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Sur un banc politique, prendre le temps…

juillet 26, 2011

Tout va si vite.

Depuis un moment, j’ai l’impression d’être au volant, départs de vacances, je double, je freine, le paysage change sans cesse, mais je suis  coupé de tout ceci. Dans mon habitacle climatisé, je ne vois que trop tard que tout à changé, l’orage s’est abattu, je ne peux éviter le carambolage.

La route était toute tracée, tout se mettait en place. DSK allait être candidat, sur la base d’un projet de gauche plutôt intéressant, et je pensais m’investir pour le soutenir ; le reste n’était que péripéties.

Il y a eu une première bourasque, avec Fukushima. Moment important, avec des incidences politiques.

Puis la brutale averse, l’ouragan. Toutes les voitures sont retournées : à quelques jours d’être officiellement candidat, DSK se fait piéger, ou se saborde. Tel Zidane en Finale, le coup de boule malheureux répond à l’incitation maligne, et fait perdre son camp. C’est ce que l’on pense tout d’abord.

Le soleil réapparait, la brume s’échappe de l’asphalte. Je m’écarte de cet ensemble figé de métal et de scènes dépassées, le scénario a changé, changeons de DVD. Ou plutôt non, sortons de la route, participons à quelque chose de nouveau. La garrigue humide happe déjà les premiers rayons de soleil, les odeurs sont multiples et apaisantes. Le calme, et le dialogue avec la nature me font du bien.

Un moment de retrait, de respiration politique. Malgré le retrait de DSK, la victoire reste possible, probable, même si ce sera difficile. Que faire ? Au PS, la primaire est lancée. Faut-il choisir, déjà ?

Les deux candidats ont la carrure, l’intelligence, une assise politique. Les deux me satisfont.

Martine Aubry aurait plutôt ma préférence face à François Hollande. J’ai un souvenir mitigé de sa direction du PS durant plusieurs années, même si le referendum européen n’a pas rendu sa tâche facile. Mais rien n’a alors été tranché, le parti s’est plutôt recroquevillé, n’a pas rebondit après le 21 avril 2002. De son côté, Martine Aubry a été choisie sur un projet de rassemblement, et  a réussi à le faire vivre, à remettre le parti au travail, en ordre de marche. Bien sûr l’impérieuse nécessité s’est imposée, tout le monde voulait enfin aller dans la même sens, mais elle était sans doute la bonne personne.

Pour autant je me laisse encore le temps de confirmer mon choix. En effet François Hollande me paraît mieux préparé, ce qui compense son manque d’expérience ministérielle, plus motivé, et il a mieux mis en scène ses soutiens. Le soutien de personnes comme Pierre Moscovici, Didier Migaud, André Vallini ou Aurélie Philippetti me paraît intéressant.

Je m’en remettrai donc à des sujets comme le nucléaire, la lutte contre la délinquance (sur laquelle Manuel Valls dit depuis longtemps des choses intéressantes et structurées), la protection de l’environnement, là où le projet socialiste laisse des marges de manoeuvre, pour trancher.

Il y a donc ce premier vote de la primaire socialiste.

Puis il y a ensuite la campagne elle-même.

Et là encore, mon choix n’est pas fait. J’ajoute en effet à la palette des possibles un vote pour Eva Joly. C’est actuellement la candidate qui m ‘enthousiasme le plus : sa rigueur, son sens de l’éthique, bien sûr sa conscience de la nouvelle société écologique, son parcours.

Pour autant le vote est une alchimie complexe : voter avec son coeur au premier tour n’est possible que si cela ne met pas en péril la présence de la gauche au second tour.

Dans tous les cas il reste de long mois pour analyser et confronter ces candidats, ces programmes… Regardons calmement ce qui peut être fait.

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DSK : Stupeur, tremblement, attente…

mai 16, 2011

Que s’est-il passé dans cette chambre entre Dominique Strauss-Kahn et la femme de ménage qui le met en cause ?

Le pire est toujours possible. Ce serait le syndrome Bertrand Cantat, la terrible déroute, le coup de folie. DSK aurait agressé cette femme, en dehors de toute rationnalité. Cela correspond au récit qu’elle en fait : il sort nu de sa salle de bain et l’agresse.

Ce qui me paraît le plus probable est que cela ne s’est pas passé comme ça. En effet comment imaginer qu’un homme qui se sait très surveillé à un an de la présidentielle, dans un pays rigoriste sur ces histoires, puisse envisager quoi que ce soit ? Même si le succès annoncé lui avait fait perdre toute mesure, et qu’on dit que le pouvoir affûte le désir et la sensation de toute-puissance, il savait qu’il se serait fait attaquer pour un simple clin d’œil à cette femme de chambre.

Par ailleurs l’histoire de la Porsche il y a quelques jours montrait qu’aucun faux pas n’était permis.

Humainement, comme raisonnablement, cette situation paraît peu crédible…

Par ailleurs le déroulé des faits laisse planer un sentiment désagréable : la police new-yorkaise affirme rapidement qu’il était en fuite…

Il s’avère que ce n’était apparemment pas vrai, il aurait quitté son hotel tranquillement, en réglant sa note, pour rejoindre sa fille pour déjeuner. Il est même possible qu’il ait un alibi au moment supposé de l’agression : sa défense indique qu’il a quitté l’hôtel à 11h45, l’accusatrice indiquant s’être fait agresser à 13h. (ou 12h selon les versions)

Par ailleurs il a demandé à son chauffeur d’aller chercher le portable oublié dans sa chambre, c’est comme ça que les policiers ont remonté sa piste pour l’arrêter.

Pourquoi si rapidement la description a-t-elle été à charge ?

Ces éléments font que la probabilité de la réalité de cette accusation sont selon moi très faibles. Il ne peut s’agir d’un « débordement », d’un « incident », d’un « dérapage » : soit il y a coup de folie terrible, soit il y a mensonge de l’accusatrice.

A partir de là il y a 3 évolutions possibles :

–         la découverte rapide d’indices sérieux mettant en cause DSK, voire ses aveux : son acte est terrible et il doit être puni en tant que tel, nos pensées à la victime, la politique française se recompose rapidement en vue des présidentielles… C’est Hiroshima, stupeur et tremblement…

–         Le temps juridique s’impose au détriment du temps politique : les éléments à charge et à décharge se compensent, il n’y a pas d’éléments décisifs dans les jours qui arrivent, de vieux dossiers sont ressortis, des mythomanes en quête de notoriété se déclarent… Atteint dans son honneur, dans sa crédibilité, DSK doit se défendre. Le doute subsistant, il lui est difficile de participer à la primaire socialiste : il n’y va pas, ou s’il estime avoir suffisamment d’indices pour se défendre, et qu’il a l’autorisation de quitter le territoire américain, il y va très affaibli, en parallèle de la procédure judiciaire. C’est plutôt Fukushima, après l’explosion, la lente irradiation sans fin…

–         DSK n’a rien à voir avec cette agression, la contre-attaque juridique et médiatique est couronnée d’un succès rapide, il a un alibi sérieux, la femme de chambre avoue… Il reste dans la partie politique : selon la rapidité et la force de ce retournement, il peut sortir affaibli (déballage de toutes les rumeurs, doute subsistant chez certains…) ou renforcé (compassion, combativité et courage…). Par ailleurs la force du traumatisme a bien montré qu’il était déjà installé pour beaucoup comme le candidat évident de la gauche, voire pour beaucoup comme le prochain Président de la France.

Si le mensonge était avéré, il faudra se démander qui, et pourquoi, a eu intérêt à monter ceci. Le plus probable est l’appât du gain par quelques escrocs. Ou alors des personnes sans scrupule qui auraient intérêt à nuire a DSK, soit s’agissant d’enjeux de pouvoirs interne au FMI, soit de pouvoir politiquo-économique en France.

La catastrophe, le futur, le nucléaire, la politique.

mars 18, 2011

La catastrophe

D’un craquement soudain, le Séisme au Japon a libéré une puissance considérable. Contrairement aux ouragans, il n’a pas de nom. Mais les images tournent en boucle, lancinantes, comme une alarme qui pousse à l’évacuation imossible, hypnotisantes, inquiétantes.
On y voit les secousses, les contorsions du sol, mais surtout la vague terrible, fracassant les côtes à plusieurs centaines de km/h, poussant dans l’intérieur des terres des flots immenses et chargés de débris…

L’onde de choc est mondiale. Certes il y a eu de nombreux tremblements de terres meurtriers, des dévastations terribles, mais cette fois-ci, c’est le coeur du monde technologique qui est touché. Des villes entières ne figurent plus que sur les cartes obsolètes, des milliers de corps sont rejetées par la mer pleine de regrets. Des centaines d’usine ne fonctionnent plus, amats de tôles de haute technologie.

Alors que les constructions avaient remarquablement résistées aux secousses, l’homme a été ramené à sa juste mesure, locataire de la nature.

Alors que les centrales nucléaires s’étaient automatiquement arrêtées, l’homme s’est retrouvé surpris par la vague, choqué de perdre le contrôle.

Le futur

D’une certaine manière cet événement, qui aura sans doute une portée matérielle importante mais pas historique, modifie ma vision du 21eme siècle et au-delà.

Le week-end dernier, j’ai un peu voyagé, je voyais plusieurs futurs possibles, entre Amsterdam, la ville cosmopolite, entre une Allemagne écolo et apaisée, ou les deux visages du Japon, technologique et post-apocalyptique…

Ma vision de l’avenir est nourrie par ma passion des littératures de l’imaginaire et notamment de science-fiction. On peut lire dans le dernier numéro du magazine Bifrost qu’une vision anti-progrès est incompatible avec l’intérêt pour la science-fiction. Pourtant, comme l’indique Jean-Pierre Andrevon dans un récent article dans Libération, c’est une réflexion sur les avenirs possibles, ses potentialités et ses dangers.

Entre les vaisseaux à propulsion atomique et les paysages post-apocaliptique, les différents visages du nucléaire sont présents dans ces projections futuristes.

Le nucléaire

J’ai toujours été favorable à cette technologie, fasciné par cette puissance. En France on rattache ceci à notre fierté technologique, à l’indépendance énergétique, à l’emploi. Ce n’est pas qu’une filière industrielle très influente, c’est un facteur d’identité. Pourtant je n’étais pas dans un milieu nucléophile, dans ma famille, dans mon couple. Depuis quelques années je suis déjà plus prudent. Mais le nucléaire faisait toujours partie du pannel de solution contre la dépendance au pétrôle.

Mais l’accident nucléaire en cours me travaille plus profondément encore. Ce n’est pas seulement la réalisation d’une probabilité infime, la malchance absolue, la catastrophe du millénaire…

C’est la catastrophe de plus, dans un des pays les mieux préparés. Bien loin des promesses utilisées pour vendre le nucléaire : la probabilité d’un accident tous les 25 000 ans disait-on.

Chaque énergie, chaque industrie, chaque choix, peut comporter des risques, que l’on accepte. Mais il y a là une dimension supérieure, quelque chose que l’on ne maîtrise pas vraiment : une puissance énorme, la radioactivité, qui modifie l’environnement de manière pérène et dont les modifications génétiques impactent l’environnement et le génome humain… Potentiellement des zones peuvent être durablement irradiées et condamnées.
Enfin il y a la question des déchets, voire de la prolifération (même si le nucléaire militaire est plus complexe)…

Cela demande beaucoup d’exigence, de prudence. Peut-être que c’est une technologie de liaison, sur laquelle on doit encore faire des recherches. Porteuse d’opportunité, peut-être qu’elle peut être maitrisée de manière sûre, mais le doute gagne.
En tout cas tombe le mythe. Plus largement on constate le manque de transparence, le risque, et les conséquences potentiellement terribles…

La politique

Donc je rejoins Dominique Strauss-Kahn, qui indiquait en 2006, « Nous connaissons les difficultés du nucléaire dans un pays comme le nôtre. Pour y répondre, il faut concentre un effort de recherche massif sur les questions de l’énergie propre. La France a fait dans les années 50 le pari du nucléaire et elle a réussi. Elle doit aujourd’hui faire le pari du post-nucléaire et le réussir« .

Politiquement c’est une des questions sur lesquelles je me distinguais des verts. (Restent quelques questions comme la sécurité sur lesquelles je suis plus ferme)

Plus largement cela renforce la crédibilité des écologistes dans le grand public, clairement, ils ne passent plus dans certains milieux pour des passéïstes peureux mais pour ceux qui disent depuis longtemps ce qui a été confirmé par les faits. Ils ne sont plus en retard, mais en avance.

Cela renforce la cohésion de Europe Ecologie sur le sjet (même Nicolas Hulot est maintenant pour une sortie programmée du nucléaire) et les conditions de négociation avec le PS.

Marginalement on peut se demander si cela aura un impact sur les cantonales. Cela peut faire bouger quelques pourcentages, il y aura quelques personnes plus motivées qui signifieront par un vote Europe Ecologie leur avis sur le nucléaire. Dans un contexte de très forte abstention, cela peut se voir, mais cela ne bouleversera sans doute pas les résultats de ces élections locales. (mais cela peut dans quelques cantons disputés permettre aux écologistes de passer devant et les décrocher).

Brèves

février 9, 2009

Supression de la taxe locale ?

« C’est du brutal », comme dirait l’autre.
Je pense que la taxe professionnelle mérite d’être revue assez largement.

Plus largement la fiscalité locale doit être remaniée. Sarkozy avait promis un « grenelle de la fiscalité locale » pour 2009.

Si c’est un premier pas vers une large réforme intelligente, cela peut être une bonne chose.

Reste une question de fond : qui va payer ? Transfert de prélèvement vers les ménages, ou mise en place d’un impôt différent :  taxe carbonne, ou assis sur la consommation ou les revenus…

Enfin, on peut penser que derrière il y a l’idée que la réforme de l’organisation territoriale génèrera des économies.

Donc finalement, la supression de la taxe professionnelle ne signifie pas fin des intercommunalités – il y aura compensation – mais du département. (fusion avec les régions).

Donc derrière une méthode brutale (beaucoup de dirigeants de collectivités locales doivent se faire des cheveux blancs… et cette instabilité juridique permanente génère elle-même des coûts) et peu lisible (on remplace par quoi,qui paye ?..) il y a peut être deux décisions intéressantes et importantes.

J’en viens à un deuxième point :

Sarkozy et le retour de la puissance en politique :

C’est intéressant. Il montre qu’il pense que l’on peut être maître de notre destin. Un retour du pouvoir politique, mais moins idéologique que pragmatique.

Il affirme, sûr de lui, et « l’intendance suivra ». Ainsi, la supression de la publicité à la télévision, la supression du département, la réforme de la fiscalité locale ou l’achèvement de la carte intercommunale sont de vraies décisions politiques. Il ne s’embarasse pas de l’analyse technocratique (qui reste bien sûr fondamentale pour l’accompagnement des décisions). Bien sûr il en est de même sur d’autres sujets ou je ne suis plus du tout d’accord, bouclier fiscal, ou en matière de recherche et d’éducation, etc. Ses choix peuvent être caprices, et derrière (ou plutôt autour) les grandes décisions pragmatiques se nichent souvent des arrières pensées tacticiennes ou des mesures plus, voire très contestables (nomination du directeur de france tv, redécoupage électoral calculé, maîtrise des collectivités locales…)

Bien sûr, penser que l’on peut tout est dangereux. Parfois c’est illusoire, et sur le principe inquiétant. D’autre fois cela génère une différence sensible entre la communication/gesticulation et l’application concrète. Mais à d’autres moments c’est efficace.

Concernant l’opposition, les partis et les manifs :

Beaucoup de choses se passent. Pourquoi j’ai fait grève l’autre jour ? D’une certaine manière il s’agissait pour moi d’un message fort, adressé à nos dirigeants certes, mais aussi à toute la population. Tous nous sommes confrontés à la crise, et par cela doit revenir un sentiment collectif, de conscience commune de ce qui fait société.

Une forme de rite, un mouvement fort, qui en apparence ne change pas grand chose et n’aura pas de réels débouchés car il n’avait pas de mots d’ordres précis, mais qui grave quelque chose dans les esprits qui me paraît important.

Effervescence dans les oppositions : Europe écologie, le NPA… Je trouve ces éclosions intéressantes. Y compris le projet de Mélanchon dans une moindre mesure. Il faut du remouvement…

Au PS, il ya du changement, je le souligne. Bien sûr des prises de positions plus claires, mieux organisées, une parole mieux répartie. Mais aussi je pense un travail qui se met en marche. Sans doute au niveau fédéral comme au niveau national. Tout est loin d’être parfait, mais c’est déjà pas mal. A côté de cela, le coeur profond du parti est toujours malade je pense, asséché;  le renouveau viendra d’ en haut et de par les côtés.

Je pense donc que Martine Aubry s’en sort pas mal. Le rôle de Ségolène, différent, peut également être utile. Les deux me semblent s’améliorer.

Peillon, si sa prise de distance émancipatrice d’avec Ségolène n’est pas que feinte, et DSK représentent mes espoirs cachés pour mon parti… Mais ils ne sont pas les seuls.

Malgré le vent, les nuages surplombent la ville.

PS : logique implacable dans la zone trouble, comment en sortir ?

novembre 24, 2008

Malchance, crise croissante et petites turpitudes…

L’élection au suffrage universel dans un scrutin majoritaire comporte une part de risque et de hasard. Qu’est-ce qui est plus brutal que cette logique implacable, où quelques voix, une seule voix, emportent la décision ?

Qu’est-ce qui est plus incertain que la zone trouble autour de ce seuil ? Des erreurs de bulletins, de comptage, de manipulation, de saisie, des triches isolées, des oublis, des sections en retard et donc invalidées, des blancs litigieux (bulletin froissés, croix raturées, inscriptions de bonne foie sur l’enveloppe pour distinguer le bulletin national du local…), des gens qui n’ont pas pu voter à temps car le bureau de vote était mal indiqué, vote de militants non présentés en section, même s’ils sont à jour de cotisation… ? Tout ça en l’occurence sur 3200 sections !

On arrive donc au paradoxe explosif : Plus on s’approche d’un résultat équilibré, plus les voix litigieuses prennent une valeur considérable, absolue, déterminante. Il y a donc une zone d’ombre, par nature dangereuse, lorsque les électeurs n’arrivent pas à se départager.
Peut être faudrait-il prévoir que plutôt qu’un système binaire, lorsqu’on est dans la marge d’erreur, un candidat de consensus, ou une coalition, doit gouverner ? Cela poserait bien sûr d’autres problèmes dans le cadre de l’élection présidentielle, mais pourrait s’appliquer au PS.

Mais la réflexion peut s’appliquer plus largement : imaginons une élection présidentielle aussi serrée ?

Donc tout d’abord, le médiocre cataclysme actuel se joue sur une malchance incroyable.

Mais il est aggravé par une réelle difficulté, des styles antagonistes, une tensions croissante, une volonté de pouvoir et de domination, une confrontation paranoïaque, la mise en scène de tout ceci par la caricature, la victimisation, la haine parfois… La réaction de Ségolène m’a particulièrement déçue, attiser la paranoïa, la défiance, la haine…

Un drame surjoué qui s’est construit progressivement, implacablement, avec comme ferment les éléments classiques que sont des enjeux de pouvoir opposés, et une différence initiale de style, de vision, exploitée par la posture… Non pas qu’il n’y ait pas de différences, mais…

Où en est-on aujourd’hui ?

D’une part, c’était particulièrement vrai dans l’émission « C dans l’air » ce soir, on associe diagnostic sévère et lucide sur un PS déboussollé, fractionné, fatigué, et nombre de clichés. On entend des adjectifs sévères sur la situation, pas forcément inadéquats : pittoyable, affligeant, navrant, catastrophique, déplorable…

Mais également des analyses un peu faciles, de bon sens, une doxa qui reprend les accusations ségoléniennes : analyse incomplète et sans nuance sur les baronnies, ce que pensent les militants, les jeunes sont derrière Royal, les éléphants contre les militants, le parti contre Royal (alors que Rebsamen…)

Enfin bon, on risque un délitement, une explosion, une extinction du PS… (il ne s’agirait plus alors d’éléphants mais de dinosaures…) Les militants comme les électeurs vont fuir si l’on ne se reprend pas vigoureusement, c’est néfaste pour l’Europe, pour la société et les valeurs que nous devrions défendre.

Maintenant on fait quoi ?

Je ne crois pas en l’histoire que l’on s’est beaucoup racontée sur les deux partis, je ne pense pas que l’enjeux soit un changement fondamental du parti, c’est beaucoup plus complexe. Donc je ne pense pas que ce soit l’une ou l’autre.

Certains proposent que ce ne soit d’ailleurs ni l’une ni l’autre. Ou l’une et l’autre, il faut se retrousser les manches et bosser ensemble… Mais cela nécessite de casser le mythe de la diabolisation…

Donc, activement et rapidement, il faut réagir, si notre instinct de survie politique, si l’on estime que ça vaut la peine, le permet :

Autour d’un « appel à la raison » lancé par des membres de la jeune garde et des vieux sages de différents courants, il faudrait proposer 3 points :

– après examen de toutes les réclamations minutieusement, décider d’un vainqueur. (Revoter parait très dangereux, ubuesque, fatigant et pas très démocratique…)

– compte tenu de la division extrême du parti, appeler à une forme d’unité socialiste, c’est à dire associer le perdant (Aubry flanquée de Peillon, et Hamon porte-parole, un truc comme ça, comme le propose Abadinte), et lancer vigoureusement les conventions de travail associant tout le monde, préparer l’opposition à Sarkozy, mettre en oeuvre la rénovation.

-enfin, appeler à des sanctions sévères contre tout endroit de fraude avérée, il faut faire le ménage… Cela passe aussi par la publication de tous les résultats par section tel qu’ils ont été enregistrés dans les fédérations. Je mettrai en ligne le fichier pour la Haute-Garonne dans les prochains jours.

En conclusion, c’était loin pour moi, mais avec tout ça, on se prend à rêver du grand retour de DSK.

Une crise financière de plus ?

octobre 1, 2008

L’affaire Dexia. Qui aurait pu croire. Derrière le discours rassurant du directeur démissionnaire, se cache une situation détonnante.

Les établissements financiers sont actuellement abassourdis, la détonation fait déjà mal, l’onde de choc commence à peine à se propager...

Lentement de l’immobilier à la finance, puis l’économie réelle.

Je ne suis pas un catastrophiste par nature, et me méfie des discours excessifs.
Pourtant là … Sans doute ne prend on pas conscience de ce qui se passe.

Les marchés de financements interbancaires sont au point mort, les banques ne savent même plus tarifer leurs prestation, tant les incertitudes et les doutes sont forts.

Cet été déjà, les signes avant-coureurs : stupeur, des collectivités ne trouvaient pas assez pour leurs emprunts… Imaginons ce que vaut alors un prêt ménage ou entreprise. La crise de liquidité, malgré les centaines de milliards libérés par les banques centrales, est presque absolue car la liquidité ne vaut plus rien sans confiance et activité de prêt derrière.

Les banques sont ainsi attaquées par plusieurs biais : dépréciations d’actifs à l’étranger, dépréciations de leurs actifs boursiers y compris en Europe, chute d’activité dans l’immobilier, affaissement de leurs activités très rentables dans l’innovation financière et les produits dérivés, couverture de prêts anciens sur lesquels ils perdent de l’argent…

Alors petit à petit on se rend compte. Imaginons que cela se transmette aux hedges funds, probable, mais aussi aux assurances et mutuelles… Aux Etats-Unis l’impact sur les retraites d’une partie de la population, sur leurs économies en bourse, est considérable.

Et cela s’ajoute à la crise pétrolière, fluctuante mais sans doute durable.

De nombreux discours et analyses sont invalidés brusquement, ne valent plus, ça en est presque drôle : on critiquait la caisse des dépôts, l’activité de banque familiale, le livret A. Certains allaient même plus loin, s’interrogeant sur la règlementation excessive du secteur, ou voulant inciter les Français à emprunter plus (Nicolas Sarkozy a ainsi facilité les prêts à la consommation, et son programme présidentiel prévoyait d’autoriser des types de prêts hypothécaires)

Un mail circule qui reprend des déclarations récentes de la dépassée Christine Lagarde. Même si c’est un peu facile, c’est savoureux :

> 5 novembre 2007 sur «Europe 1»
> «La crise de l’immobilier et la crise financière ne semblent pas avoir
> d’effet sur l’économie réelle américaine
. Il n’y a pas de raisons de
> penser qu’on aura un effet sur l’économie réelle française»
>
> 18 décembre 2007, sur «France-Inter»
> «Nous aurons certainement des effets collatéraux, à mon sens mesurés.
> [Il est] largement excessif de conclure que nous sommes à la veille
> d’une grande crise économique»
>
> 16 septembre 2008, conférence de presse «[La crise aura] des effets
> sur l’emploi et sur le chômage [pour l> ‘> heure] ni avérés ni
> chiffrables
»
>
> 20 septembre 2008, conférence de presse «Le gros risque systémique qui
> était craint par les places financières et qui les a amenées à
> beaucoup baisser au cours des derniers jours est derrière nous»

On dirait du Mac Cain : « Les fondamentaux de notre économie sont solides ! »

Politiquement cela a des conséquences.

Il ne s’agit pas de dire que ceux qui passent leur temps à crier au loup ont eu raison. Certains ont fait une bonne anticipation sur une mauvaise analyse. Mais pour reprendre le philosophe libéral de gauche Yves Michaud, dans l’émission l’esprit public, « alors que quand il s’agit de gérer, dans un système de plus en plus libéral, la droite apparait actuellement plus capable pour les électeurs, en période de crise radicale du système, c’est vers la gauche que l’on se tourne… »

Plus intimement, au PS, cela explique des regroupements récents. Sans doute nos idées socdem étaient celles qui hier auraient permise d’éviter ce genre de déséquibres, en tout cas nous les comprenons et les pensons comme cela. Un réformisme constant et exigeant, dans une société multiple et mise à contribution, avec un état partenaire et régulateur mais présent.

Aujourd’hui que nous sommes allés trop loin, il faut donc une analyse socdem plus radicale. Je crois en notre cohérence, globale, qui nous porte, sur une lecture politique et assise sur l’importance des questions économiques, aujourd’hui au centre du parti. Autour de Martine Aubry, nous devons proposer une alternative interne.

Je trouve assez bien le titre de la motion : « Changer à gauche pour changer la France. »

Le changement est d’abord un travail sur nous même, de reconstruction, mais qui ne se limite pas à un droit d’inventaire ou à une dérive pragmato-centriste. Mais c’est bien par la politique que cela se ferra, que la France évoluera vers notre idéal.

Les solutions à la crise ne peuvent qu’être ébauchées.

A court terme… L’urgence commande, sans pour autant faire n’importe quoi.

Ensuite, sans doute faudra t-il tenter de déliquéfier l’économie financière (lier droit de vote des actions et durée de portage, taxer fortement les stocks options qui rendent le manager actionnaire)

Bien sûr la solution passera par une encore balbutiante régulation régionale et internationale ( reprise en main des normes de comptabilité aujourd’hui largement fixées par des régulateurs privés, pression internationale sur les paradis fiscaux, règlementation de certaines pratiques autour des produits financiers dérivés), le FMI y aura son rôle, comme l’expose DSK, sa tâche est ardue mais importante.

A plus long terme il faudra réfléchir à une politique d’investissement, d’innovation, de création notamment par une fiscalité et une politique qui privilégient l’investissement productif… On peut même envisager de faire évoluer les règles des SA, créer un type de sociétés plus adaptées, moins sensible à une pression d’un actionnariat instable.

Au boulot, quoi…

C dans l’air tacle le PS

mai 21, 2008

Et c’est assez désagréable… Il y a eu des émissions sur le PS plus réussies je trouve.

Bien sûr des critiques sont légitimes, mais il y a une tendance dans le milieu journalistique (divers, mais assez souvent) à utiliser un certain nombre d’idées préconçus, de schémas anciens sur le PS. Ceux qui savent et aimeraient que

Certains professionnels connaissent et décryptent bien le PS. Certains politologues ont travaillés dessus. Eric Dupin, Mathieu Croissandeau, et d’autres peuvent en avoir une vision plutôt pertinente…

Mais ce ne sont pas ces gens qui étaient invités hier soir, mardi 20 mai. L’émission était parfois intéressante mais désagréable pour un militant conscient des limites mais aussi du potentiel et de la réalité de son parti.

Ainsi Raphaëlle Bacquet connait bien le PS à travers les petites phrases ou les anecdotes que l’on lui chuchote. Elle est intéressante lorsqu’elle parle de ce qui s’est passé lors de la campagne présidentielle, des traits de caractère de Ségolène Royal. Mais cela ne suffit pas.

Quant à Renaud Délhy, il a une vision caricaturale, un chapelet de préjugés grossièrement basés sur la réalité. On avait déjà pu le constater lorsqu’il avait écrit dans Marianne un article sur les municipales à Toulouse, constitué de ragot et d’analyses de comptoirs sur la tambouille politicienne…

Quelques exemples de blablatitude simpliste :

  • On a evidemment pu entendre les analyses classiques sur les fédé qu’il faut faire pencher de son côté, « pour l’instant Royal a le soutien de 25, mais plutôt petites… » C’est pour le moins simplificateur.
  • Bien sur, mais c’est fréquent, les reconstructeurs n’ont été présentés que comme une alliance ni-ni sans intérêt, alors que c’est bien plus ambitieux et complexe.
  • Ou encore une analyse qui peut être tenue, mais qui ne doit pas relever de l’évidence pseudo-objective, que je ne partage pas tout à fait : la stagnation du PS de 2002 à 2006 aurait été due à la présence de Jospin en arrière-plan, avec l’espoir ou la menace de son retour… (oubliant totalement tout le débat destructurant sur le referendum), et pensant donc que le facteur DSK pourrait produire les mêmes effets, qu’il fallait trancher un chef tout de suite.
  • Enfin, on a également pu entendre une attaque cruelle sur le PS, parti mort intéllectuellement etc, de la part de Renaud, en gros « Si Royal peut avancer c’est qu’ailleurs dans le PS il ne se passe absolument rien » avec comme exemple, les deux échangeant des regards entendus et presques hilares « quiconque est allé en réunion de section peut constater le vide sidéral etc… »

Je suis moi aussi critique sur les sections, leur fonctionnement, leur taille, leur hétérogénéité… mais pour autant elles peuvent être à l’occasion, selon les endroits, des lieux de débats et d’action intéressants.

Mais surtout, c’est un des problèmes du PS, tout ce travail de réflexion et d’animation se fait dans les courants. Donc ces journalistes, en regardant la partie émergée de l’iceberg tirent des conclusions érronées.

Il aurait pu y avoir un discours sévère sur les courants comme lieux d’exclusion, qui ont accaparé la liberté et la réflexion au détriment des sections ou d’espaces de délibérations communs etc… Mais c’était bien en deça.

Donc un peu décevant tout ça.