Le réforme territoriale comme moyen de faire les économies nécessaires ?

Publié avril 21, 2014 par chouka
Catégories : Organisation territoriale

Tags: , , , , , ,

Cela fait quelques années que je prône une réforme en profondeur des collectivités territoriales.

Voici ce que j’écrivais déjà en 2007.
En 2009 je trouvais que la réforme Fillon-Sarkozy allait dans le bon sens, mais elle a été malheureusement déconstruite en 2013 par la majorité socialiste. Aujourd’hui Manuel Valls propose aux mêmes de déconstruire la déconstruction, et d’aller plus loin encore. Cela illustre les errements du début de mandat de François Hollande, et en partie l’incompréhension des Français sur plusieurs sujets.

Mais en tout cas maintenant sur ce projet, Bravo, même si tout cela est complexe et qu’il faudra passer par dessus pas mal d’oppositions.

Le projet actuel va assez largement dans le sens que je souhaitais, pour la réforme territoriale : renforcement des régions et des interco, suppression de la clause générale de compétence.

Le contexte n’est cependant plus le même. Aujourd’hui cela se mène en parallèle d’un effort d’économie sans précédent, par la diminution des dotations versées aux collectivités.

Est-ce qu’il faut espérer en la réforme territoriale pour obtenir ces économies ?

 

Nous en sommes arrivé à un niveau d’enchevêtrement et de doublons assez impressionnant. Il y avait déjà un nombre de communes invraisemblable, il y a désormais des intercommunalités, des départements, des régions, l’Union européenne… Et l’Etat qui n’a pas toujours su se positionner dans les préfecture : accompagner, contrôler, se dégager de certaines compétences…

Cette grande structure souple et redondante fonctionne bien dans l’ensemble, mais au prix d’une dépense élevée, il y a donc probablement des économies à réaliser.

Parfois en limitant quelques services en doublons, mais plutôt je pense en améliorant l’efficacité des collectivités locales : en concentrant quelques interventions parcellisées, en organisant mieux les compétences, en atteignant des tailles critiques…

Mais n’attendons pas non plus des économies faramineuses. Comme la plupart des réformes, le changement a un coût initial. Il y aura progressivement des économies, des simplifications pour les usagers, mais il n’y a pas de trésor caché. Par exemple la suppression des départements amènera une clarification, une optimisation des moyens. Mais les compétences actuelles (social, développement rural…) sont nécessaires, et devront évidemment être reprises par la région. C’est donc à la marge que seront les économies dans un premier temps.

Se pose donc la question plus largement des économies dans les collectivités territoriales. Après des années de ressource facile, on arrive aujourd’hui à une tension sur les ressources (fiscalité arrivée à un point haut, dotation de l’état en baisse, subventions croisées également…). C’est la conséquence plus générale du changement de modèle économique, avec une croissance durablement faible depuis deux décennies, sans que les dépenses n’aient diminuées.
Certaines villes dans des territoires en difficulté sont déjà engagées dans des programmes ambitieux. Mais ce n’est pas le cas dans la plupart. Par contre depuis plusieurs années les démarches d’efficacité, d’évaluation, de contrôle de gestion, progressent dans les grandes collectivités, souvent bien gérées.

Il y a plusieurs étapes dans les recherches d’économie :

- Dans un premier temps on peut réduire quelques gaspillages, quelques doublons, quelques excès.

- Puis on peut appliquer la technique du rabot : progressivement durcir les objectifs, diminuer les moyens, décaler des programmes. Dans un premier temps, en alliant ceci avec une démarche réfléchie, on peut arriver à faire mieux avec moins.
Mais assez vite on arrive à l’os… J’ai pu constater par des amis qui travaillent dans certaines directions déconcentrées de l’Etat comment est difficile cette période de contraction des moyens à périmètre constant : dégradation des conditions de travail, perte de sens, dévalorisation car rapidement les missions sont affectées…

- au bout d’un moment il faut donc bien passer à une évaluation plus globale, en interrogeant, service par service, compétence par compétence, les missions et le périmètre. Quels investissements sont soutenables ou pas avec l’étude prospective ? Qu’est-ce qui doit être fait ou pas par la collectivité, avec quel niveau d’exigence ? Les moyens affectés déterminent le périmètre. De vrais choix de gestion, et de vrais choix politiques.

 

Je suis donc très favorable à une réforme territoriale, porteuse de plus de lisibilité, et d’efficacité à moyen terme. Mais dans un premier temps, ce n’est pas cela qui générera les économies dont les collectivités ont besoin. Il faudra donc un effort important, comme le fait l’Etat, mais qui ne se limitera pas au coup de rabot et aux décalages, ce serait trop facile, mais à de vrais choix collectivité par collectivité sur les politiques menées.

 

Toulouse : premiers retours sur une défaite…

Publié avril 16, 2014 par chouka
Catégories : Politique locale

Tags: , , , , , ,

Dépité, on a le sentiment que ce n’est pas seulement le bilan de l’équipe Cohen, et les propositions des candidats, qui ont été jugés.
Nous avons subi une vague bleue, agrégation de nombreux mécontentements. On entend, notamment dans les catégories populaires, des mots violents contre le gouvernement, les impôts, le chômage, l’affaire Léonarda… Parfois le mariage homo et différentes rumeurs sont évoquées à demi-mot.

Souvent c’est un manque de sens plus général, une désespérance profonde en l’avenir, plus forte en France qu’ailleurs.
C’est une incompréhension, parfois un dégoût, de la politique. Une abstention qui croit, – inexorablement ?
Il y a une profonde crise économique, politique, culturelle et morale dans le pays.
Manuel Valls l’a bien présenté en introduction de son discours de politique générale.

Et dans ce contexte la gauche a déçue, ceux qui avaient mis trop d’espoir en elle, ceux qui n’avaient pas bien écouté, ceux qui payent plus qu’avant, ceux qui n’aiment pas certains changements, et ceux qui trouvent que sur la forme tout cela était mal gouverné.

C’est un élément majeur de la défaite.

MAIS… on a le sentiment que cette bataille était gagnable. Dans des terres moins favorables, à Strasbourg, à Metz, ou ailleurs, la gauche a redressé la barre entre les deux tours. Ici le bilan était correct, l’image du maire n’était pas mauvaise, le candidat de l’UMP n’était pas particulièrement flamboyant.

Que s’est-il passé ici ?

Pendant le mandat : 

Malgré beaucoup d’avancées, des réalisation, une bonne gestion, des propositions réalistes dans la continuité, cela n’a pas pris.

Quelques éléments qui ont pu jouer :

- un projet de transports mal compris : à court terme, beaucoup se plaignent des désagréments : pour certains qui n’ont pas le choix, beaucoup de feux, beaucoup de bouchons… Derrière quelques associations militantes, de vrais questions autour du BHNS Plaisance-Saint-Cyprien, et une communication maladroite. Pour certains les rues toulousaines sont trop étroites, peu adaptées au tramway. Pour d’autre l’extension du tram vers Palais de justice parait moins pertinente qu’un passage devant le stadium. Pour beaucoup enfin, le tram est trop lent…

Face à tout ça, j’ai l’impression que la municipalité, trop sure de sa vision à moyen terme, qui était cohérente, n’a pas su entendre. En tout cas n’a pas su communiquer.

- une vision trop idéologique de la sécurité, alors que c’est une vrai préoccupation populaire, qui monte, et qui a sans doute fait basculer l’élection. C’est une des rares villes où cela a fait l’objet d’un débat droite/gauche. Ce qui a été fait a été utile (office de la tranquilité notamment) mais n’est pas allé assez loin, et le message a été ambigüe. Cela a compté le jour du vote. J’ai pour ma part toujours eu une vision proche de celle de Manuel Valls sur le sujet. C’est une priorité.

- une communication trop éparpillée : beaucoup de réflexions et de projets ont été lancés, mais peu incarnés. On voit bien que beaucoup de choses ont bougées, il y a quelques résultats, mais je n’ai pas trouvé le rendu du bilan très performant, très percutant, marquant les différences avec la mandature différente.  On a surtout retenu les résultats les plus polémiques, imposés à l’agenda par Moudenc. On aurait même pu avoir pendant le mandat des tractages, des explications militantes sur certains projets.

- un maire éloigné : c’est un bosseur, un homme de projets et de cabinets, mais il me semble qu’on ne l’a pas vu assez là où les toulousains vivent vraiment, sur les marchés, dans les logements sociaux, aux AG des associations. En tout cas cela n’a pas été assez mis en valeur. Moudenc, lui, certes moins pris par les affaires courantes, a fait ce travail. Quelques élus de quartier ont fait du bon boulot, ont été présents, mais sans doute pas assez non plus.
Au delà de la proximité des politique, il y a aussi la démocratie de proximité : peut-être un référendum local sur les transports, entre deux projets, aurait pu désamorcer le dossier…

- Sur le fond durant le mandat, beaucoup de projets ont été lancés, ainsi que des chantiers de fond, important mais peu visibles : création de la communauté urbaine, des pôles de proximité, fusion des 3 sem d’aménagement du territoire, création d’un établissement public foncier local… Ces outils, et les nombreuses études menées, serviront pour le mandat suivant.

 

Pendant la campagne : 

- Les militants, les élus, les responsables de la campagne, … moi-même, ont longtemps claironné, en privé, que cela allait le faire. Il y avait une douce certitude de la victoire, jusqu’à très tard, ou quelques soubresauts ont gagné les rangs socialistes, deux semaines avant le premier tour.  Mais jusqu’au résultat final, peu ont osé imaginer une défaite.

Et cela s’est traduit négativement : implication tardive du candidat et des colistiers,  mobilisation minimale des militants et sympatisants PS dans une première phase…

- et cela s’est aussi traduit par un manque d’ambition et de professionnalisme dans la campagne : en face la campagne a été organisé autour de quelques axes forts, propositions d’une part, même irréalistes, et quelques points critiques sur le bilan en face. Des tracts bien faits, par quartier, ciblés, ont été proposés, des colistiers choisis de manière équilibrée, parfois clientéliste, une campagne massive dans les quartiers populaires, bien organisés.

Au PS il y a plutôt eu :

- des grands tractages un peu erratiques au centre ville (auprès des touristes et des étudiants qui votent ailleurs).  Trop de tracts thématiques. Grandes opérations massives ponctuelles plutôt qu’une présence plus constante par quartier, tracts pas assez percutants, trop dilués… Je suis de plus en plus sceptique sur l’utilité des tractages, arrosages massifs de millions de pages que les gens ont déjà eu 5 fois, et qu’ils vont recevoir chez eux avant le vote. Cela montre une mobilisation des militants, mais n’a un impact que s’ils sont personnalisés je pense, où lorsqu’ils sont support à un échange. Il faut alors des militants qui connaissent bien le programme et qui vont chercher la discussion.

- campagne peu percutante : sécurité pas assez prise en compte, absente des tracts , timidité idéologique sur la videosurveillance alors qu’un peu d’habileté tactique était possible;  l’emblématique et ridicule projet de 3eme rocade a été très peu attaqué, alors que cela aurait dû faire partie des 3 arguments systématiques (facile de montrer qu’elle était coûteuse, inefficace et anti-écologique)

 

Enfin, un des éléments marquants a été une dilution du vote des banlieues, et notamment magrébin. Tout d’abord une grande abstention.

J’ai pu voir dans mon bureau de vote, dans un quartier très majoritairement magrébin, que 60% des votants étaient d’origine européenne. Par ailleurs, ceux qui ont voté n’ont pas tous voté à gauche. C’est pour moi une normalisation, il n’y a pas de raison que cet électorat soit particulier, et il se distribue donc entre des conservateurs et des progressistes. Le temps où par nature il votait à gauche face à une droite clivante et suspectée de racisme, est assez largement révolu…

 

Bien sur, facile de dire tout ça après la bataille, mais c’est quand même un ressenti qui est monté au fur et à mesure, et qui revient souvent dans les discussions autour de moi. Plus largement la droite a su coaguler certains mécontentements, là où la gauche tentait de proposer une vision de moyen-terme, mais n’a pas su mettre ça en image. Dommage.

 

 

Elections municipales 2014 Toulouse : quels résultats attendre ?

Publié mars 11, 2014 par chouka
Catégories : Grandes échéances électorales, Politique locale

Tags: , , , , , ,

Plus que quelques jours avant le vote. Moment important.

Voici une analyse de ce qui pourrait arriver.

Quelques rappels :

- en 2007 plus de 57% des toulousains votaient Ségolène Royal
- Le 16 mars 2008, le candidat socialiste Pierre Cohen l’emporte finalement d’une courte avance avec 50,42 % des voix et 1209 voix d’avance sur son rival Jean-Luc Moudenc

- en 2012, 62.5% des toulousains ont voté pour François Hollande
- Cote de popularité de l’exécutif (Hollande/Ayrault) aujourd’hui au plan national entre 20 et 25%

Différences par rapport aux dernières municipales :

1/ la gauche bénéficiait d’un mouvement national favorable, mais d’une situation locale inédite : passer après des dizaines d’années d’une gestion installée de centre droit, avec des équipes et une tête de liste peu connues

2/ aujourd’hui la crédibilité locale de la gestion a été démontrée, et les peurs d’inflation fiscale démontées. Mais contexte national difficile.

3/ le FN n’était pas présent en 2008

4/ liste de gauche plurielle plus large en 2008, ce qui évitait les négociations avec les verts entre les 2 tours.

5/ globalement le bilan me semble correct, et plutôt bien perçu : il n’y a pas eu de révolution, mais une bonne gestion, des projets menés à bien, pas de fautes majeures, quelques choix forts et ambitieux. Beaucoup de projets lancés en cours, ce qui plaide pour un deuxième mandat pour les électeurs. Les derniers sondages montrent plutôt une avance de Cohen, malgré le contexte national.

Question importante : impact du FN, et de sa présence au second tour ou pas ?

- Je vois un FN entre 7 et 10 %. Pour moi faible chance qu’il soit présent au second tour.
- Quel impact du FN au second tour : surmobilisation de la gauche ?
- Et si au contraire le FN est absent au second tour, ce que la gauche va mettre en scène comme sa fusion implicite avec Moudenc, est-ce que ça ne va pas démobiliser certains centristes de voter Moudenc ?

Impact de l’abstention différencielle, comme on dit dans les milieux autorisés :

Qui va s’abstenir plus qu’aux dernières municipales, et quel sera le résultat de ceci ?

-          les déçus de gauche la politique locale : certains qui avaient mis trop d’espoirs dans un changement de majorité peuvent se sentir déçus, et n’iront pas voter. On entend ça dans certains milieux associatifs, proches de la gauche radicale ou seulement en constatant que la cause qu’ils défendent n’a pas été révolutionné, qu’il y a toujours des quartiers plus pauvres que d’autres etc. Une politique de la nuit un peu répressive a déçu certains adeptes des lieux festifs alternatifs, ou les squats autonomes n’acceptent pas d’avoir été évacués… Bref pour moi ceci est assez marginal, et est lié au pouvoir : on fait des choix, donc forcément on tranche et on déçoit une partie de l’électorat qui nous a soutenu, qui n’est pas homogène. Pour moi ce mouvement d’humeur est assez marginal

-          Les déçus de la politique en général : cette fois-ci, avec les affaires à droite comme à gauche, avec le chômage qui continue à monter, avec la NSA et tout le reste, ils n’iront pas voter de toute façon cela ne sert à rien le pouvoir n’est pas là, ou alors tous pourris, ou tous les mêmes etc… Cela pénalisera Moudenc comme Cohen.

-          les déçus de la gauche au plan national : il y a, soit dans des franges moins politisées soit à l’extrême gauche, des gens qui refuseront de voter PS pour des raisons nationales. Peu importe alors Moudenc ou Cohen : contre le pacte de responsabilité pour les uns, contre le mariage homo ou les impots pour les autres, contre les attaques anti-dieudonné… Cela ne sera pas neutre.

-          La moindre dramatisation du scrutin : c’est à mon sens le plus gros danger pour la gauche.

  • Moins de mobilisation à gauche car moins de dramatisation nationale : la dernière fois, le vote sanction de Sarkozy avait bien fonctionné. Je m’attends à perdre là au moins 10 points de participation dans les quartiers populaires, entre résignation (tout ne s’est pas amélioré autant qu’on l’aurait voulu) et absence d’adversaire mobilisateur.
  • Moins de mobilisation à gauche car moindre dramatisation locale : les trop bons sondages ont pu laisser penser que tout était joué. Le dernier, plus resserré, est donc plutôt bienvenu.
  • Moins de mobilisation à droite car moins de dramatisation locale : en contrepartie la droite avait beaucoup joué sur la continuité, et les risques de mettre les rouges au pouvoir la dernière fois. Cette fois pour beaucoup la continuité a changé de camp, donc il y aura là aussi moins de mobilisation. Cela sera compensé en partie par la volonté de sanctionner le pouvoir national.
  • A contrario la présence éventuelle du FN au deuxième tour peut contribuer à mobiliser à la marge.

Pour ces raisons, malgré le risque et les incertitudes liées à l’abstention, mais vu qu’il n’ y a pas de situation confortable pour Moudenc vis à vis du FN, selon mes  projections Cohen est bien parti.

Même s’il risque d’y avoir une forte abstention dans les milieux plus éloignés de la politique mais votants traditionnellement à gauche, la prime au sortant et à la bonne gestion, dans un contexte local favorable (Hollande avait obtenu 62% !!) devrait permettre la rélection de Pierre Cohen.

Restera la négociation d’entre-deux tours. Cohen est installé comme le sortant, il imposera sa vision plus naturellement.
Certes EELV fera probablement un score correct entre 5 et 10%, il faudra gérer cette discussion, mais je pense que ce sont des partenaires constructifs, et que cela ne pénalisera pas trop la fin de campagne, chacun saura faire un pas.

Voici donc mon pronostic de résultat au 1er tour :

Avec vous Toulouse avance Pierre Cohen (PS) 34 %
Un nouvel élan pour Toulouse Jean-Luc Moudenc (UMP) 35 %
Toulouse Bleu Marine Serge Laroze (FN) 9 %
Toulouse Vert Demain Antoine Maurice (EELV) 8 %
Toulouse place au peuple Jean-Christophe Sellin (PG) 6 %
Alternative responsable Christine de Veyrac (DVD) 3 %
Toulouse en marche Ahmed Chouki (NPA) 2 %
Aimer Toulouse Jean-Pierre Plancade (DVG) 1 %
Rassemblement Citoyen Elisabeth Belaubre (AUT) 1 %
Lutte ouvrière Sandra Torremocha (LO) 1 %

Pour le second tour, en cas de triangulaire, si le FN atteint les 10 % au 1er tour, je vois bien un score de ce type :

Pierre Cohen : 50

Jean-Luc Moudenc : 42

Serge Laroze : 8

En cas de duel, ce serait plutôt :
Pierre Cohen : 53

Jean-Luc Moudenc : 47

Rêve de gloire – Roland C.Wagner

Publié mars 11, 2014 par chouka
Catégories : Loisirs

Un livre formidable.
J’adore les séries, certaines m’ont marqué, m’ont appris des choses, mais jamais je n’atteins cette résonnance, cette impression d’avoir grandi, changé, comme cela peut m’arriver avec une lecture.

Cela ne s’explique pas toujours. Qu’est-ce qui me parle tant dans Rêves de Gloire de Roland C. Wagner ? C’est une Uchronie. Une histoire un peu différente, dans ce monde là De Gaule a été assassiné, Kennedy a survécu, l’URSS a balancé une bombe nucléaire sur Budepest… mais elle n’a pas explosé…
Mais tout ça n’est que le contexte. Le livre se concentre sur Alger, l’Algérie, la France. Sans tout dévoiler, il y a une partition, un Président Dictateur Général, des réfugiés, des réconciliations, une Commune, des indépendantistes, des islamistes, les communistes au pouvoir, un poutch militaire… Tout ça dans le désordre.

Mais là encore ce n’est pas l’essentiel de ce livre, qui tourne autour de nombreux personnages, à des époques différentes, des collectionneurs de vynile notamment. C’est une ode à la musique, à ceux qui la font et qui l’aiment, qui la produisent, l’écoutent, la vendent, la piratent. C’est aussi un laboratoire d’idées politiques. On est immergé dans le mouvement non violent des vautriens, né après la diffusion d’une drogue particulière, dans sa complexité entre idéalisme, jouissance, contruction, radicalisme, nihilisme vain, prise de concience matérialiste ou mystique…

Et derrière ça quelques affaires à résoudre, chacun les siennes, qui se recoupent de plus en plus.

Bref, il me reste encore un petit tiers du livre, merci au magazine Bifrost, dont les critiques m’orientent toujours aussi surement.

De la liberté d’expression de Dieudonné

Publié janvier 10, 2014 par chouka
Catégories : Réflexions diverses

Tags: , , , ,

 

Il faudra bien analyser la décision du Conseil d’Etat qui confirme l’ interdiction du spectacle de Dieudonné à Nantes. Selon certains, elle est peut être mal fondée en droit et inopportune, voire dangereuse pour la liberté d’expression.

Me gène la justification par les troubles à l’ordre public, qui fait peser la menace que n’importe quel groupe extrémiste (Civitas, islamistes, ligue défense juive, bonnets rouges etc) arrive à empêcher le déroulement de certaines expressions.
S’il y a un risque de troubles, je préfèrerai que la police soit là pour garantir la liberté d’expression contre les fauteurs de trouble.

Après, si on considère que c’est la reproduction d’une œuvre qui a déjà été proposée, et qu’elle comporte des passages manifestement contraires au droit, c’est différent, c’est comme un livre qui sort, s’il est diffamatoire, ou appelle à la haine raciale, il peut être interdit. On interrompt donc la diffusion d’une œuvre contraire au droit. A voir.

 

Sur le fond, cela ravive le débat autour du "cas Dieudonné", provocateur en chef, défenseur absolu de la liberté d’expression depuis qu’il est attaqué sur certains des thèmes qu’il défend…
Il y a autour de moi, sur le net ou dans les bureaux, des débats passionnés. Quelques-uns, une minorité active, sont des défenseurs du comique et de ses thèses, s’insurgent sur le fond, et quelques défenseurs de la liberté d’expression contestent l’interdiction.

 

Il y a des supporteurs de Dieudonné très différents, entre :

  • ceux qu’il fait rire, qui pensent que son attitude n’est qu’impertinence et provocation, mais qui sont souvent de plus en plus mal à l’aise ;
  • ceux qui adhèrent au personnage et à son humour, mais qui en sont venus à le suivre partiellement sur ses débordements sans proclamer eux-mêmes les idées les plus assumées;
  • il y a enfin ceux qui invoquent  également l’humour, les idées anti-confirmistes, la liberté d’expression, mais plus largement partagent le fonds de commerce qui est de plus en plus passé de l’antisionnisme à l’antisémitisme.

Et d’autres sans doute, c’est ce que j’ai vu autour de moi…

 

 Dieudonné est-il drôle ?

Oui, Dieudonné a beaucoup de charisme et il est drôle. Dans son genre c’est pour beaucoup d’amateur le meilleur de sa génération : mélange de cynisme, de franchise, de violence anti-conventionnelle.

Enfin quelqu’un qui tapait là où il voulait, sans rien s’interdire, avec une belle maîtrise de la provoc, mais aussi une manière d’habiter ses personnages et de jouer avec le public, de créer des codes, de créer une identification jouissive. Avec en prime un peu de réflexion sur des sujets nationaux et internationaux.

 

Progressivement le comique se mue avec talent en militant anti-sionniste, puis dérive très largement vers l’antisémitisme.

Quant il critiquait toutes les communautés ou confessions, jouait de multiple personnages impertinents, j’adorais.

Quand il a commencé à souligner la pesanteur de la morale victimaire liée à la shoa, à critiquer le sionisme vu comme la politique colonialiste d’Israël, et à dire que d’autres tragédies méritaient aussi l’attention, j’avais presque l’impression de lire le monde diplomatique en plus drôle, donc pourquoi pas même si je commençais à sentir que ça pouvait déraper.

Quand le sionnisme a changé de sens dans sa bouche, vu comme « la somme de toutes les actions de toute personnes présumées juives », que son discours public est devenu orienté contre CE sionisme à 80%, qu’il s’est fourvoyé dans des théories fumeuses sur le pouvoir et les complots divers… en compagnie de mecs de plus en plus improbables (Soral, Seba…), on est sorti de l’humour, et même de la provoc.

Ce qui me semble dangereux c’est qu’avec son talent il continue à construire un univers mordant et drôle autour de ces thématiques, il a donc une audience beaucoup plus grande que n’avaient ces idées, et arrive à embarquer beaucoup d’esprit faibles dans son délire.

L’annulation du spectacle de Dieudonné, victoire du sionnisme international ?

En effet selon ses supporteurs radicaux c’est par exemple le fait qu’il y ait des "sionistes" au conseil d’Etat, ou que Manuel Valls a une femme juive, qui expliquent les décisions de cette affaire.

Que leur répondre ?
C’est une interprétation qu’ils choisissent d’affirmer avec certitude parmi des dizaines possible, et certainement pas la principale. On peut aussi penser que le Conseil d’Etat a jugé en droit, même si l’ interprétation peut être contestée. Ou qu’il s’est plié au pouvoir politique. Ou encore juger que ce ne sont pas "les juifs" qui se sont défendus, mais le CE en tant que partie prenante de la société, de même que l’a fait le gouvernement. Ou encore que c’est la décision de plusieurs individus aux raisonnements divers, mais nullement rattachés à un quelconque sionisme international, qu’ils soient juifs ou pas.

 

Le fantasme de l’existence du sionisme comme groupe constitué

C’est explicite dans les déclarations de Dieudonné hors spectacle, plus ou moins sous forme de provocation (les sionnistes, la juiverie internationale, les juifs…), et dans certaines blagues durant ceux-ci, mais également théorisé par les écrits d’Alain Soral, avec qui il avait fondé le parti antisionniste.
Autant inviter le révisionniste Faurisson sur scène était batti comme une pure provocation, autant toutes ses déclarations distillées depuis des années (souvent en dehors des spectacles mais qui mettent en perspective le contenu) font système de pensée…

C’est tellement facile de penser que parceque des gens auraient des caractéristiques communes (lobby juifs ou lobby gay qu’il attaque également) ils n’existeraient plus en tant qu’individu, et ne deviennent que ce caractère… D’ailleurs il choisit lui-même de ne pas clarifier son point de vue pour ne pas perdre une partie de son public hétérogène.

Dans une pensée complexe comme l’est le monde, on intègre l’existence des réseaux, des lobbys, des influences, mais ce ne sont que des éléments parmi d’autres. Il y a aussi de la reproduction sociale et culturelle, la prise en compte de l’individu (tous les juifs ne sont pas croyants, ne se représentent pas en tant que tel, ne se considèrent pas d’abord en tant que juif, ne sont pas d’accord avec d’autres juifs d’un autre bord politique etc).

 

Bref, je ne sais pas s’il faut interdire les spectacles de Dieudonné. Et même mieux, il faudrait l’inviter sur des émissions contradictoires, même s’il a un fort pouvoir d’attraction médiatique, pour lui opposer des arguments sérieux.

Mais sur le fond, c’est pas plus mal que sorte ce qu’est vraiment ce personnage, qui a peu à peu dérivé d’un comique contestataire vers un gourou antisémite.

 

 

Bilan de Pierre Cohen à Toulouse

Publié décembre 15, 2013 par chouka
Catégories : Politique locale

Tags: , , , ,

A moins de 100 jours des élections, chacun fait le bilan.

Pour ma part ce sera plutôt une esquisse, une impression qu’un bilan global. Je reviendrai sans doute plus tard sur quelques autres points de manière plus précise, mais là j’ai seulement envie de m’arrêter un instant, de regarder et de donner mon avis.

J’ai quand même besoin d’un peu plus de place que sur Tweeter.

Mon bilan porte sur le territoire, donc action de la commune et de la communauté urbaine.

Globalement je trouve que cela s’est bien passé pour le PS.

1/Une situation politique locale favorable : alliés faibles et constructifs et opposition divisée.

Peu de couacs internes au PS.
Ils ont certes eu à gérer quelques difficultés internes avec les verts, autour du SMTC notamment. Mais malgré cela la cohésion a tenue.  EELV a eu une opposition très timorée au Parc des expositions (si on compare à l’aéroport de Nantes de Notre Dame des Landes par exemple). Pareil sur le PC.

Quant à l’opposition de droite, elle a été timide, divisée, maladroite. Quelques oppositions ponctuelles menées non directement par l’UMP ont eu plus de retentissement.

2/De nombreux projets lancés avec les premiers résultats qui arrivent :

- les grands chantiers emblématiques du quinquennat sont livrés : Alsace-Lorraine, Tram, Médiathèque grand M, Salle musique à Borderouge…

- Il y a bien eu une renégociation du tarif de l’eau sur la concession toulousaine.

- Un investissement fort dans le grand projet de ville : on commence à voir de vrais évolutions dans les zones urbaines sensibles, tant dans la manière de voir la rénovation urbaine, que dans les réalisations concrètes.

- Investissement renforcé dans les transports (notamment au niveau de la communauté urbaine), et moindre place donné à la voiture

- Rénovation massive des écoles et augmentation des places de crèche

- nombreuses évolutions qualitatives ou symboliques sur les politiques culturelles, de discrimination,

De plus de grands projets ont été initiés pour le second mandat, Grand Projet Garonne (avec notamment la Place Saint-Pierre mais aussi la protection de zones naturelles), Parc des expositions (un peu cher à mon goût), projet Matabiau avec l’arrivée du TGV, Cartoucherie, Grands travaux sur la Reynerie, Aerospace Campus à Montaudran…

Il y a actuellement des dizaines de nouveaux quartiers qui sortent pour accueillir la progression démographique qui reste forte : il faut donc financer des réseaux de routes, d’eau, des pistes cyclables, des écoles, du logement social etc.

3/ Une gestion rigoureuse et une fiscalité maîtrisée : 

La gestion précédente avait laissé 130 M de réserves en stock. 5 ans après ce fonds "stérile" (les collectivités ne peuvent pas placer dans de bonnes conditions) a été utilisé.

Il y aura peut être même, en 2013 ou 2014, un premier emprunt à la ville (cependant tisseo et Toulouse Métropole l’étaient déjà).

Cela ne me choque pas :

- lorsque des gros projets sont lancés, l’emprunt est judicieux, sinon il faudrait faire varier fortement chaque année la fiscalité, ce qui n’est pas soutenable pour les contribuables.
- de plus les taux d’intérêt sont globalement faibles, et donc proches de l’inflation. Lorsque le taux d’intérêt est égal à l’inflation on peut considérer que le coût de l’emprunt est proche de 0, car les taux d’intérêts payés sont compensés par les dépenses évitées en faisant les travaux plus tot, par exemple si le cout de la construction augmente de 4% par an, et que l’emprunt est de 3.5%.
- enfin, une agglomération qui se développe fortement nécessite de construire en avance des équipements, et donc l’emprunt est vraiment adapté, pour ne pas faire payer aux habitants d’aujourd’hui la totalité des équipements de ceux de demain.

Il y avait au départ des projets un peu dans tous les sens, mais progressivement des choix ont été faits. Donc avec une fiscalité quasi-stable, en utilisant une réserve qui était faite pour cela, il y a eu de gros investissements et globalement une politique de centre gauche cohérente.

De plus il y a eu le choix fort et nécessaire de passer en communauté urbaine dès 2009, avant bientôt le statut de Métropole.

 

4/ Le choix des toulousains : 

Les points de débat seront donc peut être l’emprunt, à la marge, mais aussi la sécurité et la politique de transport (les embouteillages). 
Je pense que Pierre Cohen est un peu timide sur la video-protection, même si quelques caméras viennent d’être installées. Cela a des atouts dans certains cas dans le cadre d’une politique globale, et cela sera un des axes majeurs de Moudenc.  Moudenc évoquera cherchera aussi à surfer sur la politique nationale et laissera planer la crainte de l’augmentation de la fiscalité locale, tableaux fournis par M. Trautman à l’appui.

Pierre Cohen, qui n’est toujours pas devenu un orateur génial, répondra continuité, bonne gestion et modération fiscale, avec les graphiques de M.Carreiras en main, valeurs de gauche, projets et cela devrait passer, du moins j’espère, même sans la présence du FN au second tour.

La crise politique de la trentaine

Publié avril 26, 2013 par chouka
Catégories : Réflexions diverses

Phase 1 : le déni 

Depuis des mois je compte organiser une soirée pour mes 30 ans.
D’abord quelque chose de gros, qu’il faut prévoir plusieurs mois à l’avance, puis une petite soirée … puis rien.
J’ai même dit à ma compagne qui proposait de m’aider à organiser que j’allais m’en occuper, pas de problème…

Encore quelques jours après mon anniversaire, j’avais l’impression que les gens parlaient de quelqu’un d’autre.

Phase 2 : la prise de conscience

Qui a 30 ans ? Moi ? Vraiment ?
A force d’entendre que c’est un cap, un seuil, une étape, j’ai ouvert mes chakras aux questions existencielles :

Qu’est-ce que ma vie aujourd’hui par rapport à ce que j’envisageais à 30 ans quand j’étais jeune ? Vulcanologue, météorologue, ou paleontologue disais-je quand j’avais 10 ans. Plus tard, je voulais être président de la République… Plus tard encore, quand je portais barbe et cheveux longs en écoutant du métal, je me voyais écrivain-chanteur…

Quels rêves puis je encore atteindre ? Que dois-je garder ou changer dans ma vie ?

Dois-je prendre une année sabbatique pour faire le tour du monde ? Reprendre les études ? Acheter une porche et une rollex à crédit ? Prendre 2 amantes et 1 amant ?

Est-ce le moment de me caser, gamin, appart, nouveau gamin, nouvel appart, nouveau gamin, maison ? Profiter d’habiter à Toulouse pour sortir plus ?

Ou alors essayer de convaincre ma compagne d’aller poser nos valises en Ariège, à élever des chèvres et produire du Moulis ?

Après quelques réflexions autistes autour d’une tizane, je me suis dit que finalement entre aujourd’hui et la semaine dernière, rien n’avait changé en fait…

Phase 3 : le rebond

Ma vie est ce qu’elle est, et ce n’est pas si mal. Bien remplie, pleine de belles choses.
Ca n’empêche pas de se poser de bonnes questions, de rêver un peu, voire de réfléchir à comment atteindre ses rêves.

 

Et la politique ?

J’ai exploré les franges de la gauche, du centre à l’extrême gauche. Je me suis construit progressivement. Aujourd’hui, je me sens plus libre, plus indépendant. Quelques marqueurs structurants restent : la conscience écologique, la laïcité et la méfiance envers les religions, l’égalité des chances. S’y sont ajouté également la question de la sécurité et des banlieues.

S’intéresser, s’investir à nouveau un jour.
Je ne suis ni résigné, ni révolutionnaire.

J’ai l’expérience, d’avoir tenté la politique, dans plusieurs partis. Je suis certes un peu désenchanté, je lis mieux les enjeux de pouvoir, les combats qui se jouent en chacun, les jeux de façade.

Pourtant je reste persuadé que la politique est le moyen d’agir et de décider en commun. Les politiques qu’il m’arrive de cotoyer au niveau local sont souvent compétents et intègres, voire réalistes.

30 ans, tout continue.


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.