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Hollande maîtrise le débat d’entre deux tours

mai 3, 2012

Débat plutôt intéressant, parfois un peu trop de chiffres, mais beaucoup de sujets balayés, parfois en profondeur. Il manquait quelques perspectives de moyen ou long terme parfois. Plusieurs débats auraient pu ête intéressants, mais auraient enlevé l’aspect symbolique et dramaturgique du grand débat, et se seraient donc dilués.
Mais il est vrai que l’on n’a pas eu le temps de parler d’écologie, de sécurité, de santé… Donc pourquoi pas 2 débats à l’avenir, mais fixés longtemps à l’avance, et pas systématiquement demandés par le challenger.

Qui a gagné le débat ?

Globalement bon débat de François Hollande, qui a dominé 70% des échanges. Il a fait quelques raccourcis, quelques bafouillements, parfois un peu trop confiant, ses répliques ironiques pouvant paraître pour de l’arrogance. Mais sur le reste, très bonne maîtrise, de l’élan, du sérieux, réponse à tout, reprenant le Président à chacune de ses erreurs.

Nicolas Sarkozy a eu ses bons passages, mais à force de se faire contrer, il s’est peu à peu éteint, à laché quelques basses attaques sur la fin. Nombreux mensonges ou approximations.
Sur le fond, victoire plutôt de Hollande, également sur la forme : Sarkozy paraissait plus fatigué, plus agressif, avec quelques tics parfois. Après il faut voir en fonction des électorats visés : la prestation plus classique de Hollande a pu être moins percutantes auprès de certaines personnes éloignées de la politique… (par exemple sa tirade « moi Président », intéressante sur le fond mais un peu longue, a pu agacer certains)

Voici mes notes prises pendant le débat : ce que j’ai entendu, quelques commentaires en italique.

FH : Changement – Rassemblement

François Hollande parait un peu fébrile la première minute, cherchant la caméra du regard.

 NS : Rassemblement Authenticité Esquive

 FH : Rassemblement, division,

 NS : manifestations, retraites, réformes, fierté,

 FH : corps intermédiaires, partenaires sociaux,

Attaque sur le « vrai travail » bien construite

 21h10 : premier tic de Sarko

 NS : drapeau rouge, esprit de rassemblement, leçons de légitimité, insultes par socialistes, Madoff,

 FH : bestiaire, transgression,

bonne réplique sur les insultes de François Hollande

NS : dans un débat de cette nature, pas besoin d’ajouter l’outrance et le mensonge

 Economie, croissance, chômage

 FH : chômage, croissance, production : « relancer la production »

  • banque publique
  • epargne des ménages pour PME
  • fiscalité des entreprises : moins pour ce qui est réinvesti
  • contrat de génération : réconcilie les âges, transmission de l’expérience, solidarité et clarté

NS : chiffres chomage BIT dans les autres pays supérieurs à France

« schroeder a soutenu ma candidature » , 35h

« banque publique existee déjà »

« contrat de génération : mobiliser fonds publics pour emplois qui existent, alors que moi je veux mobiliser pour créer des emplois , effet d’aubaine »

Problème du coût du travail, déficit balance commerciale avec Chine et Allemagne

Cancer des délocalisations

  • exo ttes les entr de part de charge sociales
  • crédit innovation
  • formation des chomeurs

FH : TVA sociale : vous inventez une taxe nouvelle sur les Français qui aura un effet de faible ampleur sur les entr industrielles

Formation : seulement 10% des chomeurs reçoivent formation, il est temps ! « Vous êtes au pouvoir depuis 10 ans »

 NS : crise,
maintenant vous comparez avec l’Allemagne alors que politique contraire de ce que vous proposez.

Exemple à suivre plutôt Allemagne que Grèce ou Espagne (socialistes)

 Joute sur les chiffres du commerce extérieur :

FH : vous n’êtes pas celui qui allez dire ce que je sais ou pas, et donner les notes dans ce débat

 NS : déficit énergétique, intérêt du nucléaire;
zipad offerts aux jeunes en Corrèze fabriqués en Chine
Formation : insuffisant car aussi collectivités locales

 FH : « jamais de votre faute »

TVA sociale : prélèvement sur le pouvoir d’achat
vous avez voulu faire des chiffres du commerce extérieur un élément de polémique, mais vous vous trompez.

Compétitivité : innovation, investissement, pas seulement coût du travail

NS : « on peut me reprocher bien des choses mais pas de ne pas assumer mes responsabilités »

Manuel Valls TVA

  • accord dans entreprise prime sur la loi
  • décidément vous êtes fachés avec les chiffres , vous êtes pourtant de la cour des comptes

 FH : c’est faux, je suis en effet de la cour des comptes, et mes chiffres sont exacts

 NS :  voté contre grand emprunt ? Pas un pays du monde comme projet PS

 FH : quoi qu’il arrive, vous êtes content

NS : c’est un mensonge, que je sois toujours content

«  Ce n’est pas concours de petite blague »

Attention Hollande, pas trop blagueur, cela peut être perçu comme de l’arrogance
Sarko s’agace, cela se voit

 FH : Si vous permettez qu’on ait cet échange

 Hollande a plutôt le dessus depuis un moment, après bon passage de NS

 FH : « vous avez été en retard » (chomage partiel). TVA : 300 € sur un couple de smicards, c’est inacceptable

  • coups de pouce sur le smic sera fonction de la croissance
  • forfait de base pour eau et électricité
  • blocage 3 mois coût essence puis TIPP flottante pour que Etat ne touche pas 1 € de plus sur le prix de l’essence

 NS : en Allemagne, jamais syndicat choisirai un candidat, pas de politique

FH : pas vrai en Allemagne, synd très liés au parti social-démocrate, vous devriez le savoir

Bim

NS : mais ils sont pour règle d’or
coup de pouce au smic 15% population, alors que heures supplémentaires pour tous les salariés

Prix de l’eau réponse bafouillante de NS

NS : Sur essence : c’est contribuable qui va payer, sur essence
comment allez vous faire pour augmenter toutes les prestations, etc et réduire déficit ?

FH : je n’ai pas parlé de « toutes les prestations », encore votre méthode.
Blocage de 3 mois : pas solution durable, mais il faut y voir clair sur mécanismes de distribution. Le distributeur paiera.

 NS : la meilleure économie d’énergie, monsieur Hollande, c’est l’économie d’énergie. (ais-je bien entendu ?)
Moment de démanteler l’industrie nucléaire ?

Dette publique :

FH : Augmentation, considérable, il faut arrêter le processus
Vous avez dès le départ, négocié avec Europe pour financer largesses fiscales pour les plus favorisés, pas que la crise

Equilibre 2017 : 40M prélèvements supl, 50M économies

  • prélèvement : sur plus hauts revenus, et capital, et entreprises,
  • niches fiscales plafonnées à 10 000 €, rétablissement ISF, …

NS : j’ai nommé soc à CdComptes : augm 500 M pas 600M, erreur de 100 M (contesté par FH)

Budget déficit depuis 38 ans
200 M sont le produit de la crise, …
« Savez vous M H, vous qui êtes depuis si longtemps éloignés des dossiers »
Postes de fonctionnaires, 61 000 de plus, alors que moitié budget.

Sécu : vous n’avez pas voté plan d’économie, retraites : vous proposez augmentation cotisation, vous mentez en disant que j’ai supprimé impot sur la fortune. Seul pays d’Europe où conservé, alors que les socialistes esp et allemands l’ont supprimé.

Dire que nous avons fait des cadeaux aux riches, c’est de la calomnie.
93% fiscalité bénéficie aux classes moyennes et populaires

FH : vous avez toujours un socialiste de référence.
Après mensonge, calomnie, décidément, vous croyez pouvoir tout me dire ?

NS : ne fuyez pas, monsieur.
Pas une économie vous proposez

 FH : vous avez distribué des chèques du trésor public aux plus grandes fortunes, moi je propose l’inverse cela s’appelle la justice sociale. Etat de école publique, année de formation des enseignants
J’assume mon choix, 12 000 créations postes par an pour l’éducation, priorité, car éducation au centre de tout.

Economies de dépenses :

  • pas plus de 1% d’augmentation de dépenses publiques par an (alors que 2%)

NS : France est pays où impots les plus élevés d’Europe
Folie dépensière
Incapacité à dire non dès qu’un syndicat dit quelque chose

FH : « Ce n’est pas moi qui suis au pouvoir, c’est vous depuis 10 ans »
Dans vos perspectives, encore +2 de prélèvement obligatoire, plus élevé du monde.

 NS : Face à la crise, … Votre raisonnement est incohérent : si j’ai augmenté les impots je n’ai pas privilégié les plus riches.

Quelques grimaces de NS, sur la défensive

NS : problème de qualité pour les enseignants : moins d’enseignants, mieux payés, mieux formés. Vous proposez paupérisation..;

  • augmenter obligations d’heures de service, tt n’est pas une question de postes.
  • Où économies ? Vous serez incapables de trouver diminutions de postes.

 NS : retraites, « j’ai introduit pour la première fois pénibilité »

FH : non, « invalidité »

Taux encadrement primaire le plus bas de l’OCDE, perdu attractivité petite maternelle.
Je ne veux pas laisser penser que je veux augmenter la dépense publique
Comment accepter que dans la police et la gendarmerie, suppression de 12000 postes ces dernières années ?

NS : tx encadrement primaire, faux…
« vous apprendrez que »

Crise zone euro :

FH : aucune dimension croissance, austérité généralisée, et cela ne fait pas augmenter les déficits

  • eurobonds pour grands projets
  • fonds structurels
  • taxe européenne
  • BCE : « je refuse »

je sens les lignes bouger, même du coté allemand, un nouvel etatt d’esprit

  • porter un plan de renégociation au lendemain de mon élection

 NS : France jamais empruntée aussi peu cher

Sur son visage on dirait que Sarko est au bout du rouleau…

 Monsieur Hollande invente le fil à couper le beurre. Vous n’avez participé à aucun conseil européen.
Tout ce que vous proposez, déjà fait.

Eurobond ? Plus de dette encore ? Je n’en veux pas, car garantie de dette des autres. Nous avons évité la disparition de la Grèce (?), l’implosion de l’euro. Succession de crises d’une violence ïnouïe

 FH : non, Europe ne s’en est pas sortie, résurgence possible. Si notre élection est regardée par ensemble de l’Europe, c’est car enjeux, changement de position vis à vis de l’Allemagne.

NS : M Hollande ne connait pas l’Europe. L’austérité je ne l’ai pas voulue en France, contrairement à vos amis au pouvoir qui n’ont pas pris les décisions. Sur le volontarisme ne me donnez aucune leçon.

FH : vous avez toujours la volonté de nous ramener à l’Espagne et à la Grèce, mais aussi Italie, avec Berlusconi. Gestions mauvaises, mais aussi situations complexes ou anciennes

NS : M. Berlusconi n’est pas de mon parti, ni de prêt, ni de loin, il est berlusconiesque

NS bafouille, refuse de répondre sur la présence de Berlusconi dans le même parti au niveau européen que Sarkozy. Echange gagné par Hollande, Sarkozy défait.

Dire que France n’a rien obtenu de l’Allemagne, c’est une grande incompétence

Immigration

FH : NS en resp de l’immigration depuis 10 ans. 200 000 par an, contre 150 000 sous Jospin

Vous dites que vous voulez réduire de 200 000 à 100 000, pas possible.

  • limiter immigration économique car chômage, chaque année chiffre fixé par le parlement
  • étudiants étrangers, on en a besoin
  • demandeurs d’asile, réponse tarde trop : en 6 mois
  • immigration familiale : garder les règles actuelles
  • sur conjoints de Français : pas de diminution

NS : max dernière année de Jospin 215 000 après régul massive de 80 000 . Auj 180 000
Accueilli trop de monde car on arrive plus à les intégrer.
Prestations sociales parmi les plus généreuses.

  • diminution par 2
  • test français et valeurs
  • prestations qu’après 10 ans de présence

FH : sur immigration illégale, on garde les centres de rétention

Echange sur les centres de rétention, confus, NS de mauvaise foi et FH peu clair

NS : vous vous noyez, encore l’ambiguité, vous vous êtes contredit.

FH : droit de vote des étrangers aux élections municipales : vous y étiez favorable

  • si majorité au parlement, ok, sinon le peuple français tranchera

NS : irresponsable de proposer un vote communautariste et identitaire alors que tensions extraordinairement fortes. Réciprocité.

FH : attention, ne pourront pas voter pour les sénatoriales
Pourquoi dites vous qu’ils seront musulman ?

NS : car Afrique de Nord
Islam de France et pas en France.
Sauf si vous n’avez aucun lien avec la réalité.
C’est un problème pour nous.
La France traite mieux les musulmans en France que les chrétiens en orient.

FH : Maroc : réciprocité
Revendications communautaires : je conteste ce principe.
Il y a déjà des musulmans en France, citoyens en France, font-ils des pressions communautaires ?
Immigrés pas forcément musulmans ou pratiquants.
Sous ma présidence il n’y aura aucune dérogation à la laïcité (hallal, burka…)

NS : Nous n’acceptons pas que des étrangers votent en France, c’est une différence.

FH : nous maintiendrons la loi sur la burka. Vous n’étiez pas favorable à loi contre voile.
J’essaie d’avoir une cohérence dans mes convictions, je préfère tenir bon dans la constance.

NS : ambiguité sur centres de rétention… Vous n’avez pas voté loi burka (absent)

Echange vif sur les changements de position

FH : personne ne peut le tolérer (burka) et la loi sera appliquée

Nucléaire :

NS : Il nous faut le nucléaire, pas d’accident, accord électoral mediocre…

FH : Objectif de long terme : garder nucléaire comme source principale d’électricité, mais réduire…
Energies renouvelables seront considérablement développées
Pourquoi Fessenheim ? Car la plus vieille, sur zone sismique. Tous les emplois seront préservés.
Développer industrie du démentellement. NKM y était d’ailleurs favorable.

NS : si nucléaire est dangereux, il faut tout fermer, pas logique.
Sûr, car dès qu’il y a un accident, renforcement partout dans le monde.
Faire plaisir à Mme Joly

FH : faisons nous travaux sur les vieilles centrales pour les prolonger ou investir dans les énergies renouvelables ?
L’accord signé avec EELV ne m’engage pas, seul le programme présenté aux Français vaut
Ne caricaturez pas.

NS : le nucléaire ne pose aucun problème de sécurité en France, le plus sûr du monde, quel message envoyé à l’industrie nucléaire dans le monde…

FH : je suis pour une position équilibrée. Mieux vaut une position intelligente qu’une position dogmatique

Vie politique et ses règles :

FH : Répète « Une fois élu Président de la République, je … »
Moment fort mais un peu long.

Instances indépendantes, comportement exemplaire (statut pénal du chef de l’état)
Gouvernement paritaire, code de déontologie pour les ministres, pas de cumul
Acte de décentralisation, considération des partenaires sociaux
Grands débats
Représentation proportionnelle aux élections législatives
Rien n’est normal quand on est Président, …, mais souci de la proximité, capable de comprendre le peuple.

Etrange, NS a disparu pendant quelques minutes…

NS : votre normalité n’est pas à la hauteur des enjeux
Indépendance de la justice, c’est une plaisanterie ? J’ai déjà avancé…

Attaque de Hollande sur nomination de chef de cabinet du garde des sceaux

Echange vif sur pratique du pouvoir

FH : votre présidence , comporté en chef de majorité, et collecte de fonds au Bristoll

NS : Faux. Nommé à tête de Cour des comptes etc personnalités de gauche…
Merci de votre arrogance

FH : Vous avez nommé tous vos proches

NS : Mensonge, calomnie…
Comment osez vous dire que j’ai une Pres partisane, alors que ouverture…

FH : je ne nommerai personne sans que 2/3 de majorité pour en commission
Réorganiser statut pénal chef etat
Sur justice, CSM nommera tout…
Sur audiovisuel public

NS : un parti qui a failli se mettre derrière DSK…

FH : c’est vous qui l’avez nommé au FMI, je ne connaissais pas sa vie privée, vous connaissez la vie privée de vos collabororateurs ?

Politique Etrangère :

FH (ton grave) : Décision Chirac/Jospin, retrait d’Afghanistan fin 2012

NS : Retrait en bon ordre, car parole de la France. Retrait fin 2012 est impossible, matériel et parole donnée, fin 2013

FH : même si les talibans continuent de frapper Kaboul, je considère mission achevée (contradiction ?)

NS : non, pas achevée, France tiendra sa parole.

Sahel :

Paroles présidentielles…

Conclusion

FH :

Différences de projet, bilan, mois je veux changer
redressement productif, industriel, moral,
Justice
Rassembler au delà des socialistes et de la gauche, je ne repousse personne, besoin de toutes les forces de la France.
Continuer avec vous, ou changer, pas de peur. Les lois de la république seront appliquées, la gestion sera saine.

NS :

Aux Françaisqui ont parlé à Marine Le Pen : pas de leçons de morale à des gens qui vivent dans des quartiers où je ne vis pas. Frontières…

Aux électeurs de François Bayrou : règle d’or par referendum

A tous ceux qui se sont abstrenus : quel avenir pour nos enfants, tenir un cap, assumer ses responsabilités. Passion de la France

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Sur un banc politique, prendre le temps…

juillet 26, 2011

Tout va si vite.

Depuis un moment, j’ai l’impression d’être au volant, départs de vacances, je double, je freine, le paysage change sans cesse, mais je suis  coupé de tout ceci. Dans mon habitacle climatisé, je ne vois que trop tard que tout à changé, l’orage s’est abattu, je ne peux éviter le carambolage.

La route était toute tracée, tout se mettait en place. DSK allait être candidat, sur la base d’un projet de gauche plutôt intéressant, et je pensais m’investir pour le soutenir ; le reste n’était que péripéties.

Il y a eu une première bourasque, avec Fukushima. Moment important, avec des incidences politiques.

Puis la brutale averse, l’ouragan. Toutes les voitures sont retournées : à quelques jours d’être officiellement candidat, DSK se fait piéger, ou se saborde. Tel Zidane en Finale, le coup de boule malheureux répond à l’incitation maligne, et fait perdre son camp. C’est ce que l’on pense tout d’abord.

Le soleil réapparait, la brume s’échappe de l’asphalte. Je m’écarte de cet ensemble figé de métal et de scènes dépassées, le scénario a changé, changeons de DVD. Ou plutôt non, sortons de la route, participons à quelque chose de nouveau. La garrigue humide happe déjà les premiers rayons de soleil, les odeurs sont multiples et apaisantes. Le calme, et le dialogue avec la nature me font du bien.

Un moment de retrait, de respiration politique. Malgré le retrait de DSK, la victoire reste possible, probable, même si ce sera difficile. Que faire ? Au PS, la primaire est lancée. Faut-il choisir, déjà ?

Les deux candidats ont la carrure, l’intelligence, une assise politique. Les deux me satisfont.

Martine Aubry aurait plutôt ma préférence face à François Hollande. J’ai un souvenir mitigé de sa direction du PS durant plusieurs années, même si le referendum européen n’a pas rendu sa tâche facile. Mais rien n’a alors été tranché, le parti s’est plutôt recroquevillé, n’a pas rebondit après le 21 avril 2002. De son côté, Martine Aubry a été choisie sur un projet de rassemblement, et  a réussi à le faire vivre, à remettre le parti au travail, en ordre de marche. Bien sûr l’impérieuse nécessité s’est imposée, tout le monde voulait enfin aller dans la même sens, mais elle était sans doute la bonne personne.

Pour autant je me laisse encore le temps de confirmer mon choix. En effet François Hollande me paraît mieux préparé, ce qui compense son manque d’expérience ministérielle, plus motivé, et il a mieux mis en scène ses soutiens. Le soutien de personnes comme Pierre Moscovici, Didier Migaud, André Vallini ou Aurélie Philippetti me paraît intéressant.

Je m’en remettrai donc à des sujets comme le nucléaire, la lutte contre la délinquance (sur laquelle Manuel Valls dit depuis longtemps des choses intéressantes et structurées), la protection de l’environnement, là où le projet socialiste laisse des marges de manoeuvre, pour trancher.

Il y a donc ce premier vote de la primaire socialiste.

Puis il y a ensuite la campagne elle-même.

Et là encore, mon choix n’est pas fait. J’ajoute en effet à la palette des possibles un vote pour Eva Joly. C’est actuellement la candidate qui m ‘enthousiasme le plus : sa rigueur, son sens de l’éthique, bien sûr sa conscience de la nouvelle société écologique, son parcours.

Pour autant le vote est une alchimie complexe : voter avec son coeur au premier tour n’est possible que si cela ne met pas en péril la présence de la gauche au second tour.

Dans tous les cas il reste de long mois pour analyser et confronter ces candidats, ces programmes… Regardons calmement ce qui peut être fait.

Ségolène Royal, candidate de transition ?

mai 1, 2008

Sans doute Ségolène Royal a t’elle pu s’imposer fin 2006 car la situation était particulière, bloquée, figée dans l’après-référendum au PS. Elle est apparue, elle a remplie le vide, a semblé ouvrir les fenêtres. Elle portait pourtant au début certains thèmes propres, comme l’environnement, la lutte contre l’insécurité, la décentralisation, voire une vision de la flexsécurité. Elle aurait dit plutôt : « socialisme par la preuve, mise en mouvement de la société et des territoires, nouvelle démocratie sociale et délibérative« .

Je pense que cela a été une candidate de transition, qui aura été le vecteur d’un changement du PS. D’une certaine manière, l’époque l’a utilisée. Sans doute faut-il maintenant autre chose, sans que je ne sache bien quoi.

Elle a été un moment, lors des primaires, d’espoir. Puis de craintes au fur et à mesure de ses bourdes (que ses fans appellent déformations médiatiques) et de certaines prises de positions un peu rapides ou idéologiquement assumées mais auxquelles je n’adhérais pas (carte scolaire, jurys citoyens…).

Ségolène a fait une campagne irrégulière, avec de bons passages notamment avant le premier tour. Elle sera peut-être mieux rodée techniquement, mais ses mécanismes de pensée, sa conception du pouvoir et de la politique ne semblent pas avoir changés.

Quand on voit les résultats des législatives, on constate que le PS fait bien plus, même au premier tour peu favorable que ce qu’il a fait à la présidentielle malgré le vote utile. LE FACTEUR SEGOLENE ROYAL a plutôt pesé négativement que positivement électoralement. Comme le dit Rocard, 47% était le point bas au second tour. Ségolène avait elle-même dit qu’elle assumerait la responsabilité de la défaite comme de la victoire. Paroles de campagnes…

Par contre elle a réussi à mener, contrainte, une partie du renouvellement nécessaire.

Certes de nombreux de ses partisans sont venus, certains sont restés, avec une volonté de changement des pratiques au PS, ce qui est positif, et sur une ligne réformiste et social-démocrate qu’elle a vaguement incarnée, sans constance ni réelle cohérence. Certaines choses ont bougé positivement, ne seront plus les mêmes, il y a un « après » élection 2007, et elle y a sans doute sa part.

Mais au delà du phénomène, sa campagne doit être jugée plus sévèrement je pense. Partie de très haut en terme de popularité médiatique, après un président Chirac usé et désapprouvé, dans une période de tensions et d’inquiétude, elle n’a pas réussie à incarner une alternative crédible à Sarkozy.

Elle partait avec un handicap, qui était le projet socialiste, (j’ai voté contre en tant que militant) incohérent et insuffisant. Il fallait trancher rapidement certaines questions, on ne navigue pas à vue des sondages. Mais souvent elle n’a pas su ou voulu se servir de la matière grise du parti, et mal du parti lui même, sinon comme bouc émissaire de sa défaite.

Comment expliquer le flou sur la fiscalité, l’immigration, le nucléaire ou les retraites, voire l’Europe ? A un moment il faut faire preuve de courage, de constance, et pas seulement d’audace médiatique ou de posture.

Loin de revendiquer une idéologie consistante comme l’était celle de Nicolas Sarkozy, elle a semblé à la remorque de son rival en ne parlant que d’ordre, de valeur travail et de refus de l’assistanat. Les questions économiques et sociales ont semblé lointaines, ou ne relevant que du quotidien difficile. L’impressionnisme, l’incohérence et l’instabilité de son discours économique et social ont fait le reste, face aux propositions extrêmement simples et jamais sérieusement contestées de son rival. Dès les législatives, on a pourtant vu qu’une mesure comme la tva sociale pouvait faire des dégats politiquement.

Sur la manière, outre les difficultés de coordination avec le PS, les changements de ligne, la victimisation, elle a fondamentalement manqué de cap.

Depuis les débats participatifs, idée intéressante dans un processus, mais pas comme aboutissement, jusqu’à récemment son livre ou son émission chez Drucker, elle a navigué entre médiatisation à outrance et charisme affectif. Parfois on a pu penser que le contenu politique n’était plus que programmatique et pragmatique, prétexte à son exposition.

Après l’avoir vu à une émission télé, j’avais écris dans un commentaire une formule un peu excessive, mais qui résume bien ce malaise : « arrêtons d’urgence avec ce pathos, cette politique de l’affection et de l’affliction, de confession et de contrition.  »

Cette personnification mièvre est selon certains de ses partisans une des clefs de la reconquête d’un vote populaire. Mais il ne faut pas le reconquérir en surface, sur des thématique pragmatiques dictées par les sondages. Il y a une bataille politique et culturelle qu’elle n’a pas menée, sauf sur des thèmes comme la république métissée par exemple : la réhabilitation de la politique et de l’individu social, l’explication de l’impôt, l’émancipation qui n’est pas que le pouvoir d’achat etc. Cela a parfois frisé un anti-intellectualisme populiste qui m’a beaucoup gêné.

On pourrait encore ajouter le procès en machisme qui est fait aux détracteurs de Ségolène Royal, qui a pu être épisodiquement justifié, mais qui est devenu une arme de défense politique. Enfin, pas vraiment politique, plutôt médiatique et de comm’, vu qu’il s’agissait alors de rompre le débat et de ne pas aller sur les questions de fond
Un des meilleurs exemple : Quand un journaliste du New York Times lui demande en gros quelle sera sa politique étrangère, elle répond de manière offusquée : « Auriez-vous osé poser une telle question à un homme ? », et refuse de répondre sur le fond. Le journaliste en est resté interloqué car en effet il avait certainement déjà du poser des dizaines de fois la même question à des hommes politiques.

Depuis la défaite, tout cela ne semble pas avoir changé. On pourrait même dire qu’elle s’est réfugié dans ses travers les premiers mois.

Refusant de reconnaître sa défaite, elle s’appuie sur ses 17 millions d’électeurs, en oubliant les règles élémentaires de mathématiques, pour chercher à s’imposer par inertie au PS. Elle oublie qu’il aurait fallu plusieurs millions de voix de plus pour l’emporter, jamais l’écart en voix n’avait été aussi grand avec la droite. Car si on regarde en pourcentage, ce n’est pas très bon. Surtout quand on sait que les électeurs ont surtout votés contre Sarkozy… De même avec les 60% des primaires, bien réels, mais dans un autre contexte.

Elle réagit toujours en se victimisant, avec la démocratie participative et les sondages comme outils de communication. Elle a réaffirmé l’incohérence comme principe politique : « prendre le meilleur de Bayrou à Besancenot », ce qui est séduisant en théorie, aberrant sur le fond.

Pour autant, sans doute sa ligne s’affine t-elle aujourd’hui, certains de ses proches sont parfois intéressants, Peillon, Sapin, Collomb, ou encore certains intellectuels ou spécialistes qui la cotoient. Sans doute sa motion sera t-elle clairement sociale-démocrate, travaillée, intéressante. Ou pas… Sans doute nous retrouverons nous contre les conceptions guesdistes ou conservatrices du PS, ou dans la volonté de rénovation des pratiques (cumul des mandats, ouverture au débat), mais cela sera difficile.

Manquera sans doute une cohérence de vision et pas seulement programmatique, un réajustement nécessaire de sa vision du pouvoir et de la politique, ainsi que des questions sur elle, sur ce « one shot », comme dit Valls, qui s’installe. Et ce passif toujours présent en nous, une mauvaise expérience qui crée comme une forme de répulsion… Il faut savoir s’en détacher, mais faut-il oublier ?

Amertume de la défaite (7)

janvier 13, 2008

Très déçu. Campagne longue, difficile, changeante.

Le soir des résultats Ségolène, Dray et Bianco pensaient semble t-il que nous avions gagné… Je trouve cette attitude étrange. Ce n’est pas la mienne…

Amertime. Mon deuxième combat perdu après le referendum.

Va t-on sortir nos armes maintenant contre Ségolène ? Certains le ferront. Cela sera facile, vain, insuffisant, je leur laisse. Cela dépend d’elle, aussi…

Pour l’instant sa déception et la mienne sont grandes, terribles, partagées.

Je ne crois pas venue le temps des milices. Je ne pense pas avoir à craindre de Nicolas Sarkozy une remise en cause des libertés fondamentales.

Pourtant je vois dans son projet une vraie vision cohérente, qui pourrait être une douche froide. Je vois en lui la tentation revencharde, une vision souvent simplistes, la récupération des phrases de l’extrême droite par populisme plus que par conviction (espèrons le), une ambition du pouvoir pour lui-même… Il y a toujours des fautifs, des méritants et des victimes contre les autres.

Je suis las… Evidemment il ne sera pas seul, et il se recentrera, mais bon…

Je regrette l’ambition écologiste, pour l’innovation et la recherche, pour une société métissée.

Ségolène Royal pouvait-elle gagner ?

Elle a portée une rénovation du parti. Nombreux sont ceux qui comme moi l’ont rejoint par elle. Une nouvelle manière de faire de la politique sans doute. Mais surtout de nouvelles idées, portant réellement la lutte pour la protection de l’environnement, une nouvelle décentralisation, une fermeté contre l’insécurité… Entre la social-démocratie assumée par DSK et autre chose.

Elle a du trainer aussi, comme un fardeau, le projet socialiste. J’avais voté contre, c’était le fruit d’une synthèse inadéquate entre la motion 1, déjà fourre-tout majoritaire, et les autres courants plus radicaux.

Constamment on a senti ce tiraillement entre le parti orthodoxe et son projet, et les volontés d’audaces, de rénovation et de crédibilité sociale-démocrate. Le tiraillement est devenu hésitation, ajournement, flou, sur les 35h, sur les retraites, sur la fiscalité. Plus largement, la relance de la croissance, souvent évoquée comme solution, n’a pas été mise en scène, expliquée.

Il ne faudra pas omettre la responsabilité structurelle et idéologique du parti et en faire la seule responsable. Il ne faudra pas non plus que certains imputent au seul parti la défaite. Il serait facile d’accuser DSK et ses partisans, boucs- émissaires. Pourtant celui-ci a fait plus de 30 meetings de soutien, et nous sommes nombreux à nous être impliqués. Cela a son doute compté pour passer le premier tour.

Ségolène a annoncé qu’elle assumerait sa responsabilité personnelle dans la victoire comme dans la défaite, voici donc venu le moment de la remercier, et de passer à la suite. Et Bianco, Savary ou Airault peuvent prétendre reprendre le flambeau ségoléno-réformiste.

début : Les primaires socialistes accouchent d’une belle victoire (0)

précédent :Entre deux tours, de l’espoir aux abysses… (6)

La tentation Bayrou m’a à peine effleurée (5)

janvier 9, 2008

Mars 2007

La campagne de Ségolène ne convainc pas totalement, elle fait quelques bonnes prestations télévisées, d’autres sont médiocres (et en meeting c’est pire) Je sens des hésitations, des mesures disparaissent, sont modifiées, elle crée un comité des pontes du PS sans le convoquer jamais. Elle continue à se victimiser, ses fans à l’intérieur du PS deviennent aveuglés et emportés…

Elle est durablement donnée battue par les sondages. Autour de moi cela flanche, Bayrou en profite, il a un style et un verbe nettement supérieur aux deux autres, il prend des positions de centre gauche souvent en visant les sympatisants PS.

Pour ma part, une seule soirée en le voyant à la télévision, j’ai douté, je me suis dit que peut-être il vaudrait mieux voter pour lui, pour battre Sarkozy, pour un électrochoc au PS… Mais ça n’a pas duré, j’étais impliqué dans la campagne, et attaché à certains éléments du programme. Celui de Bayrou était insuffisant, et sa posture poujadiste et anti-politique ne me plaisait pas, ni son attitude narcissique et solitaire.

J’aurais pu voter Voynet sur le fond, mais je n’y ai jamais pensé sérieusement, il fallait d’abord être au second tour. Je continue d’argumenter sur les blogs.

Mettre la nation en avant permet ensuite d’embrayer sur l’Europe, avec le rapport Delors hier, seul projet pour l’Europe face aux autres candidats de la parole.

Sarkozy paye sa droitisation calculée, les incidents de la rue rempail… Cela profite à Bayrou, qui attire de plus en plus d’électeurs de droite, et quelques ministres de l’ump aussi, ainsi que tous les plus libéraux : Fillias, Miguet, Madelin… Il va être en porte à faux avec sa posture de centre gauche.

Bayrou a un programme, mais flou, peu ambitieux, avec quelques mesures peu convaincante au niveau économique ou juridique (les 2 emplois sans charge, polarisation excessive sur la dette, 50% de proportionnelle à l’assemblée, flou sur l’Europe, le mariage homosexuel, l’environnement…)

Il n’a pas les moyens politique de le mettre en oeuvre.

Pire, Bayrou use de poujadisme, le ni-ni, faisant croire que la gauche et la droite c’est pareil, qu’il a participé à ces politiques, et sans dire comment demain mieux pourrait être fait… Il fait semblant de croire à la simplitude de la politique, s ‘imposant en homme providentiel !

La dernière interview de Ségolène à Libération est porteuse d’espoir et d’avenir. Le livre qui sort doit être un élement de tout ceci.

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Enthousiasme de février : tout semble encore possible (4)

janvier 9, 2008

Mi-février 2007

J’ai adhéré au PS, et les positions de la future candidate me plaisaient. Mais par la suite, lors des primaires, j’avais soutenu DSK, sans devenir un antiségoléniste virulent. Les premiers mois de 2007 ont été difficiles, mais malgré des doutes croissants refoulés, je me suis laissé prendre par le combat militant, que je ne regrette pas. Entre les trois candidats principaux, les trois projets, c’était le moins pire.

Après la présentation du programme, avec le groupe R2 auquel j’appartenais, j’écris cette tribune de décryptage pleine d’espoir. Elle reste assez juste, avec des avancées dans le discours, mais aussi les insuffisances relevées en conclusion qui n’ont pas trouvées de réponses.

Que retenons-nous du discours de Ségolène Royal à Villepinte

Que retenir du discours de Ségolène Royal hier ?
Les commentaires sont nombreux. Certains n’ont pas lu le discours, et commentent les commentaires, sans voir les nouveautés des orientations.

Ce fut un discours à plusieurs partitions et plusieurs voix, mêlant notamment le socialisme tendance libérale et social-démocrate, la mise en mouvement de la société et les régulations souples, et le socialisme de la puissance publique, contraignante et interventionniste.
Le projet du parti est toujours là, mais réorienté et enrichi par les propositions originales de la campagne interne, des débats participatifs, des divers travaux.

Nous avions des réserves à propos du projet socialiste. Le programme hier présenté nous convient mieux. Ainsi, nous nous félicitons des principes mieux affirmés :

-de la claire prise en compte de la contrainte de la dette
-de l’absence de hausse de la pression fiscale
-de la volonté de réconcilier les Français avec l’entreprise

-de l’ambition de réformer l’Etat, notamment à travers la régionnalisation
-de la promotion d’un nouveau syndicalisme plus puissant et partenarial.

ou encore de quelques propositions nouvelles, dans le détail : maisons des parents, developpement du soutien aux personnes en situation de handicap, scolarisation dès 3 ans, non cumul des mandats,co-developpement, le president de la commission des finances qui appartiendra à l’opposition, reforme du senat, suppression du 49-3

Zoom sur l’ouverture audacieuse consacrée à la dette, et les passages évoquant l’entreprise et la production de richesses, la réforme de l’Etat et à la décentralisation.

L’esprit et presque la lettre de notre motion et de nos contributions :

« Pour surmonter ces crises, il faut une France Neuve. Voilà ce que vous m’avez dit. Et voilà ce que j’entends mettre en œuvre.
Comment augmenter les bas salaires si les entreprises ferment ? Comment augmenter les petites retraites si les déficits se creusent ? Comment augmenter l’effort pour l’éducation
et la santé lorsque la dette explose ? Telles sont les questions que vous m’avez posées. Mais vous m’avez dit aussi que chaque nouveau droit devait aller de pair avec des devoirs.
Et vous l’avez fait avec une franchise, une lucidité, une volonté de refuser les solutions toutes faites et les fausses promesses des marchands d’illusion, vous l’avez fait avec une
rigueur dont je dois vous dire qu’elles m’obligent. Et c’est pourquoi j’ai décidé de vous parler en premier de notre situation économique et, en particulier, du problème de la dette.
La dette publique est devenue insoutenable. Elle représente 64% du PIB et 18 000 euros par Français. Les intérêts qu’elle génère sont devenus à eux seuls la 2ème dépense du
budget de la Nation. Le déficit des comptes sociaux a triplé. La sécurité sociale est grevée par plus de 80 milliards de déficit cumulé. Notre appareil productif est affaibli. Notre
commerce extérieur affiche un déficit de 30 milliards d’euros. La production industrielle stagne et l’investissement productif des entreprises ne décolle pas. Voilà la France qu’ils
nous laissent. Voilà l’état des lieux au sortir de la période qui s’achève.

Et c’est à vous, c’est à moi, c’est à tous les Français qui, à partir d’aujourd’hui nous rejoindront, qu’il appartient de relever le pays.
Je suis convaincue, par exemple, qu’il faut changer, de toute urgence, notre façon même de concevoir la création de valeurs et de richesses. Je suis convaincue qu’un
développement durable repose aujourd’hui sur trois piliers (économique, social, environnemental) et que la défaillance d’un seul peut faire crouler le tout. Nous sommes la 5e
puissance économique mondiale. Mais nous devons ce rang au travail des Français qui conquièrent des marchés, innovent, prennent des risques et travaillent dur. Et je suis
convaincue que nous ne tiendrons durablement ce rang que si nous recréons notre capacité à mobiliser les compétences, à motiver les salariés et à créer, en fait, ce vrai dialogue
social qui reste, en France, si terriblement archaïque.

L’inventivité des entrepreneurs doit être, reconnue. Mais la dignité du travail doit être respectée et même remise à l’honneur. Avec cette reconnaissance et ce respect, nous réussirons comme l’ont fait ….. Voilà pourquoi je m’engage à tout faire pour que, si je suis élue, un nouvel essor soit donné à la démocratie sociale et au dialogue social constructif qui va avec. Et voilà pourquoi je m’engage, en même temps, à soutenir l’effort des entreprises innovantes et créatrices d’emplois. C’est ce que j’appelle les cercles vertueux.

Je le crois de toute mon âme : nous avons les moyens de relancer la croissance et la machine économique. Je veux réconcilier les Français avec l’entreprise pour sortir la France des
déficits et accomplir des progrès sociaux dont nous avons besoin.
J’en ai pris une claire conscience tout au long de ces semaines passées à écouter et observer : nous sommes un pays d’excellence technologique où pas un jour ne passe sans que
des hommes et des femmes se lancent pour donner corps à un projet créateur d’activité, de valeur et d’emploi. Eh bien, je suis reconnaissante à ces entrepreneurs du risque qu’ils prennent et qui permet de créer, chaque année, les emplois que la mondialisation financière déplace. Je sais gré à ces PME de moins de 250 salariés qui sont plus de 2 millions en France et qui sont nos premières créatrices d’emplois.
Et je m’engage aujourd’hui, devant vous, à tout faire pour soutenir leur effort et pour créer l’environnement dont elles ont besoin et qu’elles méritent.
Je m’engage aussi à faire de la recherche et de l’innovation une des priorités majeures de mon mandat. Je m’engage à augmenter le budget national de recherche-développement de 10 % par an. Sur les 65 milliards d’aide aux entreprises, seuls 5 % sont orientés vers la Recherche et l’innovation, je m’engage à porter cette part à 15%. Par des mesures fiscales, je m’engage à encourager les entreprises à innover et à faciliter, pour cela, leur accès aux financements bancaires. L’Etat soutiendra les pôles de compétitivité qui associent laboratoires et entreprises dans des réseaux d’excellence. Trop de régions attendent aujourd’hui une aide de l’Etat qui ne vient pas ! Eh bien l’Etat, si je suis élue, soutiendra les porteurs de projets, partout où ils se trouveront, en généralisant les Ateliers de la Création.
Je m’engage à ce que les entrepreneurs qui garantissent les emprunts de leur entreprise sur leur patrimoine propre soient sécurisés par un mécanisme de caution mutuelle.

Je veux aussi que l’école et l’entreprise se rapprochent.
Je veux que l’entreprise devienne un lieu familier aux jeunes dès l’enseignement secondaire et jusqu’à l’université. Je le veux parce que vous le voulez. Et vous le voulez parce que l’insertion professionnelle de nos enfants et, donc, leur choix de métier et d’avenir en seront facilités.
Les Français, je l’ai également compris, aspirent à voir l’Etat réformer profondément sa gestion pour dégager des économies et donc des marges d’action.
Sans doute cette réforme sera-t-elle, chez nous, plus difficile à mener qu’ailleurs. Car la France, n’est-ce pas, s’est constituée autour de son Etat central ! Car il fut, cet Etat, partie prenante à sa construction, sa puissance, sa grandeur ! Mais nous devons agir.
Nous avons un Etat qui est devenu beaucoup trop lourd. Nous avons trop de ministères. Nous avons des ministères qui ont, en dix ans, changé huit fois de périmètres et donc de
dénominations avec toutes les dépenses inutiles, toutes les pertes d’efficacité, que cela suppose. Il faut réformer tout cela. Il faut alléger le poids de nos administrations. Il faut les
mettre au service des citoyens alors que, trop souvent, les citoyens ont le sentiment d’être le jouet des administrations. Il faut soulager des administrations centrales qui s’épuisent à gérer des personnels répartis sur le territoire et des crédits de toutes sortes.
Il faut en finir avec cette lourdeur de l’Etat central qui engendre toujours plus de textes législatifs ou réglementaires – et des textes qui, bien souvent, sont à la fois illisibles et inutiles. Les fonctionnaires en sont les premières victimes lorsqu’ils s’épuisent en réunions stériles au lieu de donner l’impulsion et la créativité dont ils sont porteurs et qui sont leur vraie vocation.

Face à cette situation, face à ce gaspillage d’énergie et de substance, je propose :
– de limiter le nombre de ministères,
– d’en finir avec l’inflation réglementaire qui nous caractérise trop souvent
– d’expérimenter à chaque fois pour réformer vraiment
– d’engager une nouvelle étape de la régionalisation, mettant fin à la ruineuse superposition des
compétences. Ce sont les régions qui, par exemple, mettront à niveau les bâtiments et résidences universitaires.
C’est aux régions qu’incombera la tâche de sortir les prisons françaises de l’état honteux où elles se trouvent. Ce sont les régions qui piloteront le service des aides économiques et de la formation professionnelle.
L’Etat, certes, garantira par un fond de  » péréquation  » l’égalité entre les régions qui bénéficieront donc, pour remplir ces nouvelles missions, d’un transfert de ressources. Mais nouvelles missions pour les régions, il y aura. Nouvelles intelligences territoriales, on verra naître. Et tant pis pour ce vieux jacobinisme qui est l’un des démons les plus malins de ce pays ! J’ai la passion du service public. Je sais que les Français sont habités par la même passion. Et, aussi, les fonctionnaires qui ont une conception exigeante de leur mission.

Ensemble, nous allons donner un coup de jeune à cet Etat colbertiste, jacobin, centralisé à l’excès, croulant sous le poids des ans, des bureaucraties inutiles et des réglementations
trop complexes. Ensemble, nous allons mettre l’Etat à l’heure de ce désir d’autonomie, de responsabilité civique et de liberté que j’ai senti monter d’un bout à l’autre de la France. »

Bien sûr; certains passages, ou certaines propositions sont critiquables. Et il y a encore des manques ou des insuffisances : quelle fiscalite ?, quelle réforme des retraites ? quelle politique de sante ? etc… Mais cela va dans le bon sens.

Cela s’ettofera encore jusqu’à la mi-mars sur ces points, participons-y.

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Défense vigoureuse contre les critiques lucides (3)

janvier 9, 2008

Début février également, face aux critiques nombreuses et sévères, je me fends d’une tribune, parue sur un site « débat2007« . Je défends la méhode des débats participatifs, et juge que certaines critiques sont trop précoces, alors que le programme n’est pas encore dévoilé.

La méthode et les propositions de Ségolène : jugeons en connaissance de cause le moment venu.

Souvent certains ont une vision trop sombre du PS et de la campagne. Les critiques concernent la rigidité ou le conservatisme du PS, l’absence de propositions, une campagne illisible ou de communication plus que de fond…

Il y a des critiques légitimes à faire et j’y participe. Pour autant, ne racontons pas n’importons quoi ! A moi de rééquilibrer depuis l’intérieur les états d’âmes des malheureux sympathisants socialistes ou centristes qui seraient attirés par le vote Bayrou, voire Sarkozy. Jugeons en connaissance de cause, et en temps voulu.

Je souhaite éclairer la situation pour dissiper quelques contrevérités que l’on peut entendre ici ou là.

Le PS n’est pas un parti réformateur ?

Contrairement à ce que certains pensent, au PS, il n’y a pas que DSK comme réformateur ! Outre les anciens, Roccard, Badinter, Delors, il y a les amis de DSK, Cambadelis, Carreiras, Le Guen…

Il y a aussi des gens très bien autour de Ségolène Royal : Bianco, Savary, Valls et toute la troupe des « nouvelle voix » qui sont aux commandes.

Enfin, Bockel, est au PS, tout comme Kouchner, Collomb…

Plus largement, une majorité solide du parti. Depuis le congrès du Mans beaucoup de chemin a été parcouru. L’arrivée massive de nouveaux militants change la donne. De plus il n’y a plus d’alliance avec le PC, mais avec les sociaux-libéraux républicains du PRG.

Ségolène Royal qui n’est pas une gauchiste, n’est pas tombé dans des thématiques faciles : anti-américanisme, anti-mondialisation et protectionnisme, antimilitarisme. Elle prône un état efficace et modernisé en luttant contre les gaspillages, contre une politique d’ assistanat, et elle s’est prononcé contre une augmentation de la pression fiscale, mais pas de baisse pour lutter contre le déficit (ce que préconisent le rapport Pébereau et débat 2007); Jean-Louis Bianco a affirmé récemment que la gauche n’allait pas faire une politique de relance de la demande keynésienne en arrivant.

Elle prône une décentralisation, une révolution des politiques de recherche et d’environnement. Une politique favorable aux gisements d’emplois que sont les PME et les associations d’intérêt général (souvent en charge de missions de service public dans le social notamment)

Par ailleurs, la vraie réforme de l’Etat, la régionalisation, se trouve chez Ségolène.

Les débats participatifs ne servent à rien ?

Je pense que c’est au contraire un travail de fond qui a du sens. Il est trop facile de taper sur le PS. Les autres partis ne le font pas. Ce n’est pas la nouvelle méthode, mais une méthode de plus, qui s’ajoute à l’expertise et à la réflexion des comités de campagne.

Il y a une grande diversité de situations. Les débats peuvent être organisés par qui veut : une petite section, en amateur, où il y aura 20 personnes. Deux secrétaire de séance relèvent les diagnostics, les propositions. D’autres débats sont organisés par des sections plus importantes, des fédérations, des comités locaux : alors il peut y avoir plus de monde, la présentation commence par des présentations par plusieurs experts ; il y a un ordre du jour.
Ensuite le staff de campagne et le parti reprennent la main, des synthèses de tous les débats sont faites au niveau fédéral,en retenant ce qui est intéressant. Puis cela remonte aux experts et politiques pour nourrir le programme.

Le mépris envers cette forme de débat ne me semble pas justifié : il ne suffit pas de prendre un débat moins bon que d’autres pour les juger tous, comme le fait Koz. De plus, lorsque Verel propose des débats beaucoup plus encadrés ne correspond pas au but de ceux-ci : ils doivent toucher en masse ceux qui ne sont pas au PS, et ceux qui ne sont pas forcément politisés, qui veulent écouter, s’exprimer. Il faut donc de la souplesse. Sur cinq débats peut-être une idée va t-elle apparaître. C’est pour cela que 5000 débats au moins doivent être organisés.

Souvent certains ont préparé cela avant d’y aller. Il y a des spécialistes en leur domaine : une pharmacienne, une responsable d’association, une aide soignante, un médecin, évoqueront les réformes des politiques de santé à leur niveau : parfois émerge un problème auquel on n’avait pas pensé, voire des débuts de solutions innovantes. Les 3000 débats qui ont eu lieu pour l’instant permettent à des gens qui ne s’expriment pas d’habitude de parler. C’est très important. Cela me semble être une des clefs de la campagne mais aussi d’une reconquête de la politique. Allez dans des villes sinistrées, des banlieues délaissées, des milieux désenchantés : la méfiance voire la haine envers la politique y est extrême, le pessimisme fort ! C’est dangereux et je vois dans ce nouveau dialogue une (petite) partie de la solution. J’étais méfiant mais je vois comment cela se passe : plutôt de bonne qualité, quelques propositions intéressantes qui émergent, mais également la prise en compte des difficultés concrètes, les problèmes de demain.

Le programme du PS n’arrive pas assez vite, contrairement à l’UMP…

Et bien attendons ! Le 3 février les premières lignes, le 11 février les grandes lignes, jusqu’en mars la finition. Il sera bien plus digeste que le projet socialiste auquel je m’étais opposé. Le rythme me semble être le bon, ne nous affolons pas sous le coup de sondages encore virtuels et sous le coup de l’entrée en scène du ministre de l’intérieur. Cela donne tout son sens aux débats, qu’ils puissent avoir un impact.

Nous pourrons alors débattre du fond et des propositions. Déjà, pour l’UMP : si certaines réformes prônées par son programme vont dans le bon sens, il y a dedans tout et n’importe quoi. Nicolas Sarkozy s’est contredit fréquemment, que ce soit au pouvoir (la fin des niches fiscales annoncées), ou dans les discours. Il y a beaucoup de promesses qui ne disent pas toute la complexité que cela implique (travailler plus pour gagner plus…). Des sujets comme une quasi-disparition de l’isf, et parallèlement une forte diminution des droits de succession me paraissent inconciliables (tous les pays ont une taxation sur le patrimoine, d’une manière ou d’une autre) ; ou encore les fortes diminutions d’impôts et des dépenses massives : je crains pour les collectivités locales ou le déficit (Sarkozy, ministre du budget sous Balladur, a montré le pire en la matière).

D’autres sujets me gênent, sur la laïcité, sur sa radicalité souvent simpliste etc…

Comment pourrait-il mettre en place certaines de ses propositions, face aux réalités ? Je n’y crois pas et pense que c’est dangereux. Souvent la gauche réussit mieux à réformer : décentralisation, droits des citoyens face à l’administration, ou encore la LOLF, lancée sous le gouvernement Jospin.

Je voulais rétablir la balance entachée de choses fausses. Chacun choisira le moment venu selon son diagnostic et ses préférences.

Mais attendons un peu, ne vous hâtez pas dans ce qui me paraît être l’illusion Sarkozy.

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