Bilan du débat du 20 mars

Publié mars 21, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017

Que s’est-il passé hier soir ?

Plusieurs lectures sont possibles : la mienne, essayer de voir l’impact sur les électeurs, et confronter ceci aux sondages suite à l’émission.

1/ Mon analyse :

  • Commentaire général : Débat d’une bonne tenue, souvent intéressant mais aussi frustrant : je trouve que beaucoup de sujets ont été balayés, mais les grands enjeux économiques (comment articuler compétitivité, dette, fiscalité, mesures nouvelles, dans contexte européen) ont été peu évoqués dans leur cohérence globale. Faute au format et aux candidats qui ont eu du mal à reprendre de la hauteur dans des temps donnés (intro, conclu…)
    De même les enjeux environnementaux ont été rapidement expédiés, et souvent à travers quelques mesures sectorielles.
    L’Europe également, quelques généralités alors qu’on aimerait savoir ce que chacun va porter comme attitude dans les négociations avec la Grande Bretagne, ou comment ceux qui ont des projets nouveaux comptent faire s’ils n’arrivent pas à les négocier (Hamon et Mélanchon notamment).
  • Comment j’ai trouvé les candidats ?
    • Personne ne s’est effondré hier soir, pas de grosse bourde ou d’absence totale. Donc d’une certaine manière Macron et Le Pen en sortent renforcés il me semble. Personne n’a imposé un thème dans le débat non plus et les affaires ont été peu évoquées.
    • J’ai trouvé Le Pen la meilleure sur la forme : dynamique, pointant de nombreux sujets critiques, déroulant ses propositions concrètes ou sa vision… Elle a été peu contestée sur la sortie de l’euro, sur les affaires, sur sa majorité parlementaire future, sur la préférence nationale, sur son absence de cadrage économique… Pour autant, je ne pense pas que cela fasse bouger les lignes de second tour, elle reste clivante et démagogique.
    • Macron a fait selon moi une bonne prestation sur les deux premiers tiers, j’ai apprécié ses développements sur l’économie, la sécurité, l’éducation. Sur les retraites, il n’a pas eu le temps de développer. (Cela peut être un débat montant dans les semaines à venir, il y a plusieurs projets assez différents.)
      Il a plutôt bien répondu aux attaques. Un peu léger sur l’environnement. Par contre il a été moins bons en fin de débat, moins en proposition, trop dans la distribution des bons points ici ou là. Et trop flou et vague sur l’international, comme l’a pointé durement et justement Marine Le Pen (sauf qu’elle a généralisé à son discours, alors qu’il a été clair et précis sur la plupart des points).
    • Fillon a eu un départ difficile. Étonnant qu’il n’y ait pas eu une question des journalistes sur les affaires mais bon.. Il a le mérite de poser quelques vérités sur la situation financière et le sérieux nécessaire dans le cadrage budgétaire (promesses iréalistes de Hamon, Mélanchon, et passage sur la sortie de l’euro à destination de LePen), et sur une analyse construite et cohérente sur l’islamisme. Il s’embourbe dans une surenchère face à Le Pen sur la sécurité ou l’identité. Finalement il a fit une bonne deuxième moitié de débat, il a fait sérieux mais on ne retient pas grand chose de lui lors de ce débat. Il a souvent titillé Macron mais je ne pense pas qu’il l’ait destabilisé.
    • Hamon a semblé fatigué, professoral, administratif… Je n’ai pas aimé ses insinuations sur le financement de Macron. C’est absurde de penser que Macron serait tenu par quelques versements de personnes privées limités à 7500 €. Ou alors c’est laisser planer l’idée qu’il y a derrière des financements non déclarés, le fameux candidat de l’argent. Je trouve ça dangereux, non argumenté et lâche, donc indigne. Je ne suis pas favorable au 49-3 citoyen, porté également par LePen et Mélanchon. Globalement son programme repose sur une augmentation de fiscalité sur les entreprises, et manque d’un cadrage budgétaire sérieux. C’est donc un projet dangereux économiquement, et porteur de désillusions. Il y a des choses intéressantes sur l’écologie.
    • Mélanchon a été bon, sauf au début. Beaucoup de phrases que l’on retient sur de nombreux sujets. Il n’a pas développé son projet sur l’Europe, ce qui est dommage, et s’est peu distingué de Hamon. Mais sur la forme, et en renvoyant implicitement Hamon au PS, je pense qu’il a pris le dessus sur lui lors de ce débat. Intéressant à écouter comme un polémiste et un intellectuel, par contre on est vraiment dans la croyance, le fantasme, lorsqu’il s’agit de passer aux propositions, augmentations, multiplications, le cadrage budgétaire a été fait mais il repose sur un keynesianisme daté (le monde est ouvert, il y a des keynésiens qui ont actualisé la doctrine, sinon le multiplicateur n’est pas crédible …). Comme avec Hamon, l’entreprise est plus l’ennemi que la solution..

 

Concrètement, Macron m’a rassuré sans me convaincre totalement, je l’ai déjà vu meilleur (mais personne n’a survolé cet exercice difficile). Mais cela a confirmé la distance des autres candidats avec mes idées, ou en terme de crédibilité et de posture, donc cela confirme mon choix.

 

2/ Impact sur les électeurs :

J’aurai d’abord pensé que pour ceux qui ont regardé le débat, Le Pen, Mélanchon et Fillon seraient confortés. Macron consolide, mais est pénalisé par une fin de débat plus trouble, et l’attaque mordante de Le Pen. Hamon perdant.

Cependant, il faut bien comprendre que les indécis ont leur grille de lecture propre, avec des préjugés ou des présupposés, comme je l’indiquais hier.
De plus tout le monde ne regarde pas le débat jusqu’au bout.

Enfin pour ceux qui n’ont pas regardé, c’est finalement surtout les morceaux choisis retenus par les télévisions, et les commentaires des analystes, voire l’exploitation politique des jours qui suivent, qui vont impacter les choix.

Plusieurs sondages post-débat ont été effectués. Les réponses à ces sondages ne sont pas toujours très honnêtes puisque tous ceux qui ont déjà choisi ont tendance à indiquer avec mauvaise foi ou autopersuasion que son candidat a été le meilleur (car on sait que ces sondages deviennent un fait politique qui impacte l’avis de ceux qui n’ont pas assisté aux débats).

Il faut donc regarder ceux qui font mieux que les sondages d’intention de vote ou moins bien. Et il s’avère donc que selon plusieurs sondages, à chaud, Macron a été bien perçu dans ce débat, et Fillon et Le Pen finalement pas tant que ça. Hamon apparait bien comme un perdant, et Mélanchon comme un gagnant.

Dernier point, tout le monde ne s’adresse pas aux mêmes électeurs, et quelques sujets précis peuvent déclancher des votes même si une prestation générale parait meilleure. Donc la traduction en intention de vote n’est pas encore certaine, et peut se jouer sur plusieurs jours. Mais cela peut renforcer ce que je pressentais ces dernier jours : peu d’impact global, et la poursuite du dégonflement de la bulle Hamon.

 

20 mars : le débat qui peut tout changer

Publié mars 19, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017

… ou pas…

Demain soir sur TF1 de 21h à minuit aura lieu un débat important pour l’élection présidentielle.

Bonne initiative de mettre ensemble les vrais candidats. Cela permettra un débat intéressant.

Il me semble que généralement les débats confirment plutôt les tendances. Chacun fait oeuvre d’autosuggestion, trie les informations, et cela confirme plus que ne bouleverse.

Mais c’est différent lorsqu’il y a une réelle incertitude, des passerelles entre les candidats en mode primaire. On peut juger que c’est ce qui se joue ici entre Mélanchon et Hamon, ou entre Hamon et Macron, voire Macron et Fillon pour une partie des centristes..

Ce format, mais également une campagne particulière, font de ce premier débat un moment qui peut être décisif. D’une certaine manière cela institutionnalise les sondages comme instruments de la démocratie.

Que va t-il se passer demain soir ?

Tout est ouvert. On peut imaginer un Macron très bon, qui se détache alors nettement. Un Hamon performant qui reprend la main face à Mélanchon en regagnant quelques points sur ses deux bords, et permettant un retour de Fillon . On peut imaginer un retour de Fillon par sa performance propre, même si le risque qu’il se qualifie au second tour amplifierait alors le vote « utile » au profit de Macron de la part d’une partie de la gauche. Enfin, si Hamon était mal à l’aise, n’arrivait pas à répondre de manière convainquante sur le revenu universel, mis en difficulté par Mélanchon sur son positionnement tactique, et attaquant Macron de manière trop démagogique, il pourrait également s’évaporer dans cette élection au profit de Mélanchon et Macron.

Comment cela va t-il se passer selon moi ?
Prenons quelques risques : je pense que plusieurs logiques vont s’affronter mais se neutraliseront en partie, et qu’il y aura peu de bouleversements dans les intentions de vote à l’issue de celui-ci.

  • Légère repolarisation débat gauche-droite
  • Consolidation des intentions de vote : Macron va probablement plutôt rassurer.
  • Macron et Le Pen vont être la cible des critiques des autres candidats, ce qui va aussi contribuer à les conforter comme étant au centre du jeu, et à renforcer la notion de vote tactique pour Macron.
  • Renforcement de Mélanchon au détriment de Hamon

Globalement Mélanchon pourrait donc en profiter, Hamon va se stabiliser à un niveau proche de Mélanchon, peut-être légèrement derrière. Macron va légèrement baisser en étant sous le feu des critiques diverses, mais va consolider son électorat (certitudes de votes). Je pense que Fillon comme Le Pen vont consolider leurs électorats sans que cela ne bouge beaucoup.

Plus largement voici les enjeux pour chaque candidat.

Avant même le fonds, il y a des enjeux de forme. Souvent on compare l’objectif aux attentes préalables ou aux préjugés.
Macron est attendu car sensé être novice dans des débats. Hamon et Fillon ont débattu lors des primaires et ont bénéficié de ces moments, donc on présumé qu’ils peuvent rebondir à cette occasion. Pour autant Hamon manque de présidentialité, de même que LePen d’une manière différente, et peut là aussi marquer des points.

Plus précisément :

Le Pen doit rassurer sur sa stature, sur sa capacité à apaiser, tout en étant assez offensive pour ne pas se banaliser. Elle va essayer d’installer un combat, mais probablement apaisé sur la forme, entre elle et les autres, sous-entendu peuple contre élites et système. Elle doit réussir à mobiliser une frange éloignée du vote, des abstentionnistes sur un vote anti-système ou protestataire. Mais pour espérer gagner au second tour, elle devra également je pense fracturer la droite, et donnera donc des gages en ce sens… Elle sera attendue sur la sortie de l’euro.

Macron doit rassurer sur sa capacité à gouverner et sur son projet. Il y a des attentes sur sa personne, sur l’articulation d’une majorité future, mais également sur la cohérence globale de son projet, que peu ont lu. Comme il sort des schémas ordinaires, les électeurs indécis peuvent à la fois projeter craintes et leurs idéaux sur lui. Il doit donc défendre et faire connaître son projet, et notamment réussir à le porter en positif, pour sa cohérence propre, et pas seulement comme un assemblage de mesures venant d’horizons divers. Et notamment contre les caricatures que ses adversaires tentent de dresser sur lui. Les attaques récentes sur le « candidat du monde des affaires et de l’argent » m’énervent beaucoup. Insinuations lâches plutôt que démonstrations…

Fillon attend avec impatience ce débat pour remobiliser sa base, sur son programme radical, et faire oublier (passer au second plan) les affaires qui le touchent. Il doit conserver sa radicalité pour attirer sur sa droite, mais également lutter avec Macron sur la stature et l’expérience pour faire revenir quelques centristes.

Hamon doit rassurer sur sa stature personnelle, tenir une ligne claire pour renverser une dynamique défavorable mais sur une ligne de crète entre Mélanchon et Macron… Il va attaquer Fillon et Macron pour attirer les électeurs de Mélanchon. Il devra rassurer sur la crédibilité de son projet, qu’il est le seul à n’avoir pas réellement cadré budgétairement

Mélanchon, enfin, doit montrer que son programme est radical, cohérent, et implicitement combattre Hamon (candidat du PS, incohérence sur l’Europe..). Probablement qu’il axera ses critiques plus sur les autres candidats même si son principal enjeu est celui-ci. Il a peu pu développer son programme dans cette drôle de campagne, en dehors des réseaux sociaux, alors qu’il en a un complet et détaillé, c’est donc aussi un enjeu important pour lui.

Quelle majorité à l’assemblée après les élections présidentielles ?

Publié mars 18, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017, Uncategorized

Est-ce que la logique présidentielle va se traduire aux législatives ? Quel que soit le vainqueur, aura-t’il une majorité parlementaire ? Il me semble plutot que aucun des candidats n’aura de majorité absolue à l’issue des législatives !

Évoquons les différentes hypothèses :

  • Marine Le Pen : si elle l’emportait sur une équation personnelle, une fin de campagne mal négociée par les autres candidats, des faits de campagne (attentat majeur, nouvelle affaire ?…) Il ne parait pas évident qu’une majorité législative soit assurée. Il y aura une vague bleue mais le rejet du FN est encore puissant, et après un premier accident la cohabitation serait encore l’hypothèse la plus probable.
  • François Fillon : si au dernier moment il arrivait à la fois à faire revenir une partie de son socle, malgré les affaires, suite à des débats complètements ratés par exemple par Macron, et à faire venir une partie de l’électorat FN suite à une radicalisation de son discours, et par l’accumulation d’affaires autour de M Le Pen, il pourrait être au deuxième tour, et finalement l’emporter de justesse. Mais dans un état de faiblesse extrême, contesté dans son camps. Il est possible qu’il obtienne une majorité, s’il fait les gestes de rassemblement suffisants et si les électeurs veulent vraiment que son programme soit appliqué, mais ce n’est pas sûr. Le plus probable est encore qu’il y ait un groupe Front National important, un groupe UDI fort, peut être la concurrence  de En Marche malgré la défaite, et de nombreuses candidatures dissidentes divers droite. Il y aurait donc là également une absence de majorité absolue et la nécessité de comprimis parlementaires.
  • Emmanuel Macron : S’il maintien et accroit son avance, tient les débats, rassure sur sa future majorité parlementaire, et assoit son image régalienne, il sera bien élu au second tour. Ceci est le résultat d’une dynamique, plus qu’un vote par défaut (même si le vote tactique aura pu jouer). Même s’il y a un renouvellement, une partie d’élus déjà connus de divers partis seront facilement élus, et pour les nouveaux candidats, les électeurs, cohérents, donneront donc probablement une majorité, au moins relative, à En Marche. Il y aura donc là également une base solide pour gouverner sur le programme, et des compromis ponctuels avec les uns ou les autres, des « majorités d’idées », au cours de la mandature. C’est effectivement une révolution du système politique, assumé dès le départ comme une nouvelle méthode de dépassement de certains réflexes stériles.
  • Benoit Hamon : Je vois peu comment ce serait possible tant les équilibres lui sont défavorables, tant son parti est faible et son projet encore mouvant et non abouti (pas de cadrage budgétaire..) et ceci en quelques semaines. Il faudrait qu’une dynamique puissante s’installe, qui lui permette d’attirer des indécis sur sa gauche, sa droite, alors qu’il y a des concurrents déjà installés, et que cela permette de doubler les deux concurrents devant lui (alors que sa montée dans les sondages créerait une réaction en face, une autre forme de vote utile..). Mais imaginons. Là encore, un PS déjà faible, déchiré par l’élection, pourrait-il remporter les législatives ? Je ne vois pas de majorité absolue possible…
  • Jean-Luc Mélanchon : là encore malgré une dynamique très forte de fin de campagne, le plus probable serait une cohabitation ensuite tant la personnalité et le programme sont clivants.

 

Conclusion : aucun des candidats n’est assuré d’avoir une majorité parlementaire absolue à l’issue des élections législatives. En cas de victoire du FN, de la France insoumise, voire du PS, le plus probable est une cohabitation. Si c’est LR ou EM, (et peut être le PS) le plus probable est alors une majorité relative, qui permettra de gouverner avec des coalitions, éventuellement qui évoluent en fonction des textes. Le seul qui s’est préparé à ceci, puisqu’il en fait le coeur d’une démarche nouvelle, est Emmanuel Macron.

Cet argument qui lui est opposé peut donc largement être retourné contre ses concurrents.

Candidature Hamon, plombée entre deux eaux…

Publié mars 13, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017, Uncategorized

Pourquoi Hamon est-il en difficulté ?

Je pense que plusieurs éléments peuvent amener à ce qu’au final Benoit Hamon termine derrière Jean-Luc Mélanchon. Je vois bien le premier autour des 10% et le second vers 14%.

 

Tout d’abord son positionnement est délicat à soutenir. Cela vient de ce qu’il est :

1/ Un candidat socialiste
2/ Un Frondeur frondé
3/ Un programme de semi-rupture
4/ Un syndicaliste étudiant normal


1/ Un candidat socialiste :

On parle désormais de plus en plus du candidat du PS, alors que la primaire était sensée élargir. Mais ne rassemblant pas tout le spectre de la gauche, elle a seulement sélectionné le candidat du PS.

Le Parti socialiste a cependant une image brouillée, du point de vue idéologique (entre Hamon et le gouvernement Valls, beaucoup de différences), il n’incarne pas le renouvellement, pris en étau entre Mélanchon et Macron qui en aspirent les forces vivent (et les peaux mortes aussi parfois, mais ce n’est pas cela qui l’affaiblit).

2/ Un Frondeur frondé : Frondeur, en opposition au gouvernement ces dernières années, minoritaire à l’assemblée, il devient le candidat de ce parti. Mais les investitures du PS ont largement réinvesti des députés sortants. Cela pose un souci de cohérence à ce qu’il propose une rupture, avec les mêmes. Risque d’une fronde inversée ? Ou nuance la rupture affichée ?

Ces deux premiers points me semblent assez logiquement permettre à Mélanchon de refuser une candidature commune. Hamon reste bien le candidat d’un parti socialiste décrédibilisé, dont il repeint la façade en quelques semaines suite à sa victoire surprise aux primaires.

3/ Ce qui explique un programme de semi-rupture qui ne se donne pas tous les moyens

Ce positionnement délicat, à la fois en rupture avec le quinquennat et en continuité, en radicalité relative et en rassemblement, peut expliquer quelques ambiguïtés dans le programme : malgré quelques dépassements et réflexions intéressantes, il ne peut s’abstraire ni de certains réflexes et lourdeurs liées à la culture de parti et de ses courants, ni des idées des perdants de la primaire.

Il en est ainsi sur le revenu universel : de nombreux électeurs plus à gauche sont venus voter pour lui à la primaire, notamment sur ce projet, qu’il a depuis quasiment abandonné (paradoxalement il reste quasiment le revenu de décence que proposait Valls lors des primaires).

D’où l’impression souvent d’un projet pour après demain, pas encore totalement abouti ou expliqué, qui n’est pas d’une applicabilité immédiate.

Ainsi sur l’Europe, ou le revenu universel, il y a des objectifs, voire des modalités de moyen terme, mais pas de feuille de route pour sauter la première marche.

A contrario, Mélanchon parait plus clair par exemple sur l’Europe en revendiquant un rapport de force, c’est à dire la potentielle dénonciation des traités. Je trouve cela comme une perspective effrayante, mais cohérente avec son discours.

Il ne convainc donc ni ceux qui préfèrent une projection concrète des améliorations à apporter lors du mandat, avec leurs conditions de faisabilité budgétaires et économiques, ni ceux qui souhaitent avoir la certitude d’une rupture ou d’une radicalité.

4/ Un syndicaliste étudiant « normal » : il revendique lui aussi, ne tirant pas les conséquences du quinquennat Hollande, une forme de normalité. Il l’incarne trop à mon gout. Lorsque je le vois dans les émissions ou les débats, je revois le responable socialiste ou étudiant qu’il a longtemps été. Par ailleurs sa conception du pouvoir peu vertical, peu directif, me parait peu compatible avec la direction d’un pays en temps de crise. L’imagine t’on décider de l’intervention au Mali, ou de l’Etat d’urgence après des attentats ? Négocier avec d’autres resposables européens ? Plus largement cela infuse son programme, où se multiplient des conseils citoyens, les réunions de consensus…

 

Il reste des dynamiques, et des débats télévisés, qui peuvent encore modifier beaucoup de choses. Mais au vu des faiblesses identifiées ci-dessus, mais également d’une campagne actuelle hésitante, (symbolisée il me semble par le choix de certains de ses portes paroles) désormais tournée vers Macron de manière caricaturale, ne semblant pas avoir vraiment perçu les dynamiques en jeu, et de sa personnalité, qui sembler refuser d’envisager le pouvoir et un rôle de leader, je pense que la bulle Hamon, apparue après la primaire, va se dégonfler au profit de Macron et Mélanchon. D’autant qu’il ne bénéficie plus des 4 à 5 points de « vote utile » qui venaient augenter les scores du PS à chaque élection, qu’il perd au profit de Macron.

Macron : Cristallisation de l’intention de vote…

Publié février 26, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017, Uncategorized

 

Pourquoi j’ai maintenant la certitude que je vais voter Macron ?

Ce n’est pas parceque ce serait mon candidat idéal. Y compris aux élections précédentes, j’avais fait un choix clair, mais toujours avec des réserves. Il faut toujours transiger, et choisir.

Mais cette fois, c’est un peu différent. Hier j’avais plutot le choix entre un candidat naturel, le socialiste, et éventuellement un candidat plus identitaire pour affirmer des idées particulières au premier tour (PRG, écolo..).

Cette fois, avec 5 candidats qui font plus de 10% dans les sondages, on peut penser que tout est possible. Et le choix que je vais, nous allons faire, va au delà d’un quinquennat, avec l’émergence de nouveaux clivages, et une fin du parti socialiste tel que nous le connaissons.

 

A partir du moment où Hamon a été choisi par la primaire, Macron était déjà un choix quasi-inévitable pour moi, par défaut.

Je partage quelques points avec Hamon, comme une vision écologiste intéressante, mais qui n’est porteuse d’ambition que lorsqu’elle est crédible (je préfère De Rugy), ou encore sa position sur le cannabis, ou l’instauration d’une part de proportionnelle à l’assemblée. Pour le reste il y a beaucoup de belles idées sur beaucoup de sujet, mais décrédibilisées par le coût exorbitant de tout cela.

De plus je ne partage pas avec Benoit Hamon ni sa philosophie sur la fin du travail, ni son analyse économique qui consiste à refiscaliser les entreprises (et donc détruire de l’emploi) et les classes moyennes au profit d’un RSA renforcé (son revenu universel revient à ceci dans un premier temps), ni sa taxe sur la robotisation, aux effets potentiellement dévastateurs. Je ne suis pas favorable au retrait de la loi El-Khomri ni à l’annulation du CICE. Bref je ne souhaite pas élire un frondeur.

Je ne partage pas ses atermoiements sur la sécurité, sur la laïcité. Ni non plus sa vision d’une 6eme République, avec un 49-3 citoyen qui me parait dangereux, inefficace, et propice à favoriser tous les lobbys.

Je ne partage pas sa vision d’un pouvoir transversal et collégial, type congrès des verts ou syndicalisme étudiant. Ni sa posture actuelle de rassemblement sur sa gauche avant de rassembler son propre parti. Hamon est un homme de courant, dans la politique depuis toujours, et cela se voit en ce début de campagne. D’une certaine manière, j’ai l’impression qu’il ne veut pas la gagner (ou tout simplement qu’il n’y croit pas), qu’il vise une autre échéance finalement.

 

Mais il y a également des raisons plus positives, enthousiasmantes, qui me poussent vers Macron.

Outre le chamboulement politique, qui poussera vers la sortie une bonne partie d’un PS usé et sclérosé (structures fédérales, permanents, personnels de cabinet et assistant parlementaire), et qui comme tout nouveau mouvement (Royal ou Bayrou hier, puis Obama) met en marche beaucoup d’énergies et d’idées (attention à ce que l’on peut en faire) il y a l’idée d’une mise à jour du logiciel politique progressiste.

Ce n’est pas révolutionnaire, mais donner un cap clair, un programme assumé et sérieux, c’est à dire applicable une fois au pouvoir, des mesures concrètes en phase avec la France d’aujourd’hui, c’est déjà beaucoup.

Je suis en accord avec la politique économique présentée (politique de l’offre, préservation et modernisation du modèle social, sérieux budgétaire pour redevenir maître de son destin tout en respectant la crédibilité et la parole de la France..), les éléments présentés sur la sécurité, les propositons distillées ici ou là sur les autres sujets.

Je suis sensible à l’intelligence du bonhomme, à la cohérence globale de ses idées, aux énergies qu’il met en marche en mettant en avant les atouts de la France, de la jeunesse, mais pas seulement de manière incantatoire.
Je suis donc en attente sans crainte de la suite de son programme, même si je ne serai pas d’accord sur tout, la culture du compromis s’applique déjà à soi-même.

Par ailleurs un dépassement de certaines identités réflexes et simplistes (droite-gauche, avec une rivière infranchissable au milieu ?) me parait acter une réalité plus complexe.
De nombreux clivages ne recoupent plus celui-ci (Europe, environnement, religion, sécurité, international..) et cela fait longtemps que je me sens un peu électron libre (libre penseur en tout cas, non enfermé dans une identité que l’on m’assignerait, même si pour simplifier je me considère comme de gauche).

 

J’attends donc avec confiance et intérêt la suite de la campagne, avec la volonté que Emmanuel Macron soit au second tour, et le secret espoir qu’il soit en tête au soir du premier tour, comme Daniel Cohen-Bendit le disait aujourd’hui en expliquant son choix de fonds mais aussi tactique (le meilleur candidat pour barrer la route à un réel risque Le Pen).

Et la suite ? Il me tarde de voir ce que peuvent donner les législatives, et la suite. Peut-être le moment de refaire un peu de politique..

 

 

 

Le dilemme de la primaire à gauche

Publié janvier 21, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017

On peut penser que pour que la gauche ait une chance, même faible, de gagner les prochaines élections présidentielles, avec Macron, il faut que la primaire échoue. La première question à se poser est donc : faut-il aller voter ? Regrets que Macron ne s’y soit pas inscrit.

Je trouve les débats intéressants, j’ai des préférences.
Valls sur les questions régaliennes, sur le sérieux budgétaire, son intransigeance républicaine et laïque, quelques acquis du mandat actuel qu’il ose revendiquer;

De Rugy est une révélation intéressante, écolo gestionnaire, sérieux, avec de bonnes idées, combatif et rigoureux.

Peillon, est une sorte de synthèse, la facilité, pas inintéressante, mais je pense qu’on est à l’heure des choix : coincé entre Mélanchon et Macron, il faudrait encore une synthèse tiède, au milieu ?

Hamon intéressant sur son créneau, la gauche sociologique de témoignage, dont la cohérence serait qu’il se désiste pour pour Mélanchon à l’issue de l’élection s’il est élu.

Montebourg ne me plait pas : morgue et mauvaise foi, privilégiant les slogans et les belles phrases, lui dont on ne sait jamais vers où il va aller tant il navigue à vue depuis des années entre des postures et des stratégies contradictoires. Il y a une cohérence et des idées dans son programme, mais cela reste la vieille gauche productiviste classique, qui mise sur la dépense publique, et la croissance espérée pour financer son programme.

Macron, c’est encore un peu flou, mais il y a une démarche, une dynamique, intéressante, un personnage audacieux mais sérieux. Un social libéralisme qui ne fait pas l’impasse sur les moyens, donc crédible, qui libère des énergies et tente de s’inscrire dans les évolutions sociétales de demain, sans oublier les notions de solidarités, de partage, d’égalité des chances qui le rattachent au centre gauche.
Sa démarche personnelle fonctionne du fait de la décrépitude des partis de gauche qui échouent à être le réceptacle des énergies et idées nouvelles…

Certes, pas assez écolo à mon gout, et encore pas mal de choses à clarifier.

Mais surtout, on peut penser que c’est le seul qui peut accéder au second tour. Les sondages, mais aussi la logique politique (son positionnement de centre gauche, alors que Valls serait trop comptable du bilan, et les autres trop cannibalisés par Mélanchon).

Que faire donc ? Ne pas aller voter, car affaiblir la primaire c’est favorable à Macron ? Voter Valls en se disant qu’après tout Macron c’est encore un peu tot, que cela peut se dégonfler, voter De Rugy et espérer que Hamon soit élu pour élargir l’espace Macron ?

On a tant prédit la fin du PS, qui a chaque fois rebondi… Aujourd’hui comment voir encore un avenir ? Concurrencé sur ses deux bords, épuisé par un quinquennat difficile, il se maintient par son réseau d’élu qui le structure, au niveau local, et l’entrave également parfois. Mais sans les énergies nouvelles qui s’en détournent, il se momifie lentement en attendant de se briser…

Charlie et conséquences…

Publié janvier 21, 2015 par chouka
Catégories : Réflexions diverses

Quand j’ai appris l’attaque je n’y ai pas cru immédiatement. Saisi, interloqué, hébété.

Etat de stupeur et de choc.

Ravagé, dégoutté, bouleversé.

 

La pire de mes craintes, l’oppression physique, l’attaque des intellectuels, des idées, de la France et de la République.
Puis ensuite une policière et une cible juive (une fois encore). Il ne manquait plus qu’un symbole gay à la palette de la haine.
Peur, envie de pleurer, mais pas résigné. Abattu, mais en colère. Je suis allé manifester tout de suite. J’en ai cependant été affecté lourdement pendant plusieurs jours.

 

Une première réaction qu’il fallait de la France attaquée

Le dimanche, formidable mobilisation, quelque chose de très fort. Hollande et Valls ont été exemplaires sur cette semaine. J’ai apprécié le discours de Valls à l’Assemblée, ainsi que celui de Hollande, et notamment sa décision courageuse d’aller manifester, d’appeler à la mobilisation, et l’organisation de la venue de chef d’Etats étrangers.

C’était un risque énorme en terme de sécurité, calculé bien sur, mais c’était un défi, les yeux dans les yeux, aux terroristes en leur offrant la meilleure des cibles, des millions de citoyens dans la rue, dont des chefs d’Etats. S’ils avaient pu frapper à nouveau tout de suite, ils l’auraient fait.

 

Je me suis senti attaqué

D’autant plus que Charlie, auquel je suis abonné, c’est moi. Ils me font rire, et réfléchir.
Par ailleurs, je suis athée, critique, sceptique et cynique vis à vis des religions, et donc laïque militant. Et ce n’est pas seulement la liberté d’expression qui a été attaquée, mais le droit au Blasphème. Ce « prophète » n’est pas le mien. Je me fous qu’il ait existé ou pas, je veux bien lire ce qu’il a bien pu écrire comme tout autre témoignage historique, mais je n’ai ni Dieu ni gourou.

Toute pensée est intéressante, mais par contre je n’ai aucune prescription à recevoir d’un quelconque affabulateur charismatique (je parle là pour toutes les religions), mort il y a des centaines d’années, à qui je n’ai rien demandé. Ni à ses transcripteurs, parfois nés après sa mort, qui ont bien écrit ce qu’ils voulaient, avec leur sagesse, leurs ignorances ou frustrations, leurs archaïsmes.

Si j’ai un regard assez dur sur les religions, c’est surtout sur les comportements qu’elles imposent, ou sur la prétention à la vérité qu’elles peuvent incarner, absolument dangereuse. Mais pas forcément sur l’histoire qu’elles racontent ou sur les explications qu’elles proposent, que l’on peut lire de diverse manière.

D’ailleurs je ne peux pas être aussi dur avec ceux qui croient, que je ne souhaite pas juger individuellement en tant que tel, même si une croyance aveugle me parait toujours inquiétante et absurde. Donc je ne souhaite pas juger en bloc ceux qui croient, car cela échappe à la raison assez largement, et on est dans une nuance infinie de situation.
Ils ont chacun leurs raisons. Certains sont pris passivement dans une tradition, un enseignement, une identité, dont il est difficile de se défaire (de même que d’autres aiment le rugby ou la pétanque parcequ’ils viennent de telle région, de tel milieu…); d’autres sont manipulés lorsque religion et pouvoirs se mélangent… Enfin pour certains il y a une démarche plus active, voire critique, des aspects culturels, presque philosophiques, dans lesquels ils piochent avec liberté ce qu’ils veulent…

 
De la liberté d’expression :

Donc Charlie survivant devaient-ils publier leur Une avec un soi-disant prophète ? Cela ne me pose aucun problème, un moyen de regarder avec mépris, et courage, leurs assaillants. La Une est digne et tendre. Le journal est engagé et satirique, cela n’a pas à changer. Les limites sont celles de la loi et je ne souhaite pas qu’elle change en France. Personne n’est obligé d’acheter et lire le journal.

La soi-disant interdiction de représenter leur prophète s’adresse à ceux qui choisissent de croire en l’Islam, pas aux autres. Imaginez si on devait prendre pour soi les interdictions de toutes les religions et sectes qui existent !!!

Par ailleurs, l’impact international est à relativiser. Souvent ce sont quelques milliers de personnes qui ont défilé, soit manipulés par leur gouvernement, soit plutot en prétexte contre des problèmes intérieurs. Et cela oblige chacun à se positionner. Ainsi le Président du Niger a proclamé que ceci n’était pas son Islam…
Certains évacuent un peu facilement le débat en indiquant que ces actes criminels n’ont rien à voir avec l’Islam, mais il n’y a pas encore une condamnation générale dans l’Islam mondial sunnite, non unifié, du salafisme, de l’intégrisme, du wahabisme. Certains en Arabie Saoudite et au Qatar (et donc en France avec ceux qui les embrassent) jouent d’ailleurs un jeu trouble.

Pareil en France, cette publication a fait réagir, a pu choquer. Mais d’une part cela révèle des soucis internes plus profonds, et c’est donc plutôt salutaire que de les ignorer. Et d’autre part la liberté d’expression n’est pas la liberté de dire des choses qui plaisent à tous.

Comme l’a dit Alain Finkielkraut « la liberté d’expression blesse les Hommes, il y a une douleur de la liberté, c’est ça qu’il faut faire entendre ». Accepter que certains disent ce qu’on ne souhaite pas entendre, que l’on déteste, avec quoi on est radicalement d’accord.

On peut répondre par le mépris, la parole, par la caricature, par les écrits, les manifestations, voire la justice dans certains cas (appel à la haine, diffamation…)

Je poursuivrai prochainement ma réflexion sur l’impact en France, sur être ou n’être pas Charlie, la situation dans nos Banlieu et écoles…

 

Conclusion :

Alors que Charlie Hebdo avait des problèmes financiers, que le journal allait peut être mourir d’une petite mort honteuse, ils ont jeté de l’huile sur les dernières braises en pensant les éteindre. Ils l’ont rendu immortel et héroïque dans une ironie tragique.
Ah les cons ! Ils pensent avoir gagné, mais j’espère que cela entraînera une réaction vigoureuse de la société, des autres journaux, un réveil de ceux qui se sont laissés aller à un peu de complaisance, par ignorance ou bêtise, avec ce fanatisme idéologique.

Autre risque, que les réflexions nécessaires se fassent submerger par les réflexes identitaires et les raccourcis. J’ai donc une pensée pour tous ceux, qui risquent de souffrir de tout ça encore plus. Comme disent les Guigols : 12 morts, 5 Millions de Français musulmans (ou vu comme tel) blessés…

Bref, réalisme sur les vrais dangers qui existent (il y a encore quelques naïfs qui planent un peu sur ces sujets), sécuritaires, ou lié aux dérives sectaires et religieuses radicales, ainsi que sur les risques d’aggravation de stigmatisation et de puants amalgames…

On peut lutter. Impertinence, insolence, solidarité, humour, scepticisme, nuance. De la colère peut aussi naître la création. Je renvoie vers un poême que j’ai écris il y a quelques années lorsque les Talibans avaient fait sauter les bouddahs géant en Afghanistan, sur le basculement dans l’intégrisme.