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Notre place dans le nouvel ordre mondial : quelle politique industrielle ?

septembre 12, 2010

Après la très intéressante conférence à laquelle j’ai assisté aujourd’hui, beaucoup de réflexions se sont emboîtées pour en venir sur cette question de fond.

Stéphane Israel, membre de la fondation Terra-Nova, qui a produit récemment une note sur la politique industrielle, est venu exposer. Joël Carreiras était également à la tribune, ainsi qu’un chef local d’une PME internationale dont je n’ai pas noté le nom.
Cette conférence était organisée par Socialisme et Démocratie 31.

Par ailleurs il y a eu plus d’une heure d’échanges avec la salle, très riche.

Voici une forme de compte-rendu, augmenté de mes réflexions personnelles.

I Le diagnostic :

L’industrie est un pillier de l’économie:

L’idée d’économie « post-industrielle », sans usines, ne tient pas sauf dans certains cas de spécialisation particulières. Pour l’intervenant, au contraire il n’y a pas de croissance sans usines. Les services sont souvent des services à l’industrie, et c’est dans ce secteur que se trouvent les qualifications et les rémunérations les plus élevés.

– L’idée d’une politique industrielle serait dépassée, inefficace. Or dans les faits le soutien public à l’industrie paraît toujours essentiel. De manière indirecte (systèmes de formation, réglementations économiques et sociales) ou plus directes : avances ou garanties d’emprunts, grands projets, commandes militaires…

Constat :

Une phase de rééquilibrage mondial, de désoccidentalisation de l’économie est en cours.

Ces dernières décennies, des destructions importantes d »emplois ont eu lieu dans certains secteurs dans tous les pays occidentaux. Plus généralement on assiste à un basculement vers les pays émergents : ce ne sont plus seulement les ateliers du monde, ils passent progressivement à une maîtrise plus complète de la chaîne, de la faible qualification à la haute technologie.

En Europe, la comparaison Allemagne-France est instructive et montre que des améliorations importantes sont possibles lorsqu’une stratégie assumée est mise en oeuvre.

L’Allemagne a conservé une part de l’emploi dans l’industrie bien plus importante que la France. Elle est un champion européen de l’exportation, et bien qu’ayant perdu le titre de 1er exportateur mondial, elle n’a pas perdu d’emplois.

Pour l’instant l’Allemagne profite plutôt du nouvel ordre mondial, en étant un fournisseur important des pays émergents, notamment en machines-outils. Cela soumet la France à une double contrainte : celle des pays émergents sur la compétitivité coût, et celle de l’Allemagne sur les produits plus complexes et qualitatifs.

Par ailleurs là où la France n’a pas vraiment dessiné une politique industrielle cohérente depuis 20 ans, l’Allemagne a pris des décisions fortes pour renforcer sa compétitivité :

soutien d’un tissu local de grosses PME dynamiques à l’exportation, ces entreprises intermédiaires qui manquent à la France qui a souvent privilégié un soutien aux grands groupes. (soutien assuré par les Länder et les banques régionnales) Existence d’un capitalisme patrimonial fort, moins sensible à la financiarisation.

spécialisation de long terme dans le haut de gamme, dans les machines-outils et les services à l’industrie, qui a par ailleurs permis de construire une image de marque du « made in Germany »

Ceci est passé par la mise en place de filières techniques fortes, des filières d’aprentissage d’excellence, technologiques et industrielles. Il y a une valorisation de l’industrie, du travail, de l’usine, voire de l’esprit d’entreprendre, plus forte qu’en France.
Cette importance du technique se retrouve dans les postes de direction, où la progression interne des carrières, y compris vers les postes de direction, est fréquente, là où en France existe un « marché » des cadres supérieurs issus des grandes écoles, voire de cabinets ministériels ou d’entreprises publiques.

– un pacte social renouvelé qui permet d’appliquer des décisions fortes dans une forme de consensus. Le système syndical Allemand, que j’ai déjà eu l’occasion d’étudier, plus massif, plus unis, est dans une relation plus mature avec le patronat. Ainsi les grands objectifs réformistes ont été acceptés, malgré les contraintes fortes que les salariés ont dû accepter. Il y a notamment eu de nombreuses délocalisations « par segments » des approvisionnements, en Europe de l’Est proche, alors que l’assemblage est conservé en Allemagne.

Par ailleurs les Allemands ont accepté un gel des salaires pendant la décennies 2000, qui a relativement diminué le coût du travail.

– Enfin, des décisions politiques fortes ont été prises, depuis le gouvernement Schröder, notamment l’instauration de ce qui est maladroitement appelé  » TVA sociale », qui permet aux importations de participer à la solidarité nationale tout en diminuant le coût du travail pour les exportations, mais également des diminutions de prestations sociales pour diminuer les charges patronales.

Enfin, l’Allemagne a mise en oeuvre, mieux que ses partenaires européens, l’agenda de Lisbonne, en augmentant fortement ses investissements en Recherche et Développement notamment.

Cependant, les compressions salariales en Allemagne ne dureront pas, les salariés veulent légitimement recevoir les fruits de leurs efforts. Par ailleurs ils ont payé la faible consommation intérieure par une croissance molle.

La France a avancé sur certains sujets, sur les pôles de compétitivité, même si trop dispersés par exemple, mais est assez loin de l’Allemagne.

Le passage aux 35 heures est revenus plusieurs fois dans le débat. Cela a pu apparaître comme une solution de court terme contre le chômage. Cela a été financé par des allègements de cotisations sociales (et donc du déficit public) et a permis des gains de productivité importants en refondant les organisations du travail.

Mais une fois ces deux supports progressivement retirés, il reste que les 35h pèsent sur le coût du travail, et sur la philosophie du travail en France, qui est vu plus négativement que dans les autres pays (ceci est d’ailleurs illustré par le débat actuel sur les retraites). En tant que réforme de société cette réforme a permis de dégager du temps libre, mais a également pesé sur la compétitivité des entreprises à moyen terme.
Aujourd’hui la défiscalisation des heures supplémentaires a atténué ce coût, tout en introduisant de nouveaux effets indésirables.

Sur la décennie 2000, le coût du travail en Allemagne a progressé de moins de 3%, contre 17% en France, pour arriver à une situation similaire. Déjà que l’Allemagne est moins exposée à la compétitivité prix, elle renforce sa position, principalement face aux autres pays européens.


En France, la situation particulière de Midi-Pyrénées
:

Notre région a un taux d’industrialisation, et un investissement dans la recherche plus élevé que la moyenne nationale.

L’organisation en clusters, les pôles de compétitivités, les rapprochements entre formation et entrerises, entre recherches publiques et privées, le soutien des collectivités locales, sont plus efficaces qu’ailleurs dans le pays.
La plus grande part de la valeur ajoutée créée à l’exportation en France est issue des industries de Midi-Pyrénées.

Cependant même ici, la situation n’est pas sereine. Même dans les secteurs de pointe, les grands groupes exercent une pression considérable sur leurs co-traitants, qui conduit à des relocalisations en Inde ou au Magreb. Tant que cela est maîtrisé, fait partie d’une stratégie, cela n’est pas dangereux.

Mais l’amélioration de nombreux éléments doit être impulsée.


II/ Quelques solutions à mettre en oeuvre pour une politique industrielle :

Les exemple allemands et de Midi-Pyrénées dessinent quelques solutions à mettre en oeuvre :

– Développer l’enseignement technologique et industriel, favoriser la recherche et développement. Rapprocher le public et le privé, et les enseignements de leurs applications concrètes productives

– Développer la compétitivité « par le haut », politiques territoriales de compétitivité (renforcer les pôles de compétitivité, les clusters, ..)

– Mise en place d’une TVA sociale dans le cadre d’une réforme sociale d’ensemble juste, faire participer tous les revenus.

– Etre attentif à maîtriser le coût du travail,

– Réorganiser un consensus social, pour mettre en oeuvre des politiques de flex-sécurité,

– Rééquilibrer les aspirations, réintroduire , réenseigner le goût d’entreprendre, la prise de risque, la valeur travail

Au-delà, d’autres modifications plus structurelles doivent être impulsées, qui ne dépendent pas que du niveau national :

– Réguler le capitalisme financier : déliquéfier l’économie financière (lier droit de vote des actions et durée de portage, taxer fortement les stocks options qui rendent le manager actionnaire), favoriser les investissements productifs par rapport aux dividendes, voire faire évoluer les règles des SA, créer un type de sociétés plus adaptée, moins sensible à une pression d’un actionnariat instable.

Bien sûr la solution passera par une encore balbutiante régulation régionale et internationale ( reprise en main des normes de comptabilité aujourd’hui largement fixées par des régulateurs privés, pression internationale sur les paradis fiscaux, règlementation de certaines pratiques autour des produits financiers dérivés), le FMI y aura son rôle, comme l’expose DSK, sa tâche est ardue mais importante.

Au niveau Européen, mise en oeuvre de grands projets, nouvelles politiques de la politique de concurrence (qui empêche la construction de champions europés ou limite les aides d’état parfois excessivement)

Une réflexion plus large sur le libre-échange actuel doit cependant être menée, notamment car les règles environnementales et sociales ne sont pas les mêmes dans d’autres régions du monde. (vers un « juste-échange »)Une politique de change plus active pourrait également être envisagée. (question complexe en pratique, évidemment…)

III L’ Analyse du point de vue international suscite cependant des inquiétudes : un déclassement de nos industries, et au delà de nos économies occidentales, est-il inévitable ?

Si notre voisin est certes mieux armé pour la reprise, et pour les décennies à venir concernant son industrie, est-ce que cette résistance de l’industrie allemande n’est pas que temporaire, et destinée à plier face à la montée en régime de l’Inde et de la Chine notamment ?

Ainsi, lorsque la Chine fabriquera elle-même ses machines-outils, ses produits high-tech, la compétitivité prix retrouvera une place essentielle. De références, les industries allemandes deviendront des concurrents parmis d’autres, soumis à un taux de change et à des pratiques concurrentielles défavorables.

Plus largement, autant un marché intérieur, même industriel pourra toujours exister, autant l’exportation deviendra de plus en plus difficile. Notamment si les coûts de transports augmentent.

Sans changement des règles fondamentales du commerce mondial, que sont des taux de change déséquilibrés face aux pays émergents, et un libéralisme excessif que l’Union Européenne est la seule à s’imposer, ma crainte est qu’il y ait une fuite progressive de richesses (dans les créations de richesses et d’emploi, de moins en moins seraient générées par l’Europe) vers les pays émergents. Nos pays vivent sur un stock conséquent qui se réinvestit en permanence  dans l’économie de proximité, dans les services, dans la puissance publique. Il y a une forme d’inertie qui décale la perception du danger. C’est pourquoi il ne faut pas être naïf.

Bien sûr j’ai mis l’accent sur une inquiétude, qui est plus une question qu’une affirmation. Il y a aussi des atouts, des investissements étrangers, des secteurs de pointe et des réussites dans les nouvelles technologies, des services publics performants.

Cependant, si ces inquiétudes sont avérées, je vois 3 scénarios possibles :
si rien n’est fait, les tendances actuelles se prolongent, et il faut s’attendre à 50 ans difficile pour les pays occidentaux non préparés, jusqu’à ce que les pays émergents progressivement soient confrontés aux changements endogènes (généralisations de revendications sociales et sociétales, vieillissement de leurs populations, prises en compte contrainte ou choisie du développement durable)

Si les états occidentaux ne se résignent pas, à l’image de l’Allemagne, et se mobilisent, mais sans que les règles internationales névoluent, ils pourront retarder l’échéance. Au prix d’une  concurrence interne plus forte et de quelques sacrifices, les pays les mieux préparés  connaitront quelques décennies difficiles, mais moins longtemps et moins durement que dans le premier scénario

– Enfin, un scénario de réorganisation maîtrisée du monde passe par des efforts internes, mais aussi une forme de protection : pour contrer le dumping social, fiscal, pour assumer un choix de société éco-responsable, sans doute faut-il accepter de protéger son industrie, de rétablir des équilibres (taux de change, tva communautaire écologique et sociale, renforcement de ces règles au sein de l’OMC…)

De nombreuses solutions existent pour améliorer la politique industrielle, certaines inspirées de ce qui a pu se faire en Allemagne. Cependant, sans une réorientations des règles du jeu international, seront-elles suffisantes ?

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Régionales : des surprises sont-elles encore possible ?

mars 11, 2010

Aaah, les sondages.

Petit à petit, ils construisent leur nid, et parfois on peut avoir l’impression que tout est dit, que tout est fait.

Ils ont également un rôle dans la mobilisation des électeurs, dans les dynamiques de campagne. Sans les sondages les campagnes électorales seraient différentes, mais peut être aussi les résultats.

Enfin, ils ont un rôle important dans l’interprétation des résultats. Si dimanche soir l’UMP fait 35%, ce sera objectivement pas très bon (même niveau qu’aux dernières régionales, avec moins de réserves), mais plus que les estimations, donc vu comme un succès.


Bref, malgré ces sondages, des surprises sont-elles encore possibles ? Quels paramètres jouent dans la cristallisation des choix dans les derniers jours, que peut-il se passer dans l’entre deux tours ?

D’abord, pour le premier tour :

Les sondages se suivent chaque jour, ils dessinent des tendances. Ainsi les 4 derniers parus montrent plutôt une progression d’Europe Ecologie, du Front de gauche dans une moindre mesure, et une stabilisation du PS et de l’UMP.

La surprise par rapport aux sondages peut venir de plusieurs facteurs :

la photo instantanée prise par les sondages souffre de quelques défauts : c’est possible. Il n’est en effet pas évident d’avoir un panel représentatif, alors que de nombreuses personnes refusent de répondre (et notamment les moins intéressées). Par ailleurs les instituts corrigent les résultats bruts pour tenir compte de la participation des uns et des autres… Globalement la tendance est sans doute bonne, mais une erreur d’analyse de 2 ou 3 points peut dans certaines régions tout changer, faire passer Europe Ecologie devant le PS par exemple, ou qualifier le FN pour le second tour.
Pour l’instant, par exemple, le score national d’Europe Ecologie semble minoré par rapport à la somme des sondages régionaux. Il y a sans doute une explication, mais cela peut venir d’une correction différente des résultats.

la photo est exacte, et les tendances vont se poursuivre : dans ce cas, la surprise n’est qu’à moitié. Ainsi la remontée actuelle des écologistes peut les faire passer devant le PS en Alsace. Mais l’interprétation peut aussi être faussée. Par exemple ces derniers sondages qui montrent une forte progression en Rhone-Alpe et en Ile de France, et une légère progression en PACA, portent sur des régions urbaines, et parfois il peut y avoir des tendances divergentes entre grands centres urbains et régions plus rurales.

la photo est exacte, mais des évolutions vont avoir lieu, car les mobilisations des  électeurs de chaque parti, ainsi que le choix final des incertains peuvent tout changer. Les sondages montrent que l’électorat EE est moins certains de son vote, alors qu’il est plus participationniste. Si la tendance se maintien, elle ferra le plein. Mais il y a tout de même une fragilité de son électorat, plus volatile, pas encore installé dans un automatisme.

d’ici le vote, la campagne, des évènements, influencent les électeurs qui changent d’avis ou de comportement.
Le seul fait évoqué pour l’instant est un peu ridicule : certains dirigeants du PS se sont plaint de la diffusion d’Ushuaïa, sur l’slande, la veille du vote. Pour moi l’impact d’un documentaire comme celui-ci est très faible. Le PS devrait plutôt faire de la politique plutôt que de la polémique contre ses alliés verts (et néamoins concurrents). D’autant que l’on constate que l’augmentation d’Europe Ecologie au premier tour bénéficie à la gauche au second.

Donc d’ici au vote, il peut se passer des choses, des tendances en cours, des regains de mobilisation à droite après un mouvement d’humeur dans les sondages, ou au contraire une démobilisation face à une situation vue comme jouée d’avance…

Cela ne devrait pas changer profondément le résultat global, mais peut avoir un impact local important ici ou là.

Entre les deux tours :

Au soir du premier tour, on pourra penser que beaucoup sera fait, notamment si la différence est grande.
Pourtant rien n’est fait jusqu’au jour du vote. Souvenons nous des dernières législatives : une UMP ultra-dominante à l’issue du premier tour. Le résultat annoncé, ainsi que la polémique sur la TVA sociale, ont démobilisé à droite pour le second, qui s’est presque transformée en victoire de la gauche.

D’autant que cette fois-ci, la droite a choisi une stratégie risquée d’union au premier tour. Elle espère en bénéficier au second.

– Donc soit la dynamique de premier tour, avec une gauche largement en tête, emporte tout, les tractations se passent plutôt bien et cela participe à la victoire, les pertes sont minimes.

soit l’UMP fait une bonne campagne d’entre deux tour, montrant son unité, attisant les rivalités de personne et de fond à gauche. A gauche, objectivement il y aura sans doute des difficultés : le PS, qui ambitionne un Grand Chelem, qui a de nombreux élus et apparatchifs, ou collaborateurs d’élus à placer, ainsi que des personnes de chaque courants, acceptera t-il de fusionner au pourcentage de premier tour avec Europe Ecologie et le Front de gauche ? Acceptera t-il de se retirer au profit d’EE en Alsace  ? Par ailleurs il n’y a pas que les places, il y a aussi les programmes, où objectivement un accord sera souvent possible, mais parfois au niveau local il peut y avoir des difficultés, notamment lorsque les listes ont artificiellement cherché à se distinguer. (alors qu’il y a assez peu d’enjeux réels…)

Les stratégies seront-elles nationales ? Martin Malvy sera t-il obligé de fusionner, malgré sa volonté un peu arrogante de ne pas céder ? Europe Ecologie doit-il envisager de se maintenir au second tour dans quelques régions, y compris au risque de faire passer l’UMP ? Quels programmes sortiront des négociations ? Le risque de voir toutes les régions à gauche risque t-il de remobiliser à droite ? Voici quelques enjeux de l’entre deux tours.

L’occasion d’un message politique plus que de réels enjeux locaux ?

mars 7, 2010

La campagne se passe mollement.

Souvent les débats ne portent que marginallement sur les compétences régionales.
On évoque des sujets annexes, on greffe la sécurité ou le logement sur les compétences régionales.

Mais faut-il critiquer les partis et les médias pour ceci ?

Y a t-il réellement des enjeux régionaux à ces élections ?

Actuellement les régions ont des compétences importantes mais consensuelles : gestion patrimoniale des lycées, des transports régionaux, de la formation, en partie du développement économique et de l’aménagement du territoire, environnement.
Ensuite il y a une clause générale de compétence, qui permet à la région d’intervenir dans tous les domaines sur des projets d’intérêt

Déjà aujourd’hui sur ces compétences les pratiques comme les propositions des différents partis sont similaires.
La principale compétence « clivante » est celle autour de la compétence développement durable
– protection de l’environnement, notamment lorsqu’elle comprend les transports (particulièrement en Ile de France, où cette compétence est renforcée).

La réforme territoriale en cours diminue encore la marge de manoeuvre des prochains conseils de région, et ceci par deux mécanismes :

– la réforme fiscale en cours hôte à la Région un de ses principaux outils : elle n’aura plus de taux à voter à partir de 2012. Son autonomie financière sera sans doute assurée, mais elle n’aura plus d’autonomie fiscale. C’était pourtant un des choix principaux : augmenter la fiscalité pour proposer plus de services publics, ou pas.

– la clause générale de compétence des régions et départements, qu’il est envisagé de supprimer.

Conséquences politiques :

– Il y a, de manière annexe mais non négligeable, un impact sur les sénatoriales.
– Mais sinon pour ces régionales, l’impact est donc principalement un message politique. Rejet de la politique nationale d’une part, mais aussi recomposition de la gauche par exemple. C’est sans doute le moment de marquer l’exaspération de certains électeurs de gauche fasse à un PS amorphe, ballotté favorablement par les flots de l’anti-sarkozysme, souvent conservateur, étouffé par sa structuration interne, le poid des élus… Et donc de favoriser l’émergence à gauche d’une vrai force écologique et progressiste responsable. (A terme, une formation commune sera sans doute nécessaire)

– si finalement seul le message compte, il ne serait pas inenvisageable que Europe Ecologie refuse de soutenir le PS dans certaines région, lorsqu’il n’y a pas de proposition respectueuse, en nombre de place comme sur le programme, même si cela risque de faire gagner la droite (vu que concrètement cela ne change pas grand chose)

Bien sûr l’idéal serait que la règle de fusion au deuxième tour entre les listes PS et Europe Ecologie s’applique, en prenant les pourcentages du premier tour comme base de répartition, et qu’un partenariat efficace et respectueux se développe pour la mandature.

Conclusion :

Des compétences faibles, plutôt consensuelles, et plus de possibilités de voter les taux : contrairement aux municipales ou aux européennes, l’impact réel de ces élections régionales est quasi-nul.

Les conséquences sont donc d’ordre politicienne, de l’ordre du symbole et du message. C’est dans ce cadre que se joue la recomposition ou au moins les changements à gauche.

D’une certaine manière, les élections cantonales seront confrontées à la même perte de sens. Cela rendra d’autant plus pressante la réunion des régions et des départements, par la mise en place de conseillers territoriaux. Les conseils territoriaux retrouveront une marge de manoeuvre, la possibilité de choix, qu’ils n’ont plus aujourd’hui. La logique politique et institutionnelle sera alors à aller plus loin, vers une fusion de ces deux types de collectivités.

Analyse politique des élections régionales apparemment lancées…

février 13, 2010

Les élections régionales s’approchent vraiment.

J’ai envie de me prêter au jeu des pronostics tout en présentant quelques analyses rapides.

Quel est l’état des lieux ?

– un rejet important du gouvernement

– une indifférence positive sur les bilans des sortants

– une élection peu mobilisatrice

Pour faire une analyse politique après l’élection, chacun prendra ses critères, pour montrer que l’autre a subi un échec. Donc il faudra dissocier la réussite médiatique au soir de l’élection de la réussite électorale.

Martine Aubry a ainsi pris un risque en envisageant un Grand Chelem illusoire.

Il faudra regarder les niveau de chaque formation par rapport aux dernières élections régionales, par rapport aux autres élections, les variations en nombre de conseillers, et les présidents de région. Une ou deux régions gagnées par l’UMP ne signifieraient pas grand chose, sinon mettre en lumière le faux-pas un peu arrogant de Martine.

J’aurai au moins préféré qu’elle parle d’un Grand Chelem de la gauche, laissant ainsi ouverte des possibilités de négociations pour le second tour, et ne laissant pas cette légère amertume de volonté hégémonique d’un parti pourtant bien malade.

Les dynamiques en cours :

Le PS a plutôt rebondi, après avoir effleuré le fond. Face aux déçus du gouvernement, une plus grande discipline de ses dirigeants l’ont rendu plus audible, et Martine Aubry a pris un peu de carrure. Il redevient une alternative possible, notamment par Dominique Strauss-Kahn.

Il bénéficie enfin de son ancrage local, et d’avoir des sortants dans cette élection de mi-mandat difficile pour la droite. Souvent les bilans sont bons et biens perçus.
Cependant sa bonne forme sondagière actuelle ne va pas mécaniquement se refléter dans les urnes. Il n’y a pas de dynamique, ni de grosses mobilisation, l’abstention de son électorat lassé par le PS sera élevée. Malgré un bon bilan, une appréciation mitigée sur le parti lui-même alliée à une victoire prévue d’avance peuvent aussi inciter les électeurs à se dispercer, comme lors de la présidentielle en 2002.

Les écologistes restent à des niveaux élevés, et historiques. Ils ne seront sans doute pas au niveau des européennes, mais peuvent faire de très beaux scores dans quelques régions, s’implanter, peser dans les négociations d’entre deux tours, et donc ensuite dans la gestion des mandats. Ils peuvent éventuellement représenter la gauche au second tour dans quelques régions où le PS est en difficulté (Alsace, Languedoc-Roussillon…)

Ils ont su faire des listes à la fois diversifiée, représentant les divers courants écologistes, citoyens, sociaux, tout en faisant apparaître quelques figures de proue plus médiatiques, plus généralistes. Il n’est pas interdit d’avoir du sens politique pour défendre ses valeurs, ce qui a pu manquer souvent aux verts.

La gauche radicale se cherche, dans des niveaux plutôt bas, avec un front de gauche qui pourra faire des scores suffisants pour peser sans plus.

La droite est dans une situation difficile, avec de basses côtes de popularité. Elle ne peut pas espérer de vague bleue. Cependant elle peut espérer faire un peu moins pire que ne le laissent penser les sondages, en remobilisant grâce notamment au thème de la sécurité qui revient fort. Le silence actuel de Nicolas Sarkozy sur la mobilisation sécuritaire dans certains collèges me laisse penser qu’il laisse monter la pression pour réaffirmer bientôt sa préoccupation pour la sécurité par un geste fort. Par ailleurs la côte de popularité de Fillon remonte. L’abstention de son électorat est son souci.

Mais elle est dans une situation assez favorableme politiquement, avec moins de triangulaires avec l’extrême droite qu’il y a 6 ans, et pas grand chose à perdre.

Les pronostics :

Une fois tenu compte de tout ceci, on peut se risquer à quelques pronostics. Mais je respecte trop la démocratie pour en faire une vérité. Par leur libre arbitre, les électeurs peuvent tout chambouler. Il peut également se passer encore des choses.

Midi-Pyrénées :

Je mets une prévision, avec entre parenthèse le score il y a 6 ans.

FN : 7.8 (11.8)

Majorité  présidentielle : 26.8 (UMP était à 19)

Modem : 4.5 (UDF était à 10.15 mais ce n’est pas tout à fait pareil)

PS : 31.1 (41.1 avec le PC)

Europe Ecologie : 13.8 (8 pour les verts avec des alternatifs)

Front de gauche : 7.1 (le PC était avec le PS)

Extrême gauche : 5.2 (4.9)

National :

Sans doute que l’Alsace restera à droite, même si la bonne surprise serait, comme un sondage le laisse apparaître, qu’elle bascule à gauche vers Europe Ecologie. Je pense que 2 autres régions en métropole pourraient au contraire basculer à droite parmi les plusieurs où la gauche avait été élue de justesse grâce à une triangulaire. Quant à la Corse, c’est une énigme politique, avec un système proportionnel, et des rivalités complexes.

Quant au Languedoc Roussillon, il sera perdu pour le PS si George Frêche l’emporte, ce qui reste le plus probable. (je pense même que la liste PS ne sera pas au deuxième tour, au profit d’une liste Europe Ecologie et d’une liste de droite)

En terme de niveau de vote global, cela donnerait :

FN : 8

Majorité  présidentielle : 34

Modem : 5

PS : 25

Europe Ecologie : 12

Front de gauche : 7

Extrême gauche : 4

Mes préférences :

Je continue à penser que le renouvellement, l’alternance, une recomposition plus écologique et citoyenne de la gauche peuvent être incarnés par Europe Ecologie. Cette évolution apparaît dans l’analyse de Jean-Michel Ducompte, mais également de  Martin Malvy, qui serait d’accord avec moi selon cet article…

Ce premier tour est une occasion de pousser ce pion, pour qu’il pèse entre les deux tours, et irrigue la gauche ensuite.

Nationalement je souhaite donc qu’une ou deux régions soient dirigées par EE. Il serait pour le moins ambivalent qu’un PS en petite forme, qui n’a pas réglé ses problèmes internes, qui se réforme douloureusement soit crédité d’un Grand Chelem par la seule inertie de l’alternance.

J’aimerai donc un niveau d’EE au dessus de 12%, ce qui serait un très bon signe. Des extrêmes en dessous de 10% seraient de bonne augure, de même que la fin de l’illusion modemiste.