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Plus que quelques jours de tension

mai 1, 2012

La campagne s’est durcie.
Nicolas Sarkozy en est venue à accentuer encore démagogie et populisme.
Sous couvert de parler aux électeurs du FN, il leur parle comme Marine Le Pen, validant ainsi leur analyse de la situation.
Tentant le tout pour le tout, il va plus loin que les traditionnelles exagérations et omissions, et enchaîne les caricatures et les mensonges. Ses soutiens font de même, Copé, Morano, Bertrand… Certains, qui n’y croient plus trop, sont déjà plus prudents, comme Fillon.
Au milieu se trouve Nathalie Kosciusko-Morizet, qui défend l’inverse de ce qu’elle prônait il y a quelques temps. D’ailleurs cela se sent, elle est moins à l’aise, moins crédible, j’ai parfois un peu de peine pour elle tant le jeu semble forcé…

Pour piéger la gauche sur l’immigration, thème majeur pour cet électorat et sur lequel la gauche est divisée, deux questions reviennent sans cesse : pensez-vous qu’il y a trop d’immigrés en France ? Autoriserez vous le droit de vote des étrangers ? Plus l’accusation d’irresponsabilité budgétaire et fiscale pour retenir les centristes.

François  Hollande assure lui de sa cohérence, il ne change pas son projet, ses propositions sont connues depuis longtemps. Il évoque une stratégie européenne de relance de la croissance qui apparait de plus en plus manifestement nécessaire en tirant les conséquences des situations grecque et espagnole.  Outre le renvoi à son bilan, le piège tendu à la droite est celui de son rapport au Front National, notamment à l’occasion des législatives.

Que va t-il se passer d’ici au second tour ?

Les manifestations du premier mai : il y aura probablement une grosse mobilisation pour les 3 défilés. Marine Le Pen, qui n’est plus dans la compétition,réussira t-elle à confirmer dans la rue ? Il y aura probablement du monde autour de Nicolas Sarkozy, aidé en cela par des bus venus de toute la région en ce jour férié. Réussira t-il à faire déborder la place, à impressionner les observateurs au delà des chiffres gonflés fournis par l’UMP ? Pareil pour François Hollande, à Toulouse jeudi. Il ne pourra pas faire mieux que Jean-Luc Mélenchon pour des raisons de sécurité, il s’agit donc de faire aussi bien.

L’enjeu est de montrer une dynamique, pour pousser à la mobilisation chacun dans son camp.

Au delà des commentaires et de la couverture médiatique, il y aura la position de Marine Lepen. Cela peut avoir un impact ? Il me semble impossible qu’elle appelle à voter Hollande, cela serait purement tactique (profiter d’une UMP affaiblie aux législatives). Mais un vote Sarkozy, malgré sa drague lourde, parait peu envisageable après tout ce qui a été dit. Elle argumentera probablement notamment sur le fait que Nicolas Sarkozy n’a pas assuré qu’en cas de duel FN/PS, il voterait FN, pour appeler au vote blanc.

Le fameux débat d’entre-deux tours : Je fais confiance à François Hollande pour rester serein, tout en étant combatif. Il saura répondre aux questions, les pièges seront débusqués. Le public s’attend plutôt à ce que Sarkozy soit meilleur, il lui suffit donc d’être aussi bon. Il est même probable qu’il soit potentiellement meilleur. Chacun devra débusquer les contradictions de l’autre en fonction des électorats visés. Quelques nouveaux thèmes gardés au chaud pourront ressortir :  le mariage homosexuel par exemple,  les récentes nominations de proches du président sortant…

Cela peut amplifier des mouvements en marche. Cela peut peser sur la participation.
Une part importante des électeurs ont fait leur choix. Désormais ils lisent l’actualité et regarderont le débat avec cette grille de lecture, de manière sélective. Donc le débat n’est pas susceptible de permettre des basculements massifs.

Cependant ce n’est pas parceque dans le passé les variations ont été faibles qu’il en sera de même. A l’étranger il me semble qu’il y a déjà eu des débats décisifs. De plus en raison de la stratégie très offensive de Nicolas Sarkozy, son changement d’orientation, cela a pu faire bouger les lignes profondes plus que d’habitude, même si cela ne se traduit pas encore dans les sondages. Il souhaitait faire du second tour une nouvelle élection, cela implique modifier son discours, ses propositions, pour ébranler les certitudes et les choix.

Le choix de Bayrou :

Il a indiqué qu’il se prononcerait après le débat. On ne le voit pas appeler à voter Sarkozy, notamment après le durcissement de ses derniers jours. Comme il a laissé entendre qu’il dirait son  choix, ce serait donc un vote Holande ? Cela parait difficile également. Peut-être que la droitisation récente de l’UMP lui donne cette porte de sortie : « Je voterai Hollande par défaut, sans adhésion ni illusions, et je me positionne déjà pour la réunion des différentes forces du centre après la défaite de Sarkozy; je laisse mes électeurs à leur choix… »
Car de toute façon l’impact sera faible, là aussi les choix sont faits, et même parfois annoncés publiquement chez les cadres du modem. Cela peut permettre à certains de centre droit de légitimer un changement de leur vote.

Pronostic second tour :

Malgré l’avance dans les sondages, je pense donc réellement que ce n’est pas totalement joué, et qu’il faudra une mobilisation sans faille à gauche. Car je pense que François Hollande sera bon dans ce débat, sur le fond comme tactiquement, je pense toutefois qu’il va gagner nettement ce second tour, de l’ordre de 52,4 %.

 

Donc voila les éléments de ce second tour, j’ai hâte.

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Une élection européenne enfin ?

juin 5, 2009

Le grand jour arrive.

Campagne étrange, éteinte, feutrée, couverte par des bruits de crises…

Pourtant je me suis dit en regardant certains débats qu’ils étaient très intéressants, que, débarassés du substrat national et populiste (les chiens écrasés…), on atteignait le fond des choses, les questions essentielles de société, macroéconomiques et géopolitiques.

Parfois les petits enjeux locaux reviennent à l’assaut, et les listes farfelues, superficielles ou ridiculement radicales cotoient les listes sérieuses qui usent de bas artifices…

Bref, les enjeux sont plutôt pour moi les équilibres de demain au Parlement européen.
Même si je conçois qu’il soit encore difficile de comprendre l’utilité réelle du Parlement européen, voire de le déterminer.
Mais c’est ce que nous avons pour nous emparer de l’Europe, c’est un potentiel.

Mais ce ne sont pas les sondages que l’on nous donne et qui sont débattus.

Sur la campagne française, puisque c’est le cadre qui nous est largement imposé (déjà un vote le mêm jour partout serait bienvenu..), j’ai quelques commentaires. Quelques espoirs sur le résultat aussi, ou quelques pronostics même si ces enjeux sont pour moi secondaires par rapport à l’équilibre européen…

Il n’est pas étonnant que la liste Europe Ecologie soit celle qui bénéficie de la meilleure dynamique. Le thême de l’environnement est réellement crédible au niveau des politiques européennes. Ils ont en outre mis l’accent sur l’éthique, et une réelle connaissance de l’Europe, du Parlement, notamment grâce à Daniel Cohn-Bendit.
Ils ont réussi par leur liste la mutation que l’Union doit réussir : dépasser le oui et le non, le débat institutionnel et périphérique, par l’objectif commun de porter une voie écologique européenne forte.

Le modem bénéficie d’un acquis de tradition européiste, mais qui ne suffit pas. Ils ont brouillé leur message avec de la politique nationale, avec une absence de réponses face à la crise, une absence de thèmes forts. L’affirmation de l’Europe ne suffit pas à la faire vivre. La fin de campagne subit également la conséquence d’un Bayrou fatigué, et qui a du mal à trouver un positionnement politique cohérent.

Le PS a été assez peu audible. Sa structure est atteinte, ses militants fatigués, son énergie dilapidée. Pourtant le manifesto et la démarche de rassemblement avec les autres partis européens était importante, nécessaire, intéressante. Mais en présentant des candidats assez peu connus parfois issus de tambouilles internes, sans tête de liste nationale, ou – cela aurait été une incarnation intéressante – sans candidat commun contre Barroso, la dynamique a été difficile à lancer. Martine Aubry a tenu son rôle, ainsi que les candidats qui ont sillonné les campagnes, mais les suites du referendum, du congrès, et la perception dégradée du parti dans l’opinion l’ont étouffé.  Une communication trop centrée sur Sarkozy au départ, une communication nationale peu identifiée (Peillon aurait été un bon porte-parole national) ont également pesé.

A la gauche de la gauche , je pense que Front de gauche a émergé, fait une bonne campagne. Mélanchon se positionne pour plus tard, en recyclant les forces militantes du PC. Il empêche assez largement l’envol du NPA. Celui-ci, après une dynamique forte en début d’année, a finallement été banalisé par la crise, et est pénalisé par une campagne peu mobilisatrice et les concurrences rouges.
Lutte ouvrière est toujours là…

La majorité présidentielle a réussi à faire le clip de la campagne officielle le plus nul. A l’image de sa campagne, qui s’appuie sur le soutien à Sarkozy de son électorat, d’une rente de majorité, et de l’épouvantail malhonnête de la Turquie.. Peu de concurrence à droite, peu d’enjeux pour eux.

La droite dure a du mal à se démarquer, sinon par un antieuropéisme plus virulent…

Ce que j’espère en France (outre des équilibres européens moins favorables aux conservateurs, et une commission plus progressiste) :

-Europe Ecologie devant le Modem
– Le Front de gauche devant le NPA
-un PS au dessus de 20%
-une UMP à moins de 30%

Pronostic national :

– Majorité présidentielle : 27 %
– PS : 19%
– Europe Ecologie : 15%
– Modem : 11%
– Front de gauche : 6%
– NPA : 6%
-FN : 6%

Modem : ces questions que nous devons nous poser…

avril 5, 2008


Ces questions qui nous travaillent, sans doute y est t-il confronté lui aussi. Désormais nous sommes obligés de les lui poser ou les lui opposer. En effet le PS est entré en discussion, en de nombreux endroits, avec le modem, à l’occasion de ces municipales.

Les résultats ont montré cette fois-ci pour le modem l’échec de la tentative de se poser en arbitre, et la difficulté de tenir une ligne centriste et cohérente. Mais il y aura d’autres élections, et certaines questions restent posées.

La question de l’alliance peut entrainer des tensions et des interrogations dans le parti. Bien sûr certaines sont d’ordre tactique, ou relèvent du réflexe dogmatique. Pourtant l’émergence d’un modem fort, concurrent ou partenaire, serait bien une reconfiguration du paysage politique, porteuse de risques comme d’opportunités.

Qu’est-ce que le modem ?
1 De l’udf au modem
2 Qu’est-ce aujourd’hui ? Vers où se dirige le modem ?

Quel doit être le positionnement du PS vis à vis de celui-ci ?
1 La pratique nouvelle et décomplexée d’alliances municipales avec le modem
2 Risques et opportunités pour le PS

Qu’est-ce que le modem ?

1 De l’udf au modem

Suite à l’élection présidentielle le parti de notables de centre droit qu’était l’UDF a entamé sa mue. Depuis quelques années déjà, il s’était distingué du ralliement systématique au grand parti de droite, qui avait essayé de le nier, de le réduire.

Le parcours inattendu de François Bayrou était la conséquence en partie de son talent et son message propre, mais aussi (surtout?) des insuffisances supposées des deux principaux candidats ou des craintes qu’ils pouvaient générer.

Il a suscité un engouement certain, qui s’est traduit par des adhésions massives et une nouvelle ambition : le centrisme autonome et l’élection présidentielle.

Pourtant, de nombreuses difficultés vont entraver la marche de ce parti : l’évolution rapide de la ligne de François Bayrou a ainsi aggloméré des partisans assez différents. L’UDF d’hier, sages bourgeois de province giscardiens, centre-droit barriste, historiques CDS, la tradition chrétienne et paternaliste, le fonctionnement notabiliaire… et le modem bayrouiste de la campagne présidentielle, jeunes anti-sarkozystes, adeptes du débat et de la démocratie directe, anciens verts ou PS, extrêmes centristes.. ainsi que plein d’autres, attirés par la lumière, par la personne de Bayrou, par une forme d’apolitisme engagé ni droite-ni gauche…

Rapidement de nombreux élus ont rejoint Sarkozy, entre les deux tours notamment, puis le nouveau centre à l’occasion de la préparation des municipales et des cantonales, souvent car c’était leur famille de pensée, et qu’ils avaient été élus sur ce positionnement. Mélange de conviction et de stratégie électorale.

Les confrontations locales, les tensions, le flou, ont également pu décourager certains de ces nouveaux adhérents. Tout comme au PS, dans une moindre mesure sans doute, l’assiduité de ces nouveaux a fondu, ainsi que leur nombre.

A l’ issue des municipales, l’image donnée par le parti centriste est dégradée : peu d’élus, positionnement peu compris… Malgré l’attention qu’il a suscité entre les deux tours, ses électeurs se sont souvent partagés entre droite et gauche, et il n’a pas réussi à jouer un rôle d’arbitre, ni à se faire élire sur une stratégie d’indépendance dans les quelques villes où il se maintenait.

Si la thèse de la nécessité d’une alliance avec ce parti devenu central pour pouvoir l’emporter à nouveau est ainsi largement démentie, il ne faut sans doute pas considérer le modem comme mort. Il y a toujours eu des voix persistantes au centre. Les prochaines élections européennes leurs seront plus favorables.

Enfin l‘état encore convalescent du PS et la dégradation de la côte de l’UMP permettent à son projet de subsister à moyen terme.

2 Qu’est-ce aujourd’hui ? Vers où se dirige le modem ?

Un parti par défaut ? Avec quelle ligne ?

Il faut considérer la doctrine actée, les écrits de ce parti naissant, mais aussi les évolutions et volontés plus complexes de leurs militants et électeurs qui en disent plus sur les avenirs possibles.

Leur ligne est variable, et encore relative aux positionnements des autres partis, même s’il y a la tentative de construire une pensée plus autonome. Alors que les textes du partis se positionnent encore au centre droit, les sympatisants s’orientent plutôt vers le centre gauche.

Leur alliance avec Cap21 et des anciens verts a réellement introduit l’écologie au modem. La démocratie participative est vantée, ainsi qu’ une gestion sérieuse des deniers publics.
Le rêve européen et une vision plutôt décentralisée sont des marqueurs persistants du modem comme hier de la démocratie chrétienne.
L’idéologie affirmée comme sociale-libérale du rapport Attali peut plaire à beaucoup d’entre eux, mais pas la méthode.

Concernant la manière de faire de la politique, les sectarismes sont souvent opposés aux
vertues d’une société civile et les partis politiques sont parfois (trop facilement) critiqués par nature.
Le « ni droite ni gauche », le consensus mou, bon père de famille, cède parfois la place à des militants qui se veulent extrêmes centristes, sur une ligne contestataire à la « Marianne », intransigeants, innovants, naïfs ou critiques vis à vis de Bayrou.

Ainsi parfois la politique est décriée et décrite comme un obstacle, parfois le retour du politique (mais sans les partis, ou tous ensemble) est demandé, parfois la politique est acclamée, le modem tentant de se substituer alors à l’un des grands partis dans le vote…


Généralement la politique participative est présentée comme devant se substituer aux querelles politiciennes. Mais aussi parfois malheureusement aux enjeux nobles de la politique…

Plus largement, plus le parti évolue, plus il se retrouve confronté à ce qu’il a critiqué au PS, une divergence interne importante sur certains points, qu’il faut gérer, dont on peut aussi tirer débats et avantages.

Le modem étant au centre, à chaque élection ses partisans se divisent au second tour. Par ailleurs, les strates de sa structuration historique continuent à diverger souvent.

Ainsi le modem a été une victime de choix de l’ouverture, presque partout des dirigeants de centre droit de l’anciens udf ont quitté le navire, pour des raisons idéologiques ou opportunistes.

La ligne autonome est finallement rare, et souvent contesté par des individualités, les divisions et hésitation sont nombreuses, presque inévitables.

Plus globalement pour ces municipales, le parti fait fréquemment alliance dès le premier tour, alternativement avec les uns ou avec les autres. Dans une logique de comparaison des programmes ? Parfois.

Malheureusement une analyse concrète des dernières municipales montre plutôt que souvent ils font alliance avec ceux qui ont le plus de chance de l’emporter (c’était flagrant au premier tour, plus partagé au second), sans que ce ne soit théorisé, mais les faiblesses de quelques-uns, et la volonté d’exister font les alliances.

Mais rarement cela n’a été décisif.

Doit-il choisir entre une ligne stricto-centriste et une ligne de centre gauche ? Va t-il le faire ?

Idéalement, ils cherchent à dépasser cette structuration, pour apparaître comme une force autonome, certes centriste, mais surtout portée par sa vision et ses propositions, et non par des jeux d’alliance et de positionnement.

Certes… Ce n’est ni facile, ni peut-être fidèle à la logique (réalité?) politique, outre les règles électorales peu favorables. Cela participe-t-il de la décrédibilisation du politique, comme moyen de choix, de propositions alternatives ? Ce n’est pas l’ambition du modem, mais les effets sont bien là. Celui-ci répondra que le politique est décrédibilisé par les postures artificielles et les oppositions systématiques. C’est aussi vrai, mais ne clos pas le débat.

Le positionnement centriste autonome ressemble fort à une impasse. Une solution serait la personnification par la présidentielle autour de Bayrou, et en cas de victoire devenir quelque chose par lui même, en prenant la place d’un des deux grands partis, puis en instaurant la proportionnelle.

La défection de l’ancien UDF peut être vu de leur point de vue comme une bonne chose, une clarification… Mais pour aller vers quoi ? S’il perd son aile droite, que devient le modem ? Un parti de centre gauche ? Cela pourrait être un pari cohérent, clair, sur l’échec de la rénovation du PS. Cela serait un aveux de l’échec du positionnement centriste fondamental et originel du modem, au profit d’un positionnement par défaut, face aux faiblesses, de fond ou de positionnement électoral, du PS.


Je ne pense pas que cela soit acté avant un moment.

Suite : Quel doit être le positionnement du PS vis à vis du modem ?

Quel doit être le positionnement du PS vis à vis du modem ?

avril 5, 2008


1 La pratique nouvelle et décomplexée d’alliances municipales avec le modem

Une alliance avec le centre a longtemps constitué un tabou au PS. Cela n’a jamais empêché quelques coopérations locales marginales, ou même au gouvernement avec Michel Rocard.
Mais une alliance plus globale était honnie par une partie du parti, qui pouvait accuser l’autre d’avoir ces idées tendancieuses, pour tenter de la disqualifier.

Cependant, en un an, la tendance a changé radicalement.
L’évolution du modem est la principale raison de ceci, ainsi que son poids relatif qui a augmenté tandis que les autres partenaires traditionnels du PS s’affaiblissaient. Il apparaissait beaucoup plus nettement comme une des condition de la victoire de la gauche.

Auparavant, le combat mené en commun pour le oui au moment du référendum avait pu mettre en évidence des accords partiels sur le fond. De même que chez les partisans du rejet du texte des affinités s’étaient créées, par delà les socialistes.

Ainsi le discours stigmatisant s’est affaibli, libérant des volontés plus anciennes. Certains déjà souhaitaient pouvoir choisir plus librement leurs partenaires.
Exclure une alliance au centre, c’ était souvent exclure une autre voie que la gauche communiste ou radicale. C’était donner à un partenaire potentiel la qualité d’un partenaire nécessaire, en position d’imposer certaines de ses propositions que nous n’aurions pas acceptées sinon.
La possibilité d’alliances avec le modem, sans devoir être une nouvelle obligation, donne plus de marge de manoeuvre au parti socialiste. Surtout demain lorsque des choix pourraient devoir se faire entre modem et lcr.
Ce mouvement a ainsi été initié par Ségolène Royal à la fin de la campagne présidentielle, de manière un peu précipitée, personnelle, et sans réussite, et cela se prolonge aujourd’hui au niveau local. De nombreux candidats, souvent proches de SR ou de DSK, (ou par l’intermédiaire du parti radical comme à Blagnac à côté de Toulouse), mais pas seulement, ont accepté des alliances avec le modem dès le premier tour (Roubaix, Dijon, Grenoble, Montpellier, et en partie Lyon et Bordeaux pour les plus grandes villes), ou alors au second.

Cela a fait raler les communistes et les emmanuellistes (sans parler des alters-révolutionnaires…), mais a pu participer à la victoire de la gauche dans certaines villes, y enclancher des dynamiques favorables, déjouer les attaques en « sectarisme » portées par la droite qui n’aime pas la politique.

Le bilan de ces démarches est cependant mitigé. Les ralliements d’entre deux tours n’ont pas paru décisif. Les accords mieux préparés dès le premier tour ont sans doute été mieux suivis par les électeurs, mais cela a parfois profité à des candidats de gauche alternatifs. Les électeurs du modem persistent à se partager entre droite et gauche au second tour, à quelques pourcentages près qui suivent la consigne.
Pour autant, ces petits arrangements locaux ne sont pas neutres. Il s’agit d’une reconfiguration importante du paysage politique, qui est porteur de risques comme d’opportunités.

2 Risques et opportunités pour le PS

1 Nos positions sont elles compatibles sur le fond ?

C’est une question préalable qu’il faut évidemment se poser. Idéologiquement pouvons nous nous associer avec un parti du centre ou du centre gauche comme avec les partis de la gauche plurielle ? Doit-on poser les mêmes exigences vis à vis du modem que face aux autres alliés traditionnels ?

Au niveau local il est souvent apparu que notre appartenance à la gauche, aux valeurs de partage et d’émancipation que cela signifie, ne nous empéchait pas de nous entendre avec ceux qui sont aussi, avec nous, des démocrates réformistes européens. Nous pouvons donc avoir à travailler avec les partis qui nous entourent, notamment dans une logique de second tour, où des coalitions se forment sur un projet.

En fonction des situations locales, nous nous sommes mis d’accord sur la démocratie de proximité, sur le développement durable, voire sur une politique sociale de l’habitat.

Mais l’hétérogénéïté de ce parti, au centre des systèmes de valeurs gauche-droite qui structurent toujours la société assez largement, fait quaucune position générale n’est pour l’instant possible.

Lorsque les circonstances locales font que les projets et les valeurs sont convergentes, sans que cela n’oblige à un affadissement ou à des renoncements porteurs de déception, les alliances sont donc possibles. Celles-ci peuvent même apporter des éléments de pluralité et de crédibilité ou une plus grande diversité dans les équipes.
Ce n’est pas le cas partout, en fonction des équilibres locaux dans les divers partis.

Les mêmes conditions pourraient être posées vis à vis des autres partenaires.

2 Comment le PS doit-il réagir face aux alliances variables au niveau local ?

Quelles sont les conséquences pour le PS de ces alliances fluctuantes au niveau local, ici avec le modem, là avec la gauche plurielle, voire ailleurs demain avec le parti anticapitaliste de Besancenot ? Les différences de tendances du PS local, accentué par les alliances conséquentes, pourraient créer des logiques de différenciation forte et croissante du parti selon les lieux. La cohésion idéologique nationale du parti pourrait être plus difficile à maintenir, ainsi que sa lisibilité.


Faut-il homogénéïser les pratiques, ou respecter la détermination locale tout en veillant à maintenir la cohésion nationale par le débat, la délibération et les choix collectifs ?

3 Ne prend-on pas le risque de renforcer un concurrent, voire couver l’oeuf du dragon qui demain nous terrassera ?

Bientôt ces questions seront sans doute plus vives si se crée à notre frange un Links Partei à la française autour de Olivier Besancenot, qui pèsera sur nous comme sur le SPD en Allemagne. Dans une perspective de refondation de la gauche, le PS pourrait avoir comme partenaires alternatifs le centre(-gauche ?) et la gauche radicale. Je pense qu’ en effet celle-ci ne restera pas sur une position de refus de responsabilités, notamment au niveau local.

Certains communistes nous rappèlent, mélancoliques, que Mitterand a étouffé le PC en s’alliant avec lui alors que le PS était moins puissant. « Voilà ce qui va vous arriver si vous acceptez ». Si les situations ne sont pas les mêmes, la méfiance doit effectivement être présente, dans ces alliances entre concurrents.

Lorsque Henri Emmanuelli Ou Jean-Christophe Cambadelis, après bien d’autres, se demandent en quoi nous devrions aider le modem a exister, alors que son projet présidentiel était précisément de nous devancer, de nous briser (et qu’en sera-t-il la prochaine fois), ils ont raison.

En effet, ces alliances permettent au modem d’avoir des élus, une forme de reconnaissance. Demain si à nouveau notre candidat ne convainc pas une partie des sympatisants socialistes, il y aura moins de barrières à un vote modem, d’autant plus s’il y a une alliance dans leur ville. A l’inverse, ces dirigeants qui travailleront ensembles dans les villes peuvent ancrer le modem au PS, lorsque des choix de second tour devront être faits, y compris au niveau national.

La situation ubuesque que l’on a connue lors de l’élection présidentielle ne sera plus possible : Bayrou, candidat de la droite, antilaïque et ultralibéral contre lequel tractaient les militants, est devenu en une semaine un partenaire dans la défense de la république, potentiel premier ministre, avec lequel étaient désormais constatées de larges convergences. Ridicule.

La méfiance est également la position de nombreux réformistes, qui pensent que c’est le PS qui doit aussi incarner cette rénovation, cette crédibilité, cette alternative, sans abandonner une partie du positionnement au modem, dans ce qui serait une tacite répartition des segments électoraux… L’émergence d’un parti de centre gauche au dépend du PS serait un recul de notre influence, alors que nous avons vocation à l’élargir.


4 Le PS et le Modem sont confrontés à des dynamiques concurrentes :

En effet ce qui est vrai en terme d’idées et d’électeurs se retrouve aussi pour les militants.

Il y a donc effectivement un risque tactique évident à conforter et légitimer le modem comme partenaire potentiel de la gauche, si nous arrivons en situation de faiblesse aux prochaines élections. Il faut donc mesurer les avantages d’une alliance à chaque fois.

On constate l’émergence d’un nouveau vivier de sympatisants politisés qu’il s’agit d’attirer.

Alors qu’ auparavant la séparation avec les autres partis à droite du PS était nette et franche, se crée dorénavant, dans les deux sens, un ensemble de sympatisants qui hésitent et peuvent être plus exigeants sur le fond comme sur le fonctionnement.

Déjà lors du second tour des législatives, le vote modem du premier tour a permis de faire voter à gauche au second des personnes plutôt de centre droit, servant de pont. Tout comme sans doute, un vote Bayrou au premier tour de la présidentielle a pu aussi permettre à certains déçus de la gauche d’oser le vote Sarkozy au second.

Nous devons donc gagner cette dynamique des fluides politiques. Cela brasse, renouvelle, rajeunit, consolide pour les débats et combats de demain.

On retrouve une partie des adhérents à 20 euros du PS aujourd’hui au modem.

Mais demain en fonction des dynamiques, une partie de membres passés par le modem rejoindra le parti socialiste.

En effet, le danger que fait peser le modem se situe également à ce niveau : l’émergence d’un mouvement est une aventure, un projet tentant, une dynamique. L’espoir est grand chez tout ces nouveaux militants, qui pensent créer une structure sans avoir à s’embarasser d’élus, de conflits anciens. La réalité est moins simple, mais une volonté et un espace de création politique subsiste. Il est ainsi intéressant d’aller lire les débats sur les statuts qu’ils mènent, tout semble possible. Cela souligne également nos déficiences, qui ont fait fuir beaucoup de récents camarades…
Ainsi cela attire là-bas des électeurs ou militants qui auraient, pour une part, tout à fait leur place au PS.

Cela a aussi une incidence en terme de rapport de force interne au PS. Le risque peut notamment être d’attirer là-bas des énergies et des voix qui manqueront en interne à certains, alors que le parti est en pleine recomposition. Certains, qui sont las du fonctionnement interne ou déçus de certaines orientations, peuvent se diriger vers le modem, plutôt qu’adhérer ici pour contrer ce qu’ils perçoivent comme une menace ou faire évoluer les choses…

Il faut donc rendre notre parti, notre sensibilité, attractifs, en améliorant notre image extérieure par une meilleure communication, par un vrai travail sur le fond qui rende un appétit intellectuel pour les échanges dans notre parti et nos propositions, en développant les associations « cousines », nos publications et évènements propres.

Conclusion

Le Modem apparaît faible et décrédibilisé suite aux élections municipales, sur lesquelles il n’a pas réellement pesé. Pourtant un espace existe encore pour lui, il faut donc continuer à réfléchir à notre positionnement vis à vis de ce mouvement.

Si des accords sont désormais envisageables sur le fond dans certaines conditions, les alliances ont donné des résultats mitigés, notamment lorsqu’elles paraissaient factices. Il s’agit donc d’un choix tactique qui n’est ni exclu, ni évident. Ceci d’autant plus que le Modem reste un concurrent qui veut prendre notre place ou nos électeurs. Notre but n’étant pas de le renforcer -nous ne nous résignons pas à l’existence temporaire du Modem « sur nos terres » laissées en jachère- les alliances doivent être bien pesées.

Sans doute pouvons nous alors envisager des accords, mais sans être dupes ou naïfs. Plus largement il ne faut pas sous-estimer le risque de dillution de la politique dans le centre, tendant à laisser penser que finalement les grandes orientations se valent, que les projets sont importants sans s’interroger sur les valeurs.

Ainsi Bertrand Delanoë avait raison lorsqu’il affirmait que des accords étaient possibles à Paris, mais seulement si le modem a la cohérence de faire un pas vers le PS, notamment en affirmant que dans cette situation « la droite et la gauche, ce n’est pas pareil ».

Il ne faut pas abandonner tout préalable qui laisserait penser qu’il n’y a pas de différences entre nos deux partis. C’est donc bien dans le cadre d’alliances maîtrisées entre partis, et non pas dans la négation des différences, que des accords peuvent avoir lieu.

Cette restructuration du centre peut donc être un risque comme une opportunité pour le PS, et plus particulièrement pour les sociaux-démocrates et réformistes.

Pour répondre aux besoins qu’expriment ceux qui s’adressent au Modem, le Parti Socialiste doit proposer une rénovation de son fonctionnement et un projet fort.

Nous ne devons plus laisser cet espace libre, celui de vrais réponses efficaces et d’une vision cohérente d’un projet de société émancipateur et solidaire qui nous positionnera en pôle attirant le centre gauche comme la gauche radicale. C’est être pour tous une perspective crédible de gestion efficace et d’amélioration de la situation.

Au delà de l’idéologie, dans son fonctionnement il peut tenter d’incarner un anti-PS, en le caricaturant parfois, mais aussi en pointant de réels dysfonctionnements.

Cela accroit donc enfin l’exigence de rénovation des pratiques au PS, pour rendre un rôle attractif aux militants, dans le débat, dans les processus démocratiques, dans le vivre-ensemble.

Pour sauver la France : le complot de l’ouverture… (1)

février 28, 2008


Début février 2007, Eric Besson réunit chez lui une assemblée nombreuse. Parmi celle-ci, de nombreux cadres du parti socialiste, mais aussi des anonymes. Des gens qui comptent, souvent, qu’il a rencontrés lors de ses expériences passées, à Vivendi, dans le monde politique ou les dîners en ville.

1 Eric Besson exècre Nicolas Sarkozy.

Son style cavalier, prétentieux et populiste, sa politique qu’il juge inefficace et dangereuse. Quelques semaines auparavant, il a dirigé l’élaboration d’une critique du sarkozysme, où il qualifie celui-ci de «néoconservateur américain avec un passeport français». Encore s’est-il modéré.

Eric Besson est un visionnaire. Il a lu ce qui allait se passer, et il a peur. En économiste, il pressent les dangers portés par les ambitions contradictoires du chef de la droite. Mais au delà, il s’inquiète pour la cohésion sociale, la stigmatisation de ceux qui galèrent, des banlieues, l’ adoration pour l’argent et la société de consommation que l’on peut déjà déceler chez Nicolas Sarkozy.

Le fondement laïque de la société, l’engagement européen, la réelle prise en compte de la révolution écologique, de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie… Tout cela sera balayé par un chef de l’Etat qui veut tous les pouvoirs. Jusqu’ à où ?

Mais Eric Besson a vu aussi, en ce début de campagne, que la gauche est trop faible.

Trop éclaté, mal préparé à cause des années perdues autour des tiraillements européens, des enjeux de personnes et de courants, le PS s’est coupé des idées nouvelles, de l’actualisation permanente de son projet. Il ne dispose pas des outils qui permettront de traduire la complexité du monde en programme, d’imposer l’ordre du jour aux médias. Sur de nombreux points, le PS n’a pas tranché, on ne connaîtra pas les réponses avant la présidentielle, il le sait.

Au delà, le parti a choisi Ségolène Royal. La réconciliation post-référendaire a nécessité une synthèse molle, sur un projet trop rapidement élaboré, fruit de consensus contradictoires. Sans leader, avec des réponses fragmentées, des rancoeurs accumulées, beaucoup auraient pu être candidats par défaut… Ségolène Royal a senti l’opportunité, l’appel du vide, et a tenté avec brio son coup médiatique, fait de propositions iconoclastes et divergentes, de dénigrement du parti pour mieux coller à l’opinion publique, de vraies thématiques innovantes aussi.

Et l’opinion publique a choisi, sans vraiment savoir, mais en espérant beaucoup, face à une droite paradoxale et parfois dure.

Eric Besson n’avait pas fait ce choix là. Il avait des craintes, rapidement confirmées. Après une exposition médiatique formidable, l’attrait de la nouveauté et de la possibilité d’une femme à la tête de l’Etat, les sondages ont lentement déclinés. Elle sera une candidate de transition, qui a apporté de l’innovation, une volonté de rénovation des pratiques et des idées, qui a donc été utile, mais qui ne pouvait pas l’emporter.

Pour le brillant analyste, point besoin de ces études, pour avoir déjà plusieurs mois d’avance. La situation lui paraissait sans issue, et il ne voyait plus de solutions immédiates. La désignation avait eu lieu trop tard. Les débats participatifs, concept intéressant, auraient du avoir lieu pendant la construction du projet. Enfin la candidate n’ayant pas digéré la campagne interne, se privait largement des ressources du parti, l’empêchait de s’organiser face aux attaques, et agaçait l’opinion par certaines déclarations, hésitations…

Eric Besson avait partagé, depuis plusieurs semaines, ses inquiétudes, avec de nombreux camarades. Ils décidèrent de créer un club informel : les Gracques. Ceux-ci, voyant la défaite comme inéluctable, souhaitaient élaborer un plan pour sauver le pays, sans aller contre la démocratie. Pour certains cela passait par une grande alliance contre l’UMP, avec François Bayrou notamment.

Mais Eric Besson savait aussi que cela ne fonctionnerait pas. François Bayrou avait ses ambitions propres. Les militants des partis n’y étaient pas prêts. La réalité du danger Sarkozy, souvent invoquée par le verbe, n’avait pas pénétré le coeur de la société.

(suite)

Pour sauver la France : le complot de l’ouverture… (2)

février 27, 2008

2 Ce jeune dirigeant prometteur eut alors l’audace d’élaborer un plan qui semblait fou.

Début février, ceux qu’il sentait prêt avaient été conviés. Il les avait testés sur leur perception de la situation, sur leur dévouement à la justice sociale. Dans la grande salle, plusieurs dizaines de personnes, qui allaient se lier par un pacte historique.

Ils étaient tous là. Autour de la table, des noms connus : Jacques Séguéla, Carla Bruni, Jacques Attali, Bernard Kouchner, Fadela Amara, Jean-Pierre Jouyet, Martin Hirsch. Quelques contacts avaient été pris avec des partisans de François Bayrou et de Dominique Strauss-Kahn ou de Laurent Fabius.

Eric avait parlé à Lionel au téléphone, qui l’avait encouragé. Ils avaient le même diagnostic.

Mais Besson avait en plus le sentiment impérieux de la nécessité d’agir. Pour cela il était prêt à faire don de sa personne à la France. Il ne serait pas seul. Son esprit machiavélique tendait sa toile, cent fois plus vite que ses adversaires, battu pour l’instant mais pas abattu.

-Première nécessité : le secret absolu. Terrible exigence, les familles, les amis, les journalistes ne sauraient être au courant. Une fuite signifierait la fin immédiate de l’opération.

-Deuxième chose : peser sur les conditions pour qu’elles deviennent favorables. Pour pouvoir infiltrer la machine Sarkozyste, il fallait que la muraille se fendille. Il faudrait agir sur le débat public, mais aussi au plus près, de l’intérieur.

-Troisièmement : Une vision de long terme, planifiée et maîtrisée était nécessaire, sans quoi le sacrifice demandé ne serait pas supportable.

-Enfin, quatrièmement, un peu de chance, avoir choisi les bonnes personnes, les bonnes informations sur l’adversaire

Ce jour, chacun avait travaillé. Ils prêtèrent serment. Ils formaient désormais une famille, qui allait devoir résister à leur environnement proche, à la tentation corruptrice aussi.

Ils avaient décidé d’agir vite. Chacun par son influence souterraine, pour approcher les réseaux du candidat, et pour imposer l’idée de l’ouverture. François Bayrou y étant naturellement enclins, il fallu instiller cela comme une évidence pour tous.

Eric Besson donna lui-même le coup d’envoi public de leur action en quittant le PS.

Le 14 février il quitta avec fracas son poste au PS. Il écrivit rapidement et publiquement une lettre à Nicolas Sarkozy. Bientôt, un livre acerbe et dur renforca la construction de son personnage : le traître, sans honneur mais imbu de sa personne. Bientôt Nicolas Sarkozy ne saura résister à faire appel à lui, pensant réussir là un bon coup, alors qu’il mordait vulgairement à l’hameçon.

D’autres membres du groupe se rapprochèrent discrètement de leur pire ennemi. Cela se passa mieux que prévu encore. Dès avril, Jacques Séguéla organisa un discret dîner, bien avant ceux qui furent révélés à l’automne. Carla et Nicolas sont présents. Son numéro de charme, et quelques artifices chimiques, entraînent l’inévitable : elle aura auprès de lui dès ce moment une place croissante, un rôle considérable. Elle appuie ceux de ses conseillers, infiltrés eux aussi, qui proposent, ou plutôt imposent par leur habileté, le concept de l’ouverture.

Nicolas est en fait assez perméable. Ses conseillers ont un grand pouvoir. C’est un homme d’action, manipulable, mais ensuite borné une fois qu’il a fait sienne une idée. Il faut être là au bon moment.

Son entourage est traversé de luttes violentes pour le contrôle de sa parole. Certains des partisans de Besson purent ainsi planifier l’ouverture politique.

Malheureusement, l’élection confirma les pires craintes de celui-ci : Sarkozy largement élu. Mais son plan était sur les rails, et il n’en sortit pas.

Il fallut oeuvrer finement pour placer le plus possible de ses partisans, et écarter les vrais opportunistes ou renégats. Mais il fut satisfait. En plus de lui même, Martin Hirsch, Fadela Amara, Bernard Kouchner et Jean-Pierre Jouyet étaient de la partie. Carla était en place elle aussi, sacrifice incommensurable, don de son corps et de sa dignité pour le bien commun.

Mais cela ne suffirait pas. Avec l’aide du président Luxembourgois Jean-Claude Junker, l’un de leurs proche, et l’accord de Dominique Strauss-Kahn, ils réussirent à imposer celui-ci à la tête du FMI. La droite n’ayant personne à proposer de ce niveau, cela fut chose relativement aisée.

Conformément à la promesse de campagne que le groupe avait inspiré, Didier Migaud fut désigné à la tête de la commission des finances.

Enfin, Hubert Védrine et Jacques Attali reçurent des missions pleines de potentiel.

(suite)

Entre deux tours, de l’espoir aux abysses… (6)

janvier 10, 2008

Au soir du premier tour, la joie est intense, nous sommes au second tour.

Cela suffit à notre bonheur. Dans le bureau où je participe au dépouillement, les scores sont très bons, ainsi que plus généralement sur Toulouse, ce qui est de bonne augure pour les législatives et les municipales à venir.

Pourtant rapidement, on s’aperçoit que Sarkozy est loin devant. Rien n’est perdu, mais il faudra une dynamique forte, avec les centristes, l’extrême gauche, les abstentionnistes éventuels.

Dès le soir, nos espoirs sont douchés. Le discours très tardif de notre candidate est calamiteux : hésitant, vide, décousu. Il contraste avec la rapide et forte intervention du futur vainqueur.

Les électeurs de François Bayrou semblent être une des clefs de la victoire. La danse du centre commence, avec improvisations et parfois brio de Ségolène, elle tente, et obtient une réponse ambigüe. Bayrou accepte de débattre, et affirmera qu’il ne voterait pas Sarkozy, avec des propos assez dur.

Pourtant lors du débat Bayrou-Royal, il est sévère avec le projet socialiste, n’hésite pas à le caricaturer, veut marquer sa différence, pour la suite. Il n’appelle pas au vote Royal. Par ses critiques il pousse de nombreux centristes à voter Sarkozy.

C’est à ce moment que j’ai me semble t-il vu un meeting de Ségolène à Toulouse. Moment étrange, rassemblement de 40000 personnes. Sont également présents, François Hollande, qui fait un peu d’humour, Zappatero qui plaide en Espagnol pour la voie social-démocrate…

Ferveur intense, fanatique parfois, qui contraste avec l’élocution difficile de Ségolène. Mais cela fait partie de la mise en scène d’un choix de société, qui est réel, qui transparait difficilement dans les mots, que la candidate a du mal à porter. Le public doit alors se dépasser, surjouer, compenser.
Quelques bons passages, d’autres sont creux, des généralités humanistes et des slogans sympathiques. Elle peine toujours à placer sa voix, à raconter une histoire, à convaincre, à entrainer. Je ressens une impression de crainte, d’ennui, de joie lorsqu’on se dit que c’est tout de même possible, d’affection et de compassion lorsqu’elle rame.

Puis vient l’étape ultime, le débat d’entre deux-tours présidentiel. Les sondages ne sont toujours pas favorables, mais se resserrent un peu. Est-ce que cela peut réellement faire bouger les lignes, les opinions cristallisées par des semaines de débats ? Pas radicalement, mais c’est un élément important qui pourrait nous faire gagner de justesse, même si ce n’est pas le plus probable.

Strssé, impatient, je m’installe devant la télé. Chez moi avec des amis, nous assistons au début catastrophique de la chose. L’histoire des policières violées, trouvée apparemment par Dray, est scabreuse et ridicule. C’est aller chercher un fait divers glauque pour susciter la peur et l’émotion et en faire un argument politique. C’est imputer une anecdote à Sarkozy (en tant qu’ancien ministre de l’intérieur) de manière démago, sans attaquer sa politique sur le fond et sa globalité. Et c’est proposer une réponse mal formulée, le raccompagnement des policières chez elles par d’autres policiers (et pour le retour de ceux-ci on fait comment ?) qui donne l’occasion à Sarkozy de moquer cette « fonction publique pour s’occuper de la fonction publique »

C’est plié. Le reste est meilleur, bon parfois, souvent approximatif, des deux cotés parfois. Elle reprend Sarkozy sur le nucléaire tout en disant une bêtise. Puis vient la « saine colère », là encore largement surjouée, trop longue, et basée sur du mensonge. S’il y a bien une politique qui a progressée sous Chirac, c’est celle en faveur des handicapés, avec la loi de 2005.

Dès le lendemain, je commence à écrire une réaction en prévision de la défaite… Les sondages tombent et vont dans ce sens. On peut passer à autre chose, et préparer notamment la déconstruction-reconstruction du PS…

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