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Les raisons de mon vote

avril 19, 2012

J’ai mis un peu de temps  à faire cet article,  après avoir posé les questions qui me semblent importantes. Cela n’est pas si facile, car mon choix a eu du mal à se fixer.

 Pour le second tour, si l’on retrouve les deux favoris actuels dans les sondages, bien sûr mon choix est fait, je n’envisage pas de voter pour Nicolas Sarkozy pour de multiples raisons, ses valeurs, son comportement, son bilan, ses propositions, ses mensonges de campagne… Et je me réjouis déjà de sa défaite, et de la fin de l’omniprésence arrogante des Morano, Bertrand, Guéant, Copé et autres Douillet à la télévision.

Plus particulièrement dans cette élection, je pense qu’il se trompe de diagnostic global.  Ce qu’il propose sur le plan économique a échoué dans les autres pays européens : s’alignant sur ce qu’il pense être la position des marchés, il propose un solide plan d’austérité. Or la seule rigueur est un tourbillon sans fonds qui ne s’arrêtera que lorsque le nivellement par le bas aura déclassé le pays permettra de redevenir compétitif face aux pays en développement. La Grèce est dans ce schéma là (diminution brutale des revenus, des services publics, des droits sociaux…)
D’ailleurs de plus en plus de voix s’élèvent, y compris d’économistes libéraux ou sur les marchés, pour dire que la seule rigueur n’est pas une solution, en plus d’être d’une grande brutalité pour les populations.

C’est la position de ces économistes, dont beaucoup sont parmi ceux que j’apprécie :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/17/nous-economistes-soutenons-hollande_1686249_3232.html

En face, on peut penser que ce sera François Hollande. Quand je repense à la campagne de 2007, je trouve que le PS a là un candidat bien plus solide. J’ai eu l’occasion de le voir en meeting par le passé, de le rencontrer en conférence, et il m’a fait bonne impression. Il a montré constance et cohérence. Je ne l’appréciais pas trop lorsqu’il était à la tête du PS, mais je le trouve aujourd’hui plus clair, préparé, combatif.
Par ailleurs ce que je lui reprochais hier, d’être l’homme de la synthèse par exemple, devient aujourd’hui un atout : il souhaite incarner le changement dans le rassemblement.
Après, ce n’est pas forcément mon candidat idéal en tous points :  il est dommage qu’il ait affaibli certaines de ses propositions fiscales, je trouve qu’il faudrait aller plus loin sur l’écologie également etc.

Enfin il manque encore une articulation plus complète, plus solide, entre situation internationale, enjeux européens, déficit de compétitivité à court terme et désindustrialisation à moyen terme.

Mais globalement il propose un programme d’alternance, qui sera différent sur la plupart des sujets de ce que ferait l’équipe Sarkozy.  Ses armes sont la priorité à l’éducation, la jeunesse, la recherche, un contrôle des déficit du pays mais une relance européenne (les socio-démocrates allemands viennent de plaider dans ce sens également), la promotion d’une économie plus verte. Je suis également favorable aux propositions sur le mariage homosexuel, sur l’encadrement des dépassements d’honoraire pour les médecins, sur les réformes de la justice, sur la politique de sécurité etc.

Mais ne soyons pas naïfs : il n’y aura pas de solutions miracles, surtout avec une politique sérieuse et économe, qui est selon moi néanmoins nécessaire.
Par ailleurs ses propositions sont suffisamment prudentes pour faire gagner la gauche, sans faire trop peur aux électeurs, et être applicables ensuite pour éviter la désillusion des promesses non tenues.

Peut être que plus d’audace dans la transformation sociale et écologique seront l’objet d’un second mandat.

 

Mais si j’estime que c’est le bon candidat pour le second tour, faut-il pour autant voter pour lui au premier ?

Y’a-t-il d’autres candidats qui sur le fond me conviendraient mieux ? Faut-il voter tactique, ou « utile » ?

François Bayrou, comme Sarkozy, propose un positionnement libéral classique sur la dette. Comme lui il se retrouve confronté à l’échec d’une trop forte politique d’austérité, surtout en même temps dans tous les pays européen. Défenseur historique de la construction européenne, il en est aujourd’hui prisonnier, n’ayant pas le regard critique ou audacieux que nécessite la situation.

Il promet les plus forte augmentations d’impôts, et si l’on suit ses principes les plus fortes économies de dépense publique. Or cela manque de consistance : lorsque l’on lit ses propositions, elles sont ridicules par rapport aux enjeux qu’il énonce. Il s’agit de mesurettes de ministres, destinées à ne pas déplaire. Il veut maintenir les dépenses en valeur : or il indique que les retraites et les salaires des fonctionnaires continueront d’augmenter au moins de l’inflation, de même que les dépenses de redistribution sociale, et les charges d’intérêt varient en fonction des taux. Donc il y aura bien des coupes drastiques à faire, mais jamais il ne dit où : ce n’est pas la numérisation de l’administration (déjà largement en marche, on ne l’a pas attendu) qui suffira. Tous les candidats évoquent des économies sans être assez précis, de même que la suppression de niches fiscales sans détailler. Le problème avec Bayrou c’est que c’est l’axe majeur de son programme.

Son deuxième axe est le produire français : et là c’est pareil, c’est désespérément vide, c’est le village gaulois qui ne prend pas vraiment en compte la mondialisation. Ilen appelle à la bonne volonté des consommateurs et des industriels, quelques propositions techniques telle que création d’un label (pourquoi pas), et une meilleure organisation de chaque filières (les pôles de compétitivité montrent leur intérêt, on peut aller un peu plus loin mais bon…). J’ai écris sur le sujet de la politique industrielle.

Pour le reste, il a un catalogue de mesures, certaines assez intéressantes, qui pourront être reprises par le vainqueur quel qu’il soit.

  • Pour moi ce n’est pas à la hauteur des enjeux multiples auxquels nous sommes confrontés. Il présente un catalogue de quelques bonnes idées, mais sur les points importants grands principes sans mesures concrètes, sauf l’austérité.

 

J’écarte aussi finalement Jean-Luc Mélenchon : pourtant quel plaisir de l’entendre, il fait appel à l’intelligence collective, à la repolitisation, au débat citoyen, à la force collective. J’aime son radicalisme laïcard (comme lui je pense qu’il faut appliquer la loi 1905 à l’Alsace-Moselle), son républicanisme (un peut trop jacobin parfois), son diagnostic sévère du fonctionnement de l’Europe et de la BCE… Il propose beaucoup de choses alléchantes.

Mais concrètement c’est vraiment trop irréaliste pour moi : être ambitieux, rêver, sortir du cadre, est utile et rafraîchissant. Mais il est dangereux de s’emballer dans l’opposition, dans de grands discours et de belles promesses, lèver des espoirs immenses qui ensuite deviennent frustrations, déceptions, voire aggravation dela situation. Ilpropose des dépenses considérables, avec des recettes plus incertaines. Il redistribue la richesse, mais omet de prendre en compte les conditions de sa création.

Il en dit parfois trop ou pas assez. Je pense qu’il ne se donne pas les moyens sur certains aspects du programme de transformation sociale. Comme Bayrou, il manque une étape entre l’objectif (SMIC à 1700€ brut) et la possibilité concrète de réalisation. Son explication est souvent le volontarisme poussé à l’extrême, mais cela ne suffit pas à gommer la complexité de la société, les imbrications économiques et sociales, les inerties sociétales etc.   Un tel programme de transformation sociale passe en fait par la refonte des outils, y compris la sortie de l’euro, y compris la spoliation des entreprises et des possédants… Et donc finalement des moyens révolutionnaires qu’il ne propose pas.

Par ailleurs je ne suis pas d’accord avec ses discours généreux mais naïfs sur l’insécurité, sur l’immigration. Il est dans la vertu rousseauiste, ou dans l’aveuglement marxiste : comme on peut le lire dans l’archipel du goulag de Soljenitsine, les voleurs et criminels étaient les rois des camps de travail, car considérés comme « socialement proches » du prolétariat par rapport aux prisonniers politiques de classe. Il n’y a pas de problèmes de ce coté là.

C’est sans doute ce qui fait que son électorat est composé de bobos, de classes moyennes et supérieures, et qu’il a des difficultés à attirer les classes populaires.

Enfin je pense que le personnage est ambigu, notamment lorsqu’il s’aventure sur la politique étrangère, il a toujours un vieux fonds anti-américain, des soutiens à Chavez, Castro ou à la Chine contre le Tibet qui passent mal, malgré des argumentations complexes qui le trompent lui-même…

  • Donc cela pourrait être un vote d’influence, d’adhésion aux lignes générales pour donner un message fort, soutenir une politique plus à gauche, sans aller regarder dans le détail.  Mais trop d’éléments me dérangent pour cela.

 

Restent donc un vote d’influence avec Eva Joly, ou aller directement sur mon choix de second tour.

Eva Joly a fait un bon début de campagne, en mettant en avant l’écologie, la lutte contre la corruption et les paradis fiscaux, la nécessité d’une réponse européenne. C’est un personnage original qui portait un vrai programme de changement par rapport à nos références consuméristes et productivistes.  Il y a là un programme d’ensemble, avec ses incohérences et ses exagérations aussi, mais qui peut accueillir un vote destiné à passer le message.

Eva Joly s’est ensuite fatiguée, elle a fait quelques erreurs, a eu du mal à s’adapter à ce monde de la communication et du temps réel. La signature de l’accord avec le PS n’est pas une mauvaise chose pour son parti et ses idées, mais il a handicapé sa campagne. Une dynamique forte s’est portée sur Mélenchon, qui a également un discours écolo fort. Or s’agissant de ces candidats d’influence, la dynamique est très importante car elle porte le message, et les électeurs sont volatiles.

  • Tout comme avec Mélenchon, il y a des mesures un peu folles, des thèmes mal traités (régularisation de tous les sans-papiers ne me parait pas très sérieux), mais c’est sur un projet assumé de changement de société sur le fond, et moins extravagant sur les moyens. Je ne la vois pas en tant que Présidente, mais c’est un vote d’influence qui me convient.

 

Il n’y a pas de risque que la gauche soit absente du second tour, et que Hollande soit en tête ou pas au premier importe peu si le total de la gauche est élevé. Donc j’aimerai bien que Eva Joly dépasse les 5% au premier tour, certes pour qu’ils se fassent rembourser, mais plus largement pour le message à faire passer.

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Sur un banc politique, prendre le temps…

juillet 26, 2011

Tout va si vite.

Depuis un moment, j’ai l’impression d’être au volant, départs de vacances, je double, je freine, le paysage change sans cesse, mais je suis  coupé de tout ceci. Dans mon habitacle climatisé, je ne vois que trop tard que tout à changé, l’orage s’est abattu, je ne peux éviter le carambolage.

La route était toute tracée, tout se mettait en place. DSK allait être candidat, sur la base d’un projet de gauche plutôt intéressant, et je pensais m’investir pour le soutenir ; le reste n’était que péripéties.

Il y a eu une première bourasque, avec Fukushima. Moment important, avec des incidences politiques.

Puis la brutale averse, l’ouragan. Toutes les voitures sont retournées : à quelques jours d’être officiellement candidat, DSK se fait piéger, ou se saborde. Tel Zidane en Finale, le coup de boule malheureux répond à l’incitation maligne, et fait perdre son camp. C’est ce que l’on pense tout d’abord.

Le soleil réapparait, la brume s’échappe de l’asphalte. Je m’écarte de cet ensemble figé de métal et de scènes dépassées, le scénario a changé, changeons de DVD. Ou plutôt non, sortons de la route, participons à quelque chose de nouveau. La garrigue humide happe déjà les premiers rayons de soleil, les odeurs sont multiples et apaisantes. Le calme, et le dialogue avec la nature me font du bien.

Un moment de retrait, de respiration politique. Malgré le retrait de DSK, la victoire reste possible, probable, même si ce sera difficile. Que faire ? Au PS, la primaire est lancée. Faut-il choisir, déjà ?

Les deux candidats ont la carrure, l’intelligence, une assise politique. Les deux me satisfont.

Martine Aubry aurait plutôt ma préférence face à François Hollande. J’ai un souvenir mitigé de sa direction du PS durant plusieurs années, même si le referendum européen n’a pas rendu sa tâche facile. Mais rien n’a alors été tranché, le parti s’est plutôt recroquevillé, n’a pas rebondit après le 21 avril 2002. De son côté, Martine Aubry a été choisie sur un projet de rassemblement, et  a réussi à le faire vivre, à remettre le parti au travail, en ordre de marche. Bien sûr l’impérieuse nécessité s’est imposée, tout le monde voulait enfin aller dans la même sens, mais elle était sans doute la bonne personne.

Pour autant je me laisse encore le temps de confirmer mon choix. En effet François Hollande me paraît mieux préparé, ce qui compense son manque d’expérience ministérielle, plus motivé, et il a mieux mis en scène ses soutiens. Le soutien de personnes comme Pierre Moscovici, Didier Migaud, André Vallini ou Aurélie Philippetti me paraît intéressant.

Je m’en remettrai donc à des sujets comme le nucléaire, la lutte contre la délinquance (sur laquelle Manuel Valls dit depuis longtemps des choses intéressantes et structurées), la protection de l’environnement, là où le projet socialiste laisse des marges de manoeuvre, pour trancher.

Il y a donc ce premier vote de la primaire socialiste.

Puis il y a ensuite la campagne elle-même.

Et là encore, mon choix n’est pas fait. J’ajoute en effet à la palette des possibles un vote pour Eva Joly. C’est actuellement la candidate qui m ‘enthousiasme le plus : sa rigueur, son sens de l’éthique, bien sûr sa conscience de la nouvelle société écologique, son parcours.

Pour autant le vote est une alchimie complexe : voter avec son coeur au premier tour n’est possible que si cela ne met pas en péril la présence de la gauche au second tour.

Dans tous les cas il reste de long mois pour analyser et confronter ces candidats, ces programmes… Regardons calmement ce qui peut être fait.