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Ni molle ni sectaire, la gauche qui sortira dimanche des urnes

octobre 14, 2011

Je n’ai pas trop pris le temps ces temps-ci, d’écrire même si j’ai de nombreux articles en tête, sur la crise financière, sur la sécurité, sur le bilan de Pierre Cohen à mi-mandat…

Je n’ai pas non plus pris le temps de militer à nouveau, même s’il est important de s’impliquer. Je suis toujours dans l‘hésitation entre le PS et EELV.
Des choses changent, même au parti socialiste, même en Haute-Garonne. Les primaires sont un beau moment, mais chaque fois que j’envisage de retourner dans ce parti, les souvenirs que j’en ai m’empêchent de franchir le pas. Dans une formation trop sclérosée, peut-on vraiment être utile ? J’ai cependant espoir, et l’impression, que cela commence à bouger. Allez, quand Izard ne sera plus Président du CG…

Ou alors faire le choix d’un nouveau mouvement, que je connais encore peu, plein d’énergies, et qui portent certaines des idées de demain ?

J’ai cependant continué à prendre le temps d’autres implications concrètes dans des activités associatives, important aussi et parfois plus utile.

J’ai aussi pris le temps de suivre la primaire. Aucun candidat ne m’a cependant emballé, enflammé. Je n’ai pas rejoints une équipe, une écurie, un courant. Je me suis trouvé des affinités avec plusieurs. J’ai trouvé dans les propositions, le débat, des choses intéressante. J’ai Hâte d’être en 2012.

Martine Aubry et François Hollande ont proposé des lignes proches, intéressantes, offensives tout en étant crédibles.
FH a mis l’accent sur la jeunesse, la réforme fiscale.
MA s’est disinguée par une position plus offensive sur la nucléaire, l’égalité homme-femme ou le cumul des mandats. Ségolène Royal a porté la mutation écologique et une attention plus forte à la sécurité.
Manuel Valls a défendu un regard intéressant sur les quartiers, qui doivent être remobilisés, valorisés, protégés contre les mafias et les insécurités; il a également mis en avant la laïcité républicaine, et une volonté de crédibilité pour prendre en compte la réduction du déficit nécessaire. Il a également proposé la TVA sociale, qui est une arme importante pour taxer les importations, qui va plus loin que la seule contribution écologique.
Baylet a porté la nécessité de s’appuyer sur le monde économique, un tissu de PME, et a promu des avancées sociétales intéressantes.
Montebourg a également proposé des solutions concrètes à plusieurs dérives, même s’il se retrouve finalement dans une position entre la dénonciation du système et sa sauvegarde.

Tout ceci s’interpénètre largement, et donc fait naturellement synthèse, sauf quelques positions un peu à la marge de Ségolène et Arnaud, parfois la dénonciation trop facile de bouc-émissaire, ou l’affirmations d’objectifs trop lointains pour tenir lieu de propositions.

Je me suis longtemps situé à égale proximité de François Hollande, dont j’appréciais notamment certains soutiens (Moscovici, Filippeti, Peillon, …) et Martine Aubry, femme tenace et dont j’ai plutôt apprécié le mandat de première secrétaire du PS. J’ai cependant voté pour Valls, pour encourager ses propositions innovantes, sa prise en compte de la crise (certains n’ont pas pris en compte la radicalité des changements en cours), trop facilement caricaturés.

Pour le deuxième tour, j’envisageais le vote Aubry.

J’avoue cependant que le débat de mercredi m’a fait hésiter.
Et l’attitude récente de la candidate va sans doute m’entrainer vers un vote inverse : elle a changé de ton pour amadouer une aile plus « gauche tradi ». Or je pense qu’il faut penser le changement avec courage, mais dans l’honnêteté : le volontarisme ne peut pas tout, nous sommes là pour changer la réalité pas pour la remplacer par des illusions. Par ailleurs elle attaque ces derniers jours de manière trop brutale son adversaire, qui est potentiellement le candidat de second tour de la gauche. Elle illustre ainsi malheureusement la réplique de FH : « après des années de droite brutale, je ne veux pas d’une gauche dure, sectaire, mais d’une gauche solide, ambitieuse et responsable » (ou à peu près)

En tous les cas je serai fier du candidat qui sortira, qui ne sera pas parfait, pas idéal, mais qui fera un bon candidat de second tour pour enfin la gauche en 2012.

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L’heure de Reims, les choix difficiles…

novembre 15, 2008

Ségolène est donc candidate.

Je suis un peu déçu. J’espérais en effet la candidature de Vincent Peillon, plus rassembleuse sans être non plus mollement consensuelle comme celle de Dray ou Rebsamen. Je pensais d’ailleurs que après avoir joué à faire peur, au dernier moment il y aurait un accord sur son nom.

Ségolène Royal incarne un changement du parti socialiste. C’est un fait, en discutant un peu avec les gens, électeurs potentiels, l’on s’en rend compte empiriquement : certains disent qu’ils ne voteront pas pour un PS représenté par SR. D’autres au contraire affirment qu’ils revoteront pour le PS si c’est elle la candidate. Et il ne s’agit pas la d’une détermination fonction d’un positionnement gauche radicale-centre gauche… Donc elle est « clivante », elle incarne une part de risque, une part d’opportunité.

Ce changement est-il si profond, est-il absolument positif, absolument négatif, ou plus nuancé ?

J’ai pu faire un bilan de Ségolène Royal, il y a quelques mois, très critique, mais qui se terminait sur une interrogation. Je fais parti des gens qui ont envisagé soutenir Ségolène en 2006 avant de choisir DSK. J’ai été un déçu du ségolénisme, en lequel je sentais des pistes intéressantes.

Après une très grosse déception pendant et après la présidentielle, je constate qu’il y a du mieux ces derniers mois, même si de nombreux éléments génants de sa stratégie politique continuent de me gêner.

Il y a dans sa motion des mouvements propices à la rénovation des pratiques, à un positionnement de gauche mais social-démocrate. Le problème est que autour d’éléments stables et intéressants se greffent des propositions ou des postures changeantes ou contradictoires. C’est le cas de toutes les motions, mais là les polarités sont plus fortes.
Si seulement ils arrivaient à reconnaitre des erreurs, on pourrait discuter plus sereinement.

Aujourd’hui elle présente sa candidature. Elle assume donc le bras de fer, l’affrontement plutôt qu’un rassemblement factice avec Dray ou un candidat de consensus (mais dangereux ensuite pour elle ?) qu’aurait été Peillon. C’est plutôt courageux. En effet le risque est de créer une réponse, de perdre face aux militants…

Mais c’est sans doute finement joué : si elle ne prend pas le parti aujourd’hui, même avec un proche à la tête du PS, sans majorité absolue au conseil fédéral, elle n’aura pas gagné grand chose. Or elle doit convaincre par l’action les sceptiques qu’elle a changé, qu’elle est opérationnelle.

Et sans doute se dit-elle qu’elle peut l’emporter : on voit déjà un front anti-Royal assez décrédibilisé chez les sympatisants… Et assez largement chez les militants aussi qui n’accepteront sans doute pas ce contournement assez artificiel du nouveau courant majoritaire.

Car en effet l’accord anti-Royal serait assez factice. Les deux arguments présentés m’incitent plutôt à la soutenir tant ils me paraissent ridicules.

pas d’alliance avec le modem par principe ? Dans toutes les motions, y compris la pure C, des gens ont conclu ce type d’arrangements. Et finalement toutes les motions, sauf la C plus radicale, partagent une même position, emballée différemment, qui est celle que j’avais exposée dans ma réflexion sur les relations modem-PS. Une position critique et prudente, mais ouverte si le modem décide de choisir entre la gauche et la droite.

-un parti de militants plutôt qu’un parti de supporteurs ? C’est insultant pour les partisans de la motion E, j’en connais quelques-uns, ils ne sont ni moins intéressants, ni moins politiques, ni moins attaché à faire entendre leur voix. (il y a aussi, plus nombreux peut-être, des affectifs, des survoltés, attachés à une personne ou à un charisme, d’où l’accusation) De même dans toutes les motions il y a des habitués, les affectifs, les légitimistes suiveurs d’élus… C’est ça un militant plutôt qu’un supporteur ? Ou plutôt ça un parti de militants qu’il faut préserver, vu lors du dernier congrès fédéral ?

Plus largement, ce qui est critiqué, c’est la volonté de renoncer à la proportionnelle, qui devrait pourtant être rationnalisée je pense, ou de présidentialiser le PS.

Mais bon concrètement, au dela des slogans, est-ce qu’il n’y a pas d’autres lignes de clivages plus pertinentes au PS ? Entre les réformistes et Hamon ? Entre le vieux parti conservateur et une volonté de rénovation des pratiques et des idées ? (ce clivage ne reflète pas exactement les motions) Entre les rénovateurs pragmatiques incarnés par Ségolène, et les réformistes politiques incarnés par Aubry et Delanoë ?

Bref, elle se dit donc qu’elle peut l’emporter.

Tout dépend du choix qui est proposé. Elle gagnera probablement sur des bases politiques contre Hamon. Cela sera plus difficile contre Martine Aubry, mais Hamon persiste dans sa candidature. Delanoë lui, se tait.Après s’il y a un deuxième tour…
Tout ceci est encore brouillé au niveau local par les configurations : en Haute-Garonne la motion D s’est construite plutôt en opposition à la motion A, et ceci a été confirmé par l’accord fédéral CA.

Bref, insoluble à partir du moment ou Ségolène pose sa candidature ?

Le problème reste la blessure de la présidentielle, avec Ségolène, je ne sais pas s’il faut la dépasser aujourd’hui… En même temps nous ne choisissons pas là un candidat à l’élection présidentielle, donc le problème de personne est moins pregnant.

Pour résumer, quelle configuration pourrait me convenir actuellement ?

Je lie, par cohérence, le contrat d’alliance au conseil national et la candidature au premier secrétariat national.

Deux propositions m’auraient agréées : (au moment grave et solennel, retrouvons des mots choisis)

-un large regroupement des trois motions réformistes assumées E,D,A, autour d’une personnalité convaincante, comme aurait pu l’être Vincent Peillon

-une alliance AE ou AD, autour d’une personnalité combative, que ce soit Martine Aubry elle-même, Moscovici (s’il n’avait pas choisi si tard ça aurait été mieux) ou encore une autre

Je ne vois pas en effet d’alliance crédible ou cohérente de notre part avec la motion C, et surtout pas dans un front commun basé sur de mauvais arguments. De même je préfererais ne pas avoir à voter pour Ségolène Royal, car c’est aussi l’installer dans un schéma présidentiel…

Maintenant s’il faut choisir entre les deux configurations que je souhaite éviter, je ne sais pas encore.

Quelles motions, quel congrès ? Panorama du PS aujourd’hui.

mai 13, 2008

En fonction de quoi se ferront les majorités, les oppositions ? Plusieurs éléments entrent en compte.

  • L’idéologie

On pourrait penser qu’il y a un affrontement idéologique qui structure réellement le parti. Ce serait celui des socio-démocrates réformistes contre les guesdistes tentés par une stratégie radicale, voire l’émergence d’un LinksPartei à la française.

Mais ceux-ci ne représentant plus pour le moment un poids significatif, d’autres divergences qui auraient pu être subalternes sont devenues essentielles.

Je ne saurais le dire mieux que Jean-Christophe Cambadelis :

Les divergences dans la gauche se sont contractées. Elles n’ont plus la force fondamentale des divergences que nous connaissions dans le passé, par exemple, sur la nature du socialisme. Tous les responsables socialistes dans leur collectivité ont une pratique disons «social-démocrate ».

C’est la raison pour laquelle les divergences s’étaient évaporées, les questions de personnes ont malheureusement tant d’importance.
Les vraies divergences se sont déplacées, de la nature du socialisme au moyen de le promouvoir : Le choix des priorités, la nature des alliances, la sélection des dirigeants, la fonction partisane.

Bien sûr cela compte encore, Mélanchon d’un coté et Valls de l’autre peuvent incarner un courant clairement défini idéologiquement. Mais entre les autres, si des différences existent, chacun d’entre nous à son identité politique propre, elles ne sont plus qu’un élément parmi d’autres.

  • Le fonctionnement du parti, ses alliances, son leader :

Alliances avec le Modem ou pas, présidentialisation, proportionelle, primaires… Choisir tout de suite un leader, ménager un temps de réflexion commun, comment faire pour que son leader ait le plus de chance…

Tout ceci est un mélange de réelles options politiques, et de tactique politicienne. Il y a bien différentes options présentes entre ceux qui ne souhaitent pas qu’il y ait un choc prématuré et destructeur des présidentiable (car ils jugent cela dangereux et contreproductifs ou car leur candidat n’est pas en position), comme les reconstructeurs, Moscovici, Dray et les autres. Ceux qui au contraire pensent qu’il faut un chef aujourd’hui, c’est à dire eux-mêmes, se lancent : Delanoë et Royal s’y préparent.

Le style et la conception de la politique notamment démarquent Ségolène Royal des autres réformistes. Ceux-là se divisent ensuite sur la stratégie voire sur le nom du leader.

  • Le positionnement tactique des motions :

On pourrait voir trois sortes d’attitudes.

Ceux qui souhaitent une motion d’identification, exigeante et claire, sur la ligne comme sur la stratégie et le fonctionnement.

Ceux qui ont une démarche majoritaire, plus floue, “signable par le plus grand nombre”.

Enfin ceux qu’identifie Pierre Kanuty dans son dernier billet :

il y a essentiellement dans ce grand et vieux parti des cadres désireux de stabilité. Ce socle, ce marais ou ce ventre mou des premiers fédéraux qui savent qu’ils font et défont les majorités. Pour le moment on est dans l’attentisme.Ont-ils réellement tant de pouvoir ? C’est une vision sombre d’un parti dépolitisé et féodalisé, que je crains sans la partager totalement. C’est sans doute un reste du vieux parti socialiste que les militants veulent renouveler.

Une fois tout ceci pris en compte, essayons de tracer un portrait schématique du Parti socialiste :

Il me semble qu’il y a quatre visions aujourd’hui au PS. Celles-ci se subdivisent ensuite en chapelles.

Celle des rénovateurs pragmatiques: Royal, Valls : une adaptation globale du parti vers le centre sur de nombreux sujets, avec une grande coalition qui permet également de reprendre des idées « de Bayrou à Besancenot », par segment, programmatiquement et pragmatiquement. Certains portent un social-libéralisme plus ou moins assumé (Gorce, Mignard, Valls), d’autres un centrisme gestionnaire de gauche peu politisé (Collomb), d’autres des modèles plus socdem scandinaves (Peillon, Bianco)… D’autres sont sur une ligne différente, sur une identification personnelle à la candidate.

Certains vont plus ou moins loin dans l’adaptation ou l’alliance avec le centre : occasionnelle, structurelle, organique… Ils peuvent avoir des désaccord sur le style Royal.

Ainsi Valls peut être sur une stratégie d’émancipation et d’affirmation, et finallement ne pas soutenir Royal dont il semble idéologiquement le plus proche, sur des critères de stratégie, de renouvellement, d’exigence sur les textes.

Celle de tous ceux qui se disent réformistes reconstructeurs, veulent renouveler et refonder le parti, mais dans une vision globale et une démarche politique et pas seulement d’adaptation de l’offre à l’opinion. Cela pourrait regouper Aubry, DSK, Delanoë, Hollande, voire Fabius. Ceux-ci sont plus sceptiques vis à vis du centre, car ils ont une vision plus politique, mais ne refusent pas des alliances occasionnelles. Leurs lectures du monde et des réponses à apporter peuvent diverger mais la démarche est proche.

Martine Aubry pointe l’une des différences entre ces deux démarche en disant : “Nous avons un peu abandonné la politique. Nous avons eu l’impression qu’il valait mieux suivre les Français dans ce qui pouvait leur plaire plutôt que de leur proposer une vision de notre société.”

Mais dans ce groupe existent des divergences de stratégie, de personnes, et des nuances de fond, comme illustré plus haut. Ainsi Delanoë tentera sans doute sa chance avec une motion à vocation majoritaire mais à visée personnelle. En face les reconstructeurs peuvent s’unir dans une démarche d’opposition large, ou laisser émerger une ou plusieurs motions d’identification (comprenant une motion SD, ou SD-Rénover Maintenant, avec ou sans Martine Aubry). Les fabiusiens se partageront sans doute entre les reconstructeurs, les légitimistes et la gauche du parti.

Celle des conservateurs légitimistes : Le ventre-mou identifié par Pek. Les nombreux professionnels de la politique pour qui la défense de leur situation personnelle devient aussi important que ce qu’ils pensent. Ils prônent un dépoussiérage de forme, sur un réformisme prudent qui ne s’éloigne pas trop du parti d’Epinay. Ils sont pour une majorité qui ne change pas grand chose, notamment pas les équilibres, les habitudes et les cumuls en place. Leur pesanteur est forte, difficile à mettre en mouvement pour rénover le parti. Ils sont sensibles aux motions majoritaires.

Cependant leur opportunisme peut les pousser à des changements de façade, comme hier le fait d’avoir soutenu Ségolène Royal.

Leur fond idéologique est surtout un fond de tiroir, ils sont les gardiens du temple, incarnent les lieux communs et la doxa socialiste. La motion Hollande-Dray les cibles en partie, mais selon Pek, “Si on revient au texte de Bertrand Delanoë , il ne définit pas de périmètre car ce n’est pas son but. Il s’agit d’un texte « signable » par le plus grand nombre pour donner l’illusion d’une « majorité potentielle ».” Cela peut les intéresser.

Celle de la gauche du parti : néos-guesdistes, mélenchoniens, poperenistes, alter-socialistes. Certains verraient bien une situation à l’Allemande, “die linke”. Certains restent sur de vieux schémas, d’autres veulent une nouvelle réponse à la situation nouvelle, généralement avec l’idée « front de classe » et en refusant toute alliance avec le centre… Ils ont une cohésion idéologique en tant que minoritaires, ils arriveront surement à s’unir, voire à élargir en attirant quelques éléments fabiusiens, conservateurs, ainsi qu’une partie de l’ancien NPS, notamment autour de Emmanuelli et Hamon.

Un schéma illustrerait mieux encore cette situation.

Une conclusion, les forces sont éclatées et les résultats incertains. Sans doute cela peut-il permettre des débats intéressants, en espérant que nous parvenions à éviter une synthèse stérile, ou des déchirements de posture qui laisseraient des trâces…

Analyse réactualisée 4 mois plus tard en septembre

Pour un congrès utile et serein, plein de clarté, de courage et de créativité…

mai 8, 2008

Bisounours au pays des merveilles…

Finallement je pense que les titres, lorsqu’ils expriment de belles intentions, montrent souvent cruellement combien le chemin est long encore..

Ainsi on pourrait presque en déduire, sans trop se tromper, que l’initiative de Ségolène Royal n’est, dans cette forme, ni très utile, ni très sereine ; et que le texte autour de Delanoë manque singulièrement de courage, de clarté, et de créativité.

Il faudra que je le relise néamoins, pour en tirer toute la substance, la profondeur, les insuffisances.

Les 31 sont nombreux à signer ce texte de Delanoë :

Pierre Cohen bien sûr, mais aussi Martine Martinel et Patrick Lemasle.

Et enfin Kader Arif… C’est assez drôle de le voir signer un texte qui prône de beaux principes pour le PS de demain, alors qu’il est depuis de longues années premier secrétaire fédéral. C’est plus facile que de les respecter

Sur le fond, alors que je ne suis pas hostile par principe à la démarche, je trouve le texte décevant. Beaucoup de constats, certains sont utiles, mais peu de perspectives, rien de bien neuf… Quant au style, franchement « socialiste » au sens poussiéreux du thème. Je trouve dommage que Michel Destot, quelqu’un qui a je pense un potentiel politique intéressant, s’engage si tôt sur ce plan, et surtout sur ce texte.

Sans doute fait-il le diagnostic qu’il faut un vrai chef, il pense que Ségolène Royal représente un danger pour le parti, et se range derrière celui qui peut représenter aujourd’hui une alternative. A lui de nous expliquer, nous, de sa sensibilité, notamment le 18 mai où des discussions doivent avoir lieu au niveau national.
Je l’ai vu, à La Rochelle l’an dernier, il était très motivé par notre manifeste et nos perspectives, et il m’avait fait belle impression…

Il y a donc bien une voie au milieu, ailleurs, au dessus peut-être. Une motion SD – Rénover maintenant a un espace et sans doute une cohérence qui s’affirme. Les reconstructeurs autour, pour discuter…

Ces deux stratégies se rejoindront peut-être, celles de Moscovici et de Cambadelis, elles ne doivent en tout cas pas s’affronter.

Donc à signaler; jeudi prochain :

Rencontre toulousaine SD RM

Ségolène Royal, candidate de transition ?

mai 1, 2008

Sans doute Ségolène Royal a t’elle pu s’imposer fin 2006 car la situation était particulière, bloquée, figée dans l’après-référendum au PS. Elle est apparue, elle a remplie le vide, a semblé ouvrir les fenêtres. Elle portait pourtant au début certains thèmes propres, comme l’environnement, la lutte contre l’insécurité, la décentralisation, voire une vision de la flexsécurité. Elle aurait dit plutôt : « socialisme par la preuve, mise en mouvement de la société et des territoires, nouvelle démocratie sociale et délibérative« .

Je pense que cela a été une candidate de transition, qui aura été le vecteur d’un changement du PS. D’une certaine manière, l’époque l’a utilisée. Sans doute faut-il maintenant autre chose, sans que je ne sache bien quoi.

Elle a été un moment, lors des primaires, d’espoir. Puis de craintes au fur et à mesure de ses bourdes (que ses fans appellent déformations médiatiques) et de certaines prises de positions un peu rapides ou idéologiquement assumées mais auxquelles je n’adhérais pas (carte scolaire, jurys citoyens…).

Ségolène a fait une campagne irrégulière, avec de bons passages notamment avant le premier tour. Elle sera peut-être mieux rodée techniquement, mais ses mécanismes de pensée, sa conception du pouvoir et de la politique ne semblent pas avoir changés.

Quand on voit les résultats des législatives, on constate que le PS fait bien plus, même au premier tour peu favorable que ce qu’il a fait à la présidentielle malgré le vote utile. LE FACTEUR SEGOLENE ROYAL a plutôt pesé négativement que positivement électoralement. Comme le dit Rocard, 47% était le point bas au second tour. Ségolène avait elle-même dit qu’elle assumerait la responsabilité de la défaite comme de la victoire. Paroles de campagnes…

Par contre elle a réussi à mener, contrainte, une partie du renouvellement nécessaire.

Certes de nombreux de ses partisans sont venus, certains sont restés, avec une volonté de changement des pratiques au PS, ce qui est positif, et sur une ligne réformiste et social-démocrate qu’elle a vaguement incarnée, sans constance ni réelle cohérence. Certaines choses ont bougé positivement, ne seront plus les mêmes, il y a un « après » élection 2007, et elle y a sans doute sa part.

Mais au delà du phénomène, sa campagne doit être jugée plus sévèrement je pense. Partie de très haut en terme de popularité médiatique, après un président Chirac usé et désapprouvé, dans une période de tensions et d’inquiétude, elle n’a pas réussie à incarner une alternative crédible à Sarkozy.

Elle partait avec un handicap, qui était le projet socialiste, (j’ai voté contre en tant que militant) incohérent et insuffisant. Il fallait trancher rapidement certaines questions, on ne navigue pas à vue des sondages. Mais souvent elle n’a pas su ou voulu se servir de la matière grise du parti, et mal du parti lui même, sinon comme bouc émissaire de sa défaite.

Comment expliquer le flou sur la fiscalité, l’immigration, le nucléaire ou les retraites, voire l’Europe ? A un moment il faut faire preuve de courage, de constance, et pas seulement d’audace médiatique ou de posture.

Loin de revendiquer une idéologie consistante comme l’était celle de Nicolas Sarkozy, elle a semblé à la remorque de son rival en ne parlant que d’ordre, de valeur travail et de refus de l’assistanat. Les questions économiques et sociales ont semblé lointaines, ou ne relevant que du quotidien difficile. L’impressionnisme, l’incohérence et l’instabilité de son discours économique et social ont fait le reste, face aux propositions extrêmement simples et jamais sérieusement contestées de son rival. Dès les législatives, on a pourtant vu qu’une mesure comme la tva sociale pouvait faire des dégats politiquement.

Sur la manière, outre les difficultés de coordination avec le PS, les changements de ligne, la victimisation, elle a fondamentalement manqué de cap.

Depuis les débats participatifs, idée intéressante dans un processus, mais pas comme aboutissement, jusqu’à récemment son livre ou son émission chez Drucker, elle a navigué entre médiatisation à outrance et charisme affectif. Parfois on a pu penser que le contenu politique n’était plus que programmatique et pragmatique, prétexte à son exposition.

Après l’avoir vu à une émission télé, j’avais écris dans un commentaire une formule un peu excessive, mais qui résume bien ce malaise : « arrêtons d’urgence avec ce pathos, cette politique de l’affection et de l’affliction, de confession et de contrition.  »

Cette personnification mièvre est selon certains de ses partisans une des clefs de la reconquête d’un vote populaire. Mais il ne faut pas le reconquérir en surface, sur des thématique pragmatiques dictées par les sondages. Il y a une bataille politique et culturelle qu’elle n’a pas menée, sauf sur des thèmes comme la république métissée par exemple : la réhabilitation de la politique et de l’individu social, l’explication de l’impôt, l’émancipation qui n’est pas que le pouvoir d’achat etc. Cela a parfois frisé un anti-intellectualisme populiste qui m’a beaucoup gêné.

On pourrait encore ajouter le procès en machisme qui est fait aux détracteurs de Ségolène Royal, qui a pu être épisodiquement justifié, mais qui est devenu une arme de défense politique. Enfin, pas vraiment politique, plutôt médiatique et de comm’, vu qu’il s’agissait alors de rompre le débat et de ne pas aller sur les questions de fond
Un des meilleurs exemple : Quand un journaliste du New York Times lui demande en gros quelle sera sa politique étrangère, elle répond de manière offusquée : « Auriez-vous osé poser une telle question à un homme ? », et refuse de répondre sur le fond. Le journaliste en est resté interloqué car en effet il avait certainement déjà du poser des dizaines de fois la même question à des hommes politiques.

Depuis la défaite, tout cela ne semble pas avoir changé. On pourrait même dire qu’elle s’est réfugié dans ses travers les premiers mois.

Refusant de reconnaître sa défaite, elle s’appuie sur ses 17 millions d’électeurs, en oubliant les règles élémentaires de mathématiques, pour chercher à s’imposer par inertie au PS. Elle oublie qu’il aurait fallu plusieurs millions de voix de plus pour l’emporter, jamais l’écart en voix n’avait été aussi grand avec la droite. Car si on regarde en pourcentage, ce n’est pas très bon. Surtout quand on sait que les électeurs ont surtout votés contre Sarkozy… De même avec les 60% des primaires, bien réels, mais dans un autre contexte.

Elle réagit toujours en se victimisant, avec la démocratie participative et les sondages comme outils de communication. Elle a réaffirmé l’incohérence comme principe politique : « prendre le meilleur de Bayrou à Besancenot », ce qui est séduisant en théorie, aberrant sur le fond.

Pour autant, sans doute sa ligne s’affine t-elle aujourd’hui, certains de ses proches sont parfois intéressants, Peillon, Sapin, Collomb, ou encore certains intellectuels ou spécialistes qui la cotoient. Sans doute sa motion sera t-elle clairement sociale-démocrate, travaillée, intéressante. Ou pas… Sans doute nous retrouverons nous contre les conceptions guesdistes ou conservatrices du PS, ou dans la volonté de rénovation des pratiques (cumul des mandats, ouverture au débat), mais cela sera difficile.

Manquera sans doute une cohérence de vision et pas seulement programmatique, un réajustement nécessaire de sa vision du pouvoir et de la politique, ainsi que des questions sur elle, sur ce « one shot », comme dit Valls, qui s’installe. Et ce passif toujours présent en nous, une mauvaise expérience qui crée comme une forme de répulsion… Il faut savoir s’en détacher, mais faut-il oublier ?

Amertume de la défaite (7)

janvier 13, 2008

Très déçu. Campagne longue, difficile, changeante.

Le soir des résultats Ségolène, Dray et Bianco pensaient semble t-il que nous avions gagné… Je trouve cette attitude étrange. Ce n’est pas la mienne…

Amertime. Mon deuxième combat perdu après le referendum.

Va t-on sortir nos armes maintenant contre Ségolène ? Certains le ferront. Cela sera facile, vain, insuffisant, je leur laisse. Cela dépend d’elle, aussi…

Pour l’instant sa déception et la mienne sont grandes, terribles, partagées.

Je ne crois pas venue le temps des milices. Je ne pense pas avoir à craindre de Nicolas Sarkozy une remise en cause des libertés fondamentales.

Pourtant je vois dans son projet une vraie vision cohérente, qui pourrait être une douche froide. Je vois en lui la tentation revencharde, une vision souvent simplistes, la récupération des phrases de l’extrême droite par populisme plus que par conviction (espèrons le), une ambition du pouvoir pour lui-même… Il y a toujours des fautifs, des méritants et des victimes contre les autres.

Je suis las… Evidemment il ne sera pas seul, et il se recentrera, mais bon…

Je regrette l’ambition écologiste, pour l’innovation et la recherche, pour une société métissée.

Ségolène Royal pouvait-elle gagner ?

Elle a portée une rénovation du parti. Nombreux sont ceux qui comme moi l’ont rejoint par elle. Une nouvelle manière de faire de la politique sans doute. Mais surtout de nouvelles idées, portant réellement la lutte pour la protection de l’environnement, une nouvelle décentralisation, une fermeté contre l’insécurité… Entre la social-démocratie assumée par DSK et autre chose.

Elle a du trainer aussi, comme un fardeau, le projet socialiste. J’avais voté contre, c’était le fruit d’une synthèse inadéquate entre la motion 1, déjà fourre-tout majoritaire, et les autres courants plus radicaux.

Constamment on a senti ce tiraillement entre le parti orthodoxe et son projet, et les volontés d’audaces, de rénovation et de crédibilité sociale-démocrate. Le tiraillement est devenu hésitation, ajournement, flou, sur les 35h, sur les retraites, sur la fiscalité. Plus largement, la relance de la croissance, souvent évoquée comme solution, n’a pas été mise en scène, expliquée.

Il ne faudra pas omettre la responsabilité structurelle et idéologique du parti et en faire la seule responsable. Il ne faudra pas non plus que certains imputent au seul parti la défaite. Il serait facile d’accuser DSK et ses partisans, boucs- émissaires. Pourtant celui-ci a fait plus de 30 meetings de soutien, et nous sommes nombreux à nous être impliqués. Cela a son doute compté pour passer le premier tour.

Ségolène a annoncé qu’elle assumerait sa responsabilité personnelle dans la victoire comme dans la défaite, voici donc venu le moment de la remercier, et de passer à la suite. Et Bianco, Savary ou Airault peuvent prétendre reprendre le flambeau ségoléno-réformiste.

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Entre deux tours, de l’espoir aux abysses… (6)

janvier 10, 2008

Au soir du premier tour, la joie est intense, nous sommes au second tour.

Cela suffit à notre bonheur. Dans le bureau où je participe au dépouillement, les scores sont très bons, ainsi que plus généralement sur Toulouse, ce qui est de bonne augure pour les législatives et les municipales à venir.

Pourtant rapidement, on s’aperçoit que Sarkozy est loin devant. Rien n’est perdu, mais il faudra une dynamique forte, avec les centristes, l’extrême gauche, les abstentionnistes éventuels.

Dès le soir, nos espoirs sont douchés. Le discours très tardif de notre candidate est calamiteux : hésitant, vide, décousu. Il contraste avec la rapide et forte intervention du futur vainqueur.

Les électeurs de François Bayrou semblent être une des clefs de la victoire. La danse du centre commence, avec improvisations et parfois brio de Ségolène, elle tente, et obtient une réponse ambigüe. Bayrou accepte de débattre, et affirmera qu’il ne voterait pas Sarkozy, avec des propos assez dur.

Pourtant lors du débat Bayrou-Royal, il est sévère avec le projet socialiste, n’hésite pas à le caricaturer, veut marquer sa différence, pour la suite. Il n’appelle pas au vote Royal. Par ses critiques il pousse de nombreux centristes à voter Sarkozy.

C’est à ce moment que j’ai me semble t-il vu un meeting de Ségolène à Toulouse. Moment étrange, rassemblement de 40000 personnes. Sont également présents, François Hollande, qui fait un peu d’humour, Zappatero qui plaide en Espagnol pour la voie social-démocrate…

Ferveur intense, fanatique parfois, qui contraste avec l’élocution difficile de Ségolène. Mais cela fait partie de la mise en scène d’un choix de société, qui est réel, qui transparait difficilement dans les mots, que la candidate a du mal à porter. Le public doit alors se dépasser, surjouer, compenser.
Quelques bons passages, d’autres sont creux, des généralités humanistes et des slogans sympathiques. Elle peine toujours à placer sa voix, à raconter une histoire, à convaincre, à entrainer. Je ressens une impression de crainte, d’ennui, de joie lorsqu’on se dit que c’est tout de même possible, d’affection et de compassion lorsqu’elle rame.

Puis vient l’étape ultime, le débat d’entre deux-tours présidentiel. Les sondages ne sont toujours pas favorables, mais se resserrent un peu. Est-ce que cela peut réellement faire bouger les lignes, les opinions cristallisées par des semaines de débats ? Pas radicalement, mais c’est un élément important qui pourrait nous faire gagner de justesse, même si ce n’est pas le plus probable.

Strssé, impatient, je m’installe devant la télé. Chez moi avec des amis, nous assistons au début catastrophique de la chose. L’histoire des policières violées, trouvée apparemment par Dray, est scabreuse et ridicule. C’est aller chercher un fait divers glauque pour susciter la peur et l’émotion et en faire un argument politique. C’est imputer une anecdote à Sarkozy (en tant qu’ancien ministre de l’intérieur) de manière démago, sans attaquer sa politique sur le fond et sa globalité. Et c’est proposer une réponse mal formulée, le raccompagnement des policières chez elles par d’autres policiers (et pour le retour de ceux-ci on fait comment ?) qui donne l’occasion à Sarkozy de moquer cette « fonction publique pour s’occuper de la fonction publique »

C’est plié. Le reste est meilleur, bon parfois, souvent approximatif, des deux cotés parfois. Elle reprend Sarkozy sur le nucléaire tout en disant une bêtise. Puis vient la « saine colère », là encore largement surjouée, trop longue, et basée sur du mensonge. S’il y a bien une politique qui a progressée sous Chirac, c’est celle en faveur des handicapés, avec la loi de 2005.

Dès le lendemain, je commence à écrire une réaction en prévision de la défaite… Les sondages tombent et vont dans ce sens. On peut passer à autre chose, et préparer notamment la déconstruction-reconstruction du PS…

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