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Vote utile ou vote de conviction ? Le sondage comme instrument démocratique ?

avril 20, 2017

Comment voter dimanche ? On parle beaucoup de vote utile, de vote d’adhésion, de vote tactique…

Cela s’appuie évidemment sur les sondages. Est-ce un instrument fiable, pertinent, dangereux, nécessaire ?

1/ Les sondages, outils devenus indispensables à la démocratie ?

Aujourd’hui on constate que les sondages sont pleinement intégrés au fonctionnement de l’élection présidentielle :

  • dans la période d’équité, ils participent à définir l’importance d’un candidat, que doivent respecter les médias audiovisuels
  • On peut également penser que le conseil constitutionnel s’appuierait également dessus pour éventuellement reporter une élection en cas d’empêchement d’un des candidats dans les 7 jours avant le dépot des candidatures (art 7 de la Constitution)
  • Le premier débat télévisé sur TF1 a opposé les candidats qui à l’époque dépassaient les 10% dans les sondages (de même que aux Etats-Unis par exemple, les débats opposent ceux qui recueuillent plus de 15% d’intention de vote..)
  • L’octroi de prêts bancaires pour pré-financer les campagnes (si la perspective de dépasser les 5% parait crédible) s’appuie également dessus

2/ Est-ce un élément légitime et digne de confiance du choix démocratique ?

S’il n’y avait pas les sondages, il y aurait des rumeurs, des fantasmes, des paroles d’experts et d’éditorialistes, qui au lieu de s’appuyer sur des sondages, s’appuieraient sur leur analyse propre. On peut penser que les sondages sont un élément d’information plus objectif.
Ainsi, même s’il s’agit d’un autre type d’étude, à l’issue d’un débat, nous avons désormais un sondage qui nous dit ce qu’en ont pensé les spectateurs. Cela a ses limites, mais finalement ça vient contrebalancer le seul jugement de quelques éditorialistes ou journalistes politiques (exemples récents sur bfmtv..).

Si les sondages étaient interdits avant les élections, seuls quelques privilégiés y auraient accès, avec toutes les manipulations que cela peut entrainer. Et aujourd’hui, cela ferait le bonheur de la presse étrangère francophone, sur internet.

Il y a quelques défauts à ceci : les sondages constitueraient une prévision autoréalisatrice.. Un candidat qui prendrait l’avantage tôt sur la base de pure communication serait ensuite porté par ses seuls sondage et le réflexe de vote utile. Mais cela ne tient pas. On voit bien lors de cette campagne, que ce mécanisme n’a joué pour Benoit Hamon, qui est parti de très haut, proche de Macron, et aurait pu avec une bonne campagne (et un programme et un positionnement plus adapté peut être) convaincre une partie de l’électorat de Mélenchon, et être en balance pour le second tour. La réalité de la campagne a joué et a déplacé le vote utile. De même Macron a émergé sans les sondages, il s’est créé une situation favorable.

3/ S’appuyer sur des sondages implique de leur faire confiance, qu’ils soit fiable :

Pour que ce soit un instrument démocratique, il faut alors que les sondages soient fiables.

En France, il y a une commission des sondages, donc des contrôles et des règles précises, il me semble donc que c’est le cas. Cela donne des tendances plutôt bonnes. Mais il faut rester prudent dans leur analyse : ce n’est pas une prévision, des mouvements peuvent avoir lieu jusqu’au dernier jour, ils ont une marge d’erreur statistique etc..

Les exemples d’erreurs sans cesse rappelés sont souvent peu pertinents : même en 2002, on pouvait voir la tendance LePen/Jospin s’amorcer. Et le souci c’est qu’à l’époque il n’y avait pas de sondage la dernière semaine.
Pour le Brexit, des sondages montraient un resserrement, en tous les cas on était dans la marge d’erreur, et pour Trump les sondages globaux étaient conformes, en nombre de voix, avec quelques erreurs dans des états. C’est souvent l’analyse qui est erronnée plutot que le sondage.

Il y a actuellement plusieurs instituts de sondages en France. Cela permet de comparer, et d’éviter les tentatives de manipulation individuelle que certains craignent, et le risque d’erreur puisque plusieurs mettent en oeuvre ces techniques.
Les techniques sont désormais maitrisées et documentées. Le reportage récent d’envoyé spécial était d’ailleurs assez discutable dans l’analyse, en montrant quelques cas marginaux et sans donner la parole à la défense. La principale difficulté est de trouver un échantillonnage fidèle à la réalité, et cela progresse à chaque fois que des biais sont identifiés.
Le fait qu’il y ait plusieurs instituts permet également d’augmenter la taille de l’échantillon. Alors qu’un sondage sur 1000 personnes a une marge d’erreur (à 95%, un accident est toujours possible) de 2%, si on prend 4 sondages effectués le même jour, sur 4000 personnes, la marge d’erreur diminue. Ceci n’est jamais rappelé, mais cela me parait juste.

Il y a donc sans doute des choses à améliorer, toujours, mais c’est souvent une facilité de critiquer les sondages alors que tout le monde les utilise et s’en sert lorsqu’ils sont favorables. Le PS faisait appel au vote utile hier et le critique aujourd’hui. Les mélenchonistes affirment ne pas regarder les sondages, mais sentir qu’ils peuvent être au second tour, « sur la base de la présence aux meeting et sur you tube »… C’est une fumisterie. Sarkozy déplaçait les foules lors de la primaire à droite…

2/ Faire un choix en s’appuyant notamment sur les sondages est-il pertinent ?

Avoir toutes les informations, cela me parait utile au choix démocratique
Voter dans l’inconnu sur la base du programme, c’est bien. Mais voter en sachant que par mon vote je peux éviter le pire qui s’annonce, n’est-ce pas finalement plus utile, pertinent ? La finalité de l’élection est bien un choix pour un président, pas seulement l’affichage de convictions qui n’auraient pas d’impact pour demain. Il n’est pas moins légitime de voter contre, pour faire barrage, que de voter pour un candidat de niche ? Et chacun peut ensuite faire son choix en connaissance de cause.

L’affichage de ses convictions peut se faire lors des élections proportionnelles, comme les européennes. Ou encore, en indiquant ses convictions thématiques dans … des sondages. 😉

Pour moi le vote utile, c’est à dire réfléchi en fonction des sondages afin de porter au mieux ma volonté en tenant compte des 2 tours de l’élection, est bien un vote pertinent, tactique, intelligent.

J’ai pu voter pour un petit candidat, en 2012, car au vu des sondages cela ne semblait pas porter de conséquences pour le second tour. C’était un vote utile.
Dans d’autres cas il peut être pertinent de voter utilement pour un second tour le moins pire. Cela désavantage les votes radicaux, mais par nature car ils ne sont pas centraux. Et le jour où la société devient radicale, ils peuvent en bénéficier, comme on le voit avec Marine LePen et Jean-Luc Mélenchon aujourd’hui.

Aujourd’hui je n’ai pas besoin du vote utile car mon candidats est également un de ceux qui peuvent parvenir au second tour.

Mais évidemment que ceux qui se portent sur Benoit Hamon ou Dupont Aignan doivent se poser la question, et il le font. C’est très hypocrite de leur dire de ne pas tenir compte des sondages.
Est-ce qu’ils ne se mettent pas en dehors du jeu en votant pour un candidat de conviction alors qu’il faut choisir entre 4 candidats très différents pour le second tour ? Sauf si c’est l’alternative à un vote blanc, ou si pour la personne le vote pour une thématique particulière ou un parti (faire en sorte que le PS soit remboursé de ses frais de campagne) est plus important, en prenant le risque d’un second tour Fillon/Lepen ou Mélenchon/LePen…

D’ailleurs j’ai en souvenir les regrets de pas mal d’amis qui en 2002 ont voté Taubira, Chevènement, Mamère et Besancenot, alors qu’ils souhaitaient sincèrement la victoire de Jospin au second tour.

Et ce soir ? Un débat utile ?

avril 4, 2017

La grande différence, c’est que ce soir ils seront 11.
Autre élément : il y a déjà eu un débat, et les attentes ne sont donc plus les mêmes.
Enfin, 17 minutes de temps de parole, c’est court, il faut faire des choix, notamment dans la confrontation : rester sur son projet, attaquer sur sa gauche ou sur sa droite (Fillon et Hamon notamment)…

Les petits candidats n’auront peut être pas les « pudeurs de gazelle » des autres prétendants. Ils attaqueront sur les affaires Fillon et Le Pen. Ils attaqueront également sur le train de vie, que ce soit Fillon, mais aussi Macron, ancien banquier d’affaire (mais qui répondra que justement, il a choisi de quitter ce monde, et de diviser son salaire). Ils attaqueront Macron et Fillon sur le libéralisme.

Dupont-Aignan peut notamment incarner une autre droite, qui va attaquer LePen et Fillon sur les affaires. C’est un vrai candidat, qui peut bénéficier de ce débat, et peut perturber Fillon.

Asselineau, Cheminade, et Dupont-Aignan, voire les trotskistes peuvent également grignoter sur Marine Le Pen, mais cela restera marginal…

Philippe Poutou peut poser clairement la question de la sauvegarde de son emploi, et finalement mettre dans l’embarras les candidats de gouvernement au profit de Lepen ou Mélanchon.

Les gros candidats n’auront que peu de temps de parole par rapport au dernier débat. Ils essaieront de peu « répondre » à des attaques de « petits » sauf s’ils estiment que cela les sert. Hamon sera plus offensif. Macron devra se montrer clair, présidentiel, et fixer un cap. Fillon essaiera de décrédibiliser Macron, et tentera de se justifier face aux attaques.

Finalement d’une certaine manière je dirai que la multiplication de petits candidats populistes ou extrémistes peut plutôt faire le jeu de LePen et Mélanchon, mais également les concurrencer marginalement. Cela se neutralisera donc. Avec peut être un risque pour Fillon, au profit de Dupont-Aignan, et avec un rappel des affaires (y compris de Marine LePen).

Macron sera attaqué, à nouveau il répondra sereinement, ayant tiré les enseignements du débat précédent. La encore cela ne bouleversera pas les lignes.

Les dynamiques de fonds sont déjà présentes, le temps de parole court, et cadrées, et l’audience moins importante sur les chaines d’info. On ne retiendra que quelques passages forts repris dans les medias.

Finalement les grands équilibres ne devraient pas être bouleversés, si comme je le pense chacun a tiré les enseignements du premier débat et à préparer ses quelques interventions et répliques phares. J’attends tout de même la prestation de Macron. Hamon me semble dans une dynamique trop défavorable pour pouvoir renverser la tendance. Mélanchon pourrait se rapprocher de Fillon s’il fait une bonne prestation (mais il n’y aura plus l’effet de surprise du premier débat)…

A suivre.

Quels choix pouvaient faire Manuel Valls?

mars 30, 2017

Manuel Valls a annoncé qu’il voterait Macron dès le premier tour.

Je pensais qu’il ferait plutôt, « à la Juppé », une non-campagne, en indiquant qu’il voterait Hamon en vertu de son engagement, pariant plutôt sur la suite à l’intérieur du PS.

Mais que pouvait-il faire ? Finalement c’est un choix cohérent, plutôt courageux, qui ne le sert pas personnellement  mais en dit beaucoup sur la fin proche du PS tel qu’on le connait aujourd’hui.

1/ Il pouvait rester en retrait, prendre acte du vainqueur de la primaire et ne plus s’exprimer. Mais le risque est que de toute façon ses proches, et les électeurs proche de sa ligne, ne pouvaient pas se satisfaire de cet entre deux, et ne l’auraient pas suivi.
Il aurait assisté passif à la fuite des énergies réformistes du PS, voire éventuellement à une mauvaise surprise : la non qualification des progressistes au second tour si au dernier moment Fillon remonte, même si cela me parait peu probable (électeurs plus agés donc moins abstentionnistes, réflexe de dernier moment, sous-estimation dans les sondages car vote Fillon devenu honteux..)

2/ Il pouvait soutenir Hamon et participer à sa campagne, comme l’engage sa signature lors de la primaire.
Cela aurait été un reniement de ses idées, mal perçu par l’électorat (théatre politique), et probablement défavorable à Hamon, tant Mélanchon n’attendait que ça. Cela ne l’aurait pas non plus servi pour la suite, dans un PS affaibli et vidé de perspectives réformistes…

3/ Il a choisi de soutenir Macron : choix courageux, audacieux, ou opportuniste ?
Difficile à dire. Une majorité de ceux que je connais, qui sont sur cette ligne, se portent sur Macron… Il est logique sur le fond que Valls le soutienne. Il est cohérent sur ses idées, et rappelle l’enjeu du second tour : ne pas se voir contraint à un second tour Fillon/Le Pen qui risque en plus de permettre à celle-ci de gagner.
Le « vote utile » fait du mal à la démocratie lorsqu’on l’invoque à tort et à travers, mais on peut aussi considérer que c’est un vote tactique ou un vote intelligent tout simplement. Longtemps le PS en a bénéficié, cette fois il en est victime, mais sur le fond l’enjeu existe réellement.

Il renie donc sa parole, ce qui peut abîmer son image, voire celle « des politiques » (mais pas forcément plus qu’un soutien hypocrite) « au nom d’un intérêt supérieur »… Personnellement sa situation est compliquée, mais cela marque sa séparation, et donc la fracture avec le PS tel qu’il existe aujourd’hui. Comment imaginer le retour de tous ces élus, ces électeurs, vers un PS abimé, affaibli, sans boussole, aux législatives ?

C’est donc un acte fort que Valls a posé, en signant pour demain la fin du PS tel qu’on le connait (pas forcément sa mort, le PC existe toujours…). Ce n’est pas forcément un atout pour Macron à court terme pour les présidentielles, mais par contre je pense que pour les législatives c’est un évènement important qui peut aider En Marche à avoir sa majorité propre.

Implicitement Valls ne joue pas le coup d’après, la reconstruction du PS en utilisant les législatives.

Quelle majorité à l’assemblée après les élections présidentielles ?

mars 18, 2017

Est-ce que la logique présidentielle va se traduire aux législatives ? Quel que soit le vainqueur, aura-t’il une majorité parlementaire ? Il me semble plutot que aucun des candidats n’aura de majorité absolue à l’issue des législatives !

Évoquons les différentes hypothèses :

  • Marine Le Pen : si elle l’emportait sur une équation personnelle, une fin de campagne mal négociée par les autres candidats, des faits de campagne (attentat majeur, nouvelle affaire ?…) Il ne parait pas évident qu’une majorité législative soit assurée. Il y aura une vague bleue mais le rejet du FN est encore puissant, et après un premier accident la cohabitation serait encore l’hypothèse la plus probable.
  • François Fillon : si au dernier moment il arrivait à la fois à faire revenir une partie de son socle, malgré les affaires, suite à des débats complètements ratés par exemple par Macron, et à faire venir une partie de l’électorat FN suite à une radicalisation de son discours, et par l’accumulation d’affaires autour de M Le Pen, il pourrait être au deuxième tour, et finalement l’emporter de justesse. Mais dans un état de faiblesse extrême, contesté dans son camps. Il est possible qu’il obtienne une majorité, s’il fait les gestes de rassemblement suffisants et si les électeurs veulent vraiment que son programme soit appliqué, mais ce n’est pas sûr. Le plus probable est encore qu’il y ait un groupe Front National important, un groupe UDI fort, peut être la concurrence  de En Marche malgré la défaite, et de nombreuses candidatures dissidentes divers droite. Il y aurait donc là également une absence de majorité absolue et la nécessité de comprimis parlementaires.
  • Emmanuel Macron : S’il maintien et accroit son avance, tient les débats, rassure sur sa future majorité parlementaire, et assoit son image régalienne, il sera bien élu au second tour. Ceci est le résultat d’une dynamique, plus qu’un vote par défaut (même si le vote tactique aura pu jouer). Même s’il y a un renouvellement, une partie d’élus déjà connus de divers partis seront facilement élus, et pour les nouveaux candidats, les électeurs, cohérents, donneront donc probablement une majorité, au moins relative, à En Marche. Il y aura donc là également une base solide pour gouverner sur le programme, et des compromis ponctuels avec les uns ou les autres, des « majorités d’idées », au cours de la mandature. C’est effectivement une révolution du système politique, assumé dès le départ comme une nouvelle méthode de dépassement de certains réflexes stériles.
  • Benoit Hamon : Je vois peu comment ce serait possible tant les équilibres lui sont défavorables, tant son parti est faible et son projet encore mouvant et non abouti (pas de cadrage budgétaire..) et ceci en quelques semaines. Il faudrait qu’une dynamique puissante s’installe, qui lui permette d’attirer des indécis sur sa gauche, sa droite, alors qu’il y a des concurrents déjà installés, et que cela permette de doubler les deux concurrents devant lui (alors que sa montée dans les sondages créerait une réaction en face, une autre forme de vote utile..). Mais imaginons. Là encore, un PS déjà faible, déchiré par l’élection, pourrait-il remporter les législatives ? Je ne vois pas de majorité absolue possible…
  • Jean-Luc Mélanchon : là encore malgré une dynamique très forte de fin de campagne, le plus probable serait une cohabitation ensuite tant la personnalité et le programme sont clivants.

 

Conclusion : aucun des candidats n’est assuré d’avoir une majorité parlementaire absolue à l’issue des élections législatives. En cas de victoire du FN, de la France insoumise, voire du PS, le plus probable est une cohabitation. Si c’est LR ou EM, (et peut être le PS) le plus probable est alors une majorité relative, qui permettra de gouverner avec des coalitions, éventuellement qui évoluent en fonction des textes. Le seul qui s’est préparé à ceci, puisqu’il en fait le coeur d’une démarche nouvelle, est Emmanuel Macron.

Cet argument qui lui est opposé peut donc largement être retourné contre ses concurrents.

Candidature Hamon, plombée entre deux eaux…

mars 13, 2017

Pourquoi Hamon est-il en difficulté ?

Je pense que plusieurs éléments peuvent amener à ce qu’au final Benoit Hamon termine derrière Jean-Luc Mélanchon. Je vois bien le premier autour des 10% et le second vers 14%.

 

Tout d’abord son positionnement est délicat à soutenir. Cela vient de ce qu’il est :

1/ Un candidat socialiste
2/ Un Frondeur frondé
3/ Un programme de semi-rupture
4/ Un syndicaliste étudiant normal


1/ Un candidat socialiste :

On parle désormais de plus en plus du candidat du PS, alors que la primaire était sensée élargir. Mais ne rassemblant pas tout le spectre de la gauche, elle a seulement sélectionné le candidat du PS.

Le Parti socialiste a cependant une image brouillée, du point de vue idéologique (entre Hamon et le gouvernement Valls, beaucoup de différences), il n’incarne pas le renouvellement, pris en étau entre Mélanchon et Macron qui en aspirent les forces vivent (et les peaux mortes aussi parfois, mais ce n’est pas cela qui l’affaiblit).

2/ Un Frondeur frondé : Frondeur, en opposition au gouvernement ces dernières années, minoritaire à l’assemblée, il devient le candidat de ce parti. Mais les investitures du PS ont largement réinvesti des députés sortants. Cela pose un souci de cohérence à ce qu’il propose une rupture, avec les mêmes. Risque d’une fronde inversée ? Ou nuance la rupture affichée ?

Ces deux premiers points me semblent assez logiquement permettre à Mélanchon de refuser une candidature commune. Hamon reste bien le candidat d’un parti socialiste décrédibilisé, dont il repeint la façade en quelques semaines suite à sa victoire surprise aux primaires.

3/ Ce qui explique un programme de semi-rupture qui ne se donne pas tous les moyens

Ce positionnement délicat, à la fois en rupture avec le quinquennat et en continuité, en radicalité relative et en rassemblement, peut expliquer quelques ambiguïtés dans le programme : malgré quelques dépassements et réflexions intéressantes, il ne peut s’abstraire ni de certains réflexes et lourdeurs liées à la culture de parti et de ses courants, ni des idées des perdants de la primaire.

Il en est ainsi sur le revenu universel : de nombreux électeurs plus à gauche sont venus voter pour lui à la primaire, notamment sur ce projet, qu’il a depuis quasiment abandonné (paradoxalement il reste quasiment le revenu de décence que proposait Valls lors des primaires).

D’où l’impression souvent d’un projet pour après demain, pas encore totalement abouti ou expliqué, qui n’est pas d’une applicabilité immédiate.

Ainsi sur l’Europe, ou le revenu universel, il y a des objectifs, voire des modalités de moyen terme, mais pas de feuille de route pour sauter la première marche.

A contrario, Mélanchon parait plus clair par exemple sur l’Europe en revendiquant un rapport de force, c’est à dire la potentielle dénonciation des traités. Je trouve cela comme une perspective effrayante, mais cohérente avec son discours.

Il ne convainc donc ni ceux qui préfèrent une projection concrète des améliorations à apporter lors du mandat, avec leurs conditions de faisabilité budgétaires et économiques, ni ceux qui souhaitent avoir la certitude d’une rupture ou d’une radicalité.

4/ Un syndicaliste étudiant « normal » : il revendique lui aussi, ne tirant pas les conséquences du quinquennat Hollande, une forme de normalité. Il l’incarne trop à mon gout. Lorsque je le vois dans les émissions ou les débats, je revois le responable socialiste ou étudiant qu’il a longtemps été. Par ailleurs sa conception du pouvoir peu vertical, peu directif, me parait peu compatible avec la direction d’un pays en temps de crise. L’imagine t’on décider de l’intervention au Mali, ou de l’Etat d’urgence après des attentats ? Négocier avec d’autres resposables européens ? Plus largement cela infuse son programme, où se multiplient des conseils citoyens, les réunions de consensus…

 

Il reste des dynamiques, et des débats télévisés, qui peuvent encore modifier beaucoup de choses. Mais au vu des faiblesses identifiées ci-dessus, mais également d’une campagne actuelle hésitante, (symbolisée il me semble par le choix de certains de ses portes paroles) désormais tournée vers Macron de manière caricaturale, ne semblant pas avoir vraiment perçu les dynamiques en jeu, et de sa personnalité, qui sembler refuser d’envisager le pouvoir et un rôle de leader, je pense que la bulle Hamon, apparue après la primaire, va se dégonfler au profit de Macron et Mélanchon. D’autant qu’il ne bénéficie plus des 4 à 5 points de « vote utile » qui venaient augenter les scores du PS à chaque élection, qu’il perd au profit de Macron.

Macron : Cristallisation de l’intention de vote…

février 26, 2017

 

Pourquoi j’ai maintenant la certitude que je vais voter Macron ?

Ce n’est pas parceque ce serait mon candidat idéal. Y compris aux élections précédentes, j’avais fait un choix clair, mais toujours avec des réserves. Il faut toujours transiger, et choisir.

Mais cette fois, c’est un peu différent. Hier j’avais plutot le choix entre un candidat naturel, le socialiste, et éventuellement un candidat plus identitaire pour affirmer des idées particulières au premier tour (PRG, écolo..).

Cette fois, avec 5 candidats qui font plus de 10% dans les sondages, on peut penser que tout est possible. Et le choix que je vais, nous allons faire, va au delà d’un quinquennat, avec l’émergence de nouveaux clivages, et une fin du parti socialiste tel que nous le connaissons.

 

A partir du moment où Hamon a été choisi par la primaire, Macron était déjà un choix quasi-inévitable pour moi, par défaut.

Je partage quelques points avec Hamon, comme une vision écologiste intéressante, mais qui n’est porteuse d’ambition que lorsqu’elle est crédible (je préfère De Rugy), ou encore sa position sur le cannabis, ou l’instauration d’une part de proportionnelle à l’assemblée. Pour le reste il y a beaucoup de belles idées sur beaucoup de sujet, mais décrédibilisées par le coût exorbitant de tout cela.

De plus je ne partage pas avec Benoit Hamon ni sa philosophie sur la fin du travail, ni son analyse économique qui consiste à refiscaliser les entreprises (et donc détruire de l’emploi) et les classes moyennes au profit d’un RSA renforcé (son revenu universel revient à ceci dans un premier temps), ni sa taxe sur la robotisation, aux effets potentiellement dévastateurs. Je ne suis pas favorable au retrait de la loi El-Khomri ni à l’annulation du CICE. Bref je ne souhaite pas élire un frondeur.

Je ne partage pas ses atermoiements sur la sécurité, sur la laïcité. Ni non plus sa vision d’une 6eme République, avec un 49-3 citoyen qui me parait dangereux, inefficace, et propice à favoriser tous les lobbys.

Je ne partage pas sa vision d’un pouvoir transversal et collégial, type congrès des verts ou syndicalisme étudiant. Ni sa posture actuelle de rassemblement sur sa gauche avant de rassembler son propre parti. Hamon est un homme de courant, dans la politique depuis toujours, et cela se voit en ce début de campagne. D’une certaine manière, j’ai l’impression qu’il ne veut pas la gagner (ou tout simplement qu’il n’y croit pas), qu’il vise une autre échéance finalement.

 

Mais il y a également des raisons plus positives, enthousiasmantes, qui me poussent vers Macron.

Outre le chamboulement politique, qui poussera vers la sortie une bonne partie d’un PS usé et sclérosé (structures fédérales, permanents, personnels de cabinet et assistant parlementaire), et qui comme tout nouveau mouvement (Royal ou Bayrou hier, puis Obama) met en marche beaucoup d’énergies et d’idées (attention à ce que l’on peut en faire) il y a l’idée d’une mise à jour du logiciel politique progressiste.

Ce n’est pas révolutionnaire, mais donner un cap clair, un programme assumé et sérieux, c’est à dire applicable une fois au pouvoir, des mesures concrètes en phase avec la France d’aujourd’hui, c’est déjà beaucoup.

Je suis en accord avec la politique économique présentée (politique de l’offre, préservation et modernisation du modèle social, sérieux budgétaire pour redevenir maître de son destin tout en respectant la crédibilité et la parole de la France..), les éléments présentés sur la sécurité, les propositons distillées ici ou là sur les autres sujets.

Je suis sensible à l’intelligence du bonhomme, à la cohérence globale de ses idées, aux énergies qu’il met en marche en mettant en avant les atouts de la France, de la jeunesse, mais pas seulement de manière incantatoire.
Je suis donc en attente sans crainte de la suite de son programme, même si je ne serai pas d’accord sur tout, la culture du compromis s’applique déjà à soi-même.

Par ailleurs un dépassement de certaines identités réflexes et simplistes (droite-gauche, avec une rivière infranchissable au milieu ?) me parait acter une réalité plus complexe.
De nombreux clivages ne recoupent plus celui-ci (Europe, environnement, religion, sécurité, international..) et cela fait longtemps que je me sens un peu électron libre (libre penseur en tout cas, non enfermé dans une identité que l’on m’assignerait, même si pour simplifier je me considère comme de gauche).

 

J’attends donc avec confiance et intérêt la suite de la campagne, avec la volonté que Emmanuel Macron soit au second tour, et le secret espoir qu’il soit en tête au soir du premier tour, comme Daniel Cohen-Bendit le disait aujourd’hui en expliquant son choix de fonds mais aussi tactique (le meilleur candidat pour barrer la route à un réel risque Le Pen).

Et la suite ? Il me tarde de voir ce que peuvent donner les législatives, et la suite. Peut-être le moment de refaire un peu de politique..

 

 

 

DSK : Stupeur, tremblement, attente…

mai 16, 2011

Que s’est-il passé dans cette chambre entre Dominique Strauss-Kahn et la femme de ménage qui le met en cause ?

Le pire est toujours possible. Ce serait le syndrome Bertrand Cantat, la terrible déroute, le coup de folie. DSK aurait agressé cette femme, en dehors de toute rationnalité. Cela correspond au récit qu’elle en fait : il sort nu de sa salle de bain et l’agresse.

Ce qui me paraît le plus probable est que cela ne s’est pas passé comme ça. En effet comment imaginer qu’un homme qui se sait très surveillé à un an de la présidentielle, dans un pays rigoriste sur ces histoires, puisse envisager quoi que ce soit ? Même si le succès annoncé lui avait fait perdre toute mesure, et qu’on dit que le pouvoir affûte le désir et la sensation de toute-puissance, il savait qu’il se serait fait attaquer pour un simple clin d’œil à cette femme de chambre.

Par ailleurs l’histoire de la Porsche il y a quelques jours montrait qu’aucun faux pas n’était permis.

Humainement, comme raisonnablement, cette situation paraît peu crédible…

Par ailleurs le déroulé des faits laisse planer un sentiment désagréable : la police new-yorkaise affirme rapidement qu’il était en fuite…

Il s’avère que ce n’était apparemment pas vrai, il aurait quitté son hotel tranquillement, en réglant sa note, pour rejoindre sa fille pour déjeuner. Il est même possible qu’il ait un alibi au moment supposé de l’agression : sa défense indique qu’il a quitté l’hôtel à 11h45, l’accusatrice indiquant s’être fait agresser à 13h. (ou 12h selon les versions)

Par ailleurs il a demandé à son chauffeur d’aller chercher le portable oublié dans sa chambre, c’est comme ça que les policiers ont remonté sa piste pour l’arrêter.

Pourquoi si rapidement la description a-t-elle été à charge ?

Ces éléments font que la probabilité de la réalité de cette accusation sont selon moi très faibles. Il ne peut s’agir d’un « débordement », d’un « incident », d’un « dérapage » : soit il y a coup de folie terrible, soit il y a mensonge de l’accusatrice.

A partir de là il y a 3 évolutions possibles :

–         la découverte rapide d’indices sérieux mettant en cause DSK, voire ses aveux : son acte est terrible et il doit être puni en tant que tel, nos pensées à la victime, la politique française se recompose rapidement en vue des présidentielles… C’est Hiroshima, stupeur et tremblement…

–         Le temps juridique s’impose au détriment du temps politique : les éléments à charge et à décharge se compensent, il n’y a pas d’éléments décisifs dans les jours qui arrivent, de vieux dossiers sont ressortis, des mythomanes en quête de notoriété se déclarent… Atteint dans son honneur, dans sa crédibilité, DSK doit se défendre. Le doute subsistant, il lui est difficile de participer à la primaire socialiste : il n’y va pas, ou s’il estime avoir suffisamment d’indices pour se défendre, et qu’il a l’autorisation de quitter le territoire américain, il y va très affaibli, en parallèle de la procédure judiciaire. C’est plutôt Fukushima, après l’explosion, la lente irradiation sans fin…

–         DSK n’a rien à voir avec cette agression, la contre-attaque juridique et médiatique est couronnée d’un succès rapide, il a un alibi sérieux, la femme de chambre avoue… Il reste dans la partie politique : selon la rapidité et la force de ce retournement, il peut sortir affaibli (déballage de toutes les rumeurs, doute subsistant chez certains…) ou renforcé (compassion, combativité et courage…). Par ailleurs la force du traumatisme a bien montré qu’il était déjà installé pour beaucoup comme le candidat évident de la gauche, voire pour beaucoup comme le prochain Président de la France.

Si le mensonge était avéré, il faudra se démander qui, et pourquoi, a eu intérêt à monter ceci. Le plus probable est l’appât du gain par quelques escrocs. Ou alors des personnes sans scrupule qui auraient intérêt à nuire a DSK, soit s’agissant d’enjeux de pouvoirs interne au FMI, soit de pouvoir politiquo-économique en France.