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La catastrophe, le futur, le nucléaire, la politique.

mars 18, 2011

La catastrophe

D’un craquement soudain, le Séisme au Japon a libéré une puissance considérable. Contrairement aux ouragans, il n’a pas de nom. Mais les images tournent en boucle, lancinantes, comme une alarme qui pousse à l’évacuation imossible, hypnotisantes, inquiétantes.
On y voit les secousses, les contorsions du sol, mais surtout la vague terrible, fracassant les côtes à plusieurs centaines de km/h, poussant dans l’intérieur des terres des flots immenses et chargés de débris…

L’onde de choc est mondiale. Certes il y a eu de nombreux tremblements de terres meurtriers, des dévastations terribles, mais cette fois-ci, c’est le coeur du monde technologique qui est touché. Des villes entières ne figurent plus que sur les cartes obsolètes, des milliers de corps sont rejetées par la mer pleine de regrets. Des centaines d’usine ne fonctionnent plus, amats de tôles de haute technologie.

Alors que les constructions avaient remarquablement résistées aux secousses, l’homme a été ramené à sa juste mesure, locataire de la nature.

Alors que les centrales nucléaires s’étaient automatiquement arrêtées, l’homme s’est retrouvé surpris par la vague, choqué de perdre le contrôle.

Le futur

D’une certaine manière cet événement, qui aura sans doute une portée matérielle importante mais pas historique, modifie ma vision du 21eme siècle et au-delà.

Le week-end dernier, j’ai un peu voyagé, je voyais plusieurs futurs possibles, entre Amsterdam, la ville cosmopolite, entre une Allemagne écolo et apaisée, ou les deux visages du Japon, technologique et post-apocalyptique…

Ma vision de l’avenir est nourrie par ma passion des littératures de l’imaginaire et notamment de science-fiction. On peut lire dans le dernier numéro du magazine Bifrost qu’une vision anti-progrès est incompatible avec l’intérêt pour la science-fiction. Pourtant, comme l’indique Jean-Pierre Andrevon dans un récent article dans Libération, c’est une réflexion sur les avenirs possibles, ses potentialités et ses dangers.

Entre les vaisseaux à propulsion atomique et les paysages post-apocaliptique, les différents visages du nucléaire sont présents dans ces projections futuristes.

Le nucléaire

J’ai toujours été favorable à cette technologie, fasciné par cette puissance. En France on rattache ceci à notre fierté technologique, à l’indépendance énergétique, à l’emploi. Ce n’est pas qu’une filière industrielle très influente, c’est un facteur d’identité. Pourtant je n’étais pas dans un milieu nucléophile, dans ma famille, dans mon couple. Depuis quelques années je suis déjà plus prudent. Mais le nucléaire faisait toujours partie du pannel de solution contre la dépendance au pétrôle.

Mais l’accident nucléaire en cours me travaille plus profondément encore. Ce n’est pas seulement la réalisation d’une probabilité infime, la malchance absolue, la catastrophe du millénaire…

C’est la catastrophe de plus, dans un des pays les mieux préparés. Bien loin des promesses utilisées pour vendre le nucléaire : la probabilité d’un accident tous les 25 000 ans disait-on.

Chaque énergie, chaque industrie, chaque choix, peut comporter des risques, que l’on accepte. Mais il y a là une dimension supérieure, quelque chose que l’on ne maîtrise pas vraiment : une puissance énorme, la radioactivité, qui modifie l’environnement de manière pérène et dont les modifications génétiques impactent l’environnement et le génome humain… Potentiellement des zones peuvent être durablement irradiées et condamnées.
Enfin il y a la question des déchets, voire de la prolifération (même si le nucléaire militaire est plus complexe)…

Cela demande beaucoup d’exigence, de prudence. Peut-être que c’est une technologie de liaison, sur laquelle on doit encore faire des recherches. Porteuse d’opportunité, peut-être qu’elle peut être maitrisée de manière sûre, mais le doute gagne.
En tout cas tombe le mythe. Plus largement on constate le manque de transparence, le risque, et les conséquences potentiellement terribles…

La politique

Donc je rejoins Dominique Strauss-Kahn, qui indiquait en 2006, « Nous connaissons les difficultés du nucléaire dans un pays comme le nôtre. Pour y répondre, il faut concentre un effort de recherche massif sur les questions de l’énergie propre. La France a fait dans les années 50 le pari du nucléaire et elle a réussi. Elle doit aujourd’hui faire le pari du post-nucléaire et le réussir« .

Politiquement c’est une des questions sur lesquelles je me distinguais des verts. (Restent quelques questions comme la sécurité sur lesquelles je suis plus ferme)

Plus largement cela renforce la crédibilité des écologistes dans le grand public, clairement, ils ne passent plus dans certains milieux pour des passéïstes peureux mais pour ceux qui disent depuis longtemps ce qui a été confirmé par les faits. Ils ne sont plus en retard, mais en avance.

Cela renforce la cohésion de Europe Ecologie sur le sjet (même Nicolas Hulot est maintenant pour une sortie programmée du nucléaire) et les conditions de négociation avec le PS.

Marginalement on peut se demander si cela aura un impact sur les cantonales. Cela peut faire bouger quelques pourcentages, il y aura quelques personnes plus motivées qui signifieront par un vote Europe Ecologie leur avis sur le nucléaire. Dans un contexte de très forte abstention, cela peut se voir, mais cela ne bouleversera sans doute pas les résultats de ces élections locales. (mais cela peut dans quelques cantons disputés permettre aux écologistes de passer devant et les décrocher).

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Pour un congrès utile et serein, plein de clarté, de courage et de créativité…

mai 8, 2008

Bisounours au pays des merveilles…

Finallement je pense que les titres, lorsqu’ils expriment de belles intentions, montrent souvent cruellement combien le chemin est long encore..

Ainsi on pourrait presque en déduire, sans trop se tromper, que l’initiative de Ségolène Royal n’est, dans cette forme, ni très utile, ni très sereine ; et que le texte autour de Delanoë manque singulièrement de courage, de clarté, et de créativité.

Il faudra que je le relise néamoins, pour en tirer toute la substance, la profondeur, les insuffisances.

Les 31 sont nombreux à signer ce texte de Delanoë :

Pierre Cohen bien sûr, mais aussi Martine Martinel et Patrick Lemasle.

Et enfin Kader Arif… C’est assez drôle de le voir signer un texte qui prône de beaux principes pour le PS de demain, alors qu’il est depuis de longues années premier secrétaire fédéral. C’est plus facile que de les respecter

Sur le fond, alors que je ne suis pas hostile par principe à la démarche, je trouve le texte décevant. Beaucoup de constats, certains sont utiles, mais peu de perspectives, rien de bien neuf… Quant au style, franchement « socialiste » au sens poussiéreux du thème. Je trouve dommage que Michel Destot, quelqu’un qui a je pense un potentiel politique intéressant, s’engage si tôt sur ce plan, et surtout sur ce texte.

Sans doute fait-il le diagnostic qu’il faut un vrai chef, il pense que Ségolène Royal représente un danger pour le parti, et se range derrière celui qui peut représenter aujourd’hui une alternative. A lui de nous expliquer, nous, de sa sensibilité, notamment le 18 mai où des discussions doivent avoir lieu au niveau national.
Je l’ai vu, à La Rochelle l’an dernier, il était très motivé par notre manifeste et nos perspectives, et il m’avait fait belle impression…

Il y a donc bien une voie au milieu, ailleurs, au dessus peut-être. Une motion SD – Rénover maintenant a un espace et sans doute une cohérence qui s’affirme. Les reconstructeurs autour, pour discuter…

Ces deux stratégies se rejoindront peut-être, celles de Moscovici et de Cambadelis, elles ne doivent en tout cas pas s’affronter.

Donc à signaler; jeudi prochain :

Rencontre toulousaine SD RM

Pour la politique de civilisation que Toulouse attend.

mars 9, 2008

On parle aujourd’hui de politique de civilisation. Je trouve bien que notre président ait relancé ce débat. Cela change de l’urgence et du bon sens. Ce fut une comète politique, qui n’a durée que le temps d’un discours, à nous de la prolonger.

Cela illustre ironiquement qu’il est loin de la conception d’ Edgard Morin, auquel il a pu se référer. Mais au moins cela a le mérite de replacer la politique dans le long terme, dans le sens, et de sortir un peu du seul pouvoir d’achat, qui ne suffit pas à émanciper. Et nous devons nous en emparer, montrer que les candidats du PS incarnent mieux ceci au niveau local que ceux de l’UMP.

Edgar Morin est passionnant, et peut participer à notre réflexion de socialistes. Retrouvons des échanges, des liens, des débats avec des penseurs et des chercheurs de toutes les disciplines, suscitons l’interdisciplinarité, cherchons l’innovation et l’originalité. Ils sont là pour nous aider à scruter la réalité cachée derrière le bruit de l’information, le brouhaha des sondages, la complexité des hyper-spécialisations, l’autoaveuglement ou les mauvaises fois partisanes qui accompagnent certaines stratégies de pouvoir. Cela est complémentaire avec d’autres processus comme les rapports de spécialistes, les formes de démocratie participative.

Donc retrouvons par exemple, outre Edgard Morin, et beaucoup d’autres, pour écouter et critiquer : Marcel Gauchet, Louis Chauvel, Pierre Rosanvallon, Michel Wieviorka, Michel Aglietta sur le capitalisme financier, Guillaume Duval, Daniel Cohen, Gabriel Colletis ici à Toulouse, et bien d’autres moins connus, ou y compris certains penseurs plus polémiques comme Finkielkraut sur certains points.

Il y a bien longtemps que nous ne suscitons pas vraiment de ces débats. Edgar Morin lui-même s’est plaint de n’être depuis longtemps plus écouté par les partis, critiquant ces dirigeants et ces militants aux rythmes de vie effrénés, qui n’ont plus le temps de lire et de réfléchir.
Les partis doivent retrouver me semble-t-il ce rôle d’incubateur, de pédagogie, rendre compréhensible et modulable la complexité du monde : faire les liens entre les disciplines, favoriser une lecture globale et avec les bons outils de ce monde pour ses militants, puis s’en servir pour propager ses valeurs, et ses solutions.

Je pense que ce processus est à l’oeuvre, Laurent Baumel ou Pierre Larrouturou ont pu notamment le demander fortement, les forums de la rénovation ont permis à la marge des rencontres intéressantes, les élections municipales sont l’occasion de ces bouillonnements à l’échelle locale. L’enchaînement des défaites, une période charnière pour les grands enjeux européens, mondiaux et de société poussent au rebond de la pensée du PS.

Aujourd’hui, au niveau local, nous pouvons tenter d’incarner un peu de cette politique de civilisation, pour la reprendre à notre compte, et ne pas laisser Sarkozy la galvauder, la détourner, la diluer. (surtout si pour lui cela passe par un retour de la religion, ou par une mission donnée à la France par son passé, quelle honte que le Sarkozy Bigot-Bigard lors de sa visite au Vatican).

Ainsi, selon Morin, et c’est aussi ce que porte Pierre Cohen, la vision à long terme, la maîtrise de la civilisation et des risques que notre société engendre, c’est réaménager la ville, c’est retrouver l’humain et la solidarité (maison des solidarités, enseignement, culture, retrouver une vie de quartier et un échange entre les quartiers), c’est une vision durable et dans l’écologie, c’est le bien être dans la ville (contre le bruit agressif, les insécurités…), c’est donner du sens à la politique, et à l’individu.
Reconstruire l’individu incertain (Alain Ehrenberg), c’est permettre que la société se fasse (voir aussi Norbert Elias), c’est une condition du politique et des avancées communes.

Bien sûr nous ne sommes pas que des rêveurs, et ancrés dans la réalité économique, qu’il ne suffit pas de critiquer pour s’en extraire, et les réalités politiques, nous devons afficher une ambition solide, sérieuse, parfois pragmatique là où trop d’idéologie empêche de voir les effets pervers de chaque tentative. Mais qui garde le changement et le rêve à portée de main.

Surtout dans une ville au potentiel de Toulouse, après des décennies apaisée, endormies,… dépassées ?

J’ai donc l’espoir d’un début de politique de civilisation à Toulouse, comme déjà dans d’autres villes socialistes, avec demain la victoire de Pierre Cohen.

Les dangers d’un concept multiface : l’ouverture

mars 5, 2008


L’ouverture
est un concept politique souvent employé à tort et à travers pour désigner des choses différentes, et parfois inquiétantes pour la démocratie.

I Cela peut s’entendre comme une volonté de consensus, de dépassement de clivages artificiels.

Il peut y avoir des effets positifs à l’ouverture, à la marge du politique, dans un processus de démocratie participative, de recherche de consensus sur certains sujets. C’était ici le projet de François Bayrou.

Cela entraine cependant souvent la valorisation, notamment à droite, où la politique fait peur, de listes apolitiques, de la société civile etc.
Je trouve dangereuse cette nouvelle passion pour la société civile, supposée supérieure à l’engagement militant ?

Comme le dit Pierre Cohen, candidat de la gauche à Toulouse

« Peu à peu en dénigrant la politique, on a dénigré l’engagement et on a fait briller le non-engagement dans les partis en parlant de « société civile ». Que quelques uns, reconnus pour leur compétence professionnelle, s’engagent dans l’action municipale, sans attache partisane, cela peut être entendu.
Mais ce qui est déterminant au-delà de leurs compétences (notons que les militants sont compétents dans leur vie professionnelle, le propre du militant c’est de militer après sa journée de travail !) c’est leur engagement.  »

Comme le dit Corinne Lepage en réponse à une question sur l’ouverture sur le site internet du nouvel obs :

 » Il y a ouverture et ouverture. Celle qui consiste à demander à des responsables politiques qui n´ont pas votre positionnement politique à vous rejoindre pour élaborer un programme de synthèse, et celle qui propose à des individus de disposer de postes pour mener la politique que vous avez définie. Je suis poour le première et pas pour la deuxième forme d´ouverture, précisément parce que j´ai le souci de la cohérence. »

Et encore, les dérives peuvent être plus grave

II En effet l’ouverture peut se transformer en débauchage individuel, en opération de communication ou de déstabilisation de l’adversaire, sans plus de cohérence ni d’intérêt.

Reprenons avec Pierre Cohen :
« De société civile on a vite fait de glisser aux candidats à paillettes, à des individus invités à être sur une liste uniquement à cause de leur aura médiatique, en général due à une activité comme le sport, la mode, le ciné, la télé… Ainsi peu à peu, de pipoles en paillettes, on tue l’engagement politique. Mais voilà, avec mes colistiers je crois à l’engagement politique, à la participation des citoyens à la vie de la cité. Je pense que les électeurs aussi ont envie d’un retour des politiques aux affaires de la cité. C’est un des enjeux de ces municipales. »

Pire que cela : l´ouverture aujourd´hui pratiquée par l´UMP, notamment à Toulouse, fait que n´importe quelle personne qui n´a pas été retenue démocratiquement par son parti, les déçus, ceux qui sont en perte de vitesse, les ex, peut trouver en face un nouveau siège. Outre un manque de cohérence certain, n´est ce pas particulièrement choquant ?
Les ratés d’en face prennent de la valeur simplement car ils se dédisent! C’est terrible pour la politique.

Dans cette ville, le maire sortant apparenté UMP a ainsi fait venir sur sa liste (outre Fabien Pelous et des spécialistes de la santé ou des responsables industriels) une conseillère régionale vraiment de la gauche du PS qui n’avait pas été choisie par les militants de son parti pour les législatives.
De même avec des responsables du modem en fin de course.


III Enfin cela porte aussi en germe la défiance vis à vis du politique, le gouvernement des experts, la prétention à la vérité par le bon sens.

C’est là que l’on peut en venir au rapport Attali.
Après l’avoir parcouru, on peut penser qu’il y a dedans de bonnes choses, des idées, du travail qui a été fait. Mais également d’autres propositions moins judicieuses.
C’est donc une matière à réflexion, à droite comme à gauche.

Il y a tout de même deux problèmes sérieux autour de ce rapport :

-le ton présomptueux et dogmatique de celui qui a trouvé la vérité. Bientôt il nous demandera une messe… C’ est à prendre en bloc (pour respecter l’équilibre social-libéral de l’ensemble), quel que soit la majorité, dernière solution avant le déclin !
Je décide, ils (les parlementaires, élus du peuple) exécutent…

Il faut toujours se méfier de La vérité, et toujours s’inspirer des connaissances. Ce gouvernement des experts, alors que d’autres proneront des solutions contraires, que les intérêts et enjeux sont complexes, que la mise en oeuvre répond rarement à la théorie initiale.. ne peut être détaché du politique, ni se détacher de toute vision du monde.

– à coté de bonnes idées parfois, une tonalité, un présuposé trop économiste : le principe de précaution ? inutile. La mort du commerce de proximité ? La multiplication de l’automédication de supermarché ? La disparition du département pour faire des économies ?…
Il n’y a qu’une grille de lecture qui est la croissance. Ce rapport doit donc se confronter nécessairement aux autres enjeux de société, d’identité, de culture, de solidarité.

Le gouvernement des experts, outre qu’il peut représenter un danger démocratique (Attali a répondu avec morgue : « vous préférez le gouvernement des imbéciles ? »), n’est pas une garantie de réussite, particulièrement en économie. Il n’y a pas de vérité, même s’il peut y avoir des consensus.

C’est le politique, la diffusion de la connaissance, la transformation de la complexité en modèles et en mesures, la pédagogie et la réflexion, auxquels les intellectuels, les savants, les élus et les experts doivent être associés, qui fait évoluer la société.

Il s’agit donc bien là d‘ouverture d’esprit et de capacité de remise en cause.


[Edit : A signaler : une courte fiction caustique sur le thème de l’ouverture.]

Splendeurs et misères d’une battante battue

août 8, 2007

Très bel article d’Eric Zemmour, à prendre avec prudence, mais documenté et assez juste malheureusement. plein d’un mépris interloqué, il trace un tableau qu’il faut lire avec prudence, mais qui est sans doute plus un rappel pour nous qu’une découverte, tant petit à petit cela s’est imposé à nous, malgré notre volonté de vaincre…

Splendeurs et misères d’une battante battue


ÉRIC ZEMMOUR.


Publié le 08 mai 2007


Actualisé le 08 mai 2007 : 07h43


· Ses faiblesses et ses lacunes, qui lui avaient permis de s’imposer au PS, n’ont pas convaincu les Français.



LONGTEMPS elle s’est tue de bonne heure.

Quand, petite fille modèle, nattes et longues jupes plissées à carreaux, elle s’engouffrait dans le froid glaçant des Vosges, du petit hameau de Chamagne – comme elle était loin la chaleur humide de Dakar où elle naquit, un 22 septembre 1953 – sous l’oeil roide de son père, Jacques, beau cavalier au cheveu ras et au sourire fier, jugulaire et sortie de messe, ri­bambelle joyeuse de huit enfants endimanchés, cinq garçons, trois filles, une deux, une deux, tu seras un officier mon fils, et une bonne épouse ma fille, oui, toi aussi, Marie-Ségolène, la quatrième de la fratrie, la plus intelligente aussi reconnaît son père, à la fois faraud et agacé : « Elle a la dialectique », celle qui tient le plus de lui : « Elle a la bouche des Royal et les yeux des Carage ».

Quand, entrée par miracle à l’ENA, elle renonçait à se battre avec les brillants, les doués, les promis à un grand avenir, les Hollande, les Villepin, et qu’elle sortit dans les derniers du classement, les humbles, les sans-grade, les besogneux de l’énarchie, dans un tribunal administratif.

«Les affaires de garçons»

Quand, conseillère à l’Élysée, en 1982, parce que Jacques Attali l’en avait convaincue, que François Hollande l’avait réveillée le matin du rendez-vous, elle s’oc­cupa des affaires environnementales et sociales, autant dire qu’elle n’existait pas dans le re­gard des grands conseillers, les Attali, les Védrine, les Guigou et consorts qui s’occupaient de la politique internationale ou de l’économie, ce qu’elle appellerait plus tard, « les affaires de garçons », et qu’elle n’essayait même pas de venir sur leur terrain, n’ayant « pas les codes, pas la culture générale ».

Quand elle pleurait de rire, oeil mouillé d’admiration, devant les traits d’humour de son « cher François », qu’elle jugeait si bril­lant, si intelligent, si drôle. Si tout ça.

Quand elle devint député des Deux-Sèvres, en 1988, parce qu’il ne restait plus que cette circonscription de Melle sur la liste de Pierre Joxe, imprenable pour la gauche, disait-il ; et puis, quand elle devint ministre de l’Environnement en 1992, et qu’elle plaida auprès du président pour que Hollande aussi fût ministre, et que Mitterrand, d’abord amusé de la pugnacité de la dame : « Mais c’est injuste pour François, puis agacé, lui eût lâché :

Il y a bien une solution, mais il se peut qu’elle ne vous convienne pas : je vais nommer François Hollande et pas vous.

– Ah ! Ce n’est pas ce que je vous demande ! On ne peut pas parler… »

Se taire. Encore et encore. Dans les congrès du Parti socialiste, où tout l’ennuie, où elle n’a pas toujours le décodeur, où les subtilités tactiques, les coups à quinze bandes lui passent au-dessus de la tête – François lui expliquera -, où elle est si piètre oratrice, où l’affection collante des militants lui donne de l’urticaire – elle ne supporte pas de serrer les mains de « ses ploucs », comme elle dit de ses administrés des Deux-Sèvres.

En 1997, elle est nommée ministre délégué chargé de l’En­seignement scolaire, encore des fariboles, sous la houlette tyrannique et omnipotente de Claude Allègre. Ce sous-sous-maroquin, elle n’aurait même pas dû l’obtenir. Mais, en lançant publiquement l’idée de sa candidature au perchoir, elle a mis un grain de sable dans la mécanique partisane qui prévoyait que Laurent Fabius serait le président de l’Assemblée nationale. Déjà, en 1995, alors que Jospin et Emmanuelli se disputaient l’investiture présidentielle du parti, elle avait joué le même coup insolent, dénonçant dans une tribune « deux trains lancés contre l’autre ». Jospin avait jeté un oeil furibond à Hollande : « Tu ne peux pas la tenir ? » Hollande jouait les durs : « Elle fait la cuisine à la maison, mais dans le parti, c’est moi qui la fais. » Pas crédible, le papa gâteau, le papa copain. Alors, pour se débarrasser d’elle, Jospin l’avait nommée sous-ministre. Et pour la « tenir », il l’avait confiée à Allègre.

Ce n’est qu’après. Bien après, qu’elle comprit que si Dieu avait donné le verbe aux hommes (politiques), il avait donné l’image à Ségolène Royal. Un mélange indéfinissable de fille de la campagne et de bourgeoise de province, de bas-bleu et de séductrice sur papier glacé. Lunettes d’éternelle étudiante, noeud dans les cheveux, serre-tête : elle découvre le Palais Bourbon. Un cabas à la main plein de chabichou, à la garden-party de l’Élysée : elle fait la promotion de « ses » producteurs de fromages de chèvre ; strict pantalon veste, dossiers dans une main, sac en cuir dans l’autre : Madame le ministre sort de l’Hô­tel Matignon ; posant sur son lit de maternité dans une ample blouse, au milieu de ses dossiers épars : elle présente aux caméras de télévision sa dernière fille, née quelques heures plus tôt, Flora ; en robe d’un blanc immaculé au milieu des vingt et un costumes sombres, présidents de région socialistes, élus en 2004. Une madone est née.

La reine de «Paris Match»

« Qu’est ce qui intéresse la presse aujourd’hui ? » fut la première phrase qu’elle prononça des an­nées durant lorsqu’elle arrivait, chaque matin, à son ministère. Elle se gava d’enquêtes d’opinion, de « quali » divers. Elle n’était pas du genre à réclamer les dépêches internationales de l’AFP. Mais peu à peu, elle devina, sentit, comprit, que ses faiblesses, ses lacunes béantes devenaient des forces, des atouts. Elle n’avait guère de compétence économique, mais la mondialisation ruinait les pouvoirs économiques de l’aristocratie d’État à la française. Elle n’avait jamais eu de grand ministère, mais le pays rejetait tous ceux qui, depuis vingt ans, avaient eu les premiers rôles. Elle n’avait pas l’habileté tactique de François Hollande, mais les partis étaient honnis ; plus profondément, elle jugeait que la France vivait une crise de société, qu’elle attendait le retour de valeurs oubliées, et non pas un changement de politique ; justement, les Français étaient déçus de la politique, leur grande passion depuis deux siècles. La politique se « people-isait », et elle était la reine de Paris Match. Elle était issue de la droite catholique et avait longtemps affiché sa haine de son milieu d’origine pour se faire accepter par ses nouveaux amis de gauche ; mais la société, après trente ans de laisser-aller soixante-huitard, réclamait le retour de l’ordre, de la famille, du travail, du mérite, de l’effort, de la nation. Elle n’était qu’une femme dans le pays de la loi salique, mais la société se féminisait. Son féminisme n’avait pourtant rien à voir avec celui des suffragettes qui jetaient leurs soutiens-gorge dans les meetings de Jean Royer, le maire rigoriste de Tours ; le féminisme de Marie-Ségolène est un puritanisme, contre le string à l’école, le bizutage ou les films pornographiques ; il est plus proche de la princesse de Clèves que de Mme de Merteuil. C’est un matriarcat : son ordre ne peut être juste que s’il est imposé par les femmes à des hommes légers et prédateurs.

Lentement, Ségolène se réconcilia avec Marie. La fille, avec son père mort. L’institutrice binoclarde mit des lentilles, se fit limer les dents. Comme Mitterrand. Pendant des années, une rumeur aussi stupide qu’indestructible avait prétendu qu’elle était la fille cachée du président socialiste. Et si elle lui donnait raison ? Pourquoi pas elle ? Tant de fois, elle avait entendu François, mi-rigolard, mi-cruel, plaisanter : « Après Chirac, n’importe qui peut être président de la République ! »

Pendant toutes ces années, qu’avait-elle été vraiment ? Rien. Que voulait-elle devenir : Tout !

Une rumeur, encore une, prétendait qu’elle ne se jetait dans cette bataille présidentielle que pour se venger des infidélités de son compagnon. Jusqu’au bout, les hiérarques socialistes furent persuadés que la candidature de Ségolène n’était qu’un leurre agité par le même Hollande, pour mieux les circonvenir. Sans doute, le premier secrétaire du PS y crut-il lui-même. Ne disait-elle pas : « Ça se décidera entre nous deux. » Et, lui, toujours rigolard : « On fera voter les enfants. Mais j’ai pris mes précautions. Ils voteront pour moi. » Ce que François Mauriac appelait « la maladresse des habiles ».

Barrissements de fureur

Avec sa baguette de Mary Poppins, elle pétrifia le vieux Parti socialiste. Elle rendit vains les courants, les écuries, les combats d’idées, les militants mêmes. Tout fut noyé, et Fabius, et Strauss-Kahn, et Jospin, et même Hollande, sous les sondages qui la prétendaient seule capable de battre Sarkozy, et les « nouveaux militants à vingt euros », venus de nulle part, et repartis depuis lors. Dès le soir du second tour, radieuse, comme si elle l’avait emporté, elle s’efforçait d’imposer sa férule sur la vieille maison qu’elle avait, durant toute la campagne, conservée dans le formol. Mais déjà, les « éléphants » barrissaient de fureur et avançaient pour la piétiner. Mary Poppins retrouverait-elle ses pouvoirs magiques ? Rien n’est moins sûr.

Car si la campagne avait révélé « son sens de la domination », comme disait Montebourg après le débat télévisé qui l’avait opposé à Sarkozy, elle avait aussi montré crûment ses insuffisances, ses limites, ses lacunes crasses, qu’elle ne pouvait pas éternellement mettre sur le compte de la légendaire misogynie française.

Entre improvisation et in­tuition, audace et prudence, ago­raphobie et incarnation, droitisation et gauchisation, « chevènementisation » et « cohn-benditation », éloge de la famille et du mariage homosexuel, chaud et froid avec DSK, invectives contre Bayrou et ministres centristes, coups d’éclat et impréparation, colères et refus de la brutalité, son incapacité chronique à conceptualiser donna un cours erratique, parfois affolant, à sa campagne. Elle qui voulait rassurer, protéger, materner, finit par dérouter, dé­sarçonner, inquiéter. Elle qui était présentée comme la solution à la crise des socialistes et de la gauche se révéla en fait un de ses symptômes les plus graves. « J’ai eu parfois l’impression de voir ces peintures où des personnes flottent entre ciel et terre », nota, interloqué, Jean-Pierre Chevènement. Effaré par la déstructuration d’un discours qu’elle piochait parmi les divers textes qu’elle avait demandés, Henri Emmanuelli demanda un soir à son voisin de meeting : « Où est le plan ? » Le plan fut peut-être qu’il n’y en avait pas.


Appel aux ségolénistes déçus

juillet 8, 2007

Appel aux ségolénistes déçus

Pourquoi en appeler à Ségolène Royal, plutôt qu’à une refondation en général ?
Elle ne me parait pas forcément la mieux placée, elle a bénéficié du vide et des hésitations qui s’étaient créés, mais elle ne les a dépassé qu’en partie, voire les incarne presque maintenant.

Il ne s’agit pas de renforcer la personnalisation déjà prégnante, et d’occulter les responsabilités aussi de la candidate. Elle avait d’ailleurs annoncé qu’elle tirerait les responsabilités de la défaite.

Jamais durant la campagne on a réussit à prendre la main, comme là avec la TVA. Cela pose question. De plus on voit que le PS fait finalement mieux que Ségolène, au premier comme au second tour…

Quant à la responsabilité du PS, oui, il y a eu un manque de travail en amont. Mais ensuite, c’est de la mauvaise foi. Quant on sait que par exemple DSK a fait autant de meeting de soutien que Ségolène pratiquement.

Et surtout quant on voit l’impréparation et la désorganisation entre les équipes de campagnes et le PS… Les partisans de Royal en conviennent, Dray, Rebsamen et Bianco qui ont dit qu’ils ne pourraient continuer à la soutenir que si elle changeait. Valls ou Carrèche qui on sévèrement critiqué la gestion des difficultés de couple avec Hollande, et l’impact que ça a eu sur la campagne. Ou Peillon, qui a dit plusieurs fois : quel gâchis, quand on ouvrira les placards du 282, tomberont des dizaines de notes de prix Nobel, de spécialistes, de politiques de terrains, inutilisées…

Elle a un rôle, peut incarner un courant, mais il me parait bien tôt pour placer nos billes rénovatrices : ne refaisons pas, sur une ambition désincarnée de rénovation, ou sur des sondages, des choix précipités.

Donc plutôt que défendre à priori, jugeons sur projet, non ?

Juillet 2007

Impact des violences dans les banlieues fin 2005

octobre 9, 2005

Quel est l’impact de ces violences qui ont déchaînées les banlieues ? Tout dépend bien sur de leur durée, si ça se calme vraiment ou si ça continue encore…

Mais dans tous les cas on peut en tirer plusieurs conclusions.

Tout d’ abord il me semble que ça marque l’échec de la politique Chirac et de ses deux slogans de campagne : « lutte contre la fracture sociale » et « lutte contre l’insécurité »

La fin se son règne sera difficile, lorsqu’il devra affronter un bilan mitigé, voire mauvais, autant face aux électeurs de gauche, que de ses partisans de droite. Et puis les juges l’attendent…

Pour les autres personnages de droite : De Villepin me semble ne pas s’être trop exposé ; certains lui reprocherons de n’avoir pas été assez présent. Mais sa situation ne semble pas affectée en soi.

Pour Sarkozy… Je pensais au départ des émeutes que cela allait l’affecter, car cela semblait montrer l’insuffisance d’une politique sécuritaire tout en le réduisant à ce rôle. De plus, il a commis plusieurs maladresses… Et face à une situation qui s’étendait, il paraissait impuissant, et critiqué.

Pourtant d’un autre coté, cela recentrait le débat, les préoccupations sur l’insécurité et l’immigration, dans un premier temps. La situation est devenue grave, et cela a favorisé le soutient d’une majorité à sa méthode, à ses actions, sur cette crise. Face à la gravité du problème, la nécessité d’un traitement sécuritaire d’une part, et social et de grande ampleur de l’autre sont apparues. Ainsi il a pu sortir de l’ornière sécuritaire où il était, et aborder tous les sujets : « les gens ne veulent plus de la délinquance et des allocs, mais un travail et de la sécurité ».

Avec les jours qui passent, on voit qu’il est même monté dans les sondages. C’est peut-être parcequ’il a été attaqué maladroitement. Il ne faut pas faire croire que c’est parcequ’il a appellé « racaille » des « racailles » que ça s’est enflammé. Malek Boutih notamment les a déjà qualifié ainsi, sans que ça provoque de remous. Et ils s’appellent eux-même comme ça. Je me souviens d’un sondage dans 20 minutes « comment vous habillez vous ? 15% des jeunes de je sais plus quel âge avaient répondus : « style racaille ».

Par contre, la manière, et le lieu (aller dans les cités la nuit, ça fait un peu je vais au zoo avec des journalistes…), et un personnage pas très aimé déjà. Le « nettoyage au Karcher », j’ai trouvé ça plus limite, puant le démago.

D’autres ont pu en profiter, notamment Borloo, qui a pu dire : »je l’avais dit », ou encore la gauche sécuritaire : « sécurité, mais plus de social.»

Par ailleurs, ça renforce de manière plus globalement la gauche de gouvernement, et finalement De Villepin remet en oeuvre tout ce que Raffarin avait supprimmé: emplois-jeunes, police de proximité, aides aux assoc…

Mais finalement, la secousse a été profonde, et je pense que cela a dépassé les clivages droite-gauche. Ainsi les idées d’un traitement social nécessaire, tout en étant ferme sur la sécurité s’est je pense imposé dans l’opinion, et dans pas mal de politiques.

C’est une autre secousse profonde, après le réferendum, qui avait révélé, pas seulement par le résultat mais par la campagne, une désespérance sociale, et déjà un dépassement des clivages traditionnels.

Donc c’est peut-être une des leçons, face à une crise grave, les dogmes et idéologies sont disqualifiés par les faits. Ainsi, soit des solutions extrêmes sont envisagés. Montées de l’extrême gauche et de l’extrême droite. C’est plausible mais je crois peu probable. Lorsque la situation est extrême, les centristes deviennent extrémistes, et alors les révolutions ont lieu. Ou encore, trouver des combinaisons et des réponses nouvelles. Ainsi la grande coalition allemande, qu’on peut voir en partie sous cet angle. Et peut-être, en France, un vote qui sera plus concret : « que proposez vous concrètement pour régler ça… » Enfin, une troisième voie médiane, est une démarche nouvelle qui s’appuie sur les extrêmes… On voit cette tentation naître, on l’a vu à gauche, on le voit à droite…

De nombreuses autres questions peuvent être posées :

ces chocs peuvent-ils être salutaires (ce qui légitime la violence, mais permet un rebond),

comment réagir à moyen terme, avant que les grands plans ne produisent leurs effets…?

quel est l’état des discriminations raciales en France ? (ma position est que c’est avant tout des disciminations sociales, pas assez de qualifications, des discriminations culturelles : langage « quartier » qui ne permet pas d’être embauché, et des préjugés qui identifient tous les jeunes des quartier à des racailles. Mais il y a aussi du racisme, si 5% des patrons le sont, ça compte, et si à cela on ajoute la pression des clients racistes… Ca fait un poids. Mais la victimisation n’est pas la solution)

dans quelle mesure doit on employer une forme de discrimination positive ?

Est-ce avant tout une révolte sociale ?(oui, mais…)

Comment apaiser les relations avec la police ? (aux Etats-Unis, des enquêtes ont montré que les flics noirs font autant de contrôle au faciès que leurs collègues blancs: ils intègrent les préjugés, ou font par déduction probabiliste : il y a plus de délinquant dans la pop noire, il faut donc plus contrôler les noirs…)

est-ce que les tours sont à l’origine des problèmes ?(facteur agravant, mais dans les autres pays, souvent les quartiers difficiles sont dans des rues pourries mais pas dans des tours..)…

Tout cela n’est pas facile… Mais je suis plutôt optimiste, réaliste, noir mais pas désespéré. Dans d’autres domaines je n’aurai pas le même diagnostic, mais je pense que le problême de la ségrégation sociale et ethnique, les banlieues, seront moins aigus dans 20 ans.