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Le congrès du PS se dessine tendrement…

août 2, 2008

En effet, déclarations et rencontres discrètes succèdent aux lettres enflammées, alors que les ébauches se teintent lentement de mélanges exquis de couleurs politiques (on reste bien sûr dans les tons roses…)

Ainsi, voici une lettre de Jean-Christophe Cambadelis (cf infra) que j’ai trouvée intéressante. Elle résume beaucoup de choses, présente les enjeux. On peut aussi renvoyer aux fréquents messages de Pierre Moscovici sur son blog.

Tout cela va dans le bon sens, d’une construction progressive d’une alliance cohérente et solide, fondée sur des accords de fond et de stratégie.

On peut sentir depuis le début quelques différences dans l’approche entre les deux personnages. Pourtant, j’ai toujours pensé que c’étaient deux facettes d’une même démarche, qu’il y avait débat voire entente, et non conflit. Cela nous permet de naviguer entre plusieurs stratégies, nous avons le choix, ce qui est un luxe appréciable.

Concrètement, Moscovici n’envisage pas vraiment que Fabius, même si on peut discuter, intègre cette majorité éventuelle. Cambadelis souhaite ne pas ostraciser Fabius, ce qui le pousserait à rejoindre et consolider l’aile gauche du PS. Je suis partagé, je pense qu’il faut savoir réduire les schismes du passé, discuter avec tous. Pour autant, la majorité doit être cohérente, et pour le moment je ne pense pas que les fabiusiens y aient leur place.

Je réïtère ma prudence vis à vis de Delanoë, même si j’apprécie plutôt le personnage, je pense qu’il peut être bon que des choix alternatifs s’affrontent : on n’est plus dans une configuration soupe réformiste contre marginalité gauchiste. Non, des alternatives réformistes doivent s’opposer et proposer dans le parti.

Or Delanoë c’est une conception du parti parfois un peu ancienne, des idées encore fluctuantes et mal définies, et, sous un verni artificiel, souvent assez classiques. Enfin c’est une stratégie personnelle, et des soutiens hétérogènes, parfois légitimistes et conservateurs, parfois plus intéressants.

Enfin il faut prolonger la démarche AU NIVEAU LOCAL : il y a des candidats à proposer pour les fédés, des programmes de rénovation de celles-ci, des alliances à définir, y compris ensuite pour les élections à venir (régionales notamment). Au boulot.

Cher(e) Ami(e), Cher(e) Camarade,Franchement je vous le dis, je suis très satisfait par la signature de la déclaration commune de Martine Aubry, Marilyse Lebranchu, Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg. j’y ai beaucoup travaillé, cela a été plus facile que je ne le pensais.

Franchement, je suis satisfait par cette démarche partagée qui est une bonne nouvelle face à la fragmentation en cours au PS. Satisfait parce qu’elle se propose de changer le PS pour changer la France. Satisfait parce que le dessein d’un socialisme moderne, d’une Europe politique, du retour des valeurs est enfin au coeur d’une volonté de rassemblement. Je suis convaincu que ces idées sont majoritaires chez les militants du P.S.

Voilà ! Après que nous ayons initié le manifeste de Socialisme et Démocratie, conclu un contrat politique avec Arnaud Montebourg, adopté à l’unanimité le 18 mai notre démarche pour le congrès et porté nos principes lors de la réunion des Reconstructeurs du 1er juin, nous avons aujourd’hui un début de réalisation concrète et partagée

Notre démarche est ouverte; elle est pratiquée dans la clarté, la cohérence et le refus des anathèmes. Elle est un état d’esprit qui refuse la présidentialisation du Parti, qui veut rompre avec les synthèses informes et l’immobilisme; Mais surtout qui souhaite construire un nouveau Parti Socialiste; un PS au travail qui répond et redonne l’espoir. Un PS qui oeuvre à des primaires aussi ouvertes que le permettent les discussions avec nos partenaires.


Ni les amis de Bertrand Delanoë, ni ceux de «Ligne claire», ni même Laurent Fabius ne sont dans ce premier regroupement. Des convergences sont visibles avec certain, pour d’autres des discutions ont eu lieu ou doivent avoir lieu.

Nous devons travailler avec ceux qui partagent vraiment notre démarche à «un pacte de travail» basé sur la confiance, où chacun sera à égalité de droits et de devoirs.

Enfin, il faut débarrasser le PS des questions de personnes, des problèmes subalternes. La déclaration commune le dit avec force et c’est tant mieux. Pierre Moscovici, voire Martine Aubry peuvent être en situation pour animer une équipe renouvelée et rajeunie. Il ne faut accepter la-dessus, ni préalables ni n’importe quelles conditions. Nos amis partagent cette hauteur de vue et c’est déjà la marque du renouveau.

Je suis heureux d’avoir travaillé à ce texte avec Pierre, Arnaud et d’autres. Nous allons ensemble dans le bon sens pour les idées qui nous réunissent depuis des années.

Amicalement et bonnes vacances, En espérant te voir à La Rochelle,

Jean-Christophe Cambadélis

PS: Quelques uns de nos amis partis à l’étape des contributions avec Bertrand Delanoë utilisent le sigle Socialisme et Démocratie pour tenir des réunions à la Rochelle et en septembre dans toute la France. Le procédé est désagréable et inamical. Je ne le laisserai pas faire. Je tenais à t’en tenir informé.

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Ne gachons pas les prochaines élections européennes !

juin 11, 2008

Plus qu’un an avant les élections européennes !

Est-ce que cela sera encore une petite diversion intermédiaire, qui n’intéressera pas, qui ferra de De Villier la première force politique de France ?

Est-ce que l’abstention sera massive, entre ceux qui s’en foutent, c’est loin tout ça, et ceux qui n’y croient plus, après avoir votés non au dernier réfrendum, et pensent le parlement européen impuissant… ?

Ou alors la tension va-t-elle monter petit à petit, les Français se sont passionnés pour le débat européen, ils savent que désormais se jouent là beaucoup de choses. Le cartel du non de gauche radicale va se reformer, ainsi que les souverainistes de droite, alors que les écolos, les centristes européistes et le front national tenteront de profiter du scrutin proportionnel ? L’UMP et le PS ne seront pas en situation facile… Ainsi, comme l’analyse Jean-Christophe Cambadelis, le scrutin proportionnel favorisera plus les partis “contestataires”, ou le Modem. Si le PS est parçu par les uns comme celui-qui rechigne à dire oui à l’Europe, et par les autres comme celui qui vote pour l’Europe de Sarko…

D’autant plus que pour nous, cela vient rapidement après le congrès de Reims. Cela neutralise sans doute largement, et malheureusement, cette question jusqu’en novembre. Pendant ce temps Besancenot pourra travailler ses thématiques, les instiller, démagogie compationnelle dont l’UE serait le bouc-émissaire, et dont il se voudrait bénéficiaire.

La prochaine direction du PS devra se saisir immédiatement de cette question, pour faire émerger un vrai débat européen, et présenter cela comme des élections primordiales, majeures ! L’enjeux devra bien être l’Europe, et pas Sarkozy…

Revenons un peu en arrière…

Le referendum en 2005 a été un moment intense, intéressant, passionné, terrible, parfois désespérant, parfois rafraichissant. Cela a été mon premier vrai combat politique, ou j’ai écris, tenté de convaincre autour de moi.

Cela a largement participé à la stagnation du PS, ( le referendum, pas le fait que je m’engage…) dans les idées, toutes les énergies ont été mobilisées à cette déchirure interne, sans que n’en sorte grand chose à court terme. Et les rancoeurs et incomréhensions ont laissé des traces;

Aujourd’hui la question intitutionnelle pourrait être dépassée. Des gens de différents courants dans le parti réfléchissent à nouveau en commun sur l’Europe. Les débats sur le fond, qui ne sont pas parasités par des enjeux de pouvoir, sont plus constructifs, et on réussira à s’entendre.

Quelques inconnues encore : l’attitude de l’Irlande, qui peut se prononcer pour le non au minitraité. (parfois pour de mauvaises raisons comme l’avortement ou la défense, chacun polarisant ses peurs sur le changement…) Que se passerait-il alors ? Il faudrait que les socialistes puissent proposer une réflexion commune, avec leurs partenaires du PSE.

Plus largement fallait-il faire passer ce mini-traité par voie parlementaire ? Dans le courant Socialisme et Démocratie, une majorité semblait le penser. Je suis plus sceptique. Sur le fond, oui le texte est légèrement différent, le contexte aussi, le non ayant été stérile. Oui, cela faisait partie des engagements de campagne de Sarkozy. Enfin, cela aurait été un nouveau déchirement au PS, renforçant Besancenot d’un côté et Bayrou de l’autre. Bref, il fallait avancer…

Mais sur la méthode, il est extrêmement génant de refaire voter un texte à 90% semblable par une autre voie, par peur du jugement populaire. Un mini-traité minimaliste pouvait être une idée intéressante, pour un premier pas, mais comment contenter ceux qui avaient voté non sur des fantasmes ou des peurs, ou ceux qui remettaient en cause à travers celui-ci le traité de Rome ou de Maastricht ?

En terme de symboles, c’est terrible, et je comprend que ceux qui ont voté non se sentent bafoués. C’est une revanche du “système”, comme si un bon sens de l’histoire s’imposait à nous. Le PS comme la construction européenne en sont les victimes collatérales… (et consentantes)

On n’a pas de réponses crédibles à opposer à ceux qui nous reprochent d’être passés par dessus le referendum. (sinon dire que Sarkozy a fait le choix de cette procédure, dont nous sommes co-responsables)

Et pourtant le jour du vote, j’étais soulagé que le congrès l’adopte… Tout ça n’est pas simple…

Plus largement, question complexe, la gauche a raison de se méfier de ces plébiscites, cela a été le combat républicain que de mettre en place une démocratie représentative, sortir de cette relation directe du chef à la foule pour un dialogue entre peuple et nation… Sur un texte aussi complexe, réceptacle de toutes les peurs en période difficile, et certaines sont légitimes sur la construction européennes, fallait-il un référendum ?

Je persiste à penser que c’était nécessaire, et que nier le fossé qui se creusait, les difficultés, était illusoire et dangereux. Donc il fallait prendre le risque d’un référendum, et tirer les conséquences du non maintenant. (réinterroger le sens et les moyens de la construction européenne, partir sur des bases concrètes et politiques, sans renier notre engagement ou les traités antérieurs…)

L’Europe est toujours un grand rêve, une perspective d’avenir politique, mais dont la voie ne semble plus si facile, si évidente. Quelles sont les valeurs européennes, le peuple européen se forme t-il progressivement ? Ou la fin de la confrontation avec l’Union soviétique a t-il rompu ce lien qui nous unissait ? Si on arrête de progresser, face aux populismes et aux nationalismes, l’Union Européenne peut se déconstruire. Quelle déception pour moi, dont les 4 grands-parents viennent de quatre pays différents…

Mais cela n’est pas dit. Au contraire, nous devons avoir concrètement l’ambition européenne, une vision à long terme qui progresse pas à pas, une démarche politique et non seulement technocratique. Bien sûr, le fait d’être pour un rassemblement et un approfondissement européen, ne doit pas nous faire tout avaler. J’ai moi aussi des critiques, souvent on ne va pas assez loin dans l’intégration, on n’a pas assez de projets ambitieux communs, on ne réussit pas à se mettre d’accord sur des objectifs sociaux, la politique de libre-concurrence est trop pointilleuse et ne s’articule pas bien avec une reconnaissance encore timide (même si elle progresse) des services publics et de l’intervention publique. Mais c’est le sens du rapport politique.

Il y a une vraie crainte, largement répandue, du supranational, du transnational, du fédéralisme, non sur les principes mais dans la réalisation. Plus cette dimension transnationale émerge, plus la politique doit se renforcer. Avec les dernières évolutions institutionnelles notamment, le Parlement européen sera doté de pouvoirs importants. Il devra notamment élire le Président de la Commission européenne.

PSE

Donc je le répète encore une fois, l’an prochain, les ELECTIONS EUROPEENNES seront très importantes : toutes ces questions sont politiques, elles ne sont pas par nature liées à l’Union Européenne. Tant que les droites populistes sont majoritaires, nous ne seront pas satisfaits des politiques proposées. (même s’il y a de bonnes choses en matière d’environnement, de libre-circulation, de projets technologiques, d’harmonisation de certaines règles…).

Je pense donc qu’il faut vraiment renforcer notre inscription dans le PSE, (si on devait changer de nom, on pourrait aller vers celui-ci, Parti Socialiste Européen – France) avec une double appartenance automatique des militants notamment. Il faut que le PSE ouvre plus encore des discussions entre les partis européens, de fond, stratégiques… Bien entendu, pour les élections européennes, cela doit être renforcé : faire connaître déjà le programme commun (qui a déjà connu une construction plus européenne et ouverte que les fois précédentes), le candidat que nous porterons pour la présidence de la commission… Eventuellement avec des candidats transnationaux (je rêve un peu là, à part Cohn Bendit…) et déjà une coalition avec certains partis comme les verts. Même si ce n’est qu’un début, les propositions de la délégation socialiste européenne sont intéressantes.

Il faudra réellement proposer une feuille de route lisible, ambitieuse, volontaire pour l’Europe. Au boulot !

Toulouse, la confrontation des idées, l’orage…

mai 16, 2008

Hier soir à Toulouse il y a eu un énorme orage, 20 centimètres de grèle à certains endroits… Impressionnante vision que celle des allées Jean-Jaurès par exemple, même quelques heures après l’averse.

Etait-ce l’énergie dégagée par la puissance de nos réflexions communes qui a trouvé là à se décharger ?

Car il y avait aussi, au chaud et au sec, une rencontre, autour de Jean-Christophe Cambadelis et Cathy Lemorton, Socialisme et Démocratie / Rénover Maintenant, et sont également venu quelques fabiusiens, ainsi qu’ une personne de DDA, courageux. (En effet Kader Arif et Ségolène Royal ont essuyés quelques critiques hier soir dans les débats…)

Il y avait une certaine méfiance au début, puis au fil des nombreuses interventions de vrais échanges, des convergences nombreuses. Nous n’avons pas cherché ce soir à tracer les frontières de nos consensus, et dans le détail ou l’action concrète ce sera parfois plus difficile. Mais c’est tout le sens de ce genre de discussions, sur le fond, de trouver de vrais accords, sans se fondre dans une synthèse molle.

Il me semble que cela a été un moment de libération de la parole, entre des gens qui ne se parlent plus trop, ressenti comme positif par les participants. J’ai trouvé ça très intéressant. On a évoqué la démarche, le parti, des questions de fond tirées des textes des reconstructeurs (croissance qualitative, développement durable, déqualification du travail, Europe…)

Joël Carreiras, puis Cathy, puis Jean-Christophe ont présenté la démarche. Il s’agit d’un projet de discussion, qui s’est peu à peu approfondie et doit pouvoir déboucher sur un projet politique.

La nécessité de cette démarche s’appuie sur plusieurs constats :

  • la gauche doit entrer dans un nouveau cycle, ses principes, ses alliances, ses réponses ne sont plus adaptées, autant dans la sociale-démocratie (ainsi les partis socdem européens plient face aux populismes) que dans des réponses radicales. Nous devons tous refonder quelque chose, le monde entre dans une nouvelle ère marquée par les enjeux écologiques, la mondialisation (émergence de la Chine et de l’Inde, nouvelle division internationale du travail, mobilité des facteurs de production, financiarisation du capitalisme, précarisation ou déclassement du travail…), les enjeux démographiques…
    Une forme de désespérance monte, qui fait le jeu de la droite.
  • Dans le PS, les divergences ont été cristalisées par les confrontations récentes succéssives. Les courants forment de plus en plus des partis dans le parti, dont les adhérents discutent peu entre eux, qui peinent à former une culture commune, qui cultivent leurs divergences dans des postures pour exister. Les courants sont devenus un échappatoire, les espaces du débat de fond, alors que le parti vit trop souvent dans la confrontation des idées-vecteurs de luttes de pouvoirs, ou dans la stérilité du fonctionnement, de la préparation constante de l’élection suivante.
  • Le parti doit muter lui aussi, s’ouvrir aux autres formations de gauche, à toute la société civile militante, associative, syndicale, mutualiste, aux intellectuels et chercheurs ; il doit rendre la parole aux adhérents, entre eux et avec les dirigeants ; moderniser ses pratiques, sur le cumul des mandats, sur l’information interne, sur la formation aux militants, sur le renouvellement ; il doit prendre des décisions claires, retrouver la confrontation d’idées dans la discussion plutôt que le consensus mou entre des postures, synthétisé par la presse..
  • Tout ceci ne passe pas par un congrès de désignation présidentiel dès 2008, un choc Delanoë-Royal, une course aux signatures, la mise en place d’un parti tourné vers le seul objectif présidentiel.
    Cela serait prendre le risque d’un match retour dans deux ans, après de difficiles élections européennes. Il faut donc un premier secrétaire de combat, de travail, de rénovation, qui puisse porter le travail et la voix collectifs sans être dès maintenant positionné en présidentiable.
    Compte-tenu de ce qu’a été l’expérience Ségolène Royal, et ce que nous pouvons lire de la démarche et des propositions autour de Bertrand Delanoë, nous ne nous retrouvons ni dans l’un ni dans l’autre actuellement.

Concrètement, le but est de constituer une contribution commune, autour de Pierre Moscovici, Martine Aubry et Arnaud Montebourg. Il s’agit de bien faire comprendre qu’un nouveau congrès de Rennes doit être évité, qu’il faut travailler le fond et la rénovation concrète du parti. Autour de ceux-ci, ensuite, pourra se dégager une majorité plus large, toujours autour de textes, qui pourrait agréger certains fabiusiens.

Si la dynamique fonctionne, que les militants commencent à avoir peur de l’affrontement annoncé, qu’ils cernent les limites de ce que l’on nous propose dans le duel annoncé par les sondages, alors d’autres nous soutiendront.


Super soirée en tout cas, et belles perspectives.

Encore une fois, beaucoup dépendra des textes, de ce que l’on est capable de batir et de proposer.

Pour un congrès utile et serein, plein de clarté, de courage et de créativité…

mai 8, 2008

Bisounours au pays des merveilles…

Finallement je pense que les titres, lorsqu’ils expriment de belles intentions, montrent souvent cruellement combien le chemin est long encore..

Ainsi on pourrait presque en déduire, sans trop se tromper, que l’initiative de Ségolène Royal n’est, dans cette forme, ni très utile, ni très sereine ; et que le texte autour de Delanoë manque singulièrement de courage, de clarté, et de créativité.

Il faudra que je le relise néamoins, pour en tirer toute la substance, la profondeur, les insuffisances.

Les 31 sont nombreux à signer ce texte de Delanoë :

Pierre Cohen bien sûr, mais aussi Martine Martinel et Patrick Lemasle.

Et enfin Kader Arif… C’est assez drôle de le voir signer un texte qui prône de beaux principes pour le PS de demain, alors qu’il est depuis de longues années premier secrétaire fédéral. C’est plus facile que de les respecter

Sur le fond, alors que je ne suis pas hostile par principe à la démarche, je trouve le texte décevant. Beaucoup de constats, certains sont utiles, mais peu de perspectives, rien de bien neuf… Quant au style, franchement « socialiste » au sens poussiéreux du thème. Je trouve dommage que Michel Destot, quelqu’un qui a je pense un potentiel politique intéressant, s’engage si tôt sur ce plan, et surtout sur ce texte.

Sans doute fait-il le diagnostic qu’il faut un vrai chef, il pense que Ségolène Royal représente un danger pour le parti, et se range derrière celui qui peut représenter aujourd’hui une alternative. A lui de nous expliquer, nous, de sa sensibilité, notamment le 18 mai où des discussions doivent avoir lieu au niveau national.
Je l’ai vu, à La Rochelle l’an dernier, il était très motivé par notre manifeste et nos perspectives, et il m’avait fait belle impression…

Il y a donc bien une voie au milieu, ailleurs, au dessus peut-être. Une motion SD – Rénover maintenant a un espace et sans doute une cohérence qui s’affirme. Les reconstructeurs autour, pour discuter…

Ces deux stratégies se rejoindront peut-être, celles de Moscovici et de Cambadelis, elles ne doivent en tout cas pas s’affronter.

Donc à signaler; jeudi prochain :

Rencontre toulousaine SD RM

Une déclaration de principe sans audace excessive, mais positive.

avril 16, 2008

« Etre socialiste, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est. L’idée socialiste relève, à la fois, d’une révolte contre les injustices et de l’espérance pour une vie meilleure. Le but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète. »

Les évolutions par rapport aux précédentes versions sont intéressantes, intègrent les évolutions, prennent en compte l’individu et son émancipation, et le développement durable. Le Parti socialiste n’abandonne pas son objectif de transformation sociale ni sa fonction de critique des mécanismes du capitalisme. Mais il est désormais un parti réformiste, qui veut s’inscrire dans la société et peser sur elle. Cela reste un compromis, mais celui-ci se déplace vers une social-démocratie assumée et ambitieuse, et le consensus devient plus facile entre les différents courants socialistes.

D’autres partagent et prolongent cette vision bienveillante :

Cambadelis :

On avait refusé à l’époque la domestication écologique et sociale de l’économie. Ici tant la question du modèle socialiste, écologique et social, que la société juste, l’égalité réelle, ou encore le réformisme radical voir le parti pris de rassembler toute la gauche dans une seule formation, ces questions et d’autres n’ont pas donné lieu à grande polémique.
(…)
Cela confirme une intuition, les divergences sont des divergences « d’accents ». Elles sont souvent le produit de postures. Elles sont souvent techniques dans le sens où elles procèdent du comment, pas du pourquoi. Et c’est ici que réside le paradoxe. Les divergences dans la gauche se sont contractées. Elles n’ont plus la force fondamentale des divergences que nous connaissions dans le passé, par exemple, sur la nature du socialisme. Tous les responsables socialistes dans leur collectivité ont une pratique disons «social-démocrate ».

C’est la raison pour laquelle les divergences s’étaient évaporées, les questions de personnes ont malheureusement tant d’importance.
Les vraies divergences se sont déplacées, de la nature du socialisme au moyen de le promouvoir : Le choix des priorités, la nature des alliances, la sélection des dirigeants, la fonction partisane. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle l’autre commission, celle sur les statuts ne trouve pas de consensus. Ceci éclaire l’enjeu du congrès. Il ne portera pas vraiment sur la nature du socialisme. Il ne portera pas non plus sur sa modernisation ou pas. Il ne portera pas plus sur les solutions programmatiques ne serait-ce que parce que c’est trop tôt. Il portera sur la nature et la stratégie du PS. La déclaration de principe vient d’accoucher une façon différente d’être de gauche. Et tous les courants l’ont adoptée. C’est la deuxième bonne nouvelle après les municipales.


ou encore de
Pierre Moscovici


Avec cette déclaration de principe, le surmoi gauchiste se tait alors que le choix social-démocrate est enfin fait. Nous avons, autour de DSK prenant le relais de Michel Rocard auprès de Lionel Jospin, milité pour cela depuis des années, sans être toujours entendus et suivis. Le « réformisme de gauche » du Congrès de Dijon était resté sans contenu, la synthèse du Mans était légère, le projet présidentiel de Ségolène Royal, malgré certaines audaces, n’avait pas toute la cohérence requise. Cette cohérence, elle se trouve dans la déclaration de principes.

D’autres sont plus critiques, ainsi Telos publie une tribune de Laurent Bouvet, professeur de sciences politiques. On retrouve les mêmes critiques chez Yves Michaud dans l’esprit public sur France culture, ou encore chez Emmanuel Valls, chez Thomas Piketty ou chez Hugues Bernard.

Je ne partage pas ces analyses qui pointent un manque d’audace ou de réponses concrètes. Je suis d’accord avec certains des points soulevés, mais il faut nuancer ces commentaires :

-tout d’abord n’oublions pas que ce n’est qu’un projet. Elle peut encore être amendée, améliorée, voire, ce n’est pas exclu, s’affadir. On sait que déjà un article a été ajouté sur la défense des droits des femmes.Ainsi je soutiens l’initiative de Hugues d’apporter quelques amendements qu’il propose sur son site.

-compte tenu de ce qu’est une déclaration de principe, elle est plutôt bonne, et notamment sur la formulation, on a vu bien pire. Elle n’est pas là pour donner les réponses, ni pour décrire un PS fantasmé qui n’existe pas. Il s’agit donc bien de l’Etat actuel du PS, qui s’éveille, sans être encore en train de gravir les sommets. C’est une oeuvre de compromis.

-ce n’est pas censé donner toutes les réponses, c’est un cadre général qui laisse le congrès trancher librement, donc c’est au moment des motions que nous devrons être incisifs dans nos critiques de fond me semble t-il.

Les grandes déclarations débroussaillent le congrès : Gorce vs Cambadelis

avril 10, 2008

Suite à la lettre publique de Gaëtan Gorce, Jean-Christophe Cambadelis lui répond.

Gaëtan Gorce propose l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste avant le congrès et la mise « au rencart » des sensibilités ». Il fustige dans le même propos le conservatisme de tous ceux qui veulent reconstruire en rond.

Réponse de Jean-Christophe Cambadélis à Gaëtan Gorce

Cher Gaëtan,
J’ai reçu ta lettre du 26 mars. Et je me suis dis, l’affaire est d’importance puisque cette dernière est imprimée. J’ai cru un moment que ce ne fut une nouvelle candidature au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. (…)
Permets moi de te dire que tout ton texte semble respirer, une sorte de découragement latent, un dénuement résigné mais vengeur, qui aspire à être surmonté par le dépôt des armes de la critique.

Il semble que pour toi : la démocratie est incapable de produire le redressement du Parti
socialiste.
Le régime des courants est la source de tous les maux. Bref ! Tout fout le camp !
Faisons appel à un chef !
J’imagine le sursaut d’outre-tombe de François Mitterrand et de Mendès France. Cet appel, à peine déguisé, à un Bonaparte, voilà qui fleure bon les années 1958 et 1962. Il faudrait qu’à Toulouse pour la date anniversaire du congrès de 1908, là où Jaurès plaida avec succès la réforme avant la révolution, là où il imposa l’élargissement du nombre de courants de la SFIO, nous fêtions dans cette ville conquise par l’union, la mise sous boisseau du droit de s’assembler en sensibilités…

Nous aurions eu raison dans le débat contre le centralisme démocratique en 1920. Et
aujourd’hui, parce que se mettre d’accord est tout à la fois âpre et fastidieux, il faudrait renoncer à ce qui fit notre succès ; il suffirait de s’abandonner à un centralisme plus ou moins éclairé. Renoncer à débattre, échanger, convaincre serait le plus sûr moyen de triompher ?
(…)
La crise du Parti socialiste se réduit elle à une crise de leadership ? Tu n’es pas le seul à le penser. Tu vas, toi le franc-tireur, au bout d’un raisonnement qui ne te ressemble guère : vite un chef ! En proposant l’élection du Premier secrétaire avant le débat, tu marches vers le plébiscite. Tu laisses à l’un d’entre nous, de guerre lasse, le soin de nous imposer son orientation.
Tu as sûrement grande confiance en ton champion. Pourtant tu ne vas pas jusqu’à nous
donner le nom de l’impétrant. Tu as raison il faut mieux être prudent.

Tu nous dis pour commencer : je crois en l’avenir de la gauche… bon ! Je n’en ai pas douté. Mais tu avoueras que cela ne nous fait pas avancer. Nous sommes, paraît-il, nombreux en ce cas. Tu ajoutes en gras « ma conviction ». Ce pronom personnel n’est-il pas précisément cet individualisme que tu pointes comme raison du caractère émollient de nos débats. Passons !

Tu as une conviction et ça se fait rare. J’en conviens. Chapeau bas ! Tu penses que le fonctionnement du PS ne correspond plus aux défis d’une démocratie moderne. La faute en serait à la proportionnelle… Et le moyen de le conjurer serait l’élection d’un chef doté de pouvoirs.
Tu n’as pas dit les pleins pouvoirs car tu as des lettres. Tu ajoutes qu’il faut démocratiser notre démocratie en consultant les militants. Tu avoueras que le rapprochement des deux propositions peut prêter à sourire. Puis tu ajoutes, « bâtir un parti populaire et moderne », voilà qui te promet une standing ovation. Même si le souci est le « comment ».

Tu proposes enfin d’en finir avec les contributions. Je ne suis pas loin de te rejoindre. Mais avoue que si nous avons un chef pré existant au débat et si nous supprimons les moyens du débat. La démocratie se dissout dans le centralisme.
(…)

Ne pourrait-on pas, comme je l’ai proposé au Conseil National, débattre sur la dizaine de questions qui sont à l’ordre du jour pour les Français ? Et puis rythmer notre congrès par 10 votes de clarification.
C’est sûrement un peu trop rénovateur…
Tu évoques ensuite nos alliances. Evidemment mon esprit en est tout excité. Mais nous restons sur notre faim lorsque tu résumes ton propos d’un tonitruant « assumons notre destin ». Et ce destin quand le visite t-on ?

Ne crois-tu pas que nous sommes devant une chance historique ? Celle de refermer la controverse issue de 1920. Nous ne sommes plus la gauche non communiste. Nous sommes la gauche. Ne penses-tu pas qu’il est temps de faire correspondre notre réalité électorale et notre ambition politique ?

Ne devons-nous pas bâtir les conditions d’un parti de toute la gauche, préalable à toute alliance au second tour des présidentielles ? N’aurions-nous pas l’occasion, en cette date anniversaire de 1908, de célébrer le trait d’union entre le passé et l’avenir ?
Evidemment il est difficile de fédérer tous les acteurs de la gauche, toutes les sensibilités – et elles ne sont pas toutes dans des jeux de rôles, elles sont respectables – En disant venez avec nous ! Mais de grâce ne vous exprimez pas ! Un parti tout entier subordonné à un présidentiable n’est pas le gage d’un élargissement mais la certitude d’un enfermement.

Ne crois-tu pas que c’est un débat fracassant dont la gauche a besoin ? Ne penses-tu pas qu’il nous faut une reconstruction par le bas… ? Celle des idées, de l’idéologie, de la politique, de la stratégie, plutôt qu’un replâtrage par le haut, via le « vrai faux débat » des leaders ?
Le problème n’est pas simplement organisationnel, il est d’abord politique. N’y a-t-il pas une urgente nécessité de débattre des fins et des moyens de la politique socialiste à l’époque de la mondialisation, du partage entre ce qui est de l’ordre de la solidarité et de l’individualisation dans le paquet social, de
ce qui pourrait être un modèle de domestication écologique et social de la mondialisation, de clarifier nos positions sur l’Europe, les institutions
et que sais-je encore ? Notre problème n’est-il pas stratégique ?

Peut-on pudiquement conjuguer tout à la fois l’alliance avec le Modem et Lutte Ouvrière ?
Je crois que tu nous proposes un raccourci de forme, alors que nous avons besoin d’une confrontation sur le fond, respectueuse de tous et d’abord des idées.
Tu veux un PS entièrement reconfiguré pour un destin. Nous souhaitons un PS accouchant d’un dessein.

Il se trouvera là de bons esprits pour dire que cela n’est pas contradictoire. Si j’ai pris la plume au-delà du respect pour le débat d’idées, c’est que je crois la controverse déterminante pour notre avenir. Et pour être tout à fait honnête, je redoute fort le chemin auquel tu nous convies « ici et maintenant ».
Beaucoup d’autres sont prêts à l’emprunter dans un lâche soulagement !
Amitiés socialistes,
Jean-Christophe Cambadélis

Deux visions de la reconstruction du PS, parmi d’autres, qui s’affrontent, se complètent, se pénètrent, et nous promettent de beaux débats..

Portrait de Pierre Moscovici dans le monde.

janvier 25, 2008

Pour incarner le vaste chantier de la rénovation du Parti socialiste, il ne fait pas forcément bon avoir été le plus jeune secrétaire national du PS au congrès de Rennes de 1990, le benjamin des députés socialistes au Parlement européen en 1994 et le petit dernier du gouvernement Jospin, en 1997. Ces états de service brillants mais un peu compromettants ne semblent guère nuire à Pierre Moscovici, qui, au fil des années, a poli son image de socialiste consensuel, sérieux et posé.

La présidence de la commission d’enquête parlementaire sur la libération des infirmières bulgares détenues en Libye – dont il a refusé de voter le rapport pour protester contre « le scandale démocratique de la non-comparution de Cécilia Sarkozy » – a permis à ce technocrate aux manières élégantes de prendre du galon en tant qu’opposant au président de la République, auquel il consacrera bientôt un pamphlet.

Le jeune Moscovici est un trotskiste dilettante, proche de la Ligue communiste révolutionnaire, sans, dit-il, être encarté. A la sortie de l’ENA, il devient compagnon de route des socialistes et finit par rejoindre Michel Rocard, qui achève de le convertir en social-démocrate sans complexe. Mais c’est Lionel Jospin qui a accéléré sa carrière en l’intronisant secrétaire du groupe des experts du PS et en le poussant à affronter le suffrage universel. Après avoir servi Michel Rocard et Lionel Jospin, Pierre Moscovici a rejoint Dominique Strauss-Kahn, son ancien professeur à l’ENA. Dans sa garde rapprochée, il était le fidèle lieutenant, pendant que ses alter ego Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Marie Le Guen jouaient les porte-flingues.

A 50 ans, le brillant second rôle a fini par s’impatienter. Cet automne, il s’est déclaré apte à prendre la succession de François Hollande lors du congrès de 2008. « Il considère qu’il le vaut bien », commente en souriant son vieux complice Cambadélis. L’intéressé acquiesce. « J’ai eu très longtemps une vie d’enfant gâté de la politique, celle d’un jeune homme un peu lisse à qui tout a été donné. » Sa victoire lors des législatives de juin 2007, dit-il, a agi sur lui comme un déclic

En 1997, à peine élu dans cette 4e circonscription du Doubs, ouvrière et toute acquise à la gauche, « Mosco » est propulsé aux affaires européennes. Gourmand, il aurait préféré le ministère de l’économie, mais, en 2002, il tombe de haut. Battu, il se replie sur le Parlement européen. Frappée par la crise, cette circonscription franc-comtoise voit monter en puissance le Front national, vote non au référendum européen à 65 % et place Nicolas Sarkozy en tête en mai 2007. Pierre Moscovici, pro-européen militant, dandy parisien habitué du Café de Flore, amateur de costumes parfaitement taillés mais pas de belles voitures (il n’est pas titulaire du permis de conduire, ce qui surprend toujours un peu les ouvriers de l’usine Peugeot de Sochaux lorsqu’ils le croisent), ne fait pas vraiment couleur locale. Cela ne l’empêche pas de l’emporter de justesse en juin 2007. « Cette victoire, c’est la mienne ; je ne la dois ni à papa Jospin, ni au grand frère Dominique, ni à Ségolène. Je ne suis pas moins légitime qu’un autre. Les regards sur moi ont changé ; je commence à devenir plausible », insiste Pierre Moscovici.

Afficher ses ambitions à la tête du PS, c’est aller à l’encontre du serment des mousquetaires strauss-kahniens qui se sont promis de ne rien faire qui puisse compromettre le retour de leur d’Artagnan. Jean-Marie Le Guen lui a « rappelé amicalement » que le courant DSK ne se reconnaissait pas d’autre leader que l’ancien ministre des finances. Au fait, qu’en pense le directeur du FMI ? Mystère. Il n’a pas souhaité répondre. « Il doit être partagé, avance Pierre Moscovici. Sans doute estime-t-il que je suis capable d’exercer ce genre de responsabilité, mais il doit aussi se demander si c’est son intérêt. »

Son émancipation, le député du Doubs l’assume sans complexe. Fils du psychologue social Serge Moscovici et de la psychanalyste Marie Bromberg-Moscovici, il estime avoir été à bonne école pour porter un regard lucide sur les questions qui engagent l’affect. De ses parents, il a hérité un fort appétit pour l’engagement politique. Juif d’origine roumaine, son père participa avec Brice Lalonde et René Dumont à la rédaction du programme du mouvement écologiste pour les législatives de 1978. Sa mère fut très engagée contre la guerre d’Algérie. Ni l’un ni l’autre ne l’ont élevé dans le culte de la social-démocratie triomphante. Et encore moins dans celui de François Mitterrand, dont « Mosco » n’hésite pas à dénoncer, en 1994, les relations avec Pierre Bousquet.

Dans un parti où les dégâts collatéraux de la défaite à la présidentielle de 2007 et l’hémorragie des adhérents ont rendu les rapports de force très incertains, Pierre Moscovici se propose de jouer les bons samaritains. « Il faut un congrès d’orientation, pas de désignation », répète-t-il. Traduction : choisissons un premier secrétaire capable de tenir à distance les deux présidentiables jusqu’à 2011, date à laquelle le PS ou ses sympathisants, par le biais d’une « primaire » à l’italienne, trancheront. Et de citer cette leçon qu’il a retenue de Lionel Jospin : « Le parti ne se prend pas au centre mais en son centre, c’est-à-dire en sachant marier les contraires. »

Au grand dam des orthodoxes strauss-kahniens, Moscovici ménage François Hollande – le premier secrétaire contrôle une bonne trentaine de fédérations – et s’est rapproché de Ségolène Royal, dont il salue « le charisme et les intuitions », même s’il juge « son vocabulaire christique assez insupportable ». Quant à Bertrand Delanoë, il le trouve « très classique ».

« Pierre est apprécié dans le parti, mais il n’y compte pas beaucoup de vrais amis et il n’a pas les qualités d’un Hollande. Passer la main dans le dos des militants et embrasser les mamies du PS, ce n’est pas trop son style. Et puis il pense sincèrement que, compte tenu de ses qualités, on finira par le reconnaître, ce qui, en politique, est un peu risqué… », estime un socialiste qui le connaît bien et considère que « Mosco » cherche d’abord à prendre date.

L’élégant député de Montbéliard, qui s’est laissé pousser la barbe comme pour signifier sa volonté d’incarner un nouveau personnage, envisageait-il une échéance plus lointaine ? « Un miracle peut toujours arriver, mais je n’y pense pas, se défend Pierre Moscovici. Premier secrétaire, c’est un boulot de chien qui exige de mettre les mains dans le cambouis pendant deux ans. Je prépare 2012 pour d’autres. »

Jean-Michel Normand