibres européens moins favorables aux conservateurs, et une commission plus progressiste) :

-Europe Ecologie devant le Modem
– Le Front de gauche devant le NPA
-un PS au dessus de 20%
-une UMP à moins de 30%

Pronostic national :

– Majorité présidentielle : 27 %
– PS : 19%
– Europe Ecologie : 15%
– Modem : 11%
– Front de gauche : 6%
– NPA : 6%
-FN : 6%

PS : logique implacable dans la zone trouble, comment en sortir ?

novembre 24, 2008

Malchance, crise croissante et petites turpitudes…

L’élection au suffrage universel dans un scrutin majoritaire comporte une part de risque et de hasard. Qu’est-ce qui est plus brutal que cette logique implacable, où quelques voix, une seule voix, emportent la décision ?

Qu’est-ce qui est plus incertain que la zone trouble autour de ce seuil ? Des erreurs de bulletins, de comptage, de manipulation, de saisie, des triches isolées, des oublis, des sections en retard et donc invalidées, des blancs litigieux (bulletin froissés, croix raturées, inscriptions de bonne foie sur l’enveloppe pour distinguer le bulletin national du local…), des gens qui n’ont pas pu voter à temps car le bureau de vote était mal indiqué, vote de militants non présentés en section, même s’ils sont à jour de cotisation… ? Tout ça en l’occurence sur 3200 sections !

On arrive donc au paradoxe explosif : Plus on s’approche d’un résultat équilibré, plus les voix litigieuses prennent une valeur considérable, absolue, déterminante. Il y a donc une zone d’ombre, par nature dangereuse, lorsque les électeurs n’arrivent pas à se départager.
Peut être faudrait-il prévoir que plutôt qu’un système binaire, lorsqu’on est dans la marge d’erreur, un candidat de consensus, ou une coalition, doit gouverner ? Cela poserait bien sûr d’autres problèmes dans le cadre de l’élection présidentielle, mais pourrait s’appliquer au PS.

Mais la réflexion peut s’appliquer plus largement : imaginons une élection présidentielle aussi serrée ?

Donc tout d’abord, le médiocre cataclysme actuel se joue sur une malchance incroyable.

Mais il est aggravé par une réelle difficulté, des styles antagonistes, une tensions croissante, une volonté de pouvoir et de domination, une confrontation paranoïaque, la mise en scène de tout ceci par la caricature, la victimisation, la haine parfois… La réaction de Ségolène m’a particulièrement déçue, attiser la paranoïa, la défiance, la haine…

Un drame surjoué qui s’est construit progressivement, implacablement, avec comme ferment les éléments classiques que sont des enjeux de pouvoir opposés, et une différence initiale de style, de vision, exploitée par la posture… Non pas qu’il n’y ait pas de différences, mais…

Où en est-on aujourd’hui ?

D’une part, c’était particulièrement vrai dans l’émission « C dans l’air » ce soir, on associe diagnostic sévère et lucide sur un PS déboussollé, fractionné, fatigué, et nombre de clichés. On entend des adjectifs sévères sur la situation, pas forcément inadéquats : pittoyable, affligeant, navrant, catastrophique, déplorable…

Mais également des analyses un peu faciles, de bon sens, une doxa qui reprend les accusations ségoléniennes : analyse incomplète et sans nuance sur les baronnies, ce que pensent les militants, les jeunes sont derrière Royal, les éléphants contre les militants, le parti contre Royal (alors que Rebsamen…)

Enfin bon, on risque un délitement, une explosion, une extinction du PS… (il ne s’agirait plus alors d’éléphants mais de dinosaures…) Les militants comme les électeurs vont fuir si l’on ne se reprend pas vigoureusement, c’est néfaste pour l’Europe, pour la société et les valeurs que nous devrions défendre.

Maintenant on fait quoi ?

Je ne crois pas en l’histoire que l’on s’est beaucoup racontée sur les deux partis, je ne pense pas que l’enjeux soit un changement fondamental du parti, c’est beaucoup plus complexe. Donc je ne pense pas que ce soit l’une ou l’autre.

Certains proposent que ce ne soit d’ailleurs ni l’une ni l’autre. Ou l’une et l’autre, il faut se retrousser les manches et bosser ensemble… Mais cela nécessite de casser le mythe de la diabolisation…

Donc, activement et rapidement, il faut réagir, si notre instinct de survie politique, si l’on estime que ça vaut la peine, le permet :

Autour d’un « appel à la raison » lancé par des membres de la jeune garde et des vieux sages de différents courants, il faudrait proposer 3 points :

– après examen de toutes les réclamations minutieusement, décider d’un vainqueur. (Revoter parait très dangereux, ubuesque, fatigant et pas très démocratique…)

– compte tenu de la division extrême du parti, appeler à une forme d’unité socialiste, c’est à dire associer le perdant (Aubry flanquée de Peillon, et Hamon porte-parole, un truc comme ça, comme le propose Abadinte), et lancer vigoureusement les conventions de travail associant tout le monde, préparer l’opposition à Sarkozy, mettre en oeuvre la rénovation.

-enfin, appeler à des sanctions sévères contre tout endroit de fraude avérée, il faut faire le ménage… Cela passe aussi par la publication de tous les résultats par section tel qu’ils ont été enregistrés dans les fédérations. Je mettrai en ligne le fichier pour la Haute-Garonne dans les prochains jours.

En conclusion, c’était loin pour moi, mais avec tout ça, on se prend à rêver du grand retour de DSK.

Position du PS sur les institutions : roue carrée et congrès au bout.

juillet 22, 2008

La réforme constitutionnelle est passée à une voix près.

« Tout cela grâce au traître Jack Lang ! Le salop, il a osé voter en conscience, estimant à raison qu’il n’y avait que des avancées dans ce texte, quel toupet ! »

Voila ce qu’on peut entendre de la part de quelques camarades mal inspirés. (déjà car sa voix n’a pas été décisive) Jack Lang a suivi une logique personnelle, en effet, et cela pose problème par rapport au concept de décision de groupe (les débats sont internes et ensuite la position est commune pour avoir plus de force). Donc effectivement sa voix torpille la stratégie du groupe socialiste.
Mais en l’occurence, je ne peux que le remercier tant celle-ci était puérile et prétentieuse.

Je suis d’accord avec la tribune que font paraître dans le monde Le Guen, Gorce, Valls et Christophe Caresche : Le PS n’a pu ni s’opposer ni infléchir, et il s’est enfermé dans un caricatural « antisarkozisme pavlovien » contreproductif.

Qui a gagné, qui a perdu dans l’affaire ?

Le PS a voulu montrer ses muscles et il a perdu. C’est une victoire de Sarkozy, car le PS a voulu en faire un enjeux. Alors qu’il y avait là possibilité de se mettre d’accord sur une évolution déjà largement influencée par la commission multipartite Balladur.(alors, oui, l’extrême gauche et ses particules infiltrées dans le PS auraient criée à la collusion avec des arguments simplistes, et alors ?)

On a retrouvé là deux éléments du nonisme : on pourrait avoir mieux donc on refuse les avancées du texte ; il ne faut pas donner une victoire à Sarkozy (mieux vaut décrédibiliser le PS…)

Je comprend bien qu’on ait souhaité négocier. Mais l’ump a refusé d’entrer dans ce jeu, nous mettant face à notre resposabilité et à notre impuissance.
Si les socialistes avaient obtenu quelques avancées, cela aurait été appréciable. Bien sûr si Ségolène avait gagné la présidentielle, alors notre réforme aurait été plus ambitieuse, mais il se trouve que nous avons perdu.

Donc sachant cela, on peut cependant penser qu’ il y a déjà dans ce texte de quoi le voter, notamment un ordre du jour partagé entre le gouvernement et le parlement. (mais aussi l’exception d’inconstitutionnalité, plusieurs mesures techniques concernant les commissions ou la procédure législative, la limitation du nombre de mandat présidentiels…)
Pris dans la contradiction initiale, certains s’enferrent dans la mauvaise foi, dont ils ne peuvent se dépêtrer. Et ainsi on entend que ce texte renforce la présidentialisation, notamment par une possibilité de parole du chef de l’Etat devant le congrès. Pour moi c’est presque un élément supplémentaire de parlementarisation. Il pourra y avoir une demande publique des parlementaires sur une affaire importante à user de cette possibilité. C’est vraiment avoir une crainte et une absence de confiance en nos députés, notamment d’opposition…Et rien n’empêche de montrer ensuite son mécontentement si le discours devient propagande…

Donc je suis plutôt content que la réforme soit passée, contre les réflexes « basistes » et politiciens de François Hollande en cette occasion, sans doute avec un jugement altéré par le congrès tout proche…

C dans l’air tacle le PS

mai 21, 2008

Et c’est assez désagréable… Il y a eu des émissions sur le PS plus réussies je trouve.

Bien sûr des critiques sont légitimes, mais il y a une tendance dans le milieu journalistique (divers, mais assez souvent) à utiliser un certain nombre d’idées préconçus, de schémas anciens sur le PS. Ceux qui savent et aimeraient que

Certains professionnels connaissent et décryptent bien le PS. Certains politologues ont travaillés dessus. Eric Dupin, Mathieu Croissandeau, et d’autres peuvent en avoir une vision plutôt pertinente…

Mais ce ne sont pas ces gens qui étaient invités hier soir, mardi 20 mai. L’émission était parfois intéressante mais désagréable pour un militant conscient des limites mais aussi du potentiel et de la réalité de son parti.

Ainsi Raphaëlle Bacquet connait bien le PS à travers les petites phrases ou les anecdotes que l’on lui chuchote. Elle est intéressante lorsqu’elle parle de ce qui s’est passé lors de la campagne présidentielle, des traits de caractère de Ségolène Royal. Mais cela ne suffit pas.

Quant à Renaud Délhy, il a une vision caricaturale, un chapelet de préjugés grossièrement basés sur la réalité. On avait déjà pu le constater lorsqu’il avait écrit dans Marianne un article sur les municipales à Toulouse, constitué de ragot et d’analyses de comptoirs sur la tambouille politicienne…

Quelques exemples de blablatitude simpliste :

  • On a evidemment pu entendre les analyses classiques sur les fédé qu’il faut faire pencher de son côté, « pour l’instant Royal a le soutien de 25, mais plutôt petites… » C’est pour le moins simplificateur.
  • Bien sur, mais c’est fréquent, les reconstructeurs n’ont été présentés que comme une alliance ni-ni sans intérêt, alors que c’est bien plus ambitieux et complexe.
  • Ou encore une analyse qui peut être tenue, mais qui ne doit pas relever de l’évidence pseudo-objective, que je ne partage pas tout à fait : la stagnation du PS de 2002 à 2006 aurait été due à la présence de Jospin en arrière-plan, avec l’espoir ou la menace de son retour… (oubliant totalement tout le débat destructurant sur le referendum), et pensant donc que le facteur DSK pourrait produire les mêmes effets, qu’il fallait trancher un chef tout de suite.
  • Enfin, on a également pu entendre une attaque cruelle sur le PS, parti mort intéllectuellement etc, de la part de Renaud, en gros « Si Royal peut avancer c’est qu’ailleurs dans le PS il ne se passe absolument rien » avec comme exemple, les deux échangeant des regards entendus et presques hilares « quiconque est allé en réunion de section peut constater le vide sidéral etc… »

Je suis moi aussi critique sur les sections, leur fonctionnement, leur taille, leur hétérogénéité… mais pour autant elles peuvent être à l’occasion, selon les endroits, des lieux de débats et d’action intéressants.

Mais surtout, c’est un des problèmes du PS, tout ce travail de réflexion et d’animation se fait dans les courants. Donc ces journalistes, en regardant la partie émergée de l’iceberg tirent des conclusions érronées.

Il aurait pu y avoir un discours sévère sur les courants comme lieux d’exclusion, qui ont accaparé la liberté et la réflexion au détriment des sections ou d’espaces de délibérations communs etc… Mais c’était bien en deça.

Donc un peu décevant tout ça.

Qu’est-ce que la social-démocratie que nous voulons incarner ?

avril 13, 2008

Texte écrit en juin 2007, dans des réflexions post-défaite, dans les réflexions sur le manifeste de Socialisme et démocratie, légèrement modifié.

Qu’incarne la social-démocratie, que voulons nous incarner ?

Partons de la social-démocratie au sens historique. (sur wikipedia) Ce terme a servi a désigné toutes sortes d’idéologies, marxistes au départ, puis positionnées contre le marxisme au sens moderne. Une des références est notamment le congrès de Bad-Godesberg ou le parti socialiste allemand abandonne toute référence au marxisme, et accepte l’économie de marché (« le marché autant que possible, l’intervention publique autant que nécessaire. ») [et, historiquement, la fin de la neutralité vis à vis des blocs est-ouest]
Si c’est ce sens que nous acceptons, le PS est socdem depuis un moment.

On a ensuite associé ceci à la pratique notamment du parti allemand, ou de certains partis d’Europe du Nord. Ainsi, aujourd’hui, on attribue d’autres caractéristiques au sens moderne : en rupture avec le communisme, la social-démocratie au sens moderne du terme s’est placée au cours du XXe siècle sous le signe de la doctrine keynésienne alliant initiative privée et impulsion de l’État, tout en restant dans le cadre économique du capitalisme . (souvent on simplifie la théorie keynésienne à une politique de la demande par la relance de la consommation, ce qu’elle n’est pas : il s’agit d’obtenir un partage optimal de la valeur ajoutée entre travail et capital, par des politiques de pilotage macroéconomiques dans un sens ou dans l’autre)

Mais la social-démocratie est aussi une culture politique qui part du pluralisme social et défend la « modération », le « compromis » politique et des structures d’organisation pour la négociation et la concertation.

Donc voila… Or une politique keynésienne ne suffit pas dans un cadre mondialisé, et le système syndical est à refonder totalement dans cette optique. De plus la pertinence du terme, connoté, parfois usé, se pose.

Pour autant il a déjà évolué par le passé, on peut le réadapter, je ne sais pas. Cela nous identifie, mais mieux vaut s’identifier par nos propositions que par un qualificatif unique.

A partir de cela, et de la ligne de DSK, de ce que nous voulons, quelques grands thèmes.
Je ne retiens pas ce que nous avons en commun avec les autres courants, comme la prise en compte nécessaire de la protection de l’environnement, la laïcité, la priorité à l’éducation, à la culture et la volonté d’élever l’individu pour améliorer la société… Thème majeur, retrouver un lien social, agir sur le patrimoine social, (langues, écrit, culture, relations sociales, psychologies etc.) en filigrane existe un autre modèle de société. ( = il n’y a pas que le pouvoir d’achat)

Nous devons nous distinguer par :

  • Un identifiant fort, c’est l’Europe, notamment depuis le referendum. Pour autant, la ligne de clivage entre oui et non peut évoluer et devra être dépassée, même si elle révèle des clivages plus profond qui peuvent rester pertinents. Il ne s’agit pas d’être des pro-européens béats, ni rester dans l’incantation, mais réalistes et avec cet idéal à approfondir. Le mini-traité intitutionnel de Sarkozy (traoté de Lisbonne) est surement une première étape nécessaire, que nous ne pouvions proposer empéchés par nos divisions, mais qui ne nous suffit pas. Nous avons concrètement l’ambition européenne.

  • Le rôle de l’Etat : on peut surement reprendre à notre compte le slogan de Bad Godesberg : « le marché autant que possible, l’intervention publique autant que nécessaire. » Tout en considérant le nécessaire de manière assez large, comme étant souvent une condition qui participe à l’intérêt général.
    Cela pose nécessairement la question d’un nouveau syndicalisme, de nouvelles relations sociales, dans la négociation et le partenariat. C’est donc sortir de la lutte des classes, et un rôle de l’Etat dans ces négociations bien plus en retrait.
    Cela peut intégrer une vision décentralisatrice, mais péréquatrice.

  • Economique et social : c’est concilier deux principes de base me semble-t’il. Il faut créer la richesse avant de la redistribuer. Mais la recherche de la croissance n’est pas le seul objectif, et ne justifie pas tout. Et il faut notamment,accompagner, protéger, ceux que le système écarte ou menace, pour une société plus apaisée, plus sure, plus juste. Faut-il reprendre la flexsécurité, et que mettons nous derrière ?
    C’est en tout cas une relation apaisée avec l’entreprise, notamment les PME, la promotion d’un nouveau capitalisme cognitif, des territoires, de l’innovation. Il faut retrouver la voie et la voix de la croissance (savoir l’illustrer), en pratiquant des politiques d’offre comme de demande
    Il faut se positionner sur la financiarisation du capitalisme, et de certains risques que cela porte.
    Il faut arriver à construire une vision de la mondialisation , opportunité mais également ouragan en gestation. Protection offensive ?
    Egalement sur les retraites (équité/effort/ répartition travail-loisir sur une vie/financement assuré, assumé et expliqué) ou la vigilance sur la dette

  • Enfin, on doit porter aussi un socialisme du réel, qui ne se noie pas dans des dogmes ou des habitudes mais qui doit avoir comme préoccupation des résultats concrets, à des problèmes quotidiens. (Sans tomber dans la démagogie et la réponse à tout) Ainsi sur le traitement de l’insécurité, les 35h, le pouvoir d’achat, le mérite, la réforme de l’Etat… C’est souvent aussi une question de méthode et de marketing politique.

Cependant, nous ne souhaitons pas résoudre les inégalités à la marge ou à postériori mais agir à la racine et donc reposer les rapports de force, les potentiels technologiques ou d’organisation de la société. Nous assumons les règles du marché sans être ni naîf ni dépourvu d’imagination pour définir de nouvelles régulations et garantir un service public qui soit en phase avec les nouvelles réalités du monde économique.

En terme de stratégie politique, je pense qu’on peut aussi incarner :

  • une volonté de rénovation de la vie du parti :
    -promouvoir le débat et la réflexion de fond, les travaux thématiques, à tous les niveaux; faire vivre des « think-tanks…
    -essayer d’en faire un parti plus large, plus ouvert, de masse… Moins de cumuls et de fiefs, plus d’écoute et de politique.

  • nouvelle manière de faire de la politique :
    -réintroduire la nuance et la raison dans le débat : opposition constructive à l’assemblée, moins frontale. Nous ne sommes pas le Bien, contre le Mal ou l’erreur par nature. Nous n’en serons que plus crédibles.
    -redéfinitions des alliances possibles. Modem, PC…