Archive for the ‘Socialisme et démocratie’ category

Sandrine Mazetier, Paris pour tremplin

novembre 12, 2007

Au village de Pila-Canale (Corse-du-Sud), sa grand-mère Paula n’avait pas le droit à la parole. En juin, c’est à elle que Sandrine Mazetier a dédié sa victoire et « à toutes celles qui n’ont que le droit de se taire ». Sa famille était la plus pauvre de la commune. Paula avait fabriqué des chaussures en carton à sa fille pour sa communion. Aujourd’hui, la petite-fille porte fièrement des escarpins noirs à talons aiguille, une veste rose tyrien et pratique la gymnastique à la mode, la Power Plate. Elle rit quand on lui dit qu’elle est la « tombeuse d’Arno Klarsfeld » : « Avant moi, il y a eu Carla Bruni ! », rétorque-t-elle.

Aux législatives du mois de juin, Sandrine Mazetier, 41 ans, a terrassé le médiatique avocat, parachuté par Nicolas Sarkozy dans le 12e arrondissement de Paris. Sa victoire dans ce fief centriste depuis près de trente ans, face à un adversaire people, lui a servi de rampe de lancement. La « Mazette », jusqu’ici plutôt discrète, a surgi sur les plateaux de télévision et dans les gazettes.

Il ne faut pas se leurrer : « la fonceuse » comme l’appelle son copain Mao Peninou, élu socialiste du 19e arrondissement, n’a pas « décroché » le 12e par hasard. Durant toutes ses années dans l’ombre, la petite-fille de Paula n’a eu de cesse « d’être entendue ». « L’humble » gestion locale des trottoirs et des maternelles n’a jamais été pour elle un horizon indépassable. Le 12e, elle y a pris racine à 6 ans avec sa famille. A 15 ans, elle a pour meilleure amie la fille du candidat socialiste du moment aux législatives, Stélio Farandjis. Elle adhère au PS pendant la présidentielle de 1988 et s’investit dans la vie de sa section. « A l’époque, on n’y parlait que des grandes questions », s’enflamme-t-elle avec une pointe de regret. En 1995, première élection : la voilà conseillère d’arrondissement d’opposition. Sandrine Mazetier parfait ce parcours de militante socialiste locale en prenant part à la rude bataille pour la mairie du 12e arrondissement, en 2001. Sur la liste de Michèle Blumenthal qui détrône le maire UDF, Jean-François Pernin, elle figure en bonne place.

Avec Bertrand Delanoë à l’Hôtel de Ville, elle accède à l’étage panoramique de la vie politique parisienne. Elle s’était « beaucoup battue » pour lui contre Jack Lang qui guignait la Mairie de Paris, en 2001. Le nouveau maire sait s’en souvenir. Il la nomme d’abord adjointe chargée du patrimoine, puis de la vie étudiante. De son côté, elle sait se montrer reconnaissante : « Il a un instinct incroyable. Après presque sept ans de mandat, il n’est ni usé ni déconnecté de la société », s’extasie-t-elle.

Ils se découvrent « complices » avec des codes communs, issus de l’univers de l’entreprise et de la « com ». Elle a été pendant quinze ans consultante dans diverses agences et lui patron de son propre cabinet, où il réalisait des campagnes institutionnelles à la fin des années 1980. Ils se comprennent. « Bertrand et moi, quand on s’exprime, on se met toujours à la place de la cible, pas de l’émetteur », pointe-t-elle. Un réflexe de « pubeux ».

Aux municipales de mars 2008, pourtant, Sandrine Mazetier ne sera pas candidate dans le 12e. Dire que la venue de Jean-Marie Cavada dans l’arrondissement ne l’inquiète pas serait mentir. Il n’est « pas répulsif », admet-elle, pour une partie de l’électorat modéré qui a voté PS en 2001. Aussi a-t-elle été la première à dégainer contre l’ancien journaliste : il est « stupéfiant, dit-elle, de voir cet homme se présenter tout en disant que « finir maire d’arrondissement » ne l’intéresse pas ». Elle quitte l’Hôtel de Ville, assure-t-elle, par refus de la « résignation ». « Le problème du PS, c’est qu’il sait gérer les villes et les régions mais n’est pas capable de reprendre le pouvoir national. » Elle ne s’y résout pas. Aux quadras de « prendre en main le parti, le groupe à l’Assemblée », affirme-t-elle. Cette mission suppose, selon Sandrine Mazetier, de ne pas être accaparée par un mandat local.

Elle s’est juré d’être fidèle au dessein qu’elle a depuis longtemps conçu : être députée à temps plein. Elle s’y sent prête, après s’être frottée aux questions économiques et internationales et formée à la rhétorique avec un maître, Jean-Christophe Cambadélis, député du 19e, ancien trotskiste devenu animateur du courant de Dominique Strauss-Kahn. La Fête de la rose à Frangy-en-Bresse, en août, lui a offert un terrain de choix pour s’exercer et une soudaine visibilité. Elle a rompu avec les discours « convenus », fustigeant la gauche qui demande « toujours plus de moyens pour les facs mais qui ne s’interroge pas assez sur son échec à démocratiser la réussite ».

Au printemps, Jean-Marc Ayrault, patron du groupe socialiste à l’Assemblée, lui a confié le « portefeuille » de l’éducation avec le poste de vice-présidente dans son « gouvernement fantôme ». Elle a aussitôt appelé Jean-Marie Le Guen. « Tu prends ! », lui a intimé le chef de file des députés strauss-kahniens. « Le pire, sourit-elle, c’est qu’il pensait que je lui demandais la permission ! »

La jeune députée a beau dire qu’elle ne s’est jamais sentie « illégitime » à intervenir, elle n’a pas échappé au « coup de trac » des novices. En octobre, prise d’un tremblement au milieu de sa première « question au gouvernement », elle s’est agrippée au micro pour ne pas s’effondrer au milieu des travées. « Rien de monstrueux », minimise-t-elle.

De Washington, Dominique Strauss-Kahn s’enquiert d’elle régulièrement. Sandrine Mazetier espère sa candidature en 2012. Mais elle ne vit pas dans l’attente. « Elle est comme nous : elle veut prendre des responsabilités sans s’en remettre à un Lider Maximo », assure Jérôme Coumet, maire du 13e, quadra strauss-kahnien comme elle. « On a peut-être un plus grand désir d’autonomie que nos aînés », relève Christophe Borgel, qui occupe le siège de DSK au bureau national du PS. Mazetier ose sa propre explication : « Les femmes politiques ont moins besoin d’un chef que les hommes. Sans doute parce qu’elles n’ont pas besoin de tuer le père pour exister… »

Il faudrait « vraiment » que Bertrand Delanoë le lui demande et que les sondages deviennent « très inquiétants » à l’égard du maire sortant pour qu’elle change d’avis, en se présentant aux prochaines municipales. « Ne sois pas trop ingrate !, lui a glissé Bertrand Delanoë, soucieux de ne pas la voir déserter le front parisien. Je veux que tu joues un rôle important dans ma campagne. » Elle ne le lâchera pas. « Je serai la vigie » de Paris à l’Assemblée, a-t-elle promis. Tout en s’imaginant un autre destin : devenir l’égérie de la « strauss-kahnie » dans la capitale.

Béatrice Jérôme

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Pierre Moscovici à la tête du PS ?

novembre 10, 2007

En novembre 2007, Pierre Moscovici nous rend visite à Toulouse. Rencontre très intéressante, où il dévoile ses légitimes ambitions.

A l’époque cependant le PS est inaudible et flou, et Pierre n’a pas encore acquis de visibilité. Je suis donc septique, et voit d’un bon oeil la démarche de Delanoë, floue mais qui semble assez proche de nous.
Mais depuis, n’ayant été convaincu ni par Ségolène ni par Bertrand, j’espère et pense que Pierre peut réussir.

Pierre Moscovici peut être un bon secrétaire général de reconstruction, de travail.

Si le duel annoncé ne s’est pas produit, que 5 ou 6 motions se présentent, telle est la configuration, c’est lui que je préferrerais, autour du manifeste pour un socialisme nouveau et de socialisme et démocratie, éventuellement avec des soutiens plus larges (lesquels?).

Pour autant cela ne doit pas être une nouvelle stratégie, un nouvel étendard, un nouveau combat.

Le PS est pénalisé aujourd’hui de par le manque d’une direction forte, légitimée et crédible, qui puisse sur chaque sujet exprimer la position majoritaire du parti, et auxquelles les médias s’adresseraient (Mosco tient ce rôle pour les questions internationales).

Il manque une unité, une cohérence, un travail en ammont, des choix.

Il ne faudrait pas d’un secrétaire de régénération, qui soit sans cesse dépassé par les rivalités de personne pour la présidentielle, où on verrait sans cesse Ségolène, Bertrand, Manuel et les autres donner leur position sur tout tout le temps (les motions sont là pour cela en ammont). Le PS serait alors inaudible, divisé, et le travail de fond en serait perturbé.

Le choix de leader et de ligne ne doit donc pas être sous-estimé, cela impulse ensuite la mise en cohérence, le travail, et si les conditions sont bonnes, cela clos ce débat qui peut être stimulant mais parfois destructeur, la machine à perdre qui peut se mettre en route. Cela suppose donc de renoncer explicitement à un système de primaires ou autres plus tard.

Celui-ci aura un rôle interne d’abord, et non pas celui de s’opposer en permanence à Sarko sans avoir encore les armes pour le faire, puis de plus en plus le rôle d’opposant incarné, s’appuyant et organisant son parti.

Ainsi si les rapports de force et son programme s’y prètent, peut-être sera-t-il mieux de soutenir par exemple Bertrand Delanoë, qui prendrait la tete d’un PS rassemblé assez tôt, de manière claire… Auparavant SD doit présenter sa motion, il ne s’agit pas de refaire une grande motion 1, ou alors sur des convergences profondes et ambitieuses, qui existent en partie je pense entre proches de DSK, jospiniens, et certains partisans de Royal : la volonté d’une réponse globale et réformiste aux évolutions du monde et de la société, une adaptation profonde mais qui ne se limite pas à des ajustements par segments, pris aux uns et aux autres comme le propose celle-ci.

Donc oui à Mosco, si la situation s’y prette. Dans tous les cas il aura un rôle important.

DSK au FMI…

août 12, 2007

Il ne faut pas réduire des idées aux hommes. Il y a des invariants et des évènements.
Ainsi on peut penser que le départ de DSK nuise à la rénovation, mais il est évident que d’autres porteront ces idées, actuellement majoritaires dans le parti. (ensuite il reste à fixer le curseur, les contenus)
Je pense que ce serait cependant préjudiciable.

Mais il ne s’agit pas vraiment d’ouverture. C’est un coup tactique, mais qui est d’un autre ordre : Camdessus avait été nommé par Mitterand, Lamy sous Raffarin… Ne mélangeons pas tout.
De plus le nom de DSK circule depuis quelques mois à titre d’hypothèse. Son acceptation éventuelle ne semble pas susciter de critiques au PS. (sauf chez ses proches, peut être, bien embettés.)

Cela fait parler de lui, il y gagne en stature. S’il refuse de manière habile, il peut voir son image au PS doublement renforcé.

Actuellement c’est intéressant, la doctrine et le rôle évoluent. De nombreux pays ont remboursé leurs dettes récemment. Le président a un rôle important, mais à relativiser, tenu par le droit de véto américain.
Et ce serait abandonner le combat politique interne. Au profit de qui ?..

Donc je ne sais pas ce que ferra DSK, je pense qu’il refusera… C’est dans tous les cas une opportunité pour lui, sauf s’il accepte mais n’est pas choisi ensuite. A défaut, cela ferra progresser le renouvellement générationnel au PS, même si ce n’est pas la priorité…

Cela s’est confirmé

Bon, DSK accepte, un consensus semble se faire derrière lui en France puis en Europe.
C’est presque fait. DG du FMI, c’est énorme.
Pouvait-il se permettre de refuser ? Il fallait de solides arguments, ça aurait pu être vu comme aller contre l’intérêt de la France.
C’est actuellement très bon pour son image, sa stature… Mais s’il part au FMI, cela ne nous sert à rien.

Bien sûr nous ne soutenons pas qu’un homme. Mais cela décapite la présence médiatique sociale-démocrate. Il ne faut pas que ce soit vu en dehors du parti comme un affaissement de ce courant au PS (ce qui limiterait les adhésions de soutien).
Je suis un peu décontenancé.

S’il va au FMI, mandat de 5 ans, je ne sais pas quel peut être son rôle au PS.
– il tire un trait sur une candidature à la présidentielle
– il ne pourra sans doute plus continuer à porter SD
– sans doute peut-il rester plus présent sur la scène nationale que Pascal Lamy, et continuer à promouvoir l’évolution du PS (fondation envisagée etc.)

Problème, le manque de figures connues, influentes, pour prendre sa suite, à part Moscovici… Il n’y a que quelques mois avant le congrès… Cela peut être l’occasion forcée d’un renouvellement, avec une nouvelle équipe, et un nouveau dirigeant, qui peut éventuellement avoir un coté bénéfique si l’on réussit à s’en saisir. Mais qui ? Et est-ce que c’est pertinent par rapport au dialogue avec l’extérieur du part ? Voir même avec l’intérieur ?…

DSK peut organiser au mieux sa succétion (notamment médiatiquement). Faut-il plusieurs personnes, ou, ce qui semble être démontré par l’expérience politique, faut-il trouver un représentant ?

Le courant peut aussi décider, en accord avec Dominique, et sur le fondement des idées, de s’associer à quelqu’un qui n’est pas pleinement dans notre courant, voire d’élargir ses bases : Delanoë, Aubry, voire Valls ou Montebourg, ou certains de Nouvelle voix qui s’éloigneraient de Ségolène…

Si l’affaiblissement de Ségolène se poursuit, si Fabius se désengage au profit de Bartolone, que l’on voit beaucoup et qui tente de rassembler (il faisait hier les louanges de Blair à la tv) et si DSK laisse sa place à un nouveau, à Mosco, le PS sera radicalement renouvellé à sa tête… (scalpé, décapité, taillé comme un arbre pour mieux repousser…)

De la rénovation au socialisme du réel DSK

mai 12, 2007

Une belle synthèse entre DSK et Ségolène faite par Dominique Straus Kahn lui-même, au conseil national du parti socialiste du 12 mai.

De la rénovation au socialisme du réel

Mes camarades, dès dimanche soir, j’ai parlé de défaite, certains ont crié au scandale, je crois qu’ils ont tort, je crois que nous avons intérêt à dire la vérité et à faire comprendre aux Français que nous sommes capables de regarder la vérité en face. Certains y ont vu une attaque contre Ségolène Royal, tant on aime opposer les socialistes les uns aux autres.

Il paraît que j’avais un visage dur, oui, j’avais un visage dur, pas contre notre candidate, Ségolène Royal, j’ai fait sa campagne, j’ai fait acclamer son nom par des dizaines de milliers de gens
venus dans les meetings, et je suis fier de l’avoir fait, donc ne nous donnons pas des leçons les uns aux autres, mais j’avais un visage dur parce qu’il y a de la dureté dans la douleur de la défaite, pas dans la dureté dans une quelconque médiocre vengeance des uns par rapport aux autres.

Sur le fond,je persiste.Nous avons vécu une élection présidentielle qui nous conduit à un résultat qui, malheureusement, est incontestable, c’est quand même la troisième défaite présidentielle que nous enregistrons (…)

Alors les causes ? Est-ce que c’est le moment ? J’entends bien tout le monde qui dit : est-ce que c’est le moment de discuter sur les causes ? Parce qu’on a les copains, tous, qui sont dans le combat législatif. (…) Si on veut avoir une petite chance de l’emporter, en tout cas de résister, il faut qu’on soit capable de dire aux Français qu’on a entendu ce qu’ils ont dit à l’occasion de ces deux premiers tours.

Alors la campagne, je veux bien, on a sûrement fait des erreurs de campagne, sinon on aurait gagné, mais ça, pour le coup, on verra, on a le temps d’en reparler. En revanche, je crois que cette défaite a quand même des racines qui sont profondes, et ces racines qui sont profondes, c’est que nous nous sommes éloignés du réel : sur un ensemble de sujets, on n’a pas apporté aux Français une réponse qui était audible.

On pourrait prendre mille exemples. Sur les retraites, le débat entre nous n’a jamais été tellement tranché, qui fait qu’on se retrouve avec un programme du parti d’un côté, une candidate de l’autre, incapable de dire, ce n’est peut-être pas l’avis de chacun d’entre vous ici, en tout cas c’est le mien : 37,5 années, ce serait souhaitable, malheureusement, dans la société qui est devant nous, ce n’est pas possible, et donc il faut l’assumer. Si on n’assume pas ça, on a un discours qui n’est absolument pas audible.

On pourrait dire la même chose sur le nucléaire. On est un peu comme ci on est un peu comme ça, et on met la candidate et tous ceux qui l’ont soutenue, tous ceux sur le terrain quand on s’est battu, dans des positions intenables, où on dit, pour des raisons qui sont liées à l’effet de serre,on pense que finalement, le nucléaire est une bonne position, c’est ma position, même s’il faut développer autant que faire se peut les énergies renouvelables, ou on dit le contraire, mais on n’est pas entre deux.

Et quand on est entre deux sur trop de sujets, il y en a plein d’autres que ceux-là, on s’éloigne petit à petit de la réalité. Je crois que cet éloignement de la réalité fait que, effectivement, il faut revenir à un socialisme du réel. Quand j’entends parler de révolution culturelle, je crois qu’on a raison. Le socialisme du réel, ce n’est pas un socialisme purement concret où on apporte seulement des réponses concrètes, l’idéologie y a évidemment sa part, mais c’est bien une idéologie qui se pose un minimum de révolution dans notre manière de regarder les choses. On en a rencontré des ouvriers, qui nous disaient : 1 500 euros, c’est bien, mais avec 1 500 euros, le patron ne va- t-il pas débaucher ? Je ne dis pas qu’il a raison de dire cela, je dis qu’il dit cela. Donc nous, parce qu’on a laissé s’insuffler cette idée-là, on a perdu une bataille culturelle, et c’est celle-là qu’il faut regagner, mais la regagner en ayant les pieds ancrés dans la réalité, pas dans le monde tel qu’on le voudrait, dans la réalité du pays telle qu’elle est aujourd’hui.

Parce que sinon, sinon les élections qui vont venir, je ne parle pas que des législatives, elles seront les mêmes. La droite a fait la jonction entre la droite et l’extrême droite, c’est vrai, mais ce n’est pas ça le sujet principal, ce n’est pas ça qui explique notre faiblesse de la gauche au premier tour. Ça explique la composition des votes de la droite au premier tour, mais pas la faiblesse de la gauche. C’est bien la faiblesse de la gauche au premier tour qui doit être notre problème.

Donc la réponse qu’on doit apporter, je crois qu’elle doit aller profondément dans la refonte de la façon dont nous nous représentons, où nous exprimons des positionsidéologiques, et ensuite programmatiques qui peuvent être plus en phase avec ce que la société pense aujourd’hui.

(…) Il faut aller à ces législatives en faisant comprendre aux Français que ce qu’ils nous ont dit le 22 avril et le 6 mai, ça a un écho chez nous. Sinon, on continue d’être à côté, et en même temps, il faut que nous, on soit capable de commencer la reconstruction.

Pour moi, il y a deux mots d’ordre dans cette reconstruction simples. Le premier, c’est le collectif. J’ai entendu dire qu’on voulait mettre en place des comités Théodule nouveaux, on a des instances, on a un bureau national. Que le bureau national du Parti socialiste refasse de la politique, et qu’on y gère et qu’on y tranche des questions politiques. Tout le monde y est représenté largement, que cela serve à quelque chose. On n’a pas besoin de créer pour un mois de campagne des structures nouvelles.

Le collectif, et puis le renouvellement. Qu’à droite, sur les écrans de télévision, dans les débats, les soirs du premier tour et du deuxième tour, il y a des hommes et des femmes qui ont de l’expérience politique et qu’on voit depuis un certain temps, c’est bien normal, mais il y en avait aussi d’autres, et pas chez nous. Donc ce renouvellement-là, de générations, de couleurs et tout ce qu’on veut, d’origines, il ne faut pas simplement qu’on en parle, il faut que les Français le voient. Et si les Français ne le voient jamais, on reste un parti de vieux croûtons. Donc, au bout du compte, il faut quand même qu’on soit capable de mettre en œuvre, cela vaut pour moi comme cela vaut pour les autres bien sûr, évidemment…

Et si, dans cinq ans, quand on sera au bout du mandat de Nicolas Sarkozy, dont j’espère qu’il sera le mandat unique, mais ce n’est pas garanti, ceux qu’on veut mettre en avant doivent avoir acquis un peu de notoriété auprès des Français et avoir une quarantaine d’années à l’époque, il faut qu’on les prenne aujourd’hui à trente-cinq ans et qu’on commence à les promouvoir. Si on ne le fait pas, on n’aura pas ensuite les hommes et les femmes dont on aura besoin à l’arrivée. Il y a évidemment un scénario noir. Il ne faut pas faire semblant de ne pas l’avoir à l’esprit, chacun d’entre nous le redoute, veut le rejeter, sait que nous sommes capables de le rejeter, mais c’est qu’il existe le scénario noir. Le scénario noir, c’est un scénario où le Parti, petit à petit, devient la SFIO, grande puissance locale, grande impuissance nationale, et où finalement, se replient les uns et les autres sur ce qu’on fait fonctionner : les régions, les départements, les villes, et on trouve que ce n’est pas si mal. C’est trop compliqué de gérer les problèmes centraux, il y a trop de difficultés, trop de contradictions, on va laisser la droite le faire. Et on laisse la droite le faire une fois, deux fois, trois fois, et puis jamais, on ne retrouve le pouvoir national.

Les Britanniques, ça leur a pris vingt-trois ans avant d’arriver à mettre Thatcher et Major dehors. Ce risque-là, il existe, c’est un PS qui devient petit à petit la SFIO, et une SFIO qui petit à petit devient ce qu’est le PC, c’est-à-dire une grande culture, une grande histoire, une grande référence, mais un astre mort dans la politique. Et cela, aucun de ceux qui sont ici n’en veut évidemment.

Évidemment, en face, il y a un scénario rose, il faut le mettre en œuvre, c’est le scénario où on est capable de moderniser ce qu’on fait. Alors, on ne va pas se battre sur la terminologie : rénover, moderniser, renouveler, on peut tous se gausser et faire des jeux de mots en disant qu’on entend parler de modernisation depuis 1986, de rénovation depuis je ne sais quand, tout ça, c’est vrai, mais on sait bien de quoi on parle quand même ; où on est capable de faire que ça bouge, ou bien on reste dans notre petit train-train quotidien, et finalement, rien ne change. Si on est capable de faire que ça bouge, alors oui, alors l’ambition d’avoir un Parti socialiste qui prend sur sa gauche, fait qu’ils veulent finalement que les choses bougent et qui savent que, pour ça, il y a besoin d’un parti ; et sur sa droite, ceux qui sont au centre gauche et qui verront bien dans l’aventure malheureuse de ce François Bayrou, qui n’a aucune issue évidemment, si on est capable de rassembler tout ça, alors l’hypothèse d’avoir un Parti socialiste au-dessus des 30 %, d’avoir comme objectif un tiers, ce qui est la situation de tous les grands partis socio-démocrates en Europe, ce scénario rose-là, il est possible.

Et moi, je voudrais que ce soit à ça qu’on se consacre, bien sûr dans les semaines qui viennent, la bataille des législatives, moi comme les autres, on sera disponible pour aller dans la mesure du temps qui existe, défendre les copains un peu partout, là où on peut aider à gagner des circonscriptions, mais au-delà de la bataille des législatives, on ne peut pas s’endormir. Si on s’endort, c’est un sommeil grave qui risque de nous toucher.
On se réveillera trop tard, et dans cinq ans, on verra l’autre, le président de la République qui n’est pas manchot, chacun le reconnaît, avoir utilisé tous les moyens du pouvoir d’État qu’il a aujourd’hui en main pour faire que sa réélection puisse être assurée, et ce ne sera pas cinq ans, mais ce sera dix ans de droite, et Dieu sait ce qui se passe après. (…)

Et moi, ce à quoi je vous invite, c’est qu’on soit capable à suffisamment remettre à plat l’ensemble de ce qui constitue ce qu’on dit, l’ensemble de ce qui fait nos pratiques, et l’ensemble de ceux qui nous représentent pour qu’on se mette en situation de fournir à la France la gauche pendant cinq ans.