Posted tagged ‘Modem’

Analyse politique des élections régionales apparemment lancées…

février 13, 2010

Les élections régionales s’approchent vraiment.

J’ai envie de me prêter au jeu des pronostics tout en présentant quelques analyses rapides.

Quel est l’état des lieux ?

– un rejet important du gouvernement

– une indifférence positive sur les bilans des sortants

– une élection peu mobilisatrice

Pour faire une analyse politique après l’élection, chacun prendra ses critères, pour montrer que l’autre a subi un échec. Donc il faudra dissocier la réussite médiatique au soir de l’élection de la réussite électorale.

Martine Aubry a ainsi pris un risque en envisageant un Grand Chelem illusoire.

Il faudra regarder les niveau de chaque formation par rapport aux dernières élections régionales, par rapport aux autres élections, les variations en nombre de conseillers, et les présidents de région. Une ou deux régions gagnées par l’UMP ne signifieraient pas grand chose, sinon mettre en lumière le faux-pas un peu arrogant de Martine.

J’aurai au moins préféré qu’elle parle d’un Grand Chelem de la gauche, laissant ainsi ouverte des possibilités de négociations pour le second tour, et ne laissant pas cette légère amertume de volonté hégémonique d’un parti pourtant bien malade.

Les dynamiques en cours :

Le PS a plutôt rebondi, après avoir effleuré le fond. Face aux déçus du gouvernement, une plus grande discipline de ses dirigeants l’ont rendu plus audible, et Martine Aubry a pris un peu de carrure. Il redevient une alternative possible, notamment par Dominique Strauss-Kahn.

Il bénéficie enfin de son ancrage local, et d’avoir des sortants dans cette élection de mi-mandat difficile pour la droite. Souvent les bilans sont bons et biens perçus.
Cependant sa bonne forme sondagière actuelle ne va pas mécaniquement se refléter dans les urnes. Il n’y a pas de dynamique, ni de grosses mobilisation, l’abstention de son électorat lassé par le PS sera élevée. Malgré un bon bilan, une appréciation mitigée sur le parti lui-même alliée à une victoire prévue d’avance peuvent aussi inciter les électeurs à se dispercer, comme lors de la présidentielle en 2002.

Les écologistes restent à des niveaux élevés, et historiques. Ils ne seront sans doute pas au niveau des européennes, mais peuvent faire de très beaux scores dans quelques régions, s’implanter, peser dans les négociations d’entre deux tours, et donc ensuite dans la gestion des mandats. Ils peuvent éventuellement représenter la gauche au second tour dans quelques régions où le PS est en difficulté (Alsace, Languedoc-Roussillon…)

Ils ont su faire des listes à la fois diversifiée, représentant les divers courants écologistes, citoyens, sociaux, tout en faisant apparaître quelques figures de proue plus médiatiques, plus généralistes. Il n’est pas interdit d’avoir du sens politique pour défendre ses valeurs, ce qui a pu manquer souvent aux verts.

La gauche radicale se cherche, dans des niveaux plutôt bas, avec un front de gauche qui pourra faire des scores suffisants pour peser sans plus.

La droite est dans une situation difficile, avec de basses côtes de popularité. Elle ne peut pas espérer de vague bleue. Cependant elle peut espérer faire un peu moins pire que ne le laissent penser les sondages, en remobilisant grâce notamment au thème de la sécurité qui revient fort. Le silence actuel de Nicolas Sarkozy sur la mobilisation sécuritaire dans certains collèges me laisse penser qu’il laisse monter la pression pour réaffirmer bientôt sa préoccupation pour la sécurité par un geste fort. Par ailleurs la côte de popularité de Fillon remonte. L’abstention de son électorat est son souci.

Mais elle est dans une situation assez favorableme politiquement, avec moins de triangulaires avec l’extrême droite qu’il y a 6 ans, et pas grand chose à perdre.

Les pronostics :

Une fois tenu compte de tout ceci, on peut se risquer à quelques pronostics. Mais je respecte trop la démocratie pour en faire une vérité. Par leur libre arbitre, les électeurs peuvent tout chambouler. Il peut également se passer encore des choses.

Midi-Pyrénées :

Je mets une prévision, avec entre parenthèse le score il y a 6 ans.

FN : 7.8 (11.8)

Majorité  présidentielle : 26.8 (UMP était à 19)

Modem : 4.5 (UDF était à 10.15 mais ce n’est pas tout à fait pareil)

PS : 31.1 (41.1 avec le PC)

Europe Ecologie : 13.8 (8 pour les verts avec des alternatifs)

Front de gauche : 7.1 (le PC était avec le PS)

Extrême gauche : 5.2 (4.9)

National :

Sans doute que l’Alsace restera à droite, même si la bonne surprise serait, comme un sondage le laisse apparaître, qu’elle bascule à gauche vers Europe Ecologie. Je pense que 2 autres régions en métropole pourraient au contraire basculer à droite parmi les plusieurs où la gauche avait été élue de justesse grâce à une triangulaire. Quant à la Corse, c’est une énigme politique, avec un système proportionnel, et des rivalités complexes.

Quant au Languedoc Roussillon, il sera perdu pour le PS si George Frêche l’emporte, ce qui reste le plus probable. (je pense même que la liste PS ne sera pas au deuxième tour, au profit d’une liste Europe Ecologie et d’une liste de droite)

En terme de niveau de vote global, cela donnerait :

FN : 8

Majorité  présidentielle : 34

Modem : 5

PS : 25

Europe Ecologie : 12

Front de gauche : 7

Extrême gauche : 4

Mes préférences :

Je continue à penser que le renouvellement, l’alternance, une recomposition plus écologique et citoyenne de la gauche peuvent être incarnés par Europe Ecologie. Cette évolution apparaît dans l’analyse de Jean-Michel Ducompte, mais également de  Martin Malvy, qui serait d’accord avec moi selon cet article…

Ce premier tour est une occasion de pousser ce pion, pour qu’il pèse entre les deux tours, et irrigue la gauche ensuite.

Nationalement je souhaite donc qu’une ou deux régions soient dirigées par EE. Il serait pour le moins ambivalent qu’un PS en petite forme, qui n’a pas réglé ses problèmes internes, qui se réforme douloureusement soit crédité d’un Grand Chelem par la seule inertie de l’alternance.

J’aimerai donc un niveau d’EE au dessus de 12%, ce qui serait un très bon signe. Des extrêmes en dessous de 10% seraient de bonne augure, de même que la fin de l’illusion modemiste.

Quelles motions, quel congrès ? Panorama du PS aujourd’hui.

mai 13, 2008

En fonction de quoi se ferront les majorités, les oppositions ? Plusieurs éléments entrent en compte.

  • L’idéologie

On pourrait penser qu’il y a un affrontement idéologique qui structure réellement le parti. Ce serait celui des socio-démocrates réformistes contre les guesdistes tentés par une stratégie radicale, voire l’émergence d’un LinksPartei à la française.

Mais ceux-ci ne représentant plus pour le moment un poids significatif, d’autres divergences qui auraient pu être subalternes sont devenues essentielles.

Je ne saurais le dire mieux que Jean-Christophe Cambadelis :

Les divergences dans la gauche se sont contractées. Elles n’ont plus la force fondamentale des divergences que nous connaissions dans le passé, par exemple, sur la nature du socialisme. Tous les responsables socialistes dans leur collectivité ont une pratique disons «social-démocrate ».

C’est la raison pour laquelle les divergences s’étaient évaporées, les questions de personnes ont malheureusement tant d’importance.
Les vraies divergences se sont déplacées, de la nature du socialisme au moyen de le promouvoir : Le choix des priorités, la nature des alliances, la sélection des dirigeants, la fonction partisane.

Bien sûr cela compte encore, Mélanchon d’un coté et Valls de l’autre peuvent incarner un courant clairement défini idéologiquement. Mais entre les autres, si des différences existent, chacun d’entre nous à son identité politique propre, elles ne sont plus qu’un élément parmi d’autres.

  • Le fonctionnement du parti, ses alliances, son leader :

Alliances avec le Modem ou pas, présidentialisation, proportionelle, primaires… Choisir tout de suite un leader, ménager un temps de réflexion commun, comment faire pour que son leader ait le plus de chance…

Tout ceci est un mélange de réelles options politiques, et de tactique politicienne. Il y a bien différentes options présentes entre ceux qui ne souhaitent pas qu’il y ait un choc prématuré et destructeur des présidentiable (car ils jugent cela dangereux et contreproductifs ou car leur candidat n’est pas en position), comme les reconstructeurs, Moscovici, Dray et les autres. Ceux qui au contraire pensent qu’il faut un chef aujourd’hui, c’est à dire eux-mêmes, se lancent : Delanoë et Royal s’y préparent.

Le style et la conception de la politique notamment démarquent Ségolène Royal des autres réformistes. Ceux-là se divisent ensuite sur la stratégie voire sur le nom du leader.

  • Le positionnement tactique des motions :

On pourrait voir trois sortes d’attitudes.

Ceux qui souhaitent une motion d’identification, exigeante et claire, sur la ligne comme sur la stratégie et le fonctionnement.

Ceux qui ont une démarche majoritaire, plus floue, “signable par le plus grand nombre”.

Enfin ceux qu’identifie Pierre Kanuty dans son dernier billet :

il y a essentiellement dans ce grand et vieux parti des cadres désireux de stabilité. Ce socle, ce marais ou ce ventre mou des premiers fédéraux qui savent qu’ils font et défont les majorités. Pour le moment on est dans l’attentisme.Ont-ils réellement tant de pouvoir ? C’est une vision sombre d’un parti dépolitisé et féodalisé, que je crains sans la partager totalement. C’est sans doute un reste du vieux parti socialiste que les militants veulent renouveler.

Une fois tout ceci pris en compte, essayons de tracer un portrait schématique du Parti socialiste :

Il me semble qu’il y a quatre visions aujourd’hui au PS. Celles-ci se subdivisent ensuite en chapelles.

Celle des rénovateurs pragmatiques: Royal, Valls : une adaptation globale du parti vers le centre sur de nombreux sujets, avec une grande coalition qui permet également de reprendre des idées « de Bayrou à Besancenot », par segment, programmatiquement et pragmatiquement. Certains portent un social-libéralisme plus ou moins assumé (Gorce, Mignard, Valls), d’autres un centrisme gestionnaire de gauche peu politisé (Collomb), d’autres des modèles plus socdem scandinaves (Peillon, Bianco)… D’autres sont sur une ligne différente, sur une identification personnelle à la candidate.

Certains vont plus ou moins loin dans l’adaptation ou l’alliance avec le centre : occasionnelle, structurelle, organique… Ils peuvent avoir des désaccord sur le style Royal.

Ainsi Valls peut être sur une stratégie d’émancipation et d’affirmation, et finallement ne pas soutenir Royal dont il semble idéologiquement le plus proche, sur des critères de stratégie, de renouvellement, d’exigence sur les textes.

Celle de tous ceux qui se disent réformistes reconstructeurs, veulent renouveler et refonder le parti, mais dans une vision globale et une démarche politique et pas seulement d’adaptation de l’offre à l’opinion. Cela pourrait regouper Aubry, DSK, Delanoë, Hollande, voire Fabius. Ceux-ci sont plus sceptiques vis à vis du centre, car ils ont une vision plus politique, mais ne refusent pas des alliances occasionnelles. Leurs lectures du monde et des réponses à apporter peuvent diverger mais la démarche est proche.

Martine Aubry pointe l’une des différences entre ces deux démarche en disant : “Nous avons un peu abandonné la politique. Nous avons eu l’impression qu’il valait mieux suivre les Français dans ce qui pouvait leur plaire plutôt que de leur proposer une vision de notre société.”

Mais dans ce groupe existent des divergences de stratégie, de personnes, et des nuances de fond, comme illustré plus haut. Ainsi Delanoë tentera sans doute sa chance avec une motion à vocation majoritaire mais à visée personnelle. En face les reconstructeurs peuvent s’unir dans une démarche d’opposition large, ou laisser émerger une ou plusieurs motions d’identification (comprenant une motion SD, ou SD-Rénover Maintenant, avec ou sans Martine Aubry). Les fabiusiens se partageront sans doute entre les reconstructeurs, les légitimistes et la gauche du parti.

Celle des conservateurs légitimistes : Le ventre-mou identifié par Pek. Les nombreux professionnels de la politique pour qui la défense de leur situation personnelle devient aussi important que ce qu’ils pensent. Ils prônent un dépoussiérage de forme, sur un réformisme prudent qui ne s’éloigne pas trop du parti d’Epinay. Ils sont pour une majorité qui ne change pas grand chose, notamment pas les équilibres, les habitudes et les cumuls en place. Leur pesanteur est forte, difficile à mettre en mouvement pour rénover le parti. Ils sont sensibles aux motions majoritaires.

Cependant leur opportunisme peut les pousser à des changements de façade, comme hier le fait d’avoir soutenu Ségolène Royal.

Leur fond idéologique est surtout un fond de tiroir, ils sont les gardiens du temple, incarnent les lieux communs et la doxa socialiste. La motion Hollande-Dray les cibles en partie, mais selon Pek, “Si on revient au texte de Bertrand Delanoë , il ne définit pas de périmètre car ce n’est pas son but. Il s’agit d’un texte « signable » par le plus grand nombre pour donner l’illusion d’une « majorité potentielle ».” Cela peut les intéresser.

Celle de la gauche du parti : néos-guesdistes, mélenchoniens, poperenistes, alter-socialistes. Certains verraient bien une situation à l’Allemande, “die linke”. Certains restent sur de vieux schémas, d’autres veulent une nouvelle réponse à la situation nouvelle, généralement avec l’idée « front de classe » et en refusant toute alliance avec le centre… Ils ont une cohésion idéologique en tant que minoritaires, ils arriveront surement à s’unir, voire à élargir en attirant quelques éléments fabiusiens, conservateurs, ainsi qu’une partie de l’ancien NPS, notamment autour de Emmanuelli et Hamon.

Un schéma illustrerait mieux encore cette situation.

Une conclusion, les forces sont éclatées et les résultats incertains. Sans doute cela peut-il permettre des débats intéressants, en espérant que nous parvenions à éviter une synthèse stérile, ou des déchirements de posture qui laisseraient des trâces…

Analyse réactualisée 4 mois plus tard en septembre

Modem : ces questions que nous devons nous poser…

avril 5, 2008


Ces questions qui nous travaillent, sans doute y est t-il confronté lui aussi. Désormais nous sommes obligés de les lui poser ou les lui opposer. En effet le PS est entré en discussion, en de nombreux endroits, avec le modem, à l’occasion de ces municipales.

Les résultats ont montré cette fois-ci pour le modem l’échec de la tentative de se poser en arbitre, et la difficulté de tenir une ligne centriste et cohérente. Mais il y aura d’autres élections, et certaines questions restent posées.

La question de l’alliance peut entrainer des tensions et des interrogations dans le parti. Bien sûr certaines sont d’ordre tactique, ou relèvent du réflexe dogmatique. Pourtant l’émergence d’un modem fort, concurrent ou partenaire, serait bien une reconfiguration du paysage politique, porteuse de risques comme d’opportunités.

Qu’est-ce que le modem ?
1 De l’udf au modem
2 Qu’est-ce aujourd’hui ? Vers où se dirige le modem ?

Quel doit être le positionnement du PS vis à vis de celui-ci ?
1 La pratique nouvelle et décomplexée d’alliances municipales avec le modem
2 Risques et opportunités pour le PS

Qu’est-ce que le modem ?

1 De l’udf au modem

Suite à l’élection présidentielle le parti de notables de centre droit qu’était l’UDF a entamé sa mue. Depuis quelques années déjà, il s’était distingué du ralliement systématique au grand parti de droite, qui avait essayé de le nier, de le réduire.

Le parcours inattendu de François Bayrou était la conséquence en partie de son talent et son message propre, mais aussi (surtout?) des insuffisances supposées des deux principaux candidats ou des craintes qu’ils pouvaient générer.

Il a suscité un engouement certain, qui s’est traduit par des adhésions massives et une nouvelle ambition : le centrisme autonome et l’élection présidentielle.

Pourtant, de nombreuses difficultés vont entraver la marche de ce parti : l’évolution rapide de la ligne de François Bayrou a ainsi aggloméré des partisans assez différents. L’UDF d’hier, sages bourgeois de province giscardiens, centre-droit barriste, historiques CDS, la tradition chrétienne et paternaliste, le fonctionnement notabiliaire… et le modem bayrouiste de la campagne présidentielle, jeunes anti-sarkozystes, adeptes du débat et de la démocratie directe, anciens verts ou PS, extrêmes centristes.. ainsi que plein d’autres, attirés par la lumière, par la personne de Bayrou, par une forme d’apolitisme engagé ni droite-ni gauche…

Rapidement de nombreux élus ont rejoint Sarkozy, entre les deux tours notamment, puis le nouveau centre à l’occasion de la préparation des municipales et des cantonales, souvent car c’était leur famille de pensée, et qu’ils avaient été élus sur ce positionnement. Mélange de conviction et de stratégie électorale.

Les confrontations locales, les tensions, le flou, ont également pu décourager certains de ces nouveaux adhérents. Tout comme au PS, dans une moindre mesure sans doute, l’assiduité de ces nouveaux a fondu, ainsi que leur nombre.

A l’ issue des municipales, l’image donnée par le parti centriste est dégradée : peu d’élus, positionnement peu compris… Malgré l’attention qu’il a suscité entre les deux tours, ses électeurs se sont souvent partagés entre droite et gauche, et il n’a pas réussi à jouer un rôle d’arbitre, ni à se faire élire sur une stratégie d’indépendance dans les quelques villes où il se maintenait.

Si la thèse de la nécessité d’une alliance avec ce parti devenu central pour pouvoir l’emporter à nouveau est ainsi largement démentie, il ne faut sans doute pas considérer le modem comme mort. Il y a toujours eu des voix persistantes au centre. Les prochaines élections européennes leurs seront plus favorables.

Enfin l‘état encore convalescent du PS et la dégradation de la côte de l’UMP permettent à son projet de subsister à moyen terme.

2 Qu’est-ce aujourd’hui ? Vers où se dirige le modem ?

Un parti par défaut ? Avec quelle ligne ?

Il faut considérer la doctrine actée, les écrits de ce parti naissant, mais aussi les évolutions et volontés plus complexes de leurs militants et électeurs qui en disent plus sur les avenirs possibles.

Leur ligne est variable, et encore relative aux positionnements des autres partis, même s’il y a la tentative de construire une pensée plus autonome. Alors que les textes du partis se positionnent encore au centre droit, les sympatisants s’orientent plutôt vers le centre gauche.

Leur alliance avec Cap21 et des anciens verts a réellement introduit l’écologie au modem. La démocratie participative est vantée, ainsi qu’ une gestion sérieuse des deniers publics.
Le rêve européen et une vision plutôt décentralisée sont des marqueurs persistants du modem comme hier de la démocratie chrétienne.
L’idéologie affirmée comme sociale-libérale du rapport Attali peut plaire à beaucoup d’entre eux, mais pas la méthode.

Concernant la manière de faire de la politique, les sectarismes sont souvent opposés aux
vertues d’une société civile et les partis politiques sont parfois (trop facilement) critiqués par nature.
Le « ni droite ni gauche », le consensus mou, bon père de famille, cède parfois la place à des militants qui se veulent extrêmes centristes, sur une ligne contestataire à la « Marianne », intransigeants, innovants, naïfs ou critiques vis à vis de Bayrou.

Ainsi parfois la politique est décriée et décrite comme un obstacle, parfois le retour du politique (mais sans les partis, ou tous ensemble) est demandé, parfois la politique est acclamée, le modem tentant de se substituer alors à l’un des grands partis dans le vote…


Généralement la politique participative est présentée comme devant se substituer aux querelles politiciennes. Mais aussi parfois malheureusement aux enjeux nobles de la politique…

Plus largement, plus le parti évolue, plus il se retrouve confronté à ce qu’il a critiqué au PS, une divergence interne importante sur certains points, qu’il faut gérer, dont on peut aussi tirer débats et avantages.

Le modem étant au centre, à chaque élection ses partisans se divisent au second tour. Par ailleurs, les strates de sa structuration historique continuent à diverger souvent.

Ainsi le modem a été une victime de choix de l’ouverture, presque partout des dirigeants de centre droit de l’anciens udf ont quitté le navire, pour des raisons idéologiques ou opportunistes.

La ligne autonome est finallement rare, et souvent contesté par des individualités, les divisions et hésitation sont nombreuses, presque inévitables.

Plus globalement pour ces municipales, le parti fait fréquemment alliance dès le premier tour, alternativement avec les uns ou avec les autres. Dans une logique de comparaison des programmes ? Parfois.

Malheureusement une analyse concrète des dernières municipales montre plutôt que souvent ils font alliance avec ceux qui ont le plus de chance de l’emporter (c’était flagrant au premier tour, plus partagé au second), sans que ce ne soit théorisé, mais les faiblesses de quelques-uns, et la volonté d’exister font les alliances.

Mais rarement cela n’a été décisif.

Doit-il choisir entre une ligne stricto-centriste et une ligne de centre gauche ? Va t-il le faire ?

Idéalement, ils cherchent à dépasser cette structuration, pour apparaître comme une force autonome, certes centriste, mais surtout portée par sa vision et ses propositions, et non par des jeux d’alliance et de positionnement.

Certes… Ce n’est ni facile, ni peut-être fidèle à la logique (réalité?) politique, outre les règles électorales peu favorables. Cela participe-t-il de la décrédibilisation du politique, comme moyen de choix, de propositions alternatives ? Ce n’est pas l’ambition du modem, mais les effets sont bien là. Celui-ci répondra que le politique est décrédibilisé par les postures artificielles et les oppositions systématiques. C’est aussi vrai, mais ne clos pas le débat.

Le positionnement centriste autonome ressemble fort à une impasse. Une solution serait la personnification par la présidentielle autour de Bayrou, et en cas de victoire devenir quelque chose par lui même, en prenant la place d’un des deux grands partis, puis en instaurant la proportionnelle.

La défection de l’ancien UDF peut être vu de leur point de vue comme une bonne chose, une clarification… Mais pour aller vers quoi ? S’il perd son aile droite, que devient le modem ? Un parti de centre gauche ? Cela pourrait être un pari cohérent, clair, sur l’échec de la rénovation du PS. Cela serait un aveux de l’échec du positionnement centriste fondamental et originel du modem, au profit d’un positionnement par défaut, face aux faiblesses, de fond ou de positionnement électoral, du PS.


Je ne pense pas que cela soit acté avant un moment.

Suite : Quel doit être le positionnement du PS vis à vis du modem ?

Quel doit être le positionnement du PS vis à vis du modem ?

avril 5, 2008


1 La pratique nouvelle et décomplexée d’alliances municipales avec le modem

Une alliance avec le centre a longtemps constitué un tabou au PS. Cela n’a jamais empêché quelques coopérations locales marginales, ou même au gouvernement avec Michel Rocard.
Mais une alliance plus globale était honnie par une partie du parti, qui pouvait accuser l’autre d’avoir ces idées tendancieuses, pour tenter de la disqualifier.

Cependant, en un an, la tendance a changé radicalement.
L’évolution du modem est la principale raison de ceci, ainsi que son poids relatif qui a augmenté tandis que les autres partenaires traditionnels du PS s’affaiblissaient. Il apparaissait beaucoup plus nettement comme une des condition de la victoire de la gauche.

Auparavant, le combat mené en commun pour le oui au moment du référendum avait pu mettre en évidence des accords partiels sur le fond. De même que chez les partisans du rejet du texte des affinités s’étaient créées, par delà les socialistes.

Ainsi le discours stigmatisant s’est affaibli, libérant des volontés plus anciennes. Certains déjà souhaitaient pouvoir choisir plus librement leurs partenaires.
Exclure une alliance au centre, c’ était souvent exclure une autre voie que la gauche communiste ou radicale. C’était donner à un partenaire potentiel la qualité d’un partenaire nécessaire, en position d’imposer certaines de ses propositions que nous n’aurions pas acceptées sinon.
La possibilité d’alliances avec le modem, sans devoir être une nouvelle obligation, donne plus de marge de manoeuvre au parti socialiste. Surtout demain lorsque des choix pourraient devoir se faire entre modem et lcr.
Ce mouvement a ainsi été initié par Ségolène Royal à la fin de la campagne présidentielle, de manière un peu précipitée, personnelle, et sans réussite, et cela se prolonge aujourd’hui au niveau local. De nombreux candidats, souvent proches de SR ou de DSK, (ou par l’intermédiaire du parti radical comme à Blagnac à côté de Toulouse), mais pas seulement, ont accepté des alliances avec le modem dès le premier tour (Roubaix, Dijon, Grenoble, Montpellier, et en partie Lyon et Bordeaux pour les plus grandes villes), ou alors au second.

Cela a fait raler les communistes et les emmanuellistes (sans parler des alters-révolutionnaires…), mais a pu participer à la victoire de la gauche dans certaines villes, y enclancher des dynamiques favorables, déjouer les attaques en « sectarisme » portées par la droite qui n’aime pas la politique.

Le bilan de ces démarches est cependant mitigé. Les ralliements d’entre deux tours n’ont pas paru décisif. Les accords mieux préparés dès le premier tour ont sans doute été mieux suivis par les électeurs, mais cela a parfois profité à des candidats de gauche alternatifs. Les électeurs du modem persistent à se partager entre droite et gauche au second tour, à quelques pourcentages près qui suivent la consigne.
Pour autant, ces petits arrangements locaux ne sont pas neutres. Il s’agit d’une reconfiguration importante du paysage politique, qui est porteur de risques comme d’opportunités.

2 Risques et opportunités pour le PS

1 Nos positions sont elles compatibles sur le fond ?

C’est une question préalable qu’il faut évidemment se poser. Idéologiquement pouvons nous nous associer avec un parti du centre ou du centre gauche comme avec les partis de la gauche plurielle ? Doit-on poser les mêmes exigences vis à vis du modem que face aux autres alliés traditionnels ?

Au niveau local il est souvent apparu que notre appartenance à la gauche, aux valeurs de partage et d’émancipation que cela signifie, ne nous empéchait pas de nous entendre avec ceux qui sont aussi, avec nous, des démocrates réformistes européens. Nous pouvons donc avoir à travailler avec les partis qui nous entourent, notamment dans une logique de second tour, où des coalitions se forment sur un projet.

En fonction des situations locales, nous nous sommes mis d’accord sur la démocratie de proximité, sur le développement durable, voire sur une politique sociale de l’habitat.

Mais l’hétérogénéïté de ce parti, au centre des systèmes de valeurs gauche-droite qui structurent toujours la société assez largement, fait quaucune position générale n’est pour l’instant possible.

Lorsque les circonstances locales font que les projets et les valeurs sont convergentes, sans que cela n’oblige à un affadissement ou à des renoncements porteurs de déception, les alliances sont donc possibles. Celles-ci peuvent même apporter des éléments de pluralité et de crédibilité ou une plus grande diversité dans les équipes.
Ce n’est pas le cas partout, en fonction des équilibres locaux dans les divers partis.

Les mêmes conditions pourraient être posées vis à vis des autres partenaires.

2 Comment le PS doit-il réagir face aux alliances variables au niveau local ?

Quelles sont les conséquences pour le PS de ces alliances fluctuantes au niveau local, ici avec le modem, là avec la gauche plurielle, voire ailleurs demain avec le parti anticapitaliste de Besancenot ? Les différences de tendances du PS local, accentué par les alliances conséquentes, pourraient créer des logiques de différenciation forte et croissante du parti selon les lieux. La cohésion idéologique nationale du parti pourrait être plus difficile à maintenir, ainsi que sa lisibilité.


Faut-il homogénéïser les pratiques, ou respecter la détermination locale tout en veillant à maintenir la cohésion nationale par le débat, la délibération et les choix collectifs ?

3 Ne prend-on pas le risque de renforcer un concurrent, voire couver l’oeuf du dragon qui demain nous terrassera ?

Bientôt ces questions seront sans doute plus vives si se crée à notre frange un Links Partei à la française autour de Olivier Besancenot, qui pèsera sur nous comme sur le SPD en Allemagne. Dans une perspective de refondation de la gauche, le PS pourrait avoir comme partenaires alternatifs le centre(-gauche ?) et la gauche radicale. Je pense qu’ en effet celle-ci ne restera pas sur une position de refus de responsabilités, notamment au niveau local.

Certains communistes nous rappèlent, mélancoliques, que Mitterand a étouffé le PC en s’alliant avec lui alors que le PS était moins puissant. « Voilà ce qui va vous arriver si vous acceptez ». Si les situations ne sont pas les mêmes, la méfiance doit effectivement être présente, dans ces alliances entre concurrents.

Lorsque Henri Emmanuelli Ou Jean-Christophe Cambadelis, après bien d’autres, se demandent en quoi nous devrions aider le modem a exister, alors que son projet présidentiel était précisément de nous devancer, de nous briser (et qu’en sera-t-il la prochaine fois), ils ont raison.

En effet, ces alliances permettent au modem d’avoir des élus, une forme de reconnaissance. Demain si à nouveau notre candidat ne convainc pas une partie des sympatisants socialistes, il y aura moins de barrières à un vote modem, d’autant plus s’il y a une alliance dans leur ville. A l’inverse, ces dirigeants qui travailleront ensembles dans les villes peuvent ancrer le modem au PS, lorsque des choix de second tour devront être faits, y compris au niveau national.

La situation ubuesque que l’on a connue lors de l’élection présidentielle ne sera plus possible : Bayrou, candidat de la droite, antilaïque et ultralibéral contre lequel tractaient les militants, est devenu en une semaine un partenaire dans la défense de la république, potentiel premier ministre, avec lequel étaient désormais constatées de larges convergences. Ridicule.

La méfiance est également la position de nombreux réformistes, qui pensent que c’est le PS qui doit aussi incarner cette rénovation, cette crédibilité, cette alternative, sans abandonner une partie du positionnement au modem, dans ce qui serait une tacite répartition des segments électoraux… L’émergence d’un parti de centre gauche au dépend du PS serait un recul de notre influence, alors que nous avons vocation à l’élargir.


4 Le PS et le Modem sont confrontés à des dynamiques concurrentes :

En effet ce qui est vrai en terme d’idées et d’électeurs se retrouve aussi pour les militants.

Il y a donc effectivement un risque tactique évident à conforter et légitimer le modem comme partenaire potentiel de la gauche, si nous arrivons en situation de faiblesse aux prochaines élections. Il faut donc mesurer les avantages d’une alliance à chaque fois.

On constate l’émergence d’un nouveau vivier de sympatisants politisés qu’il s’agit d’attirer.

Alors qu’ auparavant la séparation avec les autres partis à droite du PS était nette et franche, se crée dorénavant, dans les deux sens, un ensemble de sympatisants qui hésitent et peuvent être plus exigeants sur le fond comme sur le fonctionnement.

Déjà lors du second tour des législatives, le vote modem du premier tour a permis de faire voter à gauche au second des personnes plutôt de centre droit, servant de pont. Tout comme sans doute, un vote Bayrou au premier tour de la présidentielle a pu aussi permettre à certains déçus de la gauche d’oser le vote Sarkozy au second.

Nous devons donc gagner cette dynamique des fluides politiques. Cela brasse, renouvelle, rajeunit, consolide pour les débats et combats de demain.

On retrouve une partie des adhérents à 20 euros du PS aujourd’hui au modem.

Mais demain en fonction des dynamiques, une partie de membres passés par le modem rejoindra le parti socialiste.

En effet, le danger que fait peser le modem se situe également à ce niveau : l’émergence d’un mouvement est une aventure, un projet tentant, une dynamique. L’espoir est grand chez tout ces nouveaux militants, qui pensent créer une structure sans avoir à s’embarasser d’élus, de conflits anciens. La réalité est moins simple, mais une volonté et un espace de création politique subsiste. Il est ainsi intéressant d’aller lire les débats sur les statuts qu’ils mènent, tout semble possible. Cela souligne également nos déficiences, qui ont fait fuir beaucoup de récents camarades…
Ainsi cela attire là-bas des électeurs ou militants qui auraient, pour une part, tout à fait leur place au PS.

Cela a aussi une incidence en terme de rapport de force interne au PS. Le risque peut notamment être d’attirer là-bas des énergies et des voix qui manqueront en interne à certains, alors que le parti est en pleine recomposition. Certains, qui sont las du fonctionnement interne ou déçus de certaines orientations, peuvent se diriger vers le modem, plutôt qu’adhérer ici pour contrer ce qu’ils perçoivent comme une menace ou faire évoluer les choses…

Il faut donc rendre notre parti, notre sensibilité, attractifs, en améliorant notre image extérieure par une meilleure communication, par un vrai travail sur le fond qui rende un appétit intellectuel pour les échanges dans notre parti et nos propositions, en développant les associations « cousines », nos publications et évènements propres.

Conclusion

Le Modem apparaît faible et décrédibilisé suite aux élections municipales, sur lesquelles il n’a pas réellement pesé. Pourtant un espace existe encore pour lui, il faut donc continuer à réfléchir à notre positionnement vis à vis de ce mouvement.

Si des accords sont désormais envisageables sur le fond dans certaines conditions, les alliances ont donné des résultats mitigés, notamment lorsqu’elles paraissaient factices. Il s’agit donc d’un choix tactique qui n’est ni exclu, ni évident. Ceci d’autant plus que le Modem reste un concurrent qui veut prendre notre place ou nos électeurs. Notre but n’étant pas de le renforcer -nous ne nous résignons pas à l’existence temporaire du Modem « sur nos terres » laissées en jachère- les alliances doivent être bien pesées.

Sans doute pouvons nous alors envisager des accords, mais sans être dupes ou naïfs. Plus largement il ne faut pas sous-estimer le risque de dillution de la politique dans le centre, tendant à laisser penser que finalement les grandes orientations se valent, que les projets sont importants sans s’interroger sur les valeurs.

Ainsi Bertrand Delanoë avait raison lorsqu’il affirmait que des accords étaient possibles à Paris, mais seulement si le modem a la cohérence de faire un pas vers le PS, notamment en affirmant que dans cette situation « la droite et la gauche, ce n’est pas pareil ».

Il ne faut pas abandonner tout préalable qui laisserait penser qu’il n’y a pas de différences entre nos deux partis. C’est donc bien dans le cadre d’alliances maîtrisées entre partis, et non pas dans la négation des différences, que des accords peuvent avoir lieu.

Cette restructuration du centre peut donc être un risque comme une opportunité pour le PS, et plus particulièrement pour les sociaux-démocrates et réformistes.

Pour répondre aux besoins qu’expriment ceux qui s’adressent au Modem, le Parti Socialiste doit proposer une rénovation de son fonctionnement et un projet fort.

Nous ne devons plus laisser cet espace libre, celui de vrais réponses efficaces et d’une vision cohérente d’un projet de société émancipateur et solidaire qui nous positionnera en pôle attirant le centre gauche comme la gauche radicale. C’est être pour tous une perspective crédible de gestion efficace et d’amélioration de la situation.

Au delà de l’idéologie, dans son fonctionnement il peut tenter d’incarner un anti-PS, en le caricaturant parfois, mais aussi en pointant de réels dysfonctionnements.

Cela accroit donc enfin l’exigence de rénovation des pratiques au PS, pour rendre un rôle attractif aux militants, dans le débat, dans les processus démocratiques, dans le vivre-ensemble.