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Pour sauver la France : le complot de l’ouverture… (1)

février 28, 2008


Début février 2007, Eric Besson réunit chez lui une assemblée nombreuse. Parmi celle-ci, de nombreux cadres du parti socialiste, mais aussi des anonymes. Des gens qui comptent, souvent, qu’il a rencontrés lors de ses expériences passées, à Vivendi, dans le monde politique ou les dîners en ville.

1 Eric Besson exècre Nicolas Sarkozy.

Son style cavalier, prétentieux et populiste, sa politique qu’il juge inefficace et dangereuse. Quelques semaines auparavant, il a dirigé l’élaboration d’une critique du sarkozysme, où il qualifie celui-ci de «néoconservateur américain avec un passeport français». Encore s’est-il modéré.

Eric Besson est un visionnaire. Il a lu ce qui allait se passer, et il a peur. En économiste, il pressent les dangers portés par les ambitions contradictoires du chef de la droite. Mais au delà, il s’inquiète pour la cohésion sociale, la stigmatisation de ceux qui galèrent, des banlieues, l’ adoration pour l’argent et la société de consommation que l’on peut déjà déceler chez Nicolas Sarkozy.

Le fondement laïque de la société, l’engagement européen, la réelle prise en compte de la révolution écologique, de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie… Tout cela sera balayé par un chef de l’Etat qui veut tous les pouvoirs. Jusqu’ à où ?

Mais Eric Besson a vu aussi, en ce début de campagne, que la gauche est trop faible.

Trop éclaté, mal préparé à cause des années perdues autour des tiraillements européens, des enjeux de personnes et de courants, le PS s’est coupé des idées nouvelles, de l’actualisation permanente de son projet. Il ne dispose pas des outils qui permettront de traduire la complexité du monde en programme, d’imposer l’ordre du jour aux médias. Sur de nombreux points, le PS n’a pas tranché, on ne connaîtra pas les réponses avant la présidentielle, il le sait.

Au delà, le parti a choisi Ségolène Royal. La réconciliation post-référendaire a nécessité une synthèse molle, sur un projet trop rapidement élaboré, fruit de consensus contradictoires. Sans leader, avec des réponses fragmentées, des rancoeurs accumulées, beaucoup auraient pu être candidats par défaut… Ségolène Royal a senti l’opportunité, l’appel du vide, et a tenté avec brio son coup médiatique, fait de propositions iconoclastes et divergentes, de dénigrement du parti pour mieux coller à l’opinion publique, de vraies thématiques innovantes aussi.

Et l’opinion publique a choisi, sans vraiment savoir, mais en espérant beaucoup, face à une droite paradoxale et parfois dure.

Eric Besson n’avait pas fait ce choix là. Il avait des craintes, rapidement confirmées. Après une exposition médiatique formidable, l’attrait de la nouveauté et de la possibilité d’une femme à la tête de l’Etat, les sondages ont lentement déclinés. Elle sera une candidate de transition, qui a apporté de l’innovation, une volonté de rénovation des pratiques et des idées, qui a donc été utile, mais qui ne pouvait pas l’emporter.

Pour le brillant analyste, point besoin de ces études, pour avoir déjà plusieurs mois d’avance. La situation lui paraissait sans issue, et il ne voyait plus de solutions immédiates. La désignation avait eu lieu trop tard. Les débats participatifs, concept intéressant, auraient du avoir lieu pendant la construction du projet. Enfin la candidate n’ayant pas digéré la campagne interne, se privait largement des ressources du parti, l’empêchait de s’organiser face aux attaques, et agaçait l’opinion par certaines déclarations, hésitations…

Eric Besson avait partagé, depuis plusieurs semaines, ses inquiétudes, avec de nombreux camarades. Ils décidèrent de créer un club informel : les Gracques. Ceux-ci, voyant la défaite comme inéluctable, souhaitaient élaborer un plan pour sauver le pays, sans aller contre la démocratie. Pour certains cela passait par une grande alliance contre l’UMP, avec François Bayrou notamment.

Mais Eric Besson savait aussi que cela ne fonctionnerait pas. François Bayrou avait ses ambitions propres. Les militants des partis n’y étaient pas prêts. La réalité du danger Sarkozy, souvent invoquée par le verbe, n’avait pas pénétré le coeur de la société.

(suite)

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Pour sauver la France : le complot de l’ouverture… (3)

février 27, 2008

3 Tout était en place. Un objectif : faire de son mandat un calvaire pour Nicolas Sarkozy, limitant ainsi ses capacités de nuisance.

Les premiers mois furent difficiles. Ils durent supporter le déchaînement de leurs amis qui se croyaient trahis, l’incompréhension et la tristesse de leurs proches. Ils ne purent qu’approuver des mesures parfois révoltantes ou fragilisant le pays. Pour ne pas se dévoiler, la discrétion était de mise. Ils durent jouer aux sarkozystes fervents. En permanences, ils continrent leur rage face aux sourires serviles qui défiguraient la cour autour du nouveau roi.

Pour parer à l’urgence, Eric Besson défendit insidieusement devant Borloo la TVA sociale, peu avant que celui-ci n’aille sur un plateau de TV. Fabius avait été prévenu. Cela permis d’établir une première digue au parlement, mais encore bien insuffisante.

Mais leur emprise allait croître lentement. Leur pouvoir de nuisance allait devenir terrible.

En secret, Carla continuait à voir le désormais président, pleine de honte rentrée. Ses exigences contribuèrent à la décision politique de la séparation d’avec Cécilia. Elle le rendait fou. Avec l’aide de quelques autres personnes influentes de la nuit parisienne, elle travailla Nicolas au corps.

Sa volonté de pouvoir, de richesse, d’opulence fut exacerbée. Déshinibé par son entourage, qui lui montrait les bons sondages, « cela ne choque pas les français », « c’est normal pour quelqu’un de ton rang », « regarde dans les autres pays », « cela passera bien dans les classes populaires, les cités : les gens veulent du rêve.. », il s’engouffra dans le yacht de Bolloré, imposa une augmentation de son salaire, afficha sa relation privée et clinquante sans plus de limites, de pudeur, de décence.

Les ministres, eux, commencèrent habillement à instiller la division. Quelques critiques légères sur des mesures phares d’abord, avec Martin Hirsch sur les franchises médicales, ou Fadela sur les tests ADN. Puis de plus en plus, mais toujours de manière discrète.

C’était cependant terrible pour eux. Obligés de sourire face à la morgue de certain députés UMP, de baisser la tête face à tout le sarkozysme, obligés de se taire, de se renier publiquement. Certains voulaient démissionner dès l’été.
« Pas encore, mes amis » répondait invariablement leur mentor.

Certains ont failli craquer, envisageant des manières plus radicales de nuire à cet omniprésident. Carla fut proche du régicide lorsque Nicolas envisagea de lui faire un enfant. Tout mais pas ça. Elle trouva des excuses.

Pourtant, à part quelques conjoints prévenus dès le départ, il n’y eut pas de fuite, le secret était bien gardé. Pour tenir, ils se voyaient souvent, entre gens bien ouverts, chez Bernard au ministère des affaires étrangères. Ils prirent même l’habitude de se réunir dans les dépendances de l’Elysée lorsque Carla y eut porte ouverte. A l’UMP, ils parlaient des diners de l’ouverture, vexés d’en être écartés. On ne parlait jamais du projet, par peur d’être écouté, mais on s’amusait beaucoup.

Les premiers effets de ce harcellement discret se firent sentir à l’UMP. Agacements, jalousies, rancoeurs, face à une politique que les agents de Besson s’attachaient à rendre choquante dans les paroles, mais inefficace dans les faits. Les sondages indiquèrent une érosion de la popularité du Président. Les sourires carnassier de la bande s’aiguisèrent.

La fin de l’Etat de grâce : il était temps d’agir plus fort

Le jeune secrétaire d’Etat à la prospective avait un schéma bien établi. Leur présence, leur action mettait mal à l’aise la majorité, pas toujours de manière consciente. Celle-ci était de plus en plus tentée de surenchérir, en déposant des amendements de plus en plus droitiers qui choquaient enfin l’opinion. Cela faisait partie du jeu. Il fallait souffler sur les braises. De son côté, ses études officielles pour le pouvoir honni avancaient a minima, juste de quoi de pas se faire démissionner.

Après avoir demandé en privé la visite de Kadhafi, Kouchner s’amusa ainsi à exciter Guaino et Boutin, ce qui fut aisé, sur la laïcité. La visite du guide eut un effet désastreux. Et la laïcité commença à travailler l’entourage du Président.

En panique face à sa chute dans les sondages, il tenta de remobiliser l’électorat de droite sur une question très structurante en terme de vote, comme celle de la religion. Mais ses discours illuminés sur la religion, faisant l’apologie du kamikaze, de la politique de civilisation de l’Arabie Saoudite et de son Islam tolérant, remettant en cause la laïcité telle qu’établie en France depuis un siècle, ne mobilisèrent pas les croyants, déçu par l’étalage de sa vie privée, dont Carla abusait sans vergogne.

Bigard, de toute sa vulgarité, soutint involontairement leur oeuvre de décrédibilisation.

Ce Sarkozy Bigot-Bigard allait à juste titre faire mal à la droite.

A l’approche des municipales, il fallait continuer à diviser la droite, et à décrédibiliser l’action du gouvernement. Fadela Amara déclara qu’elle ne voterait pas Sarkozy à la prochaine élection présidentielle. Kouchner et Jouyet se prononcèrent en faveur de Delanoë à Paris.

Didier Migaud critiqua sévèrement la loi de finance pour 2008, et Dominique Strauss-Kahn appela à sanctionner Sarkozy et à une politique de relance au niveau mondial, donnant des leçons à une Christine Lagarde bien loin avec regret de son cabinet d’avocat.

Les agents de l’ouverture se réunirent chez Jacques Ségéla au début de l’année. Quelques phrases discrètes à double sens renseignèrent chacun sur leur mission. Ces allusions fines ne furent pas perçues par Jean-Marie Bockel, qui n’était pas dans le coup, mais qu’ils avaient été contraints d’inviter pour ne pas éveiller les soupçons.

Fadella proposa un plan bien vide à Nicolas Sarkozy pour les banlieues. Il ne put rien en faire. Sa démission, faute de moyen, dans un grand coup d’éclat, sera bientôt un des moments difficiles du gouvernement. D’autres suivront… Le château de carte vacillait enfin, il ne restait plus qu’à souffler.

Ils pouvaient être fier. Il y eut bien quelques ratées, comme le rapport Védrine, qui n’eut pas trop d’impact alors qu’il devait souligner le repositionnement géopolitique de Sarkozy, mais rien de grave.

Plus sérieuse fut l’alerte, fin janvier, lorsque Carla posa nue pour un magazine espagnol. Sa haine la poussait a des légèretés excessives. Les autres membres craignaient pour sa santé mentale.

Elle aurait pu être soupçonnée pour avoir fait ça. Mais même pas, jouer l’ingénue suffit…

Parfois Besson avait honte d’infliger tout cela à l’image de la France. Mais sans tout cela, ce n’est pas une bouffonnerie internationale dont il s’agirait, mais d’un pouvoir narcissique et sans partage.

Dans l’ensemble, le pouvoir était pris à la gorge : les symboles de l’ouverture s’étaient rendus symboliquement indispensables. Ce cancer pour la majorité allait s’étendre aux collectivités locales.

(suite)

Pour sauver la France : le complot de l’ouverture… (4)

février 27, 2008

4  A la veille des municipales, l’ouverture fonctionne à plein pour faire tomber la droite.

Eric Besson était très satisfait. Mais concrètement leur stratégie devait apporter des résultats concrets dès mars 2008, aux municipales. Ils allaient tout faire pour que la droite connaisse une défaite cinglante.

Eric Besson lui même déclara ainsi de manière innocente, cinq semaines avant les élections, que l’idée de la TVA sociale n’était pas abandonnée.

Il appela également Michel Roccard : « Michel, c’est le moment de démissionner de la commission sur les enseignants ». Celui-ci s’exécuta immédiatement, prétextant une récupération politique possible.

Mais ce fut surtout Jacques Attali, qui agit en maître.

Il concocta un rapport très volumineux, pensé pour plaire au Président. Il avait pris soin au préalable de se valoriser constamment, et Nicolas Sarkozy s’était même imprudemment lié les mains : « Tout ce que dira la commission, nous le ferrons ».

Jacques et ses amis inclurent donc dans ce rapport quelques pépites farfelues, contradictoires, dogmatiques ou irréalistes que le président ne pourrait accepter, au risque de se dédire. D’autres, nombreuses, qui allaient gêner de nombreuses catégories de la population. Il prit soin d’être particulièrement hautain, et méprisant envers les parlementaires lors de la remise de ce pensum.

En sortant ce rapport toxique pour la droite un mois avant les municipales, il était sûr de son mauvais coup.

Dans ce climat, rendu enfin favorable pour la gauche, qui avait retrouvé en parallèle son envie, et entamait un profond travail de reconstruction, Besson finallisa sa stratégie pour les élections municipales.

Tout d’abord ils placèrent quelques uns d’entre eux dans la compétition, dans des endroits stratégiques, avec pour consigne d’être mauvais, comme Jean-Marie Cavada dans le XIIeme à Paris.

Mais surtout ils avaient réussi à tordre la démocratie. Ils avaient réussi à faire de l’ouverture un des arguments de la droite, alors que cela se retournerait naturellement contre elle. C’est un concept radioactif, dangereux mais insidieux, et dont on ne se débarasse pas facilement.

Partout en France les listes de droites (rarement assumées) sont parties à la recherche de retournements de vestes. Partout ils tentent avec ferveur de distiller de l’incohérence dans leurs équipes, de charmer ceux dont l’adversaire ne veut plus. Dans chaque ville, parce que le président l’a dit, parce que Besson a réussi son coup, n´importe quelle personne qui n´a pas été retenue démocratiquement par son parti, les déçus, ceux qui sont en perte de vitesse, les ex, les médiocres, peuvent trouver ailleurs un nouveau siège.
Les ratés d’en face prennent de la valeur simplement car ils se dédisent! C’est terrible pour la politique. Mais c’est surtout la défaite assurée pour la droite : cela instille rancoeurs et jalousies, remobilise les électeurs du modem contre ceux qui ont rejoint l’UMP, dégrade souvent l’image de la liste…

Ils sont tous des complices involontaires des comploteurs de l’ombre qui ont peu à peu entourés Nicolas Sarkozy pour le défaire avec ses propres armes.

Ainsi, Eric Besson est confiant. Carla Bruni et Jacques Attali ont été ses meilleurs combattants. Cela leur a coûté beaucoup, mais le combat s’annonce bien. Il reste du travail, et une défaite aux municipales pourrait entrainer des changements dans l’entourage du Président. Mais ils sont bien en place, ils sont confiants. Non, la France ne sera pas livrée aux chiens…