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Les dangers d’un concept multiface : l’ouverture

mars 5, 2008


L’ouverture
est un concept politique souvent employé à tort et à travers pour désigner des choses différentes, et parfois inquiétantes pour la démocratie.

I Cela peut s’entendre comme une volonté de consensus, de dépassement de clivages artificiels.

Il peut y avoir des effets positifs à l’ouverture, à la marge du politique, dans un processus de démocratie participative, de recherche de consensus sur certains sujets. C’était ici le projet de François Bayrou.

Cela entraine cependant souvent la valorisation, notamment à droite, où la politique fait peur, de listes apolitiques, de la société civile etc.
Je trouve dangereuse cette nouvelle passion pour la société civile, supposée supérieure à l’engagement militant ?

Comme le dit Pierre Cohen, candidat de la gauche à Toulouse

« Peu à peu en dénigrant la politique, on a dénigré l’engagement et on a fait briller le non-engagement dans les partis en parlant de « société civile ». Que quelques uns, reconnus pour leur compétence professionnelle, s’engagent dans l’action municipale, sans attache partisane, cela peut être entendu.
Mais ce qui est déterminant au-delà de leurs compétences (notons que les militants sont compétents dans leur vie professionnelle, le propre du militant c’est de militer après sa journée de travail !) c’est leur engagement.  »

Comme le dit Corinne Lepage en réponse à une question sur l’ouverture sur le site internet du nouvel obs :

 » Il y a ouverture et ouverture. Celle qui consiste à demander à des responsables politiques qui n´ont pas votre positionnement politique à vous rejoindre pour élaborer un programme de synthèse, et celle qui propose à des individus de disposer de postes pour mener la politique que vous avez définie. Je suis poour le première et pas pour la deuxième forme d´ouverture, précisément parce que j´ai le souci de la cohérence. »

Et encore, les dérives peuvent être plus grave

II En effet l’ouverture peut se transformer en débauchage individuel, en opération de communication ou de déstabilisation de l’adversaire, sans plus de cohérence ni d’intérêt.

Reprenons avec Pierre Cohen :
« De société civile on a vite fait de glisser aux candidats à paillettes, à des individus invités à être sur une liste uniquement à cause de leur aura médiatique, en général due à une activité comme le sport, la mode, le ciné, la télé… Ainsi peu à peu, de pipoles en paillettes, on tue l’engagement politique. Mais voilà, avec mes colistiers je crois à l’engagement politique, à la participation des citoyens à la vie de la cité. Je pense que les électeurs aussi ont envie d’un retour des politiques aux affaires de la cité. C’est un des enjeux de ces municipales. »

Pire que cela : l´ouverture aujourd´hui pratiquée par l´UMP, notamment à Toulouse, fait que n´importe quelle personne qui n´a pas été retenue démocratiquement par son parti, les déçus, ceux qui sont en perte de vitesse, les ex, peut trouver en face un nouveau siège. Outre un manque de cohérence certain, n´est ce pas particulièrement choquant ?
Les ratés d’en face prennent de la valeur simplement car ils se dédisent! C’est terrible pour la politique.

Dans cette ville, le maire sortant apparenté UMP a ainsi fait venir sur sa liste (outre Fabien Pelous et des spécialistes de la santé ou des responsables industriels) une conseillère régionale vraiment de la gauche du PS qui n’avait pas été choisie par les militants de son parti pour les législatives.
De même avec des responsables du modem en fin de course.


III Enfin cela porte aussi en germe la défiance vis à vis du politique, le gouvernement des experts, la prétention à la vérité par le bon sens.

C’est là que l’on peut en venir au rapport Attali.
Après l’avoir parcouru, on peut penser qu’il y a dedans de bonnes choses, des idées, du travail qui a été fait. Mais également d’autres propositions moins judicieuses.
C’est donc une matière à réflexion, à droite comme à gauche.

Il y a tout de même deux problèmes sérieux autour de ce rapport :

-le ton présomptueux et dogmatique de celui qui a trouvé la vérité. Bientôt il nous demandera une messe… C’ est à prendre en bloc (pour respecter l’équilibre social-libéral de l’ensemble), quel que soit la majorité, dernière solution avant le déclin !
Je décide, ils (les parlementaires, élus du peuple) exécutent…

Il faut toujours se méfier de La vérité, et toujours s’inspirer des connaissances. Ce gouvernement des experts, alors que d’autres proneront des solutions contraires, que les intérêts et enjeux sont complexes, que la mise en oeuvre répond rarement à la théorie initiale.. ne peut être détaché du politique, ni se détacher de toute vision du monde.

– à coté de bonnes idées parfois, une tonalité, un présuposé trop économiste : le principe de précaution ? inutile. La mort du commerce de proximité ? La multiplication de l’automédication de supermarché ? La disparition du département pour faire des économies ?…
Il n’y a qu’une grille de lecture qui est la croissance. Ce rapport doit donc se confronter nécessairement aux autres enjeux de société, d’identité, de culture, de solidarité.

Le gouvernement des experts, outre qu’il peut représenter un danger démocratique (Attali a répondu avec morgue : « vous préférez le gouvernement des imbéciles ? »), n’est pas une garantie de réussite, particulièrement en économie. Il n’y a pas de vérité, même s’il peut y avoir des consensus.

C’est le politique, la diffusion de la connaissance, la transformation de la complexité en modèles et en mesures, la pédagogie et la réflexion, auxquels les intellectuels, les savants, les élus et les experts doivent être associés, qui fait évoluer la société.

Il s’agit donc bien là d‘ouverture d’esprit et de capacité de remise en cause.


[Edit : A signaler : une courte fiction caustique sur le thème de l’ouverture.]

Pour sauver la France : le complot de l’ouverture… (2)

février 27, 2008

2 Ce jeune dirigeant prometteur eut alors l’audace d’élaborer un plan qui semblait fou.

Début février, ceux qu’il sentait prêt avaient été conviés. Il les avait testés sur leur perception de la situation, sur leur dévouement à la justice sociale. Dans la grande salle, plusieurs dizaines de personnes, qui allaient se lier par un pacte historique.

Ils étaient tous là. Autour de la table, des noms connus : Jacques Séguéla, Carla Bruni, Jacques Attali, Bernard Kouchner, Fadela Amara, Jean-Pierre Jouyet, Martin Hirsch. Quelques contacts avaient été pris avec des partisans de François Bayrou et de Dominique Strauss-Kahn ou de Laurent Fabius.

Eric avait parlé à Lionel au téléphone, qui l’avait encouragé. Ils avaient le même diagnostic.

Mais Besson avait en plus le sentiment impérieux de la nécessité d’agir. Pour cela il était prêt à faire don de sa personne à la France. Il ne serait pas seul. Son esprit machiavélique tendait sa toile, cent fois plus vite que ses adversaires, battu pour l’instant mais pas abattu.

-Première nécessité : le secret absolu. Terrible exigence, les familles, les amis, les journalistes ne sauraient être au courant. Une fuite signifierait la fin immédiate de l’opération.

-Deuxième chose : peser sur les conditions pour qu’elles deviennent favorables. Pour pouvoir infiltrer la machine Sarkozyste, il fallait que la muraille se fendille. Il faudrait agir sur le débat public, mais aussi au plus près, de l’intérieur.

-Troisièmement : Une vision de long terme, planifiée et maîtrisée était nécessaire, sans quoi le sacrifice demandé ne serait pas supportable.

-Enfin, quatrièmement, un peu de chance, avoir choisi les bonnes personnes, les bonnes informations sur l’adversaire

Ce jour, chacun avait travaillé. Ils prêtèrent serment. Ils formaient désormais une famille, qui allait devoir résister à leur environnement proche, à la tentation corruptrice aussi.

Ils avaient décidé d’agir vite. Chacun par son influence souterraine, pour approcher les réseaux du candidat, et pour imposer l’idée de l’ouverture. François Bayrou y étant naturellement enclins, il fallu instiller cela comme une évidence pour tous.

Eric Besson donna lui-même le coup d’envoi public de leur action en quittant le PS.

Le 14 février il quitta avec fracas son poste au PS. Il écrivit rapidement et publiquement une lettre à Nicolas Sarkozy. Bientôt, un livre acerbe et dur renforca la construction de son personnage : le traître, sans honneur mais imbu de sa personne. Bientôt Nicolas Sarkozy ne saura résister à faire appel à lui, pensant réussir là un bon coup, alors qu’il mordait vulgairement à l’hameçon.

D’autres membres du groupe se rapprochèrent discrètement de leur pire ennemi. Cela se passa mieux que prévu encore. Dès avril, Jacques Séguéla organisa un discret dîner, bien avant ceux qui furent révélés à l’automne. Carla et Nicolas sont présents. Son numéro de charme, et quelques artifices chimiques, entraînent l’inévitable : elle aura auprès de lui dès ce moment une place croissante, un rôle considérable. Elle appuie ceux de ses conseillers, infiltrés eux aussi, qui proposent, ou plutôt imposent par leur habileté, le concept de l’ouverture.

Nicolas est en fait assez perméable. Ses conseillers ont un grand pouvoir. C’est un homme d’action, manipulable, mais ensuite borné une fois qu’il a fait sienne une idée. Il faut être là au bon moment.

Son entourage est traversé de luttes violentes pour le contrôle de sa parole. Certains des partisans de Besson purent ainsi planifier l’ouverture politique.

Malheureusement, l’élection confirma les pires craintes de celui-ci : Sarkozy largement élu. Mais son plan était sur les rails, et il n’en sortit pas.

Il fallut oeuvrer finement pour placer le plus possible de ses partisans, et écarter les vrais opportunistes ou renégats. Mais il fut satisfait. En plus de lui même, Martin Hirsch, Fadela Amara, Bernard Kouchner et Jean-Pierre Jouyet étaient de la partie. Carla était en place elle aussi, sacrifice incommensurable, don de son corps et de sa dignité pour le bien commun.

Mais cela ne suffirait pas. Avec l’aide du président Luxembourgois Jean-Claude Junker, l’un de leurs proche, et l’accord de Dominique Strauss-Kahn, ils réussirent à imposer celui-ci à la tête du FMI. La droite n’ayant personne à proposer de ce niveau, cela fut chose relativement aisée.

Conformément à la promesse de campagne que le groupe avait inspiré, Didier Migaud fut désigné à la tête de la commission des finances.

Enfin, Hubert Védrine et Jacques Attali reçurent des missions pleines de potentiel.

(suite)

Pour sauver la France : le complot de l’ouverture… (4)

février 27, 2008

4  A la veille des municipales, l’ouverture fonctionne à plein pour faire tomber la droite.

Eric Besson était très satisfait. Mais concrètement leur stratégie devait apporter des résultats concrets dès mars 2008, aux municipales. Ils allaient tout faire pour que la droite connaisse une défaite cinglante.

Eric Besson lui même déclara ainsi de manière innocente, cinq semaines avant les élections, que l’idée de la TVA sociale n’était pas abandonnée.

Il appela également Michel Roccard : « Michel, c’est le moment de démissionner de la commission sur les enseignants ». Celui-ci s’exécuta immédiatement, prétextant une récupération politique possible.

Mais ce fut surtout Jacques Attali, qui agit en maître.

Il concocta un rapport très volumineux, pensé pour plaire au Président. Il avait pris soin au préalable de se valoriser constamment, et Nicolas Sarkozy s’était même imprudemment lié les mains : « Tout ce que dira la commission, nous le ferrons ».

Jacques et ses amis inclurent donc dans ce rapport quelques pépites farfelues, contradictoires, dogmatiques ou irréalistes que le président ne pourrait accepter, au risque de se dédire. D’autres, nombreuses, qui allaient gêner de nombreuses catégories de la population. Il prit soin d’être particulièrement hautain, et méprisant envers les parlementaires lors de la remise de ce pensum.

En sortant ce rapport toxique pour la droite un mois avant les municipales, il était sûr de son mauvais coup.

Dans ce climat, rendu enfin favorable pour la gauche, qui avait retrouvé en parallèle son envie, et entamait un profond travail de reconstruction, Besson finallisa sa stratégie pour les élections municipales.

Tout d’abord ils placèrent quelques uns d’entre eux dans la compétition, dans des endroits stratégiques, avec pour consigne d’être mauvais, comme Jean-Marie Cavada dans le XIIeme à Paris.

Mais surtout ils avaient réussi à tordre la démocratie. Ils avaient réussi à faire de l’ouverture un des arguments de la droite, alors que cela se retournerait naturellement contre elle. C’est un concept radioactif, dangereux mais insidieux, et dont on ne se débarasse pas facilement.

Partout en France les listes de droites (rarement assumées) sont parties à la recherche de retournements de vestes. Partout ils tentent avec ferveur de distiller de l’incohérence dans leurs équipes, de charmer ceux dont l’adversaire ne veut plus. Dans chaque ville, parce que le président l’a dit, parce que Besson a réussi son coup, n´importe quelle personne qui n´a pas été retenue démocratiquement par son parti, les déçus, ceux qui sont en perte de vitesse, les ex, les médiocres, peuvent trouver ailleurs un nouveau siège.
Les ratés d’en face prennent de la valeur simplement car ils se dédisent! C’est terrible pour la politique. Mais c’est surtout la défaite assurée pour la droite : cela instille rancoeurs et jalousies, remobilise les électeurs du modem contre ceux qui ont rejoint l’UMP, dégrade souvent l’image de la liste…

Ils sont tous des complices involontaires des comploteurs de l’ombre qui ont peu à peu entourés Nicolas Sarkozy pour le défaire avec ses propres armes.

Ainsi, Eric Besson est confiant. Carla Bruni et Jacques Attali ont été ses meilleurs combattants. Cela leur a coûté beaucoup, mais le combat s’annonce bien. Il reste du travail, et une défaite aux municipales pourrait entrainer des changements dans l’entourage du Président. Mais ils sont bien en place, ils sont confiants. Non, la France ne sera pas livrée aux chiens…