Pourquoi Macron..

Publié avril 22, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017

La campagne est désormais terminée.

Voici en quelques lignes pourquoi un vote Macron me parait pertinent.

1/ Le Pen et Mélenchon : deux candidats qui proposent des programmes inapplicables (ils n’auront pas la majorité parlementaire, et ils soumettent leur programme à des référendum peu gagnables), voire dangereux pour des raisons différentes.

LePen : je ne partage pas ses valeurs, sa démagogie, son programme. Elle souligne parfois quelques problèmes bien réels (zones rurales, agriculture, fracture avec certaines élites, insécurité quotidienne..) mais propose la division, la stigmatisation et le simplisme comme réponses. Son programme économique n’est ni chiffré ni soutenable : énormément de dépenses nouvelles pour faire plaisir à ses clientèles. Et son programme ne tient qu’avec une sortie de l’euro et de l’Union Européenne, qu’elle caricature de manière éhontée, qu’elle soumet à un referendum après 6 mois de pouvoir (et elle quitera le pouvoir en cas de réponse négative).

Mélenchon : sous de beaux discours, et quelques mesures intéressantes, se cache une réalité moins séduisante. Son programme économique est déraisonnable, des dépenses immenses sur tous les sujets, sans financement global crédible. Et comme il promet énormément, il va décevoir fortement. Et un positionnement anti-entreprises génant pour relancer la compétitivité et l’emploi. Il s’appuie sur un tel changement, souvent démagogique, des traités européens, que cela signifie bien la sortie de l’UE et de l’euro.
Trop dans l’idéologie volontariste : le réel se pliera à ma volonté, je veux donc ce sera.

Et là où ça devient inquiétant, c’est qu’il veut lancer une nouvelle constituante, sans encadrer le processus. Et dans un mot d’ordre de « dégagisme », et un contexte d’attentats, voire de crise économique entrainé par son programme, cela peut tout donner (du rétablissement de la peine de mort à une radicalisation de gauche en trouvant des boucs émissaire, voire à la confirmation du système actuel) . En clair il n’a pas de programme institutionnel en dehors de la convocation de cette constituante, pour partie tirée au sort…

2/ Fillon : purge de l’etat trop dure, valeurs rétrogrades, et attitude trumpiste génante

Il propose lui aussi, mais dans un autre sens, des solutions inapplicables et démagogiques : sur le rythme de diminution du nombre de fonctionnaires, sur l’enfermement des « fichés S »… Ses valeurs sont rétrogrades, inspirées de « sens commun » qui a pris une place centrale dans sa campagne, qui promet notamment des politiques familiales conservatrices. Enfin, ses affaires, et sa défense scandaleuse, qui n’hésite pas à attaquer la justice et les médias quand cela l’arrange, à affirmer des contrevérités, des fake news…

Enfin c’est le seul candidat qui parait susceptible de perdre contre Mélenchon, voire LePen…

3/ Hamon : un candidat affaibli par son parti, son projet, sa dynamique

Tout d’abord il s’agit de choisir le futur président. Beaucoup va se jouer dans ce premier tour. Au fil de la campagne, qui a privilégié des calculs d’appareils, avec un rassemblement loupé avec la gauche de la gauche, et une campagne parfois agressive et démagogique contre Macron, Hamon est devenu un « petit candidat », comme Dupont Aignan.
On peut voter pour eux si vraiment les autres votes ne sont pas envisageables, mais c’est se mettre en retrait du vrai choix de société entre les 4 candidats qui peuvent l’emporter. C’est d’une certaine manière accepter que les autres électeurs choisissent, à leur place, des combinaisons de second tour comme LePen / Fillon, ou LePen / Mélenchon. Je me souviens de tous mes amis qui ont voté Besancenot, Mammère ou Taubira en 2002, et qui s’en sont mordus les doigts avec LePen au second tour à la place de la gauche..

Concernant Hamon, il a un programme intéressant sur certains points, mais qui manque de cohérence. Il parie sur une fin du travail, que les autres pays ne constatent pas à court terme, et qui ne peut se forcer dans un seul pays. Son programme est lui aussi mal financé, avec notamment 50 Milliards supplémentaires sur la lutte contre la fraude fiscale, alors que celle-ci est déjà menée durement; sa position sur l’Europe est ambiguë, il ne se donne pas les moyens de ce qu’il propose, cela ressemble à Hollande en 2012. Enfin, comme Mélenchon, sa posture anti-entreprise, milieu qu’il connait mal, n’est pas de nature à permettre enfin une diminution durable du chômage.

Par ailleurs il est plombé par un parti sclérosé, enkysté, sans cohérence idéologique, d’où les énergies sont parties, qui a probablement fait son temps. Il propose une politique en rupture avec le quinquennat sortant, mais avec pour la plupart les mêmes députés.

Enfin il n’incarne pas la fonction, la capacité à trancher, à mener le pays ; il veut à nouveau incarner un président normal, et cela ne parait pas efficace ni possible. Son programme est truffé de référendum, de conseils citoyens, de comités de conciliation, et de diverses mesures institutionnelles qui laissent penser que les décisions seront difficiles à prendre, sous prétexte de démocratie directe, qui donnent du pouvoir aux lobbies divers.

4/ Donc, Macron :

Déjà, par défaut, en regardant les autres candidats comme évoqué ci-dessus.

Mais également car il représente un projet intéressant :

L’homme est intéressant, brillant, féru de philosophie, il connait l’économie privée contrairement à ses adversaires. Il a choisi de quitter le monde de l’argent, et a fait des choix audacieux plusieurs fois. Je l’ai parfois trouvé moins bon en débat ou en meeting que dans ses écrits ou ses interview, notamment en début de campagne.

Il a analysé la quatrième révolution industrielle en marche qui bouleverse les modes de production, les rapports sociaux, les pratiques politiques. Il ne nie pas comme d’autres la réalité du pays, d’une dette qui augmente sans cesse et qui nous lie aux marchés, d’un niveau de fiscalité et d’intervention publique déjà très élevé, et que certains veulent encore pousser malgré la contrainte que cela fait peser sur les entreprises.
Mais à partir de ce diagnostic, il fait des propositions réalistes et novatrices et pas seulement des promesses  en l’air ou brutales. Comme l’a dit Bertrand Delanoë, il « crée les conditions économiques pour pouvoir mettre en œuvre une politique de la solidarité ». 

Concrètement, c’est le seul candidat dont je me dise que dans 5 ans l’économie ira mieux, ce qui permet de progresser sur d’autres chantiers.

 

Il y a une logique plus globale de flex-sécurité (droit au chomage pour les indépendants, et en cas de démission pour les salariés), de mise en mouvement de l’égalité des chances, de redonner du travail, et mieux payé (diminution des cotisations sociales sur les bas salaires), concentrer les efforts sur les quartiers les plus déshérités, supprimer la taxe d’habitation..
Et des priorités sur la sécurité et sur quelques grands chantiers (retraites, assurance chomage..) qui me semblent ambitieux. On peut certes penser que Macron est un peu trop libéral sur quelques mesures, mais cela reste de loin le projet le plus cohérent, et qui s’appuie sur deux jambes.
Face aux menaces terroristes et aux grands enjeux (écologiques, numérisations, réfugiés) il permet une forme d’union sur des idées, et non plus sur des seuls réflexes d’appartenance politique, par dessus les vieux partis usés qui sont dans un jeu d’opposition politicien. Il souhaite faire redémarrer l’économie avant toute chose, même au prix d’un peu plus de flexibilité ou d’inégalités, la plus grande des fractures étant le chômage de masse qui persiste. Ensuite on pourra continuer à sécuriser, voire voter pour aller plus loin.
Donc un candidat pas parfait, qui a été pas mal caricaturé, mais cohérent et modéré, et qui permet de renouveler le jeu politique, avec un PS usé qu’il faut remodeler.

Pronostic 1er tour élection présidentielle 23 avril

Publié avril 20, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017

Suite au débat de ce soir, je peux me prêter au jeu du pronostic, même si l’élection est loin d’en être un selon moi.

Là c’est un peu tard, mais on peut faire un exercice d’analyse politique sur l’interprétation des sondages et les mouvements de dernier moment.

Les questions qui se posent :

– les sondages sont-ils fiables ?

La technique est rodée : il s’agit de sondages effectués sur une large base. Leur multiplication diminue encore la marge d’erreur (au sens du calcul de probabilité). Ils ont plutôt montré leur efficacité pour mesurer les tendances, comme je l’indique dans un précédent article. Cependant ils ne sont qu’une photo de l’opinion à un moment donné, avec une marge d’erreur, des indécis. Au vu des derniers sondages, avec des mouvements de dernier moment 4 candidats peuvent encore se qualifier au second tour.

Malgré tout des erreurs sont encore possibles. Les candidats principaux cette année ne reposent pas sur les mêmes clivages. Peut être qu’un défaut sociologique ou territorial sur les échantillons peut cette fois biaiser les sondages là où ce n’était pas le cas hier…
Il peut également y avoir des réponses tactiques … Ou encore un vote caché pour Fillon… Je ne vois pas quelle serait sa logique, les déclarations étant désormais sur internet.
Donc je fais plutôt l’analyse que les sondages analysent bien l’état de l’opinion : Macron dans une dynamique légèrement positive, et derrière 3 candidats pour la seconde place.

Par contre il y a encore de l’indécision.

– les électeurs peuvent-ils encore changer d’avis ?

Bien sûr, tout est possible en théorie, avant le vote rien n’est fait. A ce stade de la campagne, la cristallisation est cependant largement faite. Mais la situation est inhabituellement serrée, et il peut encore y avoir des mouvements forts.

  • Impact de l’émission de ce soir sur France 2 :
    Probablement assez faible. En effet, à ce stade, contrairement à ce qui s’est passé lors des précédents débats, chacun a fait son choix progressivement, et une fois fixé, parfois après des aller-retour, il est difficile de modifier celui-ci : chacun interprète les éléments avec une forme de mauvaise foi (réception sélective des informations : on donne plus ou moins d’importance à ce que l’on entend). C’est pourquoi notamment le débat de second tour n’a jamais bouleversé la donne, avec une modification de 1,5 point max dans le passé. Cela va probablement confirmer les indécis, les faire tomber vers le candidats pour lesquels ils penchaient.
  • Un évènement peut bouleverser la donne : un attentat vient d’avoir lieu ce soir. Quel peut être l’impact de l’attentat sur les champs-elysées sur le résultat de l’élection présidentielle ? Est-ce qu’il y en aura d’autres ?Cela peut peser bien sur, mais on ne peut pas dire dans quel sens.
    – L’attaque de Merah en 2012 n’avait pas trop déplacé les lignes.
    – par contre on se souvient des élections législatives en Espagne en 2012, frappés par les attentats islamistes quelques jours avant le scrutin : mais c’est surtout la tentative du gouvernement de faire porter le chapeau à l’ETA qui avait fait massivement basculer les votes contre eux.

    Ce type d’évènement va dramatiser la fin de campagne. Je ne vois pas de mouvement brusque, mais cela peut probablement servir LePen, peut-être Fillon pour ceux qui pensent que son expérience et son discours ferme seraient utiles. Probablement Macron également, qui n’est pas vu comme un iréniste, et qui porte une idée de rassemblement, d’union nationale. Cela serait me semble t-il défavorable à Hamon et Mélenchon, qui paraissent moins ferme sur le sujet (fin de l’état d’urgence, lutte contre les violences policières…).
    Est-ce que cela peut impacter la participation (mobilisation citoyenne renforcée ou peur d’attentats sur les bureaux de vote) ?

  •  La fixation des indécis et le niveau de participation :

On voit que pas mal d’électeurs sont encore incertains pour ce premier tour. Il peut y avoir des passerelles entre les candidats les plus proches. Généralement les indécis ne le sont cependant pas totalement, certains hésitent par acquis de conscience, ou car ils osent difficilement sauter le pas vers un vote nouveau… Bref, ils confirment souvent le premier vote qu’ils annoncent dans les sondages.
Pour les vrais hésitants, ou ceux qui se décident à voter au dernier moment, finalement ils ne font pas tous le même choix, donc les modifications de dernières minute sont diluées.

Cette année il y a cependant une particularité, avec une multiplication de votes tactiques possibles, qui peuvent se déterminer le dernier jour.  Vote utile vers Mélenchon et Macron au détriment de Hamon ? Vote utile pour Fillon au détriment de Dupont-Aignan ? Ou vote utile de droite pour Macron pour éviter Mélenchon (qui battrait Fillon selon les sondages de second tour).. Ou au contraire certains pourraient revenir vers Dupont Aignan s’ils voient que Fillon est décroché…

Par ailleurs, quelles dynamiques en cours vont se prolonger ?

Bref, après tout ça, voici mon pronostic sur les résultats du premier tour de l’élection présidentielle 2017 :

Marine Le Pen : 23.4
François Asselineau : 0.6
Nicolas Dupont-Aignan : 4.3
François Fillon : 19.0
Emmanuel Macron : 24.8
Benoit Hamon : 6.8
Jean-Luc Melenchon : 17.9
Philippe Poutou : 1,7
Nathalie Artaud : 0,5
Jacques Cheminade : 0,2
Jean Lassalle : 0.8

 

Vote utile ou vote de conviction ? Le sondage comme instrument démocratique ?

Publié avril 20, 2017 par chouka
Catégories : Uncategorized

Comment voter dimanche ? On parle beaucoup de vote utile, de vote d’adhésion, de vote tactique…

Cela s’appuie évidemment sur les sondages. Est-ce un instrument fiable, pertinent, dangereux, nécessaire ?

1/ Les sondages, outils devenus indispensables à la démocratie ?

Aujourd’hui on constate que les sondages sont pleinement intégrés au fonctionnement de l’élection présidentielle :

  • dans la période d’équité, ils participent à définir l’importance d’un candidat, que doivent respecter les médias audiovisuels
  • On peut également penser que le conseil constitutionnel s’appuierait également dessus pour éventuellement reporter une élection en cas d’empêchement d’un des candidats dans les 7 jours avant le dépot des candidatures (art 7 de la Constitution)
  • Le premier débat télévisé sur TF1 a opposé les candidats qui à l’époque dépassaient les 10% dans les sondages (de même que aux Etats-Unis par exemple, les débats opposent ceux qui recueuillent plus de 15% d’intention de vote..)
  • L’octroi de prêts bancaires pour pré-financer les campagnes (si la perspective de dépasser les 5% parait crédible) s’appuie également dessus

2/ Est-ce un élément légitime et digne de confiance du choix démocratique ?

S’il n’y avait pas les sondages, il y aurait des rumeurs, des fantasmes, des paroles d’experts et d’éditorialistes, qui au lieu de s’appuyer sur des sondages, s’appuieraient sur leur analyse propre. On peut penser que les sondages sont un élément d’information plus objectif.
Ainsi, même s’il s’agit d’un autre type d’étude, à l’issue d’un débat, nous avons désormais un sondage qui nous dit ce qu’en ont pensé les spectateurs. Cela a ses limites, mais finalement ça vient contrebalancer le seul jugement de quelques éditorialistes ou journalistes politiques (exemples récents sur bfmtv..).

Si les sondages étaient interdits avant les élections, seuls quelques privilégiés y auraient accès, avec toutes les manipulations que cela peut entrainer. Et aujourd’hui, cela ferait le bonheur de la presse étrangère francophone, sur internet.

Il y a quelques défauts à ceci : les sondages constitueraient une prévision autoréalisatrice.. Un candidat qui prendrait l’avantage tôt sur la base de pure communication serait ensuite porté par ses seuls sondage et le réflexe de vote utile. Mais cela ne tient pas. On voit bien lors de cette campagne, que ce mécanisme n’a joué pour Benoit Hamon, qui est parti de très haut, proche de Macron, et aurait pu avec une bonne campagne (et un programme et un positionnement plus adapté peut être) convaincre une partie de l’électorat de Mélenchon, et être en balance pour le second tour. La réalité de la campagne a joué et a déplacé le vote utile. De même Macron a émergé sans les sondages, il s’est créé une situation favorable.

3/ S’appuyer sur des sondages implique de leur faire confiance, qu’ils soit fiable :

Pour que ce soit un instrument démocratique, il faut alors que les sondages soient fiables.

En France, il y a une commission des sondages, donc des contrôles et des règles précises, il me semble donc que c’est le cas. Cela donne des tendances plutôt bonnes. Mais il faut rester prudent dans leur analyse : ce n’est pas une prévision, des mouvements peuvent avoir lieu jusqu’au dernier jour, ils ont une marge d’erreur statistique etc..

Les exemples d’erreurs sans cesse rappelés sont souvent peu pertinents : même en 2002, on pouvait voir la tendance LePen/Jospin s’amorcer. Et le souci c’est qu’à l’époque il n’y avait pas de sondage la dernière semaine.
Pour le Brexit, des sondages montraient un resserrement, en tous les cas on était dans la marge d’erreur, et pour Trump les sondages globaux étaient conformes, en nombre de voix, avec quelques erreurs dans des états. C’est souvent l’analyse qui est erronnée plutot que le sondage.

Il y a actuellement plusieurs instituts de sondages en France. Cela permet de comparer, et d’éviter les tentatives de manipulation individuelle que certains craignent, et le risque d’erreur puisque plusieurs mettent en oeuvre ces techniques.
Les techniques sont désormais maitrisées et documentées. Le reportage récent d’envoyé spécial était d’ailleurs assez discutable dans l’analyse, en montrant quelques cas marginaux et sans donner la parole à la défense. La principale difficulté est de trouver un échantillonnage fidèle à la réalité, et cela progresse à chaque fois que des biais sont identifiés.
Le fait qu’il y ait plusieurs instituts permet également d’augmenter la taille de l’échantillon. Alors qu’un sondage sur 1000 personnes a une marge d’erreur (à 95%, un accident est toujours possible) de 2%, si on prend 4 sondages effectués le même jour, sur 4000 personnes, la marge d’erreur diminue. Ceci n’est jamais rappelé, mais cela me parait juste.

Il y a donc sans doute des choses à améliorer, toujours, mais c’est souvent une facilité de critiquer les sondages alors que tout le monde les utilise et s’en sert lorsqu’ils sont favorables. Le PS faisait appel au vote utile hier et le critique aujourd’hui. Les mélenchonistes affirment ne pas regarder les sondages, mais sentir qu’ils peuvent être au second tour, « sur la base de la présence aux meeting et sur you tube »… C’est une fumisterie. Sarkozy déplaçait les foules lors de la primaire à droite…

2/ Faire un choix en s’appuyant notamment sur les sondages est-il pertinent ?

Avoir toutes les informations, cela me parait utile au choix démocratique
Voter dans l’inconnu sur la base du programme, c’est bien. Mais voter en sachant que par mon vote je peux éviter le pire qui s’annonce, n’est-ce pas finalement plus utile, pertinent ? La finalité de l’élection est bien un choix pour un président, pas seulement l’affichage de convictions qui n’auraient pas d’impact pour demain. Il n’est pas moins légitime de voter contre, pour faire barrage, que de voter pour un candidat de niche ? Et chacun peut ensuite faire son choix en connaissance de cause.

L’affichage de ses convictions peut se faire lors des élections proportionnelles, comme les européennes. Ou encore, en indiquant ses convictions thématiques dans … des sondages. 😉

Pour moi le vote utile, c’est à dire réfléchi en fonction des sondages afin de porter au mieux ma volonté en tenant compte des 2 tours de l’élection, est bien un vote pertinent, tactique, intelligent.

J’ai pu voter pour un petit candidat, en 2012, car au vu des sondages cela ne semblait pas porter de conséquences pour le second tour. C’était un vote utile.
Dans d’autres cas il peut être pertinent de voter utilement pour un second tour le moins pire. Cela désavantage les votes radicaux, mais par nature car ils ne sont pas centraux. Et le jour où la société devient radicale, ils peuvent en bénéficier, comme on le voit avec Marine LePen et Jean-Luc Mélenchon aujourd’hui.

Aujourd’hui je n’ai pas besoin du vote utile car mon candidats est également un de ceux qui peuvent parvenir au second tour.

Mais évidemment que ceux qui se portent sur Benoit Hamon ou Dupont Aignan doivent se poser la question, et il le font. C’est très hypocrite de leur dire de ne pas tenir compte des sondages.
Est-ce qu’ils ne se mettent pas en dehors du jeu en votant pour un candidat de conviction alors qu’il faut choisir entre 4 candidats très différents pour le second tour ? Sauf si c’est l’alternative à un vote blanc, ou si pour la personne le vote pour une thématique particulière ou un parti (faire en sorte que le PS soit remboursé de ses frais de campagne) est plus important, en prenant le risque d’un second tour Fillon/Lepen ou Mélenchon/LePen…

D’ailleurs j’ai en souvenir les regrets de pas mal d’amis qui en 2002 ont voté Taubira, Chevènement, Mamère et Besancenot, alors qu’ils souhaitaient sincèrement la victoire de Jospin au second tour.

Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (3)

Publié avril 17, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017

Début de la discussion :

Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (1)
Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (2)

  • Oui, il y a des points sur lesquels je suis d’accord avec Mélenchon. Sur les institutions, le vote obligatoire, avec reconnaissance du vote blanc, par exemple. Mais je ne suis pas pour le droit de révocation des élus, sauf fautes graves. Et la proportionnelle intégrale à l’assemblée, cela me parait trop instable. Sur la laïcité, je suis assez proche de sa position intransigeante, j’ai bien aimé sa réplique à LePen lors du deuxième débat. Sur l’environnement, il y a beaucoup de choses intéressantes, même si là aussi parfois il pense tordre le réel en allant trop vite, trop fort. Sur la légalisation du cannabis, et l’attention portée à de nombreux services publics. Globalement il y a beaucoup d’objectifs sociaux, culturels, généreux, qui me conviendraient, mais une fois passé à la moulinette de la réalité, au filtre du faisable, tout cela est démesuré car non financé… On ne peut être que d’accord avec les objectifs, mais penser que ce sont des vœux pieu et donc regarder de vrais programmes.
    Quelque chose que j’aime bien par contre, c’est que Mélenchon il parle à l’intelligence des gens, il est pédagogue, a une pensée complexe et complète, même si je ne crois pas en sa cohérence. Il défend de belles valeurs plutot que de bas instincts. Mais il a aussi une brutalité revencharde qui parfois affleure. Cela me rappelle Michel Onfray : j’aime beaucoup suivre ses conférences philosophiques, mais je ne le suis pas lorsqu’il s’aventure sur le terrain programmatique ou concret. L’analyse, trop théorique ou intélectuelle, doit être traduite, frottée au réel. Ils font de la « politique fondamentale », mais il faut travailler, avec des candidats de gouvernement, à une « politique appliquée », comme pour la recherche, pour être opérationnelle et efficace.
  • Onfray il devrait soutenir Mélenchon, mais il s’en est séparé sur les questions internationales. C’est vrai que sur ça il a des positions que je ne soutiens pas toujours, et ça peut lui couter. Sur le Tibet, la défense du Vénézuela, sur la Russie… Mais bon une fois au pouvoir on fait forcément de la realpolitik… Sur l’Otan et L’Europe je suis d’accord, c’est quand même le fond du programme. Il faut retrouver une part de souveraineté. Macron a dit qu’il n’avait pas l’Europe naïve, j’ai un doute. Vouloir la changer sans se donner les moyens, c’est stérile. Mélenchon il dit que si on n’est pas écouté sur les éléments fondamentaux, on quitte les traités après un referendum. C’est comme au boulot, c’est quand tu pose ta démission qu’on te fait une proposition d’augmentation…
  • Sur l’Europe, il est dangereux de faire ce pari là. Lorsque le patron ne souhaite pas te retenir, il te laisse partir penaud… L’Europe, c’est là que cela se passe pour mettre en place des grandes politiques écologiques, économiques, un espace monétaire puissant face à la Chine, la Russie, les Etats-Unis. L’euro a été une protection salutaire dans les crises financières ces dernières années. Commencer à attaquer ceci est ajouter l’instabilité à la crise. Même si je suis d’accord l’ambition européenne passe par des propositions de modifications, comme le fait Macron en portant une Europe qui s’intègre par cercles concentriques.
    Globalement l’union européenne a des défauts, mais elle est largement caricaturée. Ce sont les états qui mènent les politiques qui font parfois polémiques, les traités fixent les cadres généraux. On parle d’austérité imposée par l’Europe ? Mais de quoi parle t-on ? Cela fait des années qu’on ne les respecte pas ces critères. Et cela fait 30 ans qu’on est en déficit budgétaire, donc je ne vois pas où est l’austérité en France. On a vu dans d’autres pays ce que c’ était, cela n’a rien à voir.
    D’ailleurs on s’endette depuis des décennies pour seulement fonctionner. C’est une aberration. C’est ce manque de sérieux qui nous lie aux marchés financier. Ce sérieux budgétaire est donc un point fondamental pour les années à venir, on ne peut plus continuer comme ça. Ce n’est donc pas l’Europe qui nous pousse à réduire notre déficit, c’est la lucidité, le sérieux, la responsabilité, pour reprendre notre destin en main ! Certains se veulent les adversaires de la finance, alors que depuis 30 ans c’est la finance qui rend possible nos services publics ou les investissements des collectivités locales.
    Mélenchon propose de renégocier ces dettes. Cela nous coupera des marchés financier, or il propose d’emprunter 100 Milliards de plus dès le départ. Comme cela n’est pas possible, il propose une fuite en avant : demander à la BCE de prêter directement aux états. C’est relancer la planche à billet, l’inflation et la hausse des taux d’intérets, et c’est difficilement compatible avec une monnaie unique : les autres pays ne voudront pas payer pour nos investissements démesurés non financés.
  • Mis devant le fait accompli, ils feront des concessions, on ne sera pas forcément obligé de sortir de l’Europe. La France n’est pas la Grèce.
  • Sur d’autres sujets, je trouve également que Mélenchon est dans de beaux principes, mais loin de la réalité. Ses réponses concrètes sur l’insécurité, qui est une vraie préoccupation des classes populaires, mais aussi ses discours généreux mais un peu iréniques sur l’immigration, me paraissent insuffisantes, un peu de la rhétorique bobo qui vient de l’extrême gauche..
  • Je pourrai te répondre que l’insécurité est aussi sociale. Macron est l’inspirateur de la loi travail, qui précarise plus.
  • Sur la loi travail, elle a été beaucoup caricaturée. Je la soutiens, je suis sur la position de la CFDT. Il y avait des avancées, que ce soit des droits nouveaux pour les salariés, mais aussi pour rapprocher la négociation syndicale de l’entreprise. Cela me parait sain et intelligent, mais cela a braqué les centrales radicales et jacobines..
  • Finalement tu assumes mieux que Macron. Lui je le trouve parfois un peu creux, langue de bois… Marine LePen avait touché juste lors du premier débat.
  • Sur la fameuse tirade, elle avait raison. Mais globalement, il dit et écrit les choses, c’est tout à fait clair. Beaucoup plus que la manière dont Mélenchon voit l’Europe par exemple. Je suis d’accord, il est plus convainquant dans ses écrits que en débat ou en meeting. Il progresse mais il n’est pas encore un  bon tribun.
    Mais n’est-ce pas le problème derrière Mélenchon ? Un excellent orateur, un tribun, de beaux principes, pour la paix et l’amour dans une société fraternelle… Cela attire des gens soit qui n’ont pas réalisés la radicalité du programme derrière, soit justement qui sont dans cette radicalité. Quand on entend une foule qui crie spontanément « dégagez, dégagez » lors de ces meeting, on peut être inquiet de ce que cela donnera au pouvoir.
    Pour moi Mélenchon ce n’est pas un kinder surprise, c’est plutot un colis piégé…
  • Moi cela ne me fait pas peur de donner une claque aux élites méprisantes, aux experts qui sont tous d’accord. Je fais confiance au peuple pour rester dans le cadre démocratique, il n’y aura pas de lynchages. On pourrait reprocher cela également à Macron : un homme seul qui monte un mouvement, un Tatcher avec le sourire, qui derrière des mots d’ordre de renouvellement propose une société libérale un peu sociale et la continuation de l’Europe actuelle. Ce projet n’est pas majoritaire, on l’a vu avec le non au traité constitutionnel européen, donc il n’en parle pas trop, et il le fera passer par ordonnance une fois élu. Là aussi il peut y avoir des troubles..
    Mélenchon c’est un vrai pari sur une transformation institutionnelle, des rapports de force économiques et politiques, pour instaurer une société nouvelle. C’est une vraie insurrection démocratique, et cela ne plait pas à beaucoup.
  • Sur Macron, tu caricatures, c’est plutot Fillon que tu décris là. La radicalité de Mélenchon va antagoniser la société, et ne  permettra pas la mise en place des mesures. Il y a des risques de dérapages, de dérives autoritaires ou anarchisantes si cela ne fonctionne pas…L’idéal ne fait pas un programme politique. Il faut avancer tant qu’on le peu, modifier les équilibre, créer de la richesse pour la répartir. Sinon on vend du rêve, on crée de la désilusion, et parfois de la violence. Ou alors on entre dans une dérive jusque boutiste, en trouvant des boucs émissaires, en allant toujours plus loin. Derrière les beaux objectifs sur la hausse des salaires, les investissements, les services publics, tu imagines sortir de l’Europe, mettre en place une nouvelle constitution, une proportionnelle intégrale avec des élus révocables, un budget qui explose financé par l’inflation, un appel d’air à l’immigration, des mesures anti-entreprises et la fuite des investisseurs… ? Une aventure dangereuse.
    Pour moi Macron n’est ni dans la résignation, ni dans la saignée, ni dans l’illusion, ni dans la négation du terrorisme ou de l’insécurité. Je pense que économiquement on ira mieux dans 5 ans collectivement avec ce que propose Macron s’il arrive à le mettre en place, ce qui permettra de renforcer le système social français qui est au bord de la faillite et que certains aimeraient bien liquider. Une France plus assurée et plus confiance pourra se projeter vers l’avenir, la transformation écologique, la recherche, la réduction des inégalités.
  • Toi aussi tu caricatures. On ne sera pas d’accord de toute façon, on verra bien qui sera au second tour et on en reparlera…

Dialogue entre un macroniste et un mélanchonien (2)

Publié avril 15, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017

Début de la discussion : Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (1)

  • Salut. Alors, tu as vu ça sent bon pour Mélenchon. Il a une belle dynamique, je suis sûr qu’il sera au second tour. Tout le monde l’attaque, mais ça le met au centre du jeu, rien ne peut l’arrêter. Reste à voir contre qui…
  • Pour moi qui ne suis pas supporter de Mélenchon, cela fait assez peur. Mon cauchemard c’est un second tout LePen/Mélenchon..
  • Attend, entre les deux tu ne peux pas hésiter, si tu es de gauche !
  • Même si je vote Mélenchon au second tour, car ils n’incarnent pas les mêmes valeurs, les deux représentent pour moi une bourrasque économique sans précédent, un risque fort de sortir de l’euro, et un risque de dérive autoritaire si leurs solutions ne marchent pas. Il faudra trouver des boucs émissaires… Mais bon je me rassure en me disant que dans les deux cas ils n’auront pas de majorité à l’assemblée… Heureusement on n’en est pas encore là, Macron peut également être au second tour !
  • Attend, si Macron gagne, avec une politique encore favorable aux privilégiés, dans 5  ans c’est l’extrême droite au pouvoir. Les politiques néolibérales ne marchent pas, ou en créant des travailleurs pauvres…
  • Macron ne propose pas une politique néolibérale. Social-libérale peut être, ou social-démocrate. Plus de libéralisme et avec plus de protection, pas des emplois, mais des individus. Et surtout une société de mobilité et pas seulement de protection des statuts ou des rentes. Il veut mettre le paquet sur l’éducation dans les ghettos sociaux, étendre l’assurance chômage aux indépendants, et aux salariés démissionnaires, augmenter les contrôles sur les chômeurs, mais en contrepartie de beaucoup plus de formation et d’accompagnement, et enfin améliorer les conditions pour créer son entreprises, et faire émerger des start-up. Flexsécurité et économie de mobilité et de l’innovation.
  • Mouai, en supprimant des fonctionnaires, donc en pénalisant les services publics qui sont la force de la France…
  • Il faut bien faire des économies pour dégager des moyens ailleurs. Cela fait 30 ans que le budget de l’Etat est en déficit, et si on ne veut pas augmenter les impots, il faut faire des économies, dans les collectivités territoriales notamment, ou par la poursuite de la numérisation. Parfois bien sur faire des choix n’est pas agréable mais au moins on se donne les moyens de nos objectifs.
  • Oui il faut être sérieux, on a trop souffert des démagos mais cela ne me fait pas rêver de dire, « on continue en améliorant un peu les choses, on continue avec l’Europe libérale, on laisse les entreprises délocaliser… » Il faut des réformes radicales, écologiques…
  • Essayer de faire enfin des réformes ambitieuses sur les retraites, une société plus mobile, et en finir avec le chômage de masse, dans une optique un peu nouvelle d’union nationale face à la crise, ce n’est pas ne rien faire ! Mélenchon, sous prétexte d’objctifs radicaux peut obtenir l’objectif contraire. La politique généreuse vénézuelienne qu’il propose était possible grâce à l’argent du pétrole. Lorsque la manne a diminué, tout s’est gaté là-bas… Ici les éléments les plus mobiles (grandes fortunes et grandes entreprises, investisseurs internationaux) s’en iront facilement, ce n’est donc pas eux qui vont être pénalisés
    Sur l’écologie, c’est pareil : Mélenchon propose des choses ambitieuses et intéressantes, mais parfois démagogiques. Certains objectifs sont sur plusieurs mandats. Sa sortie sèche du nucléaire par exemple n’est pas crédible.. Pas mal d’écolo modérés soutiennent Macron, en disant qu’il y en a marre des grands discours sans mode d’emploi ou des postures radicales non suivies d’effets.
    Macron, dont j’aimerai qu’il aille plus loin sur ce point, est dans la lignée de la Cop21, ce qui est déjà pas mal. Il prévoit plus de choses qu’on ne le dit pour une vraie politique environnementale, notamment des investissements forts dans l’isolation des bâtiments, une lutte contre les perturbateurs endocriniens, un accompagnement à la sortie du diesel, le soutien au bio… Donc c’est Macron demain, et sur l’écologie Mélenchon pour dans 20 ou 30 ans.
  • Moi je préfère rêver un peu, donner un grand message, tracer la voie vers un avenir désirable, et rendre la voie au peuple, même si tout n’est pas faisable…
    Les adversaires de Mélenchon parient sur la peur, nous redonnons l’espoir…
  • Quand il dit que si on vote pas pour lui, on va « cracher du sang » il ne joue pas sur la peur ? Il trace les contours d’une société idéale, mais son chemin n’est pas crédible je trouve. Le risque est de décevoir son électorat à la Tsipras, et de mettre la France à terre. Le risque derrière est une contrerévolution…
  • Rien n’est sûr… Au moins on aura essayé. On est pas d’accord sur grand chose, mais il doit bien y avoir des mesures de Mélenchon que tu soutiens ? Même si c’est pas ma tasse de thé, on se rejoint sur le fait que Macron c’est moins pire que Fillon. Je suis plus proche de Hamon, mais là aussi on fait le même constat : le PS est usé, tiraillé, inaudible, vidé de substance et de cohérence… Valls ou Hamon n’avaient aucune chance dans cette élection.

Suite de la discussion : Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (3)

Dialogue entre un macroniste et un mélanchonien (1)

Publié avril 14, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017

Voici une discussion que j’ai capté entre deux voisins (j’étais l’un d’entre eux 😉 )

  • Bon alors, tu t’intéresse aux élections ? Moi je vais voter Mélenchon. Il fera bouger les choses. Les gens en ont marre, c’est toujours les mêmes qui s’enrichissent et pour les autres il faut bosser plus pour gagner moins.
  • Moi je n’y crois pas.. C’est un peu le père Noël, Mélenchon il  a de beaux objectifs, et beaucoup de talent pour les exposer, mais cela ne fait pas un programme réalisable. Il a cette pensée magique comme quoi avec de la volonté on peut arriver à tout. Le père Noël peut même se transformer en père fouettard pour les entreprises, et donc faire rapidement exploser le chômage et le budget. Hamon est un peu sur la même position, et le PS ne représente plus rien je pense, donc je préfère Macron.
  • Macron, c’est un ancien banquier, ce n’est pas lui qui va changer le système. Personne ne le connaissait il y a 4 ans, c’est Jouyet et Attali qui sont derrière.
  • Au moins il est dans la réalité, je trouve plutôt positif qu’il ait bossé dans le privé, et qu’il connaisse la finance, il sera moins naïf. Je trouve assez inquiétant, et ça se retrouve dans leur programme, qu’il y ait très peu d’expérience du privé dans le parcours de Mélenchon, élu depuis 33 ans,  et Hamon, et aussi de leurs proches. Ils ont une vision anti-entreprise, les voient souvent comme un problème, que l’on peut taxer, contraindre, sans effet secondaires…
  • Macron il propose quoi contre le chômage ? Il veut ubériser la société, avec toujours plus de précarité. Ce n’est pas les start-up qui vont régler le problème du chômage. Baisser la fiscalité cela augmente les dividendes, on l’a vu avec le CICE. Mélenchon il veut relancer l’activité, et les entreprises ont besoin de ça pour embaucher.
  • Augmenter massivement la demande par la dépense publique, ne peut pas marcher, on est dans un monde ouvert. On risque d’augmenter les importations, de diminuer la compétitivité des entreprises à l’export, mais aussi d’ empêcher les PME d’embaucher à force de les taxer plus. Avec ce programme de Mélenchon, on peut craindre en quelques mois la faillite du système économique, déjà fragile.
    Macron veut une politique plus favorable à l’économie, dans le fonctionnement des entreprises, en diminuant leur fiscalité.
    Macron pense qu’on est allé un peu loin, et que dans le contexte actuel il faut retrouver de la souplesse et de la compétitivité pour faire diminuer le chômage. Pour cela il réduit certaines dépenses de l’Etat, mais ce n’est pas un ennemi de l’etat et de l’impôt par principe. C’est une politique plus libérale, mais il ne remet pas en cause le système social, au contraire il veut se donner les moyens de le sauver.
    D’ailleurs il propose aussi 50Miliards d’investissement.
  • Ce n’est pas assez, il faut remettre en cause les inégalités. Macron ne ferra pas bouger les lignes, il faut investir massivement pour la transformation écologique, au lieu de précariser encore les travailleurs et les chômeurs.
  • Le problème c’est que Mélenchon c’est une tromperie. Les alchimistes ont longtemps cru qu’on pouvait transformer le plomb en or… Là c’est pareil, il ne suffit pas de proclamer de beaux objectifs, sans se baser sur le fonctionnement réel du pays.
    Il promet 256 Milliards d’euro de dépenses supplémentaires !!! Financé par des hausses d’impôts massives sur les entreprises, et par la relance de l’inflation, ce qui me parait dangereux, ainsi que sur les particuliers (les classes moyennes et aisées)… Son programme n’est pas financé sérieusement : il accroit l’endettement, et compte sur la lutte contre la fraude fiscale (déjà fait) et la croissance espérée (peu prudent) pour boucler son budget. Il est optimiste sur le retour sur investissement de sa politique keynésienne, oubliant que nous sommes dans un monde ouvert, qu’il va financer les importations et la fuite des capitaux. Il compte s’endetter auprès de la BCE, ce qui n’est ni permis ni souhaitable, car cela revient à faire tourner la planche à billet. Les taux vont exploser. Et l’impact de sa politique de retraite, de réduction du temps de travail, de hausse du smic, couteront très cher à l’Etat gestionnaire de la fonction publique…
    Les grandes fortunes, les grandes entreprises, le capital, tout cela est le plus mobile. Ils ne seront que peu touchés par les mesures radicales. Par contre la hausse du chômage, des taux d’intérêts, l’instabilité politique, la sortie de l’euro, cela va toucher tout le monde.
  • Il faut bien commencer quelque part… Le libéralisme ne marche pas, il faut essayer autre chose, et sauver les services publics. Bon, on en reparlera, il faut que j’y aille.

Suite de la discussion : Dialogue entre un macroniste et un mélenchonien (2)

Mélenchon va t-il tout emporter ?

Publié avril 10, 2017 par chouka
Catégories : Présidentielles 2017

Jean-Luc Mélenchon est sur une très forte dynamique.

Comme j’ai jusqu’à maintenant plutôt bien senti la campagne en cours, que ce soit la chute de Hamon, annoncée dès le 13 mars sur mon blog, avant que la dynamique insoumise ne commence, ou encore le résultat des débats télévisés, je continue. Peut-être que cela me permettra de décrocher un poste de conseiller politique à l’avenir si je veux changer de carrière ;-).

1/ Une dynamique impressionnante : Du jamais vu pour une présidentielle, comparable à Fillon ou Hamon à la fin des primaires. Il faut la nuancer en partie : Mélenchon a dans un premier temps retrouvé son niveau d’avant primaire de la « belle alliance populaire », en reprenant des voix à Hamon. Mais là il va maintenant au-delà, il attire du monde, de l’audience, et ses sondages augmentent.

2/ Cette dynamique est-elle rationnelle ? Est-ce que les électeurs connaissent les orientations, le programme ? La même question se posait pour Juppé, ou Macron. La différence est que Mélenchon porte un projet radical, avec de nombreux changements et beaucoup d’inconnues : il propose un niveau de dépenses publiques jamais atteint, la sortie des traités européens, c’est à dire de l’euro également, sans que tout cela ne soit très clair, un programme assez anti-entreprises (beaucoup de règles nouvelles, forte hausse de fiscalités), une nouvelle constitution sans que l’on ne sache non plus vers quoi cela peut aboutir, des positions sur la sécurité et l’immigration (qu’il a cependant amendées) et sur l’international assez iréniques, dans la tradition classique de l’extrême gauche.

Ces dynamiques qui s’autoentretiennent finissent par s’essouffler, mais elles-ont permis de faire passer Hamon et Fillon, avec un retour de baton ensuite lorsque les programmes ont été relus…

La dynamique est en cours depuis 3 semaines, et une part de rationalité (critiques des autres candidats qui ne l’ont quasiment pas attaqué lors des débats, diffusion du programme et pas seulement du mot d’ordre dégagiste) a encore le temps de se diffuser mieux chez certains qui adhèrent sur la forme mais pas forcément sur le fond.

3/ Cela amplifie t-il le risque pour le PS de passer sous les 5% ? Une concurrence pour le deuxième tour entre 4 candidats risque d’assécher les candidats moyens et petits. Il y a en effet une multiplication des votes utiles, dont le PS est exclu.
Pour les sympathisants socialistes, il y a maintenant un vrai choix, une concurrence de « votes utiles » d’une part pour que la gauche soit au deuxième tour, et de l’autre pour porter la gauche radicale de Mélenchon, ou le centre-gauche coalisé de Macron.
Voire pour contrer la possibilité d’un Mélenchon/LePen au second tour !

Par ailleurs pour les électeurs peu politisés, Hamon risque de sortir des radars en tombant sous les 10%. Il reste le « label » PS, et des militants et élus connus, mais plus il va baisser plus il va être fragile, et pourrait en cas de duel très serré dans les sondages, tomber plus proche des 5%, voire en dessous. Les petits candidats s’en capitalisent sur leurs spécificités, leurs originalités, mais que reste t-il à un grand candidat de gouvernement déchu ? Le vote par habitude, ou ceux qui ne peuvent se résoudre à choisir entre les deux autres..

4/ Jusqu’où peut-il aller ?

  • Des éléments favorables :
    • La dynamique puissante est en cours, il peut continuer à attirer quelques pourcentages de Hamon, mobiliser des abstentionnistes ou des apolitiques
    • peut-il aller au delà, et prendre notamment des voix à Lepen ? Ce n’est pas exclu, une part de vote de colère, de changement, de protestation, contre l’Europe et les marchés, peut s’incarner dans les deux. Pas le coeur de cible du FN, sur l’immigration et la sécurité les positions sont très différentes. La bourde/dérapage/tactique de Marine LePen concernant la responsabilité de la France sur la rafle du Vel d’Hiv, peut aider en ce sens.
    • Apparaissant maintenant comme candidat potentiel au second tour, il va être testé dans des hypothèses de second tour, et cela montre qu’il peut battre Marine Le Pen. Que vont faire Robert Hue et Braouzec qui ont rejoint Macron principalement sur cet argument ? (et derrière eux cela peut déplacer une part de ce « vote utile »)
  • Des limites à l’accession au second tour ?
    • outre la stabilisation possible de la dynamique, après 3 semaines de hausse lorsque les électeurs potentiels ont déjà été captés (pour perdurer il faudrait qu’elle se transforme avec de nouveaux types d’électeurs),
    • La hausse de Mélenchon peut renforcer Macron (mais peut être pas suffisamment pour compenser sa baisse au profit de Mélenchon dû à cette même dynamique). En effet cela peut transférer des électeurs potentiels de Hamon qui ne veulent pas d’un duel Mélenchon-LePen au second tour.
      Cela pourrait même, si Mélenchon devance nettement Fillon dans les sondages, entrainer un transfert de vote modérés de Fillon vers Macron, qui deviendrait désormais un vote utile y compris à droite, pour tous les modérés.
    • L’électorat mélenchoniste est plus composé de jeunes notamment, c’est à dire de votants moins assidus, cela pourrait lui porter préjudice au dernier moment. Mais Macron a également une partie de son électorat qui vote par défaut, donc peut être moins motivés à transformer dans les urnes (en fonction des fins de campagne, des discussions avec les proches…)

Bref tout est ouvert.

Si Mélenchon prend un peu sur LePen, qui par ailleurs fait une fin de campagne hésitante (débat mal négocié, déclaration sur le Vel d’Hiv), et que une partie de l’électorat Fillon repasse chez Macron, on pourrait assister à un second tour inattendu Mélenchon/Macron !

Mon analyse est plutot que Macron va remonter légèrement, Le Pen va diminuer légèrement, Mélenchon va grimper encore un peu avant de plafonner, et Fillon n’arrivera pas à décoller. Hamon va se stabiliser en diminuant encore un peu.